‹ Mémoires de Louise Michel écrits par elle-mêmeChapitre 44 sur 63 · Chapitre 13

Chapitre 13

J’arrive au procès de Lyon, pour affiliation à l’Internationale, qu’on sait ne plus exister.
Au procès de Lyon, je songeais, en regardant M. Fabreguettes, le profil anguleux, le bras levé avec la manche large qui remonte, la parole acerbe, je songeais à une gravure devant laquelle j’ai souvent rêvé dans mon enfance et qui représente le grand inquisiteur Thomas de Torquemada.

A mon procès, je songeais à l’Éloge de la folie d’Érasme.

Les marottes manquaient, mais le son des grelots tintait à l’oreille.

Les jurés hébétés, affolés du réquisitoire où il leur avait été dit que, s’ils ne me condamnaient pas, leurs boutiques ne seraient pas en sûreté ; cette idée burlesque de m’accuser d’avoir ri sur une porte ; les petits jeunes gens venus pour m’insulter et dont quelques-uns, cependant, sont sortis calmés, pris peut-être par la Révolution qui souffle dans les prétoires, je revois tout cela.

Mais ce n’est pas moi, messieurs, que vous avez condamnée ; on sait bien que je ne cherche pas à m’enrichir ; c’est ma vieille mère que vous avez condamnée à mort — et elle est morte.

On ne la réveillera pas, sous terre.

· · ·

Qu’il me soit permis de me rendre une justice.

Cette accusation d’avoir ri n’est qu’un leurre. On ne voulait pas me condamner autrement parce qu’une femme est plus vite tuée par le ridicule. Rétablissons les faits : ce sont mes convictions qu’on poursuit en moi ; j’ai donc le droit de mettre ici le manifeste de Lyon comme j’avais ma place au procès des anarchistes et j’en partage toutes les idées.

Ceci sera une justice, et cela étant fait, je n’aurai plus besoin de m’inquiéter de mon procès.