CHAPITRE XXX.
Perplexité de l'empereur.--À quoi se réduit la question.--L'empereur fait demander une entrevue à Alexandre.--Elle est fixée à Erfurth.--Napoléon va à la rencontre d'Alexandre.--Protestations de l'empereur d'Autriche.--Fêtes, spectacles.
L'armée était encore en Prusse, où elle devait séjourner et vivre jusqu'à l'entier paiement des contributions dont ce pays avait été frappé. L'empereur aurait bien voulu l'y laisser encore, d'abord parce que c'était une manière commode de l'entretenir, et, en second lieu, parce que la position dans laquelle il se trouvait était un moment d'épreuve pour la sincérité des sentimens que paraissait lui avoir voués l'empereur de Russie. Son alliance avec cette puissance pouvait n'être basée que sur la nécessité, et dès-lors la présence de l'armée en Allemagne en était la garantie; mais si elle l'était sur un retour franc à la paix, et une renonciation à toute espèce d'entreprises semblables à celles qui nous avaient ramenés en Allemagne en 1805 et 1806, il pouvait, sans inconvénient, prendre cette armée pour la transporter en Espagne; l'on ne pouvait qu'en concevoir de la sécurité en Allemagne. La question, pour l'empereur, était donc celle-ci: «Si je puis laisser mon armée en Allemagne, je n'aurai pas la guerre; mais comme je suis dans l'obligation de la retirer presque en totalité, aurai-je pour cela la guerre? Voilà, disait-il, le moment de juger de la solidité de mon ouvrage de Tilsit.»
Il me fit l'honneur de me communiquer ses inquiétudes, et je persistai dans l'opinion que les autres puissances ne cherchaient qu'une occasion favorable pour entreprendre de nouveau de le détruire; j'ajoutai que si la Russie ne s'en mêlait pas, cela deviendrait impossible, mais que, d'un autre côté, si cette puissance n'était pas d'accord avec nous sur l'entreprise d'Espagne, je ne faisais nul doute qu'on ne manquerait pas de lui faire saisir ce motif pour éclater. L'empereur eut l'air rassuré là-dessus; il me dit cependant que les affaires d'Espagne l'avaient engagé plus loin qu'il ne croyait d'abord, mais que cela serait facile à expliquer. Cette dernière observation me confirma encore dans l'opinion où j'étais que l'empereur de Russie avait eu connaissance du premier projet, et qu'il n'y avait qu'à s'expliquer sur la différence entre le premier et le second; en même temps, je devinai le motif qui nous avait fait abandonner les Turcs.
L'empereur me disait: «En retirant l'armée de Prusse, je vais faire rapidement les affaires d'Espagne; mais aussi qui est-ce qui me garantira de l'Allemagne? Nous allons le voir.»
Il venait de recevoir un courrier de Saint-Pétersbourg; quelques nuages s'étaient déjà élevés; sans me dire en quoi consistait la difficulté, il se plaignit de la manière dont on menait ses affaires en Russie; il disait: «Caulaincourt m'a créé là des embarras, au lieu de m'en éviter. Je ne sais où il a été engager une explication sur la Pologne, et se laisser présenter une proposition par laquelle je m'engagerais à ne jamais la rétablir; cette idée-là porte son ridicule avec elle. Comment! j'irais entreprendre de rétablir la Pologne, lorsque j'ai la guerre en Espagne, pour laquelle je suis obligé de retirer mon armée d'Allemagne! C'est par trop absurde. Et si je ne puis songer à la Pologne, pourquoi m'en faire une question? Je ne suis pas le Destin, je ne puis prédire ce qui arrivera. Est-ce parce que je suis embarrassé, que l'on soulève cette question? C'était au contraire le moment de l'éloigner: il y a là quelque chose que je ne puis expliquer. Au reste, l'on me parle d'une entrevue dans laquelle je pourrai régler mes affaires: j'aime encore mieux l'accepter que de m'exposer à les voir gâter; au moins cela aura l'avantage d'en imposer par un grand spectacle, et de me donner le temps de finir avec cette Espagne.»
Telle était la situation d'esprit dans laquelle se trouvait l'empereur vers la fin d'août 1808; elle était bien différente de celle dans laquelle il s'était trouvé à la même époque l'année précédente.
Je crois que c'est alors qu'il ordonna à son ambassadeur en Russie de fixer, avec l'empereur Alexandre, l'entrevue à Erfurth. Elle avait été convenue à la paix de Tilsit, mais on n'en avait indiqué ni l'époque ni le lieu.
Il fallut tout le mois de septembre pour s'entendre sur le jour des départs de Saint-Pétersbourg et de Paris, afin que chacun réglât sa marche, de manière à n'arriver ni trop tôt ni trop tard.
Ce fut l'empereur Napoléon qui fournit aux détails des gardes, logemens, tables et menus frais de représentation, non seulement pour l'empereur de Russie, mais encore pour les autres souverains qui vinrent à cette entrevue. De sorte qu'il partit du service du grand-maréchal une troupe de cuisiniers, de maîtres d'hôtel et de gens de livrées.
On envoya les sociétaires du Théâtre-Français pour jouer nos chefs-d'oeuvre tragiques et nos meilleures comédies; enfin, on soigna, dans les plus petits détails, tout ce qui devait contribuer aux amusemens des souverains pendant leur séjour à Erfurth.
L'empereur partit de Paris dans les derniers jours de septembre, ou même dans les premiers d'octobre[54]. Il alla jusqu'à Metz sans s'arrêter, et passa, pendant cette course, la revue de tous les corps qui revenaient de la grande armée pour se rendre en Espagne. Il les arrêtait même sur le grand chemin, les examinait homme par homme, et leur faisait ensuite continuer leur route. Il en agit ainsi jusqu'à Francfort.
Le mouvement qu'il faisait faire sur l'Espagne était considérable, puisque de toute cette immense armée, il ne laissa en Allemagne que quatre divisions d'infanterie, avec les cuirassiers et quelques régimens de troupes légères, c'est-à-dire un quart de ce qu'il y avait auparavant.
La nouvelle de l'entrevue d'Erfurth avait fait tant de bruit en Allemagne, que de tous côtés l'on y arrivait; il y avait, chez le prince primat à Francfort, un nombre prodigieux de princes d'Allemagne, qui s'y étaient réunis pour rendre leurs hommages à l'empereur à son passage. Il coucha chez le prince primat, où étaient, entre autres, le prince et la princesse de Bade, ceux de Darmstadt, de Nassau, ainsi que beaucoup d'autres. La contenance de chacun d'eux devant l'empereur était celle qu'ils devaient avoir devant le protecteur de la confédération du Rhin, et c'était à qui lui marquerait plus de respect et de soumission.
Il partit le lendemain, et alla sans s'arrêter jusqu'à Erfurth; il vit en chemin le roi de Westphalie, qui était venu à sa rencontre depuis Cassel jusqu'à la frontière de ses États. M. de Caulaincourt, ambassadeur de France en Russie, était venu à la rencontre de l'empereur, et nous rejoignit entre Erfurth et Gotha. Il nous apprit que l'empereur de Russie attendait à Weimar l'arrivée de l'empereur à Erfurth, en sorte que l'on se hâta, et nous arrivâmes à Erfurth de très grand matin. On y avait fait venir quelques troupes, et le 1er régiment de hussards, qui en faisait partie, avait été placé en plusieurs détachemens, depuis Erfurth jusque près de Weimar, pour rendre honneur à l'empereur Alexandre.
