‹ MacbethChapitre 1 sur 1 · DEUXIÈME SORCIÈRE

DEUXIÈME SORCIÈRE

Cela rendra plus fou notre jouvenceau.

TOUTES

En rond ! en rond ! en rond !

C’est dans la Sorcière de Middleton qu’on a découvert toute une autre chanson, dont les premiers mots sont dans la scène xiv de Macbeth, et qui commence par ces paroles : Venez, venez ! — Nous traduisons la scène où cette chanson se trouve, et dont Shakespeare s’est évidemment inspiré.

Entrent Hécate, Stadlin, Hoppo, et autres sorcières.

HÉCATE

La lune est une vaillante. Vois avec quelle rapidité elle chevauche !

STADLIN

Voici une riche soirée.

HÉCATE

Oui, toute propice, mes filles, pour faire un voyage de cinq mille milles.

HOPPO.

Notre voyage sera plus long que cela cette nuit.

HÉCATE.

Oh ! ce sera délicieux. Avez-vous déjà entendu le hibou ?

STADLIN.

Un instant, dans le taillis que nous avons traversé.

HÉCATE.

Alors il est grand temps de partir.

STADLIN.

Une chauve-souris s’est pendue trois fois à mes lèvres, quand nous traversions le bois, et y a bu tout son soûl. Le vieux Puckle l’a vue.

HÉCATE.

Vous avez toujours du bonheur. La chouette elle-même vient s’abattre sur votre épaule et vous becqueter comme un pigeon. Êtes-vous équipées ? Avez-vous vos onguents ?

STADLIN.

Tous.

HÉCATE.

Alors, préparez-vous à vous envoler. Je vous rattraperai rapidement.

STADLIN.

Alors, hâtez-vous, Hécate : nous serons en l’air bientôt.

HÉCATE.

Je vous rejoindrai vite.

Les sorcières s’envolent.

Entre Pierredefeu.

HÉCATE.

Ah ! Pierredefeu, notre suave fils !

PIERREDEFEU.

Un peu plus suave que plusieurs d’entre vous ; il en est pour qui le fumier serait trop bon.

HÉCATE.

Combien d’oiseaux as-tu ?

PIERREDEFEU.

Dix-neuf, et tous magnifiquement gras ; et, en outre, six lézards et trois œufs de serpent.

HÉCATE.

Cher et suave fils !… va vite chez nous avec tout cela. Veille bien sur la maison cette nuit ; car je vais en l’air.

PIERREDEFEU, à part.

En l’air ! Puisses-tu te casser le cou, que j’hérite de toi plus vite.

— Écoutez, écoutez, mère ! Elles sont déjà au-dessus du clocher, planant au-dessus de votre tête avec un bruit de musiciens.

HÉCATE.

Oui, vraiment ; aide-moi ! aide-moi ! Autrement je serais trop en retard.

CHANSON dans le ciel.

Viens ! viens !
Hécate ! Hécate ! viens !

HÉCATE.

Je viens, je viens, je viens, je viens,
Aussi vite que je puis,
Aussi vite que je puis.
Où est Stadlin ?

VOIX dans le ciel.

Ici.

HÉCATE.

Où est Puckle ?

VOIX dans le ciel.

Ici.
Et Hoppo aussi ! et Hellwain aussi !
Il ne nous manque plus que vous ! que vous !
Venez ! complétez la troupe !

HÉCATE.

Je veux seulement m’oindre et puis je monte.

Un Esprit descend sous la forme d’un chat.

VOIX, dans le ciel.

Un de nous est descendu pour chercher son dû.
Un baiser ! une gorgée de sang !
Pourquoi restes-tu si longtemps ? pourquoi ? pourquoi ?
Quand l’air est si doux et si bon !

HÉCATE.

Oh ! te voilà !
Quelle nouvelle ? quelle nouvelle ?

L’ESPRIT.

Tout va pour nos délices.
Viens ! sinon,
Refusée ! refusée !

HÉCATE.

Maintenant je suis équipée pour l’essor.

PIERREDEFEU.

Écoutez ! écoutez ! Le chat chante dans sa langue
Une belle note en fausset !

HÉCATE, montant avec l’Esprit

Maintenant, je pars, je vole !
Malkin, mon doux esprit, et moi.
Oh ! quel plaisir friand c’est
De chevaucher dans l’air,
Quand la lune resplendit,
De chanter, de danser, de jouer, de se baiser !
Au-dessus des bois, des hauts rocs, des montagnes,
Des mers, des sources de notre maîtresse,
Des tours à pic et des tourelles,
Nous volons la nuit par troupes d’esprits !
Nous n’entendons plus le son des cloches,
Ni le hurlement des loups, ni le cri des limiers !
Non, le cri de la lame qui se brise,
Ni le rugissement du canon,
Ne peuvent atteindre notre hauteur !

↑(18) Sur la côte du Fifeshire, à environ trois milles de Dysart, on voit encore les tours quadrangulaires d’un château qu’on suppose avoir été celui de Macduff.

↑(19) Tout ce passage paraît avoir été inspiré par ce que dit Holinshed d’Édouard le Confesseur. « Il avait le don de prophétie, et aussi le don de guérir les infirmités et les maladies. Il avait coutume de soulager ceux qui étaient tourmentés par ce qu’on appelait le mal du roi, et il laissa cette vertu, comme une portion de son héritage, à ses successeurs les rois de son royaume. » Les rois de France avaient aussi, comme on sait, le don de guérir les écrouelles. Le ciel n’a pas voulu faire de jaloux.

↑(20) On ne sait pas au juste sur quelle montagne de la chaîne de Dunsinane, dans le comté de Perth, était le château de Macbeth. Derrière une maison de plaisance moderne, appelée Dunsinane House, est une verte colline, au sommet de laquelle sont épars les débris d’une forteresse de pierre qu’on suppose avoir été la dernière résidence du tyran. — La distance entre la chaîne de Dunsinane et les hauteurs de Birnam est de quatre lieues. Il faut donc que la sentinelle de Macbeth ait eu de bons yeux pour apercevoir de si loin les premiers mouvements de la forêt en marche.

↑(21) Birnam Hill est à environ un mille de Drunkeld ; c’est une montagne haute de 1,040 pieds, au sommet de laquelle on retrouve les traces d’un ancien fort appelé la Cour de Duncan. On y montre encore deux vieux arbres qui sont, assure-t-on, l’unique débris de l’immense forêt qui vainquit Macbeth.

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