‹ Mémoires de Louise Michel écrits par elle-mêmeChapitre 63 sur 63 · Audience du 23 juin.

Audience du 23 juin.

La parole est donnée à Me Pierre, défenseur de Pouget, puis à Pouget lui-même. Me Pierre défend ensuite Moreau, qui avait été arrêté pendant le procès.

Me Laguerre prend la parole le dernier en faveur des trois prévenus restés libres.

Après quelques mots de réplique de M. l’avocat général, M. le président demande aux accusés s’ils ont quelque chose à ajouter pour leur défense. Louise Michel, seule, prend la parole en ces termes :

Je ne veux dire qu’un mot : ce procès est un procès politique ; c’est un procès politique que vous allez avoir à juger. Quant à moi, on me donne le rôle de première accusée. Je l’accepte. Oui, je suis la seule ; j’ai fanatisé tous mes amis ; mais, alors, frappez-moi seule ! Il y a longtemps que j’ai fait le sacrifice de ma personne et que le niveau a passé sur ce qui peut m’être agréable ou désagréable. Je ne vois plus que la Révolution ! C’est elle que je servirai toujours ; c’est elle que je salue ! Puisse-t-elle se lever sur des hommes au lieu de se lever sur des ruines !

A trois heures moins un quart, le jury entre dans la chambre de ses délibérations ; il n’en sort qu’à quatre heures un quart.

Le chef du jury donne lecture du verdict. Il est affirmatif, mais mitigé par des circonstances atténuantes, en ce qui concerne Louise Michel, Pouget et Moreau, dit Gareau ; négatif pour les autres accusés.

En conséquence de ce verdict, Mareuil, Onfroy, Martinet et la femme Bouillet sont immédiatement acquittés.

Après une demi-heure de délibération, la cour rend un arrêt par lequel elle condamne les deux accusés coutumaces, Gorget et Thierry, chacun à deux ans de prison, Louise Michel, à six ans de réclusion, Pouget à huit ans de réclusion, et Moreau dit Gareau à un an de prison.

Louise Michel et Pouget sont en outre placés sous la surveillance de la haute police pendant dix années.

M. le président : Condamnés, vous avez trois jours francs pour vous pourvoir en cassation contre l’arrêt qui vient d’être rendu.

Louise Michel : Jamais ! Vous imitez trop bien les magistrats de l’Empire.

De violentes protestations, parties du fond de la salle, ont accueilli la condamnation des accusés. Quelques cris : « Vive Louise Michel ! » se font entendre et c’est au milieu du bruit et des cris les plus variés que l’audience est levée.

Le tumulte se continue en dehors et le citoyen Lisbonne, qui se fait remarquer par la véhémence de ses protestations, est expulsé du Palais. La foule continue à stationner pendant quelque temps sur la place Dauphine.