D'après des arrangemens, pris sans doute à l'avance, l'empereur monta à cheval avec tout ce qui l'accompagnait. On avait fait suivre un cheval pour l'empereur de Russie, et on avait poussé la recherche jusqu'à envoyer prendre à Weimar la selle dont il avait coutume de se servir; on l'avait apportée de Saint-Pétersbourg pour la mettre sur ce cheval.
Il alla ainsi jusqu'à trois lieues d'Erfurth, où l'on découvrit enfin le cortége de l'empereur Alexandre, qui arrivait en voiture, suivi de douze ou quinze calèches. L'empereur Napoléon arriva au galop, et mit pied à terre, pour embrasser l'empereur de Russie, à la sortie de sa voiture. La rencontre fut amicale, et l'abord franc, autant que peuvent l'être les sentimens des souverains les uns envers les autres. Ils remontèrent tous deux à cheval, et revinrent en conversant jusqu'à Erfurth. Toute la population des campagnes bordait le grand chemin. Le temps était magnifique et souriait à cet événement. L'artillerie des remparts les salua, les troupes bordaient la haie, et toutes les personnes de marque qui étaient venues à Erfurth, dans cette occasion, se trouvèrent au logement qui avait été préparé pour l'empereur Alexandre, au moment où il venait y mettre pied à terre, accompagné de l'empereur Napoléon.
Ce jour-là, ils dînèrent ensemble, ainsi que le grand-duc Constantin, qui accompagnait son frère. Le grand-maréchal avait soin de faire tenir dans la rue un homme qui revenait à toutes jambes prévenir, lorsque la voiture de l'empereur Alexandre paraissait, et chaque fois qu'il est venu chez l'empereur Napoléon, celui-ci s'est toujours trouvé au bas de l'escalier pour le recevoir. La même chose avait lieu, lorsque c'était l'empereur Napoléon qui allait chez l'empereur de Russie. Pendant tout le séjour qu'ils firent à Erfurth, ils mangèrent presque tous les jours ensemble, hormis ceux où ils avaient affaire chacun chez eux. Ensuite vinrent les rois de Saxe, de Bavière, de Wurtemberg, de Westphalie, le prince primat, les princes d'Anhalt, de Cobourg, de Saxe, de Weimar, de Darmstadt, Baden, Nassau, et en général tout ce qui crut devoir venir rendre hommage à une réunion de tant de puissances.
Le roi de Prusse n'y était pas; il s'y trouvait représenté par son frère le prince Guillaume, qui avait résisté tout un hiver, à Paris, aux désagrémens de la plus horrible situation dans laquelle un prince de son rang puisse jamais se trouver, et qui sut s'en tirer avec l'estime et l'intérêt de la société. C'est lui qui avait été chargé, près de l'empereur, des affaires de la Prusse pendant l'hiver qui suivit le traité de Tilsit.
L'empereur d'Autriche ne parut pas à l'entrevue. Les dispositions qu'il avait prises, les levées, les réquisitions de tout genre qu'il pressait dans ses États, avaient excité les réclamations de la France: ses préparatifs n'étaient pas achevés; les protestations lui coûtaient peu, il résolut d'essayer encore de donner le change à l'empereur Napoléon. Il chargea le général Vincent, qu'il savait lui être agréable, d'aller rendre à ce prince une lettre où il repoussait les doutes qu'on avait élevés sur la persévérance de ses sentimens[55].
Il y avait aussi à Erfurth les princes héréditaires de Mecklenbourg, Schwerin et Strélitz.
L'empereur Napoléon avait emmené le ministre des relations extérieures, M. de Champagny; il avait, en outre, M. de Talleyrand, et comme d'habitude, M. Maret et le prince de Neuchâtel.
Le général Oudinot avait été envoyé comme gouverneur à Erfurth, et le maréchal Soult, dont le corps d'armée se rendait en Espagne, passa à Erfurth tout le temps du séjour de l'empereur, laissant ainsi prendre de l'avance à ses troupes, qu'il rejoignit à Bayonne.
Il vint aussi des princesses d'Allemagne, celle de Bade, ainsi que quelques unes des différens pays du voisinage, la princesse de la Tour-Taxis, celle de Wurtemberg, née Cobourg, etc., etc. Toutes les matinées se passaient en visites. On dînait en réunions nombreuses, et le soir on avait un bon spectacle. Comme on savait que l'empereur de Russie avait l'ouïe dure, on avait fait disposer la salle de manière que tous les souverains étaient à l'orchestre. Je me rappelle qu'à une représentation d'_Oedipe_, au moment où l'acteur dit: «L'amitié d'un grand homme est un bienfait des dieux», l'empereur de Russie se tourna vers l'empereur Napoléon pour lui faire l'application de ce vers. Un murmure flatteur, qui s'éleva dans toute l'assemblée, témoigna combien on sentait la force et la justesse de cette application. La vie était remplie de manière à ne pas voir le temps s'écouler.
En général, cette année offrit un singulier tableau! L'empereur Napoléon était à Venise, au mois de janvier, entouré des hommages de toutes les cours et princes de l'Italie. Au mois d'avril, il était à Bayonne, entouré de celle d'Espagne et des grands personnages de ce pays, et enfin, au mois d'octobre, il se trouvait à Erfurth en communication avec tout ce que je viens de citer.
L'observateur qui a été témoin de ces rencontres ne peut s'expliquer comment d'aussi heureux rapprochemens n'ont pas été suivis d'une paix éternelle; et quelque respect que l'on ait pour les gouvernemens, l'on ne peut s'empêcher de leur attribuer tout ce qui a fait disparaître la franchise et la probité dans les transactions politiques qu'ils ont signées, depuis plus de vingt ans, au nom des intérêts des peuples qu'ils administrent: il faut bien qu'il y ait eu, ou duplicité, ou mauvaise foi, ou manque de courage, ou ignorance volontaire, au moins dans les cabinets, pour que, après s'être vus tant de fois, avoir eu mille occasions de s'expliquer, la malheureuse humanité ait encore eu tant de calamités à souffrir pour consoler l'amour-propre des uns et satisfaire l'avidité des autres. Ces pensées sont tristes, et l'on ne peut plus dire que, si la justice et la probité étaient bannies de chez les hommes, elles se retrouveraient dans le coeur des rois.
Si à cette réunion d'Erfurth avait pu se joindre un ministre d'Angleterre, les querelles du monde entier auraient pu s'arranger, et, faute de cette puissance, on ne fit que préparer les désordres effroyables qui sont survenus depuis. Les deux empereurs de Russie et de France avaient respectivement des affaires à régler, de l'importance desquelles il était difficile de juger assez sainement pour déterminer lequel des deux devait être le plus empressé à accepter l'entrevue d'Erfurth.
La Russie était encore occupée à la campagne qu'elle avait ouverte en Finlande contre les Suédois, auxquels elle voulait arracher cette province pour la réunir à sa couronne. C'est même à son arrivée à Erfurth que l'empereur Alexandre a refusé de ratifier l'armistice convenu entre son armée de Finlande et les Suédois. La Russie avait, en outre, sa guerre de Turquie, qu'elle voulait pousser vivement; c'était outre-passer ce qui avait été convenu à Tilsit à cet égard.
