‹ MédéeChapitre 5 sur 29 · Scène II

Scène II

Jason

Depuis que mon esprit est capable de flamme,

Jamais un trouble égal n’a confondu mon âme.

Mon cœur, qui se partage en deux affections,

Se laisse déchirer à mille passions.

Je dois tout à Médée, et je ne puis sans honte

Et d’elle et de ma foi tenir si peu de conte :

Je dois tout à Créon, et d’un si puissant roi

Je fais un ennemi, si je garde ma foi :

Je regrette Médée, et j’adore Créuse ;

Je vois mon crime en l’une, en l’autre mon excuse ;

Et dessus mon regret mes désirs triomphants

Ont encor le secours du soin de mes enfants.

Mais la princesse vient ; l’éclat d’un tel visage

Du plus constant du monde attirerait l’hommage,

Et semble reprocher à ma fidélité

D’avoir osé tenir contre tant de beauté.

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