‹ Mademoiselle de CérignanChapitre 4 sur 23 · IV

IV

Trois jours après mon installation, Dubertet m'envoya chercher pour déjeuner chez lui, et m'invita ensuite à l'accompagner au Caire avec Sylvie.

Le Caire est plus grand que Paris[C], mais il est fort différent d'aspect, c'est la cité arabe dans toute son originalité. Hormis trois grandes places de forme irrégulière, c'est un dédale de petites rues étroites, tortueuses et non pavées. La plupart ont à chaque extrémité une grande porte qu'un gardien fermait tous les soirs avant notre occupation; nos patrouilles ont rendu inutile ce genre de précaution contre les voleurs. Comme, au-dessus des rues, les habitants tendent des toiles ou des nattes pour les préserver du soleil, on marche dans une demi-obscurité. Le Caire avec ses maisons peintes, ses terrasses, ses palais blancs au milieu de la verdure, ses constructions sans régularité aucune, accolées les unes aux autres ou superposées, ses mosquées bariolées de grandes bandes rouges et blanches, ses milliers de minarets s'élançant dans les airs, ses marchés, ses bazars, ses boutiques innombrables, me rappelait à chaque pas les descriptions des _Mille et une Nuits_. La population offrait un égal intérêt à ma curiosité. Ici toutes les races de l'Afrique, l'Arabe à la démarche fière, le Cophte au maintien grave, le juif à la mine concentrée, l'humble fellah, le Grec au regard éveillé, le nègre au rire d'enfant. Ici, c'est une caravane de chameaux portant des montagnes de ballots; là, une troupe d'âniers criant à vous rompre les oreilles; puis des femmes, qui, enveloppées dans leurs haïks de couleurs sombres, passent comme des fantômes; des marchands d'esclaves poussant devant eux de jeunes nubiennes, des porteurs d'eau chargés d'outres pleines. Je cherchais, dans cette foule bigarrée, si je ne rencontrerais pas le _petit bossu_, le _dormeur éveillé_ ou les _trois calenders_. J'aurais préféré être seul pour savourer le spectacle féerique qui se déroulait devant moi, car mes compagnons de promenade ne remarquaient que le mauvais côté de l'Orient, la poussière, la chaleur, la malpropreté des rues, les mauvaises odeurs qui s'échappaient des boutiques, les haillons ou la lèpre des passants. Ils furent moins mécontents du quartier des mameluks, plus aéré, mais moins original. C'est là que Bonaparte avait établi son quartier général dans le palais d'Elfy-Bey.

[Note C: Le narrateur écrit dans les premières années du premier empire.]

Dubertet avait à parler au général Bon, qui occupait la citadelle, nous y montâmes. L'étendue du pays que l'on découvre de là est immense. Il y avait près d'un mois que j'étais en Égypte, et je la vis ce jour-là pour la première fois. Sous nos pieds, le Caire, avec ses massifs de constructions blanches et ses minarets, tout entouré de forêts de palmiers. À droite et à gauche, dans une plaine sablonneuse, à l'entrée du désert, les tombeaux des kalifes. En face, le vieux Caire, et l'île de Roudah avec d'autres jardins et d'autres maisons blanches; le Nil qui se déroule entre deux lignes de verdure et va se perdre dans les plaines du Delta; à l'horizon, la masse imposante des pyramides de Gizèh, d'Aboukir et de Sakkarah; puis le désert aux profondeurs insaisissables.

J'étais tout entier à mon admiration, quand mademoiselle Sylvie, que Dubertet avait laissée sous ma garde, pour aller remplir sa mission auprès du général, me tira par le bras et me dit:

--Au lieu de tant regarder ce vilain pays, parlez-moi donc un peu! qu'avez-vous contre moi depuis quelques jours? vous m'en voulez?

--Et pourquoi vous en voudrais-je?

--Vous m'avez trouvée trop coquette avec vous?

--Avec moi comme avec tous les autres. C'est votre manière d'être; mais cela ne tire pas à conséquence.

--Jusqu'à présent, non! Mais qui peut répondre de son coeur? Dites-moi, vous n'êtes plus amoureux de mademoiselle de Cérignan, j'espère?