L'empereur de Russie revint encore à la proposition du partage de cette puissance; mais l'empereur Napoléon détourna cette question. Depuis Tilsit, il avait fait demander à son ambassadeur à Constantinople, le général Sébastiani, ses idées personnelles sur cette proposition de l'empereur de Russie. Cet ambassadeur fut tout-à-fait opposé à ce projet, et, dans un long rapport qu'il remit à l'empereur à son retour de Constantinople, il lui démontra la nécessité, pour la France, de ne jamais consentir au démembrement de l'empire turc; l'empereur Napoléon avait adopté cette opinion.
La Russie avait encore à demander, je crois, quelques mots d'explication sur les projets futurs dont la Pologne pouvait être l'objet. Voilà les questions qui étaient toutes dans l'intérêt des Russes; puis venaient celles qui étaient dans l'intérêt des Prussiens, leurs alliés. D'après le traité de Tilsit, dont l'empereur Alexandre était garant, la Prusse devait payer à la France des sommes considérables, et l'armée française devait rester en Prusse jusqu'à l'entier paiement de ces contributions. Le roi de Prusse, pour avoir la paix, en avait passé par où l'on avait voulu; mais depuis quelque temps il réclamait fortement contre des sommes aussi exorbitantes, et profitait du moment où l'empereur était engagé dans une nouvelle entreprise pour essayer de se faire remettre le plus possible de ces impositions.
L'empereur de Russie s'y intéressa d'autant plus volontiers, que l'évacuation de la Prusse était une stipulation du traité de Tilsit, dont on avait différé l'exécution en proportion du retard de l'acquittement des contributions, tellement que le roi de Prusse était encore à Koenigsberg, et que nous occupions à peu près tous ses États, quoique la paix fût faite depuis un an et plus.
L'empereur Napoléon avait, de son côté, de bien grands intérêts à faire concourir la Russie aux changemens qu'il avait amenés en Europe depuis la paix de Tilsit. Il avait, à la suite d'un arrangement fait avec la maison d'Espagne, pris la Toscane sur le fils de l'infant de Parme, roi d'Étrurie; ensuite, il avait très légèrement acquis des droits à la succession de Charles IV, qui déshéritait ses enfans. Il avait donc besoin de s'arranger avec l'empereur de Russie, afin qu'il n'apportât aucun empêchement à un projet dont il avait déjà été question entre eux, mais qui finissait autrement qu'on ne l'avait pensé. De plus, à la suite de ce même projet, le grand-duc de Berg était monté sur le trône de Naples en remplacement du roi Joseph, qui avait été appelé à celui d'Espagne. Ces trois questions à régler avec les Russes étaient pour le moins aussi importantes que celles que les Russes pouvaient avoir à régler avec nous.
Tels étaient les véritables motifs de l'entrevue d'Erfurth, de laquelle dépendait la tranquillité de l'Europe. Les deux plus puissans souverains du monde réglaient eux-mêmes leurs affaires, dont celles de toutes les autres puissances devaient dépendre. Si l'on ne peut rapporter en détail ce qui fut dit entre eux, on doit penser que, n'ayant fait chacun trois ou quatre cents lieues que pour s'entendre, ils se seront réciproquement dit tout ce qui les intéressait, et qu'ils se seront de même passé tout ce qu'ils désiraient entreprendre. Or, ce qui leur était nécessaire à tous deux, pour donner suite à leurs projets ultérieurs, c'était de se garantir la paix dont ils avaient besoin pour l'exécution de ces mêmes projets. On ne peut pas supposer que l'entrevue d'Erfurth se soit passée sans que l'on y ait agité tout ce qui pouvait paraître douteux dans la politique des deux puissances, comme dans les sentimens des deux souverains.
On pourrait donc juger de ce qui a été dit à Erfurth entre les deux souverains, par ce qu'ils ont entrepris tous deux à la suite de cette conférence, de même qu'on pourra juger de celui qui a manqué à ses engagemens, par ce qui est survenu, et qui ne devait pas arriver (la guerre d'Autriche). Il n'est pas besoin de longs raisonnemens pour démontrer que, s'il y avait eu le moindre nuage entre les deux souverains, la conséquence eût été, pour les Russes, de suspendre leur expédition de Finlande, leur guerre contre les Turcs, et de se préparer à revoir encore sur le Niémen l'armée française, qui, dans ce cas, n'aurait pas évacué la Prusse; de même que, pour la France, la première conséquence aurait été d'abandonner son entreprise sur l'Espagne, et de mettre, autant que possible, les choses au point où elles étaient avant toute espèce de dérogation au traité de Tilsit, en reprenant les avantages de position que l'on avait à cette époque. Mais, loin de là, l'harmonie entre ces deux souverains a été telle que non seulement ils se sont accordé réciproquement tout ce qu'ils avaient à se demander, mais que la France ayant manifesté quelque désir de voir changer l'ambassadeur de Russie à Paris contre celui de Russie à Vienne, l'empereur Alexandre s'empressa d'y obtempérer; et le prince Alexandre Kourakin, qui était ambassadeur de Russie à Vienne, reçut ordre de venir occuper le même poste à Paris. Le motif de ce changement était que son prédécesseur, le général comte Tolstoy, plus militaire que diplomate, s'engageait souvent à Paris dans des discussions de guerre avec des généraux qui n'étaient pas plus diplomates que lui, mais aussi bons militaires, et qu'il pouvait en résulter des inconvéniens, en ce que ces généraux rapportaient comme des paroles d'oracle ce que leur avait dit l'ambassadeur de Russie.
Les conférences d'Erfurth n'eurent pas un seul jour d'ombrage; les souverains y étaient aux petits soins l'un pour l'autre, et tout présentait le spectacle d'une union parfaite, dont tout le monde se réjouissait.
Le duc de Saxe-Weimar, dont le fils avait épousé une soeur de l'empereur de Russie, et chez lequel avait lieu, en quelque sorte, cette réunion, donna une fête pleine de magnificence. Elle commença, par un déjeuner, sous une tente absolument pareille à celle qu'avait l'empereur la veille de la bataille d'Iéna; elle était tendue au même endroit; les feux de bivouac étaient allumés à la même place. Il fallait que le duc de Weimar se fût bien fait rendre compte de toutes ces particularités pour en avoir retracé le souvenir aussi exactement. Après le déjeuner, on monta à cheval, et il conduisit lui-même la compagnie absolument par la même direction qu'avait suivie la tête de nos colonnes pour attaquer la ligne prussienne; il fit de même suivre tout le mouvement qu'avait fait notre armée, et, arrivé sur le terrain où la bataille avait été décidée, on y trouva, de distance en distance, des baraques sur un alignement déterminé; elles étaient garnies de fusils et de gardes-chasse.
À peine les souverains y avaient-ils pris chacun une place, que des traqueurs, que l'on n'apercevait pas, commencèrent à faire lever une quantité prodigieuse de gibier, qu'ils chassèrent sur les baraques, d'où les tireurs les tuaient à loisir: c'était une seconde bataille d'Iéna contre des perdreaux. Après cette chasse, on vint en faire une à tir au cerf, puis on alla dîner à Weimar chez le duc régnant.
