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Chapitre 1

MANUEL HISTORIQUE DE POLITIQUE ÉTRANGÈRE

PAR Émile BOURGEOIS PROFESSEUR A LA FACULTÉ DES LETTRES ET A L’ÉCOLE DU SERVICE DE SANTÉ MILITAIRE DE LYON, LAURÉAT DE L’INSTITUT

TOME Ier LES ORIGINES

TROISIÈME ÉDITION

PARIS LIBRAIRIE CLASSIQUE EUGÈNE BELIN BELIN FRÈRES RUE DE VAUGIRARD, 52

1901

Tout exemplaire de cet ouvrage non revêtu de notre griffe sera réputé contrefait.

Belin frères

SAINT-CLOUD.--IMPRIMERIE BELIN FRÈRES.

AVERTISSEMENT

Le sort de la France dépend aujourd’hui d’elle-même, d’elle seule. Elle a voulu régler, dans sa pleine et entière souveraineté, sa constitution, ses ressources, sa vie dans le présent et dans l’avenir. C’est par une conséquence naturelle qu’elle doit aussi choisir et savoir garder dans le monde une place conforme à ses intérêts et à ses idées, suffisante à sa dignité et à sa grandeur. En reprenant ses droits, elle s’est donné de grands devoirs. Elle a revendiqué la libre disposition et toute la responsabilité de ses destinées, en deçà et au delà de ses frontières.

L’histoire nationale est le meilleur guide qu’elle puisse suivre dans l’accomplissement de cette tâche, lourde et glorieuse. Tous les peuples qui ont entendu faire ou refaire leurs destinées ont toujours cherché dans leur passé des règles pour leur avenir, dans l’histoire de leurs erreurs ou de leurs traditions les principes salutaires de leur régénération et de leur progrès. Les Français l’ont bien compris, en partie du moins; les maîtres les plus autorisés de notre haut enseignement n’ont pas dédaigné d’écrire pour les enfants du peuple des manuels d’histoire, et les hommes chargés de l’instruction nationale ont donné une grande place à l’histoire de France dans les programmes de nos écoles. Tous ont mis en pratique ce principe que M. Lavisse formulait récemment: «La charge principale de l’éducation civique revient au professeur d’histoire.»

Mais ce n’est pas assez pour être un vrai Français respectueux du passé, soucieux de l’avenir, que de savoir la France. Une nation telle que la nôtre, qui a beaucoup agi sur le monde, eût-elle fait vœu de resserrer son champ d’action pour y faire la moisson présente et attendre des temps plus propices, doit regarder sans cesse au delà des limites que la violence ou sa propre sagesse lui ont provisoirement tracées. Les lumières qu’elle recueille sur le dehors sont encore des forces qu’elle accumule au dedans. La richesse d’un domaine ne tient pas seulement à la valeur du sol, à l’énergie patiente des colons: tout ce qui l’entoure contribue à sa fécondité, les progrès des terres voisines, la fraîcheur des sources qui viennent des montagnes et les pluies bienfaisantes que les vents lui apportent de plus loin encore. Le propriétaire doit regarder sans cesse au-dessus des haies qui ferment sa terre, devant lui, derrière lui, et jusqu’au fond de l’horizon.

Les Français doivent aussi s’habituer à des examens minutieux et constants de l’Europe et du monde: la fécondité de leur domaine, le succès de leurs efforts, de leurs espérances les plus chères sont à ce prix. Leurs observations ne s’arrêteront pas au temps présent: les nuages qui s’amoncellent à de certains moments sur l’horizon de la vieille Europe se sont formés dans l’océan lointain des siècles disparus, et les vents qui les poussent sont des courants anciens qu’il faut suivre dans l’histoire pour s’en servir encore, ou s’en préserver de nouveau. Des questions qui semblent seulement se poser aujourd’hui ont pour la plupart reçu déjà, autrefois, des solutions bonnes ou mauvaises qu’il importe à la France de connaître. L’étude, sans doute, en est autrement complexe et délicate que celle de notre histoire nationale. Elle n’en est que plus nécessaire: dans un vaste corps politique, très ancien, tel que l’Europe, les intérêts, les idées, les traditions ont souvent changé. Ce que l’on croit savoir peut être plus fatal que ce que l’on ignore. En fait de politique extérieure, les demi-savants sont parfois plus dangereux que les ignorants. Et les Français n’ont plus le droit d’être ignorants, ni savants à demi.

Ces réflexions, que nous ne voulons pas prolonger outre mesure, étaient nécessaires pour expliquer la nature et la portée du présent livre. Ce n’est pas un manuel de diplomatie: c’est une œuvre d’enseignement et d’histoire qui n’apprendra rien à des diplomates éprouvés, mais qui pourra leur procurer dans le public des auxiliaires éclairés, et plût au ciel que ce fût la nation tout entière! Autrefois, lorsque les peuples remettaient leurs destinées entre les mains des familles souveraines, les enfants de ces familles, fils et filles, étaient conduits dans les archives de l’État pour y être préparés, par l’étude du droit public et la connaissance des intérêts traditionnels de l’État, à la tâche qui les attendait. Partout aujourd’hui où la nation a repris sa souveraineté, c’est à elle qu’il appartient de donner à ses enfants ces leçons. Une grande nation comme la nôtre, et dans le temps présent, y est plus particulièrement tenue. Ce manuel est à sa manière, et en ce sens, un manuel d’éducation civique: il n’a pas d’autre prétention.

Lyon, juillet 1892.

AVIS

POUR LA SECONDE ÉDITION DU TOME Ier

La faveur qu’a trouvée auprès du public ce premier volume, avant que le second fût prêt à lui être présenté, nous oblige à un aveu: la tâche était plus lourde que nous ne l’avions pensé, d’exposer, dans un résumé qui fût pourtant solide et précis, l’œuvre de la diplomatie européenne en ce siècle. Pour justifier le titre que nous lui avions donné, pour lui garder le caractère d’un manuel historique, il nous a fallu reviser sur un nombre considérable de points les jugements courants, faussés par les passions contemporaines, et recourir aux documents d’archives.

De longues recherches sont venues ainsi s’interposer entre nos prémisses et notre conclusion.

Cet intervalle a été rempli par des événements diplomatiques qui ont été l’occasion en France d’un nouvel ordre de choses. Le vœu que nous formulions il y a quatre ans a commencé de se réaliser. La nation française a manifesté en 1896 qu’elle reconnaissait la nécessité et les obligations d’une politique étrangère conforme à ses intérêts présents, réglée par les circonstances et non plus par les traditions du passé, ou par des préjugés. C’est pour nous un précieux encouragement à poursuivre et à terminer, malgré les difficultés, le manuel d’éducation nationale que nous avons entrepris.

Versailles, 20 novembre 1896.

MANUEL HISTORIQUE

DE

POLITIQUE ÉTRANGÈRE

LES ORIGINES

INTRODUCTION

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