--Si fait! plus que jamais.

--Vous vous moquez de moi?

--Oh! je n'oserais.

--Vous aimez donc les filles nobles?

Je ne suis jamais tombé amoureux que de celles-là!

--Cela se comprend, puisque vous êtes noble vous-même, à ce qu'on dit. Moi, j'aimerais bien avoir un amant titré.

--Est-ce que vous n'avez pas eu quelque vidame ou quelque chevalier de Malte dans votre famille?

--J'ai eu un oncle chanoine ou curé, je ne sais plus.

Je faillis lui éclater de rire au nez.

--Mais, reprit-elle en revenant à sa première idée, si vous êtes amoureux de cette blonde aristocrate, que faites-vous de cette jeune fille turque ou arabe que vous tenez enfermée chez vous? Avouez qu'elle est votre...

--Non, sur l'honneur! Mais en quoi cela peut-il vous intéresser?

--Qui sait? Aveugle que vous êtes! dit-elle en minaudant. C'est à cause de votre ami Dubertet que vous fermez les yeux?

--Parbleu! Je ne suppose pas que ce soit à cause du Grand-Turc, bien qu'il soit titré.

--Mais vous savez bien qu'Hector n'est pas mon mari?

Le retour de Dubertet la fit taire, et nous reprîmes le chemin de Boulaq. Au moment où j'allais les quitter:

--Je voudrais bien, dit-elle, voir cette petite mameluke que vous tenez enfermée avec tant de précautions. Est-elle jolie?

--Vous en jugerez par vous-même quand vous voudrez; mais je vous préviens qu'elle n'entend pas un mot de français.

--Ça ne fait rien, j'irai après-demain, si vous le permettez. En même temps vous me montrerez votre palais.

Je prévins Djémilé de la visite.

--Et comment faire, dit-elle, pour recevoir dignement cette dame française? Quelle idée va-t-elle prendre de moi si je n'ai qu'une seule esclave pour me servir? J'en voudrais au moins deux pour me tenir compagnie et me distraire, car je m'ennuie. Zeyla est dévouée, mais elle ne sait que des chansons nègres. Et puis il m'en faudrait bien trois ou quatre autres pour me servir.

C'était une bonne occasion de dépenser mon argent et d'étudier de près les moeurs de l'Orient. Je lui demandai si une douzaine lui suffisait.

--Je n'en veux que six, c'est ce que j'avais chez mon père.

--Je te les promets pour demain.

--Mais toi-même, tu n'as qu'un _saïs_ (palefrenier), pour servir toi et ton cheval! C'est presque une honte pour un bey. Il te faut d'abord à la maison un portier, un cuisinier, un porteur d'eau, un _kahwedj bachi_ pour faire ton café, un _seradj-bachi_ pour tenir ton cheval quand tu vas à la promenade, un _selikdar_ pour porter tes armes, un porte-pipe, un trésorier et un secrétaire, sans compter sept ou huit _yamaks_ pour les servir tous.

Elle ne m'eût pas compris si je lui eusse répondu que je n'avais aucun besoin de toute cette valetaille paresseuse et inutile dont s'entourent les riches musulmans; je prétendis avoir tout ce monde-là dans mon régiment, et qu'il me suffisait d'aller chercher un cuisinier.

Dès le matin, je me mis en quête d'un marchand d'esclaves: je n'avais pas fait vingt pas dans les rues de Boulaq, qu'une vieille _fellahine_ vint d'elle-même m'offrir sa fille en me vantant ses charmes. Je demandai à la voir, et j'entrai dans une misérable maison où, sur une natte, se tenait accroupie sur les talons une maigre fillette assez gentille, de dix à douze ans. Sur l'injonction de sa mère, elle se leva, et, toute tremblante de frayeur, se mit à piétiner sur place, en arrondissant les bras, et en se déhanchant. La mère chantait d'une voix éraillée et marquait le rhythme sur une calebasse dont un des bouts était percé et l'autre recouvert d'un parchemin. Je fis cesser la musique et la danse, et je dis à la vieille que je ne cherchais pas d'aventure galante, mais des esclaves pour mon harem.