Le grand-maréchal Duroc avait eu soin d'y envoyer la troupe des acteurs français qui était à Erfurth, de sorte que la soirée fut complète; elle se termina par un bal qui dura toute la nuit.
NOTES
[1: Formule du serment. «Je jure d'exercer loyalement l'autorité qui m'est confiée par Sa Majesté l'empereur des Français et roi d'Italie, de ne m'en servir que pour le maintien de l'ordre et de la tranquillité publique, de concourir de tout mon pouvoir à l'exécution des mesures qui seront ordonnées pour le service de l'armée française, et de n'entretenir aucune correspondance avec les ennemis.»]
[2: _Extrait des minutes de la secrétairerie d'État_.
En notre camp impérial de Berlin, le 21 novembre 1806.
«NAPOLÉON, empereur des Français et roi d'Italie, considérant,
«1° Que l'Angleterre n'admet point le droit des gens suivi universellement par tous les peuples policés;
«2° Qu'elle répute ennemi tout individu appartenant à l'État ennemi, et fait, en conséquence, prisonniers de guerre, non seulement les équipages des vaisseaux armés en guerre, mais encore les équipages des vaisseaux de commerce et des navires marchands, et même les facteurs de commerce et les négocians qui voyagent pour les affaires de leur négoce;
«3° Qu'elle étend aux bâtimens et marchandises du commerce et aux propriétés des particuliers le droit de conquête, qui ne peut s'appliquer qu'à ce qui appartient à l'État ennemi;
«4° Qu'elle étend aux villes et ports de commerce non fortifiés, aux havres et aux embouchures de rivières, le droit de blocus, qui, d'après la raison et l'usage des peuples policés, n'est applicable qu'aux places fortes;
«5° Qu'elle déclare bloquées des places devant lesquelles elle n'a pas même un seul bâtiment de guerre, quoiqu'une place ne soit bloquée que quand elle est tellement investie, qu'on ne puisse tenter de s'en approcher sans un danger imminent;
«6° Qu'elle déclare même en état de blocus, des lieux que toutes ses forces réunies seraient incapables de bloquer, des côtes entières et tout un empire;
«7° Que cet abus monstrueux du droit de blocus n'a d'autre but que d'empêcher les communications entre les peuples, et d'élever le commerce et l'industrie de l'Angleterre sur la ruine et l'industrie du continent;
«8° Que tel étant le but évident de l'Angleterre, quiconque fait sur le continent le commerce de marchandises anglaises, favorise par là ses desseins et s'en rend complice;
«9° Que cette conduite de l'Angleterre, digne en tout des premiers âges de la barbarie, a profité à cette puissance au détriment de toutes les autres;
«10° Qu'il est de droit naturel d'opposer à l'ennemi les armes dont il se sert, et de le combattre de la manière qu'il combat, lorsqu'il méconnaît toutes les idées de justice et tous les sentimens libéraux, résultat de la civilisation parmi les hommes;
«Nous avons résolu d'appliquer à l'Angleterre les usages qu'elle a consacrés dans sa législation maritime.
«Les dispositions du présent décret seront constamment considérées comme principe fondamental de l'empire, jusqu'à ce que l'Angleterre ait reconnu que le droit de la guerre est un, et le même sur terre que sur mer; qu'il ne peut s'étendre, ni aux propriétés privées, quelles qu'elles soient, ni à la personne des individus étrangers à la profession des armes, et que le droit de blocus doit être restreint aux places fortes réellement investies par des forces suffisantes.
«Nous avons en conséquence décrété et décrétons ce qui suit:
Art. 1er. «Les îles britanniques sont déclarées en état de blocus.
Art. 2. «Tout commerce et toute correspondance avec les îles britanniques sont interdits. En conséquence, les lettres ou paquets adressés ou en Angleterre ou à un Anglais, ou écrits en langue anglaise, n'auront pas cours aux postes, et seront saisis.
Art. 3. «Tout individu de l'Angleterre, de quelque état ou condition qu'il soit, qui sera trouvé dans les pays occupés par nos troupes ou par celles de nos alliés, sera fait prisonnier de guerre.
Art. 4. «Tout magasin, toute marchandise, toute propriété, de quelque nature qu'elle puisse être, appartenant à un sujet de l'Angleterre, ou provenant de ses fabriques ou de ses colonies, est déclarée de bonne prise.
Art. 5. «Le commerce des marchandises anglaises est défendu; et toute marchandise appartenant à l'Angleterre, ou provenant de ses fabriques et de ses colonies, est déclarée de bonne prise.
Art. 6. «La moitié du produit de la confiscation des marchandises et propriétés déclarées de bonne prise par les articles précédens, sera employée à indemniser les négocians des pertes qu'ils ont éprouvées par la prise des bâtimens de commerce qui ont été enlevés par les croisières anglaises.
Art. 7. «Aucun bâtiment venant directement de l'Angleterre ou des colonies anglaises, ou y ayant été depuis la publication du présent décret, ne sera reçu dans aucun port.
Art. 8. «Tout bâtiment qui, au moyen d'une fausse déclaration, contreviendra à la disposition ci-dessus, sera saisi; et le navire et la cargaison seront confisqués comme s'ils étaient propriété anglaise.
Art. 9. «Notre tribunal des prises de Paris est chargé du jugement définitif de toutes les contestations qui pourront survenir dans notre empire ou dans les pays occupés par l'armée française, relativement à l'exécution du présent décret. Notre tribunal des prises à Milan sera chargé du jugement définitif desdites contestations qui pourront survenir dans l'étendue de notre royaume d'Italie.
Art. 10. «Communication du présent décret sera donnée, par notre ministre des relations extérieures, aux rois d'Espagne, de Naples, de Hollande et d'Étrurie, et à nos autres alliés dont les sujets sont victimes, comme les nôtres, de l'injustice et de la barbarie de la législation maritime anglaise.
Art. 11. «Nos ministres des relations extérieures, de la guerre, de la marine, des finances, de la police, et nos directeurs généraux des postes, sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution du présent décret.»
_Signé_, NAPOLÉON. ]
[3: On peut juger de l'influence que M. Maret acquit dans cette campagne: l'empereur resta dix mois absent, à quatre portefeuilles par mois.]
[4: Le _Bug_ sépare le pays de la rive gauche de la Narew d'avec la Gallicie.]
[5: _Au général Savary._
Liebstadt, le 21 février.
«Vous recevrez demain, général, les avancements que vous avez demandés à l'empereur pour votre corps d'armée. Je reçois votre lettre du 17, trois heures après midi, que, par erreur, on avait datée du 28. Je vous dirai de confiance, mon cher Savary, que l'empereur trouve vos dépêches obscures, parce qu'il n'y a pas de division. Il faut d'abord raconter les faits, présenter la position respective des deux armées, au moment où vous écrivez: vous pouvez alors expliquer quelle est votre position, mais en raisonnant il faut avoir soin de distinguer les différentes hypothèses. Songez que la lettre à laquelle vous répondez est déjà loin de la mémoire de l'empereur, et qu'en discutant ces lettres, il faut poser les questions. Vous sentez que ce que je vous dis tient à mon ancienne amitié pour vous et à ma vieille expérience.
