Chapitre 4
Dans ma carrière d’institutrice, commencée toute jeune dans mon pays, continuée à Paris tant comme sous-maîtresse chez Mme Vollier, 16, rue du Château-d’Eau, qu’à Montmartre, j’ai vu bien des jours de misère ; toutes celles qui ne voulaient pas prêter serment à l’Empire en étaient là.
Mais je fus plus favorisée que bien d’autres, pouvant donner des leçons de musique et de dessin après les classes. Qu’est-ce, du reste, que la souffrance physique, devant la perte de ceux qui nous sont chers ?
O mon amie ! ma chère mère ! mes braves compagnons !
En remuant ces souvenirs, je retourne le poignard, cela fait du bien souvent. Si un être quelconque avait inventé la vie, à quelle horrible chaîne on lui devrait d’être attachés !
Je voudrais bien savoir de quoi ceux qui y croient remercient la Providence ; c’est un mot bien commode et bien vide de sens, et l’œuvre de cette toute-puissance serait affreusement criminelle.
Comme on a découvert tant d’autres choses, on découvrira les principes de nombre et d’affinités qui groupent les sphères et les êtres ; il faudra bien que cela vienne, que la nature domptée serve l’humanité libre, que la science s’en aille en avant au lieu de s’attarder en arrière, arrêtée par toutes les infaillibilités.
Allons, les chasseurs de l’inconnu ! L’étape légendaire qui ouvrira la route ! A bas toutes les forteresses ! Que toutes les portes soient grandes ouvertes et qu’on force tous les mystères ; que tout s’écroule dans les abattoirs, les lazarets où la bêtise humaine nous maintient !
J’oublie toujours que j’écris mes Mémoires !
Où (Ou) en étais-je ?
Là sont quelques poignées de fragments de mon enfance : j’y prends au hasard.
Voici une description de Vroncourt conservée par ma mère.
A combien de choses a survécu ce bout de papier jauni !
q