--Eh bien, donne-moi cent _talari_ et emmène ma fille.

--Je ne t'en donnerai pas même vingt. Le talari vaut à peu près cinq francs, c'était donc cinq cents francs qu'elle demandait, et je lui en offrais cent.

--Prends Zabetta pour ce prix, me répondit-elle. Elle sera toujours plus heureuse chez toi qu'ici.

Je n'étais pas satisfait de la denrée, je refusai.

--Si tu en veux une plus grande et plus forte, reprit la vieille, attends-moi ici, je vais t'amener ça.

--J'en veux six.

--Six! s'écria-t-elle. En ce cas, il faut aller à l'Okel, chez Yacoub, le marchand d'esclaves. Si tu veux me donner une petite gratification, je t'y conduirai.

--Soit, passe devant.

--Oui, _sidy_ (seigneur), mais, auparavant, terminons le marché. Je te laisse ma fille pour dix-huit talari.

Je les lui comptai pour en finir et je lui dis d'envoyer chez moi sa progéniture, qui semblait plutôt satisfaite que mécontente de la quitter.

Le marché aux esclaves était dans une ruelle étroite et malpropre. J'entrai de plain-pied dans une vaste cour entourée d'arcades. La lumière du jour, tamisée par les _velums_ tendus d'une muraille à l'autre, plongeait dans un crépuscule, plus favorable au vendeur qu'à l'acheteur, une vingtaine d'hommes, de femmes et d'enfants plus ou moins nus, et plus ou moins noirs.

À ma vue, tout ce monde se jeta en désordre vers le fond de la cour, mais se rassura bientôt en voyant la vieille fellahine aborder comme une ancienne connaissance Yacoub, le marchand de chair humaine.

Dès que celui-ci connut le motif de ma visite, il s'avança vers moi d'un air obséquieux, et me demanda quel genre d'esclaves je souhaitais. Je lui dis de me montrer ce qu'il y avait de mieux pour un harem.

--J'ai ton affaire, dit-il; on m'a livré hier de la marchandise de première qualité et je vais te montrer ça; mais c'est cher, très-cher!

Il alla tirer d'un groupe une jeune nubienne, et, comme un maquignon claque les flancs d'une bête à vendre pour montrer la fermeté de sa chair, il frappa du plat de la main sur les épaules de cette fille au corps de bronze. Puis, il lui ouvrit la bouche pour me montrer ses dents blanches, en me disant: Tu vois, c'est grand et bien fait, ça peut avoir vingt ans, ça se porte bien, c'est fort, c'est assez sobre et ça n'a encore eu qu'un maître. Je te la garantis pour huit jours. Si d'ici là tu lui trouves quelque infirmité, ramène-la, je te rendrai ton argent ou tu en choisiras une autre.

--Combien en veux-tu?

--Deux _bourses_ (250 francs).

J'étais surpris qu'une femme, fût-elle noire comme la nuit, coûtât si peu. Je la prends, lui dis-je. Comment s'appelle-t-elle?

Il ignorait le nom de son esclave et le lui demanda. Elle répondit Daoura.

Il m'amena ensuite une jeune négresse aux cheveux nattés en mille petites tresses et enduits de beurre, ainsi que son visage, ses épaules et sa poitrine.

--J'ai assez de noires, lui dis-je.

--On n'a jamais assez de cette espèce-là, reprit-il; c'est une Abyssinienne, et c'est généralement très-recherché, quand elles sont femmes; mais comme celle-ci est encore fille, je te la laisserai pour le même prix que l'autre. C'est une occasion.

--C'est possible, mais elle est trop luisante!

--Tu l'enverras au bain et tu lui feras dénouer ses tresses; après cela, elle sera plus jolie que l'autre, tu verras!

Le fait est qu'elle avait les traits fins, la bouche petite et le nez droit. Je ne parle pas de ses yeux, les filles de sa race ont presque toujours le regard langoureux. Je pensai que la blancheur de Djémilé ressortirait davantage entre ses trois noires, et je l'achetai aussi. Elle s'appelait Choho.