«L'empereur est fâché que le général Oudinot vous ait quitté, parce qu'ayant trouvé l'ennemi, il aurait fallu faire une demi-marche sur lui. Il serait fâcheux pour vous qu'instruit du départ du général Oudinot, il se reportât en avant pour se rapprocher de vous, et fît en quelque sorte disparaître le fruit de votre victoire. Puisque vous avez envoyé le général Suchet à Willenberg, et que les communications étaient libres, vous deviez sentir que le départ du général Oudinot n'était plus d'une pressante utilité.
«La saison, la leçon qu'a reçue le général Essen, le détermineront vraisemblablement à se tenir tranquille; mais soyez bien persuadé qu'il n'a que vingt mille hommes.
«Si vous pouvez vivre à Ostrolenka, l'intention de l'empereur est que vous y réunissiez votre corps d'armée, d'abord parce qu'il faut évacuer tous vos blessés. Faites quelques détachemens de cavalerie et quelques détachemens d'infanterie pour soutenir les hommes à cheval, et qu'ils ne puissent être compromis. Ces détachemens appuieront et soutiendront les lignes de l'Omulew et même celle de la Wkra.
«Si vous ne pouvez pas vivre à Ostrolenka, l'intention de Sa Majesté est que vous portiez votre quartier-général à Pultusk, occupant toujours Ostrolenka par un corps composé d'infanterie, de cavalerie et d'artillerie. Vous garderez la ligne de l'Omulew par des piquets d'infanterie et de cavalerie détachés du corps d'observation d'Ostrolenka.
«Au premier mouvement offensif que l'ennemi ferait sur Ostrolenka, le corps d'observation se jetterait sur la rive droite de la Narew et derrière l'Omulew, et s'il était forcé dans cette position, il se retirerait derrière la petite rivière d'Orezyc. Dans cette circonstance, vous manoeuvreriez de manière à soutenir vos postes de l'Orezyc, puisque vos postes sur cette rivière couvriraient la communication de l'armée; mais enfin, si les forces de l'ennemi étaient considérables, et que vous crussiez devoir avec avantage le combattre à Pultusk, vous repasseriez la Narew en gardant en force Siérock, dont les fortifications doivent déjà avoir acquis un caractère de force imposant.
«Telle est votre instruction générale: vos opérations ne doivent jamais être liées à celles de la grande armée; votre rôle est de défendre Varsovie en défendant, autant que possible, Siérock et la Narew, et si vous étiez forcé dans ces positions, vous défendriez Praga et la Vistule. Vous sentez assez, général, que ceci n'est que dans le cas où l'ennemi tenterait une grande opération sur vous, ce qui n'est pas probable, car la position qu'une partie de la grande armée occupe à Osterode et à Guttstadt lui en imposerait trop.
«Si l'ennemi, de son côté, se tient en observation, vous devez, comme je vous l'ai dit, agir de manière à le tenir éloigné de nos communications, et garder par un corps d'observation de cavalerie, d'infanterie et d'artillerie, Ostrolenka et l'Omulew. Un seul régiment que le maréchal Davout a laissé avec le général Grandeau à Mysziniec, en a tellement imposé à l'ennemi, qu'il a maintenu les communications pendant quinze jours, et cependant ce régiment se trouvait éloigné de vingt lieues, et n'avait aucune ligne pour le couvrir.
«L'empereur, général, désire que vous cantonniez vos troupes, afin qu'elles se reposent des fatigues qu'elles ont éprouvées. Vous pouvez même les étendre jusqu'à Praznitz, où il y a une manutention; il y en a aussi à Makow. La petite ville de Pultusk, Nasielzk et tous les pays environnans sont à votre disposition. Vous pouvez donc en tirer ce qui est nécessaire pour bien faire vivre votre armée, etc.
«Une division de dix mille Bavarois est en marche pour se rendre de la Silésie à Varsovie; elle sera réunie à votre corps d'armée et concourra au même but. L'empereur regarderait comme une chose nécessaire que vous pussiez occuper Wiskowo. La légion polonaise qui se réunit à Varsovie pourrait être chargée d'occuper ce point.
«Vous voyez, général, par le système d'opérations qui vous est prescrit, que vous ne devez avoir aucun embarras d'équipages, bagages, etc., même à Pultusk. Il suffit que vous y ayez seulement en magasin des farines, du pain et de l'eau-de-vie pour votre corps d'armée pendant quinze jours. Occupez vous essentiellement de l'administration, afin que votre armée soit bien nourrie; faites reposer la division de dragons du général Becker; enfin ayez de bons espions; tendez quelques embuscades, et ordonnez quelques surprises, afin de faire quelques prisonniers; par là vous obtiendrez des nouvelles. Écrivez-moi tous les jours, et envoyez-moi l'état de vos cantonnemens.
«Je crois devoir vous observer, général, qu'en vous disant que vos opérations n'ont rien de commun avec la grande armée cela n'a rapport qu'aux grandes opérations militaires; car vous devez toujours avoir l'oeil et porter un grand soin pour couvrir les communications de Varsovie à Osterode, et, par conséquent, vous devez correspondre avec le général Davout, qui aura des postes à Neidenburg. Vous voyez que cette instruction se divise en deux: en grande opération de guerre, en cas que l'ennemi prenne l'offensive, et en opération ordinaire pour rester en observation, et couvrir les communications de Varsovie.
«Dans la première supposition, vous agissez seul;
«Dans la seconde il faut que vous ayez soin de couvrir les communications de Varsovie.
«Vous trouverez ci-jointe la route de l'armée, qui se trouve défendue par l'Omulew et la Wkra.» ]
[6: _Monsieur Decrès,_
«En lisant avec attention l'état de la marine du 1er avril, je vois avec satisfaction le bon état de mon escadre de Cadix. Je vois avec peine qu'à Toulon vous n'ayez pas encore fait armer _le Robuste_ et _le Commerce de Paris_. Je voudrais savoir ces deux vaisseaux en rade, ce qui me ferait cinq vaisseaux avec _l'Annibal_, _le Génevois_ et _le Borée_.
«Le grand-seigneur me demande à force d'envoyer cinq vaisseaux devant Constantinople, pour, avec son escadre, faire des incursions dans la mer Noire. Il a, lui, quinze vaisseaux armés: faites donc sans retard, je vous prie, mettre ces deux vaisseaux en rade; faites aussi commencer _l'Ulm_ et _le Danube_; faites achever _le Donawerth_ et _le Superbe_ à Gênes. Si _le Donawerth_ pouvait être fini, cela me donnerait six vaisseaux de mon escadre de Toulon, six de celle de Cadix, cela me ferait douze vaisseaux. Faites donc finir à Rochefort _le Tonnant_, afin que j'aie là bientôt sept vaisseaux; faites finir à Lorient _l'Alcide_, afin qu'avec _le Vétéran_ cela me fasse trois vaisseaux. Il faut que les sept vaisseaux que j'ai à Brest soient mis en état de faire toute espèce d'entreprises, même d'aller aux Indes. Je désire donc qu'au mois de septembre je puisse disposer et faire partir, dans vingt-quatre heures, pour les missions les plus éloignées, sept vaisseaux de Brest, trois de Lorient, sept de Rochefort: total de l'Océan, dix-sept vaisseaux; six de Cadix, compris _l'Espagnol_, six de Toulon: total de la Méditerranée, douze. Total général, vingt-neuf vaisseaux. Le roi de Hollande aura également sept vaisseaux propres à toute expédition; mais, pour arriver à ce but, il n'y a pas un moment à perdre, puisque nous voilà déjà en mai. Vous n'avez donc plus que quatre ou cinq mois. Ces vingt-neuf vaisseaux ne me seront pas inutiles pour la guerre dans laquelle je suis engagé. Je vous prie de faire des recherches, et de me faire une note sur une expédition en Perse. Quatre mille hommes d'infanterie, dix mille fusils, et une cinquantaine de pièces de canon sont désirés par l'empereur de Perse. Quand pourraient-ils partir et où pourraient-ils débarquer? Ils feraient un point d'appui, donneraient de la vigueur à quatre-vingt mille hommes de cavalerie qu'il a, et obligeraient les Russes à une diversion considérable. Je vous dirai, pour vous seul, que j'envoie en ambassade extraordinaire le général Gardanne, mon aide-de-camp; des officiers d'artillerie et du génie. Un ingénieur de la marine, qui ne serait pas très utile en France, qui verrait les ports, serait d'une grande utilité dans cette ambassade.
