Chapitre 39 Le candidat ingénieux
Mais outre le candidat homme d’esprit, il y a le candidat ingénieux, c’est-à-dire celui qui sait le mieux trouver le défaut de la cuirasse chez son adversaire, qui sait le mieux tirer parti d’un mot, insignifiant quelquefois, échappé à son contradicteur, qui sait le mieux faire une montagne avec une motte de terre, une forêt avec une touffe d’herbe, qui sait le mieux travestir les faits et la pensée d’un autre pour le montrer sous un jour odieux, qui sait le mieux, enfin, trouver des subterfuges pour s’extirper lui-même d’une fausse position. Ce n’est pas toujours ce qu’il y a de plus honnête, mais comme plaisanterie, quelquefois, c’est assez drôle.
En 1871, un jeune homme se présentait dans un comté du district de Québec ; et comme c’était un libéral à tous crins, il accusait le chef des conservateurs sir George Cartier d’avoir toujours sacrifié les intérêts du Bas-Canada en faveur du Haut, comme on disait encore dans ce temps-là.
Or le pauvre jeune homme avait eu le malheur de faire des vers quelquefois et son adversaire en profitait pour le turlupiner d’importance.
— Frédéric le Grand, disait-il, déclarait souvent que, s’il avait une province à punir, il la ferait gouverner par des poètes.
— Il n’avait peut-être pas si grand tort, répondait l’autre, et nous en avons deux fameux exemples dans les chefs que la Providence a infligés à notre pays. À Québec, notre premier ministre est M. Chauveau, un poète ! À Ottawa, le chef conservateur est M. Cartier, un poète aussi… Vous connaissez sa chanson :
Ô Canada, mon pays, mes amours !
Vous voyez… Toujours le Haut-Canada, c’est plus fort que lui.
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