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Chapitre 80

Mme Gervaisais avait voulu se loger tout à côté de Saint-Chrysogone ; mais n’ayant pu trouver de logement meublé, place Sainte-Agathe ou dans le voisinage, elle s’était installée vis-à-vis de Sainte-Marie du Transtevere, à cinq minutes de Saint-Chrysogone.

Dans une immense maison délabrée, à la grande porte fermée d’une barre de fer, aux fenêtres de rez-de-chaussée grillées de barreaux, elle avait pris un appartement au premier étage, ayant sur le palier un atelier de cordonnier, qui rayonnait de la lumière d’une pièce blanchie à la chaux et sans porte. De grandes chambres avec des lits douteux, à peu près vides de mobilier ; un salon dont la nudité, la pauvreté, la misère avaient donné un saisissement à Honorine lors de sa première entrée dans la maison : tel était ce logement où le salon, pour le quartier, était encore la pièce riche et d’apparat. Ce salon, entièrement peint de ce bleu faux qu’affectionne le peuple italien et dont il azure jusqu’à ses chambres, avait un plafond aux poutres et aux poutrelles blanches lignées de filets rouges, sali et écaillé au ciel de la pièce. Très grand, il paraissait immense par le peu qu’il contenait : un guéridon en noyer, des consoles sans rien dessus, des chaises en paille dont les bois étaient peints du bleu des murs, et un vieux canapé couvert d’un mauvais damas rouge, dont le dos maigre et dur se renversait en rebord enroulé de baignoire. Une console pourtant portait un débris de paradis de cire dans lequel un enfant Jésus moisissait, avec sa gonnella de soie passée et ses bretelles suisses de petit gymnaste. Des deux fenêtres battues de rideaux d’auberge, on voyait l’herbe de solitude qui pousse sur une place d’église, la porte latérale de Saint-Marie du Transtevere et son inscription : Indulgentia plenaria, un grand mur de briques dénudées, déchaussées, où un auvent abritait une vieille peinture de Vierge sur une cathèdre devant laquelle se balançait une lanterne, la maison parochiale, d’un rococo espagnol, fermant la place à droite, le petit cimetière la fermant à gauche avec son préau à jour, ses décombres, ses tombes, ses ornements, ses roses sauvages dans des orbites de têtes de mort, – le petit cimetière baptisant de son nom triste la rue de Mme Gervaisais : Via del Cimitero.

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