«J'ai vu avec plaisir le bon état de la petite division qui est à Bordeaux. Ces quatre frégates paraissent être bonnes à toute espèce de missions. La frégate qui est au port du Passage y restera-t-elle donc perpétuellement? Quand les deux frégates qui sont au Havre iront-elles à Cherbourg? Nous aurions là une division qui serait prête à tout. La division qui est à Saint-Malo est-elle prête à tout? Cela nous ferait dix frégates disponibles. Il y a deux ans nous avions fait partir plusieurs frégates une à une pour nos îles. Ce serait-il le cas cette année? Vous pouvez, à ce que je vois, augmenter la division de Saint-Malo de _l'Avranches_. Je n'ai pas vu dans tous ces états de situation _la Thétis_, qui revient de la Martinique. Il faudrait bien cependant, si cela était possible, envoyer quelque chose à Saint-Domingue, et à la Martinique quelque brick ou bâtimens légers.
«Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte et digne garde.
«_Signé_, NAPOLÉON.»
Finkenstein, 22 avril 1807. ]
[7: Le maréchal Lannes, après s'être rétabli à Varsovie, était venu rejoindre l'empereur, et il avait pris le commandement d'un corps formé avec des troupes qui venaient du siége de Dantzick et avec les grenadiers réunis.]
[8: Quand on connaît l'accoutrement du soldat russe, on ne peut en être étonné.]
[9: La garde russe, à cette époque-là, était composée
du régiment Fréologinski fort de 4 bataillons. du régiment Semonwski 2 du régiment Ismullowski 2 d'un bataillon de chasseurs 1 des grenadiers du corps 2
Total 11 bataillons.
Les régimens Semonwski, Ismullowski et les grenadiers du corps furent engagés à Friedland et souffrirent aussi; de sorte qu'il n'y avait que 5 bataillons qui fussent réellement intacts, chaque bataillon russe n'a pas plus de 500 hommes.
Il y avait en cavalerie:
Les cosaques du corps 100 hommes. La garde à cheval, 5 escadrons 500 Les chevaliers-gardes, 5 escadrons 500 Les hussards du corps 500 Le régiment des hussards, du grand-duc, 10 escadrons 1000
Total 2600 hommes.
C'était cette troupe qui formait les 22 escadrons qui couvrirent la retraite des Russes, après la bataille de Friedland.]
[10: Il est appelé en Russie Labanow Rostoski.]
[11: L'attention alla jusqu'à des cuisiniers, domestiques et autres détails de ce genre.]
[12: On trouve dans toutes les maisons grecques un peu aisées, les portraits des membres de la famille impériale russe, et de tous les généraux des armées de ce même pays.]
[13: Avec lui il faut comprendre les Arméniens et les Juifs; dans l'empire ottoman d'Europe, ces trois classes réunies égalent celle des Turcs.]
[14: Le lecteur ne doit pas oublier que ces Mémoires étaient écrits avant la mort de l'empereur Alexandre.]
[15: Lorsque l'on verra les Russes maîtres de Byzance, on se rappellera les prédictions de l'empereur Napoléon, et l'on s'expliquera mieux pourquoi il fit la guerre à la Russie, après qu'elle se fut elle-même détachée de son alliance; pourquoi il s'était allié à l'Autriche; pourquoi il avait fait entrer l'Espagne dans son système, et enfin de quelle importance était l'occupation de l'Égypte à laquelle il pouvait toujours atteindre ayant Ancône et Corfou.
Lorsque ce moment arrivera, que dira le commerce maritime de France et que deviendra-t-il? n'ayant point de colonies, il rencontrera partout la concurrence des étrangers, et il se trouvera grevé de plusieurs droits de douane à leur profit, avant de rapporter dans la métropole des denrées de retour, qui y seront apportées de tout côté à meilleur compte.
Il sera bien temps alors de reconnaître l'erreur dans laquelle on est tombé; on paiera cher l'égarement où l'on s'est laissé entraîner en 1814.]
[16: L'empereur ayant su que la reine de Prusse venait le voir (elle le lui avait fait demander), envoya ses voitures, ses chevaux, ses écuyers et ses gardes pour l'accompagner, la conduire jusqu'à Tilsit et ensuite la ramener chez elle.]
[17: L'empereur rendit la liberté aux paysans et abolit le servage dans le duché de Varsovie; ce bienfait, qui s'étendra sans doute aux autres parties de la Pologne, date de l'entrée de l'empereur dans ce pays.]
[18: Je tiens d'un témoin qu'à Tilsit même, M. de Nowosilsow, employé à la chancellerie russe, et fort attaché à l'empereur Alexandre, avait dit à ce prince: «Sire, je dois vous rappeler le sort de votre père»; et que l'empereur lui avait répondu: «Eh mon Dieu! je le sais, je le vois, mais que voulez-vous que je fasse contre la destinée qui m'y conduit?» En Russie les nobles sont-ils donc comme les janissaires à Constantinople, faut-il leur plaire ou mourir?]
[19: _État des contributions de divers genres imposées aux pays conquis dans la campagne._
Recouvrées au 31 octobre 1808.
Contribution extraordinaire de guerre... 311,661,982 f. 75 c. Impositions ordinaires.................. 76,676,960 66 Saisies des caisses..................... 16,171,587 62 Ventes.................................. 66,842,119 50
Total..... 471,352,650 f. 53 c.
À recouvrer.
_Royaume de Westphalie._ Contributions de guerre................. 7,065,437 f. 63 c. Impositions ordinaires.................. 6,917,692 61
_Dantzick._ Contributions de guerre................. 1,229,643 14 Intérêts des obligations................ 2,446,369 16 Comté de Hanau.......................... 2,428 58
_Bayreuth._ Contributions de guerre................. 1,628 53 Pour les domaines suivant le traité du 15 octobre............... 15,000,000 00 Les fournitures pour l'armée............................... 2,000,000 00 Poméranie suédoise, contributions de guerre............... 1,728,559 97 Villes anséatiques, _ibid_......... 3,000,000 00
39,391,759 f. 62 c.
Total général..... 510,744,410 f. 15 c.
_Report_..... 510,744,410 f. 15 c.