--Maintenant montre-moi des blanches, dis-je à Yacoub.

--C'est beaucoup plus cher, je t'en avertis.

--Peu m'importe!

--En ce cas, viens avec moi. C'est de la trop belle marchandise pour la laisser voir en public.

Je le suivis dans une chambre haute où plusieurs femmes, dans des costumes assez délabrés, se tenaient rangées contre le mur.

Il m'en présenta une à la peau légèrement bistrée et aux traits délicats.

--Veux-tu, dit-il, cette jolie Arabe du Saïs? Seize ans et vierge! Elle chante et joue du tarabouk. Je la gardais pour le harem du pacha. Aussi c'est cher, très-cher! Huit bourses! (mille francs).

--Achète-moi, me dit la jeune esclave, les yeux brillants d'un éclat fébrile, tu ne t'en repentiras pas. Je me nomme Thomadhyr et je suis de la ville d'Esnèh, la patrie des almées!

--Je t'achète, lui dis-je.

Elle vint me baiser la main.

Je fis ensuite l'acquisition d'une chrétienne de Damas, d'une figure fine, avec des cheveux d'un blond tirant sur le roux. Elle répondait au nom de Mériem. La dernière que j'achetai s'appelait Pannychis. Elle était de Macri, dans l'Asie-Mineure, avait été enlevée par des corsaires et vendue à un bey mameluk, qui l'avait répudiée. Elle remplissait toutes les conditions de la beauté comme l'entendent les Orientaux. Pourvu qu'une femme soit blanche, elle est belle; si elle est grasse, elle est admirable. On pouvait lui appliquer cette comparaison arabe: Son visage est comme la pleine lune; ses hanches sont comme des coussins.

Aussi, c'était cher, très-cher!

J'avais sur moi assez d'argent pour payer Yacoub; mais, ne voulant pas me promener dans Boulaq avec ce troupeau féminin, je chargeai la vieille fellahine de le conduire chez moi. Une heure après, elle venait me livrer mon bétail, y compris sa fille, et se retirait fort satisfaite de son _bakchis_, c'est-à-dire de son pourboire.

Djémilé, enchantée de ses six nouvelles esclaves, vint me remercier en me baisant le pouce.

Mais ce n'était pas tout d'avoir acheté six femmes, il fallut les attifer, car Yacoub me les avait livrées avec aussi peu de vêtements que possible. Les pauvres filles n'étaient pas honteuses de leur nudité, elles l'étaient de leurs haillons. Heureusement, les odalisques qui avaient habité la maison n'avaient pu, dans leur fuite, emporter toute leur garde-robe. Je la leur livrai en attendant mieux. Ce fut bientôt, du haut en bas de ma résidence, un va-et-vient, des rires et un bavardage qui se prolongèrent fort avant dans la nuit.

Sylvie arriva le lendemain dans une toilette ébouriffante. De son côté, Djémilé avait mis toutes ses femmes sous les armes, s'était parée de tous ses bijoux et y avait ajouté ceux qu'elle avait passés la matinée à choisir, car j'avais fait venir toute une friperie et toute une joaillerie pour équiper les compagnes de la fille de Mourad.

L'entrevue fut des plus comiques. Dès que l'Européenne parut sur le seuil du divan où j'avais rassemblé le harem, Djémilé se leva, et, suivie de ses esclaves, courut au-devant d'elle, posa la main à son front, à sa poitrine, lui prit les pouces et y posa ses lèvres. Elle s'attendait à ce que Sylvie lui rendît les mêmes hommages. Il n'en fut rien. L'ex-comédienne n'avait aucune idée des usages de l'Orient. La jeune mamelucke se redressa alors avec fierté, lui tourna le dos et revint sur son sofa. Puis, s'adressant à moi: Dis-lui de s'asseoir si elle le veut. Offre-lui un narghilé et du café.

Je traduisis mot à mot.

--Est-elle drôle, cette petite? dit Sylvie, mais je ne veux ni de son café ni de sa pipe.

