‹ Mais n’te promène donc pas toute nue !Chapitre 2 sur 11 · Scène première

Scène première

VICTOR, puis VENTROUX.

Voix de Ventroux. — Comment ? Qu’est-ce que tu dis Clarisse ?

Voix de Clarisse, trop lointaine pour qu’on comprenne ce qu’elle dit. — ????

Voix de Ventroux. — Oh ! bien, je ne sais pas ; aussitôt la fin de la session, nous partirons pour Cabourg.

Voix du fils de Ventroux. — Oh ! c’est ça, papa ! Oh ! oui, pour Cabourg !

Voix de Ventroux. — Oh ! ben, quoi ! Attends que la Chambre soit en vacances !

Voix de Clarisse, au même diapason que les autres. — Attendez, mes enfants, que je prenne ma chemise de nuit !

Voix indignée de Ventroux. — Oh ! Clarisse ! Clarisse ! Voyons, tu perds la tête !

Voix de Clarisse. — Pourquoi ?

Voix de Ventroux. — Mais je t’en prie ! Voyons, regarde-toi ! il y a ton fils !!

Voix de Clarisse. — Eh ! ben, oui ! ben oui ! le temps de prendre ma chemise de nuit, et…

Voix de Ventroux. — Mais non ! Mais non ! Je t’en prie, voyons ! tu es folle ! On te voit. Va-t’en !

Voix de Clarisse. — Ah ! Et puis, tu m’ennuies ! Si tu dois faire des scènes…

Voix de Ventroux. — Ah ! non, tiens ! J’aime mieux m’en aller ! plutôt que de voir des choses… ! Et puis, toi, Auguste, qu’est-ce que tu as besoin de traîner dans la chambre de ta mère ?

Victor, qui, depuis un moment, s’est arrêté de son travail pour prêter l’oreille — avec un hochement de tête. — Ils se bouffent !

Voix de Ventroux. — Allez, fiche-moi le camp !

Voix du fils de Ventroux. — Oui, papa.

Ventroux, paraissant en scène et faisant claquer la porte sur lui. — Non ! Ce manque de pudeur !… (À Victor.) Et puis, qu’est-ce que vous faites là, vous ?

Victor, toujours sur son escabeau. — J’arrange les cordons de tirage.

Ventroux. — Vous ne pouvez pas vous en aller quand vous entendez que je… que je cause avec Madame ?

Victor. — Je voulais finir, Monsieur.

Ventroux. — Oui ! pour mieux écouter aux portes ?

Victor. — Aux portes !… Je suis à la fenêtre.

Ventroux. — C’est bon ! allez-vous en !

Victor, abandonnant son store, qu’il laisse tiré grand ouvert, et descendant de son escabeau. — Oui, Monsieur.

Ventroux. — Et emportez votre escabeau !

Victor. — Oui, Monsieur.

Il sort en emportant l’escabeau.

Ventroux, lui refermant avec humeur le battant de la porte sur le dos. — Il faut toujours qu’on l’ait dans les jambes, celui-là !

Il descend et, maussade, va s’asseoir à droite de la table.

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