Aperçu estimatif de la valeur des fournitures prises sur l'ennemi ou faites par le pays et non imputées sur les contributions Subsistances........................... 55,333,926 f. 44 c. Hôpitaux............................... 18,177,957 50 Habillemens............................ 7,636,950 43 Chevaux................................ 6,840,920 00
_Artillerie._ 3,000 pièces d'arbres à 75 fr. 225,000 fr. des dépôts des mines, 812,706 fr. 8 c...................... 1,037,706 08 Bois de chauffage, à Berlin............ 1,373,935 49 Porcelaine............................. 65,860 00 Métaux trouvés à la monnaie............ 16,256 00
90,483,511 f. 94 c.
Total général..... 601,227,922 f. 09 c. ]
[20: J'avais été informé que, très peu de jours auparavant, elle avait dit dans son intérieur: «Je m'attends à apprendre un de ces jours que ce petit Jérôme sera mon neveu»; et si on avait voulu en faire une mauvaise plaisanterie, cela ne serait pas arrivé plus à propos.]
[21: Je sens que ces détails sont hardis; mais ils se débitaient publiquement à Saint-Pétersbourg, encore pendant mon séjour; je les rapporte tels qu'ils m'ont été donnés, comme je l'ai dit: je dois ajouter que j'ai lu à la même époque, dans ce pays, des détails non moins graves sur l'empereur Napoléon, et ils étaient faux.]
[22: Un gentilhomme digne de foi m'a rapporté que les conjurés avaient envoyé sur-le-champ chercher le docteur W..., premier chirurgien actuel de l'empereur de Russie, et lui avaient ordonné d'arranger cette plaie et de tâcher de donner au visage un air d'apoplexie; que W... s'était ensuite rendu chez le grand-duc, et lui avait dit que tout était fini. «A-t-il abdiqué? demanda le grand-duc.--Il n'a pas voulu, répondit W..., et il est mort.» La vérité se montra alors au grand-duc, mais il était lui-même sous les poignards et il feignit de ne se douter de rien.]
[23: Meurtriers de l'empereur Paul.]
[24: Il est bon de remarquer que pendant mon séjour en Russie, j'avais contracté des liaisons avec l'ambassadeur de Naples, le duc de Serra-Capriola, qui était inconsolable du malheur arrivé à ses maîtres, et qui chaque fois que nous conversions ensemble me priait ou de ne pas les lui nommer, ou de le faire toujours d'une manière à ménager sa douleur: je voulais savoir de lui comment sa cour avait pu se décider à se jeter dans la coalition de 1805, où elle n'avait rien à gagner, et où elle pouvait tout perdre; il me répondit nettement que ce n'était pas sa cour qui s'y était jetée, qu'on l'y avait forcée; qu'il avait eu beau la défendre ici; qu'il n'y avait rien gagné, et qu'en un mot, c'était de Saint-Pétersbourg qu'ils avaient reçu l'ordre d'ouvrir leurs ports et de marcher, m'observant qu'ils en recevaient une bien triste récompense.
L'ambassadeur d'Autriche, qui était M. le comte de Meerfeld, me disait à peu près les mêmes choses à la même occasion; nous causions souvent de guerre, et je lui demandais où ils avaient pu trouver un motif à celle de 1805; eux surtout, les Autrichiens, qui étaient si épuisés des guerres précédentes. Il me répondit que ce n'étaient pas eux qui y avaient pensé; qu'ils s'en étaient au contraire défendus tant qu'ils avaient pu, et que ce n'était que par suite des instigations de la Russie qu'ils s'étaient enfin rendus, en ajoutant malicieusement: «Vous verrez, vous verrez, dans quelques mois.»]
[25: M. de Laval est un émigré français qui a épousé une dame russe.]
[26: Je rapporte les propres expressions dans lesquelles il me l'a raconté lui-même, dans ces derniers temps, en mai ou juin 1815, à l'Élysée, à Paris.]
[27: «Après avoir inutilement fait tous mes efforts pour conserver la neutralité, à l'avantage de nos vassaux chéris et fidèles; après avoir fait, pour obtenir ce but, le sacrifice de tous mes trésors, m'être même porté, au grand préjudice de mes sujets, à fermer mes ports à mon ancien et loyal allié le roi de la Grande-Bretagne, je vois s'avancer vers l'intérieur de mes États les troupes de S. M. l'empereur des Français. Son territoire ne m'étant pas contigu, je croyais être à l'abri de toute attaque de sa part; ces troupes se dirigent sur ma capitale. Considérant l'inutilité d'une défense, et voulant éviter une effusion de sang sans probabilité d'aucun résultat utile, et présumant que mes fidèles vassaux souffriront moins dans ces circonstances si je m'absente de ce royaume, je me suis déterminé, pour leur avantage, à passer avec la reine et toute ma famille dans mes États d'Amérique, et à m'établir dans la ville de Rio-Janeiro jusqu'à la paix générale. Considérant qu'il est de mon devoir, comme de l'intérêt de mes sujets, de laisser à ce pays un gouvernement qui veille à leur bien-être, j'ai nommé, tant que durera mon absence... (ici est détaillée la composition du gouvernement).
D'après la confiance que j'ai en eux tous, et à la longue expérience qu'ils ont des affaires, je tiens pour certain qu'ils rempliront leurs devoirs avec exactitude; qu'ils administreront la justice avec impartialité; qu'ils distribueront les récompenses et les châtimens suivant les mérites de chacun; que mes peuples seront gouvernés d'une manière qui décharge ma conscience.
«Les gouverneurs le tiendront pour dit; ils se conformeront au présent décret, ainsi qu'aux instructions qui y sont jointes, et les communiqueront aux autorités compétentes.
«Donné au palais de Notre-Dame d'Aduja, le 26 novembre 1807.
«LE PRINCE.»
_Instructions._
«Les gouverneurs du royaume nommés par mon décret de ce jour, prêteront le serment d'usage entre les mains du cardinal-patriarche.
«Ils maintiendront la rigoureuse observance des lois du royaume.
«Ils conserveront aux nationaux tous les priviléges qui leur ont été accordés par moi et par mes ancêtres.
«Ils décideront à la pluralité des voix les questions qui leur seront soumises par les tribunaux respectifs.
«Ils pourvoieront aux emplois d'administration et de finances, aux offices de justice, dans la forme pratiquée jusqu'à ce jour.
«Ils défendront les personnes et les biens de mes fidèles sujets.
«Ils feront choix pour les emplois militaires de personnes dont ils connaîtront les bons services.
«Ils auront soin de conserver, autant que possible, la paix dans le pays; que les troupes de l'empereur des Français aient de bons logemens; qu'elles soient pourvues de tout ce qui leur sera nécessaire pendant leur séjour dans ce royaume; qu'il ne leur soit fait aucune insulte, et ce, sous les peines les plus rigoureuses, conservant toujours la bonne harmonie qui doit exister entre nous et les armées des nations avec lesquelles nous nous trouvons unis sur le continent.
«En cas de vacance par mort ou autrement d'une des charges de gouverneur du royaume, il sera pourvu au remplacement à la pluralité des voix; je me confie en leurs sentimens d'honneur et de vertu. J'espère que mes peuples ne souffriront pas de mon absence, et que, revenant bientôt parmi eux avec la permission de Dieu, je les trouverai contens, satisfaits et animés du même esprit qui les rend si dignes de mes soins paternels.
«LE PRINCE.»
«Donné au palais de Notre-Dame d'Aduja, le 26 novembre 1807.»]
[28: _Lettre de Charles IV à l'empereur Napoléon._
«Monsieur mon frère,
«Dans le moment où je ne m'occupais que des moyens de coopérer à la destruction de notre ennemi commun, quand je croyais que tous les complots de la ci-devant reine de Naples avaient été ensevelis avec sa fille, je vois avec une horreur qui me fait frémir, que l'esprit d'intrigue la plus horrible a pénétré jusque dans le sein de mon palais; hélas! mon coeur saigne en faisant le récit d'un attentat si affreux! mon fils aîné, l'héritier présomptif de mon trône, avait formé le complot horrible de me détrôner; il s'était porté jusqu'à l'excès d'attenter contre la vie de sa mère. Un attentat si affreux doit être puni avec la rigueur la plus exemplaire des lois. _La loi qui l'appelait à la succession doit être révoquée; un de ses frères sera plus digne de le remplacer et dans mon coeur et sur le trône_. Je suis dans ce moment à la recherche de ses complices, pour approfondir ce plan de la plus noire scélératesse, et je ne veux pas perdre un seul moment pour en instruire V. M. I. et R., en la priant de m'aider de ses lumières et de ses conseils.
«Sur quoi je prie, etc.
«CHARLES.
«À Saint-Laurent, ce 29 novembre 1807.» ]
[29: Le maréchal de Turenne est né à Sedan, et c'est lui qui a fondé l'hôpital militaire de cette ville.]
[30: _Voyez_ ci-dessus la lettre de Charles IV, note 28.]
[31: _Lettre de la reine d'Espagne au grand-duc_ (écrite en français).
«Monsieur mon frère,
«Je n'ai aucun ami, sinon V.A.I.; mon cher mari vous écrit, vous demande votre amitié: seulement en vous et en votre amitié, nous nous confions mon mari et moi. Nous nous unissons pour vous demander que vous nous donniez la preuve la plus forte de votre amitié pour nous, qui est de faire que l'empereur connaisse notre sincère amitié, de même que nous avons toujours eue pour lui et pour vous, de même que pour les Français. Le pauvre prince de la Paix, qui se trouve emprisonné et blessé pour être notre ami, et qui vous est dévoué, de même qu'à toute la France, se trouve ici pour cela, et pour avoir désiré vos troupes, de même parce qu'il est notre unique ami. Il désirait et voulait aller voir V.A.I., et actuellement il ne cesse de le désirer et l'espérer. V.A.I., obtenez-nous que nous puissions finir nos jours tranquilles dans un endroit convenable à la santé du roi, qui est délicate, de même que la mienne, avec notre ami, unique ami, l'ami de V.A.I., le pauvre prince de la Paix, pour finir nos jours tranquillement. Ma fille sera mon interprète, si je n'ai pas la satisfaction de pouvoir connaître et parler à V.A.I.; pourrait-elle faire tous ses efforts pour nous voir? quoique ce fût un instant de nuit, comme elle voudrait.
«L'adjudant-commandant de V.A.I. vous dira tout ce que nous lui avons dit. J'espère que V.A.I. nous obtiendra ce que nous désirons et demandons, et que V.A.I. pardonne nos griffonnages et oubli de lui donner de l'altesse, car je ne sais où je suis, et croyez que ce n'est pas pour lui manquer; l'assurance de toute mon amitié.
«Je prie Dieu, etc.
«Votre très affectionnée,
«LOUISE.» ]
[32: Mémoire publié au commencement de 1809.]
[33: Dernière ville d'Espagne du côté de Bayonne.]
[34: Dernière ville de France.]
[35: M. de Cevallos, dans son Mémoire, présente à ses lecteurs, comme le motif qui a déterminé le roi à aller à Bayonne, la réponse qui termine ici mon dialogue avec lui. Il la présente même d'une manière qui prêterait à rire plutôt qu'elle ne paraîtrait un motif suffisant pour avoir autorisé le départ du roi.
M. de Cevallos sait bien mieux que personne qu'il a obscurci la vérité, dans la manière dont il a rapporté ce fait. Qui mieux que lui pouvait savoir si le roi était dans l'intention de satisfaire la France? Il n'ignorait pas ce que la France pouvait exiger et désirer de la part de l'Espagne, dont il avait suivi les relations politiques les plus intimes avec cette même France; et dès-lors qui est-ce qui pouvait mieux juger que lui où se trouverait la difficulté, s'il devait y en avoir une? Je ne lui ferai pas l'injure de croire qu'il l'ignorait ou qu'il ne l'avait pas aperçu: il a donné trop de preuves de sa perspicacité en ce genre. C'est sans doute parce qu'il connaissait les deux revers de la médaille qu'il s'efforçait de m'exposer des difficultés sur lesquelles j'avais l'avantage d'un homme qui, n'ayant rien à cacher, avait un argument franc plus fort que le sien. M. de Cevallos avait trop d'esprit, sans doute, pour être la dupe de qui que ce fût, mais ce n'était pas une raison pour que je fusse la sienne.
En supposant que la réponse qu'il me prête soit vraie, il savait mieux que moi si je m'abusais moi-même ou si je le trompais, puisqu'il connaissait nos affaires avec son pays; dès-lors comment se justifiera-t-il d'être parti d'un argument qu'il savait ne pouvoir être vrai, pour avoir consenti au départ du roi? Il y a là quelque chose qui ne peut s'expliquer que de ces deux manières: ou M. de Cevallos a dénaturé ma réponse, et c'est ce que j'atteste; ou bien il a trahi le roi dans l'intérêt d'une nouvelle fortune à laquelle il voulait s'attacher, et dès-lors son Mémoire n'est qu'un pamphlet qu'il a écrit à la hâte, pour se mettre à l'abri du ressentiment de ses compatriotes; car on verra par la suite de ces Mémoires qu'il pouvait y être exposé.]
[37: Pour comprendre ceci, il faut connaître la manière dont on attelle en Espagne; chaque mule d'un attelage a ses traits attachés à l'avant-train de la voiture, de sorte que les mules de la tête de l'attelage ont des traits de quarante pieds de long. Or, comme elles sont accouplées deux à d'eux, il en résulte qu'il y avait une réunion de seize traits à l'avant-train de la voiture du roi, en sorte que toutes les mules furent dételées par le seul coup de serpe qui coupa les traits.]
[38: Je ne pus le suivre ce jour-là, et ne le rejoignis que le lendemain matin, après avoir marché toute la nuit.]
[39: Le roi Charles IV avait toujours à la main une très longue canne, de laquelle il avait besoin pour marcher; ce vieillard était si indigné, qu'il nous semblait qu'il allait s'oublier jusqu'à la lever sur son fils, qui conservait une physionomie imperturbable. Nous pouvions l'apercevoir par plusieurs ouvertures qu'il y avait à la porte du salon où la scène se passait.]
[40: Elle s'approcha de lui en levant la main comme pour lui donner un soufflet.]
[41: Le ministère espagnol à Madrid obéissait au lieutenant-général du royaume nommé par Charles IV, et c'était le grand-duc de Berg.]
[42: Le 8 octobre 1805, le roi de Naples avait ratifié, à Portici, le traité de neutralité conclu le 21 septembre précédent par son ambassadeur à Paris, et le 20 novembre suivant, une escadre anglo-russe débarquait à Naples 12,000 hommes de troupes