Quand j'eus reporté ces paroles à Djémilé.

--Ton épouse est bien mal apprise, dit-elle.

--Elle n'est pas ma femme.

--Alors, que vient-elle faire chez toi et à visage découvert? C'est donc une almée ou quelque chose de pis?

--Que dit-elle? demanda Sylvie. Elle me fait des yeux comme si elle voulait me manger.

--La trouvez-vous jolie?

--Sans doute; mais Dieu sait comme c'est fagoté!

Je dis à la mameluke que Sylvie la trouvait belle.

--Moi, je la trouve laide, tu peux le lui dire de ma part. Fais-la donc fumer, ça la rendra malade et je serai contente.

Thomadhyr, sur un signe de sa maîtresse, offrit à la visiteuse une pipe, tandis que Daoura lui versait du café.

--Mais je ne veux rien, dit-elle.

--Il n'est pas empoisonné, lui dit Tomadhyr, offensée.

J'engageai Sylvie à accepter. Sur mon insistance, elle tira trois bouffées, toussa, se mit de la fumée dans les yeux, et pour se remettre, avala bouillant le café préparé à la turque, encore tout bourbeux, ce qui lui fit faire une grimace épouvantable.

--Qu'elle est sotte! s'écria Djémilé en battant des mains et en riant d'une joie d'enfant. Toutes les autres l'imitèrent, autant pour lui complaire que par jalousie instinctive contre la Française.

--Qu'est-ce qu'elles ont donc tant à rire, toutes vos _grues_? s'écria Sylvie.

--Elles rient de ce que vous n'avez pas donné le temps à votre café de déposer au fond de la tasse.

--Ce n'est pas si drôle que ça, je me suis brûlée affreusement avec leur _chicorée_. Faites-les donc taire! elles sont agaçantes avec leurs cris.

Je leur observai qu'il était fort grossier dans tous les pays du monde de se moquer de ses hôtes. Elles se turent. Djémilé reprit son sérieux; mais, au bout d'un instant, elle eut le malheur de lever de nouveau les yeux vers Sylvie, qui s'essuyait la langue avec son mouchoir. Dès lors, adieu toute gravité. Elle fut prise d'un rire inextinguible. Elle en avait les larmes aux yeux. Il va sans dire que les autres éclatèrent.

Je parvins à obtenir un peu de calme, mais non sans peine, car moi aussi je riais.

--Je ne sais trop, reprit Sylvie, quel plaisir vous pouvez trouver dans la compagnie de ces sauvagesses. Il est vrai qu'en voilà trois fort jolies. D'abord cette grosse-là, qui ressemble à une Junon de M. David!

Elle désigna la Grecque Pannychis.--Et puis, cette mince, reprit-elle en me montrant Tomadhyr; elle a des yeux impossibles, mon cher, ce sont des charbons ardents. Et puis, votre favorite, mais je préfère la belle aux yeux de feu.

--Que dit-elle donc? me demanda Djémilé. Elle se moque de moi?

--Pas le moins du monde; elle parle de Tomadhyr qu'elle trouve jolie.

Celle-ci, pour la remercier, s'approcha de Sylvie qui la repoussa en disant: Ah! ma chère, je n'aime pas à être embrassée par les femmes.

Tomadhyr alla reprendre sa place en riant sous cape. Sylvie de leva. Djémilé en fit autant et l'engagea à revenir, autant pour prendre des leçons de politesse que pour l'amuser encore.

Je me gardai bien de traduire textuellement une si aimable invitation. La comédienne lui fit une révérence, et comme elle se dirigeait vers la porte, je lui vis un vieux plumail que Tomadhyr, sous prétexte de l'embrasser, lui avait attaché en guise de croupière. Ce fut pour le coup qu'il y eut une explosion de rires et de cris de joie. Je détachai l'aile de volaille sans que madame Dubertet s'en aperçut et je la jetai au nez de l'esclave espiègle.

Au moment de sortir, Sylvie fit une nouvelle révérence à Djémilé qui, pour la congédier selon les usages, lui dit:

--Le ciel vous accorde une nombreuse postérité et conserve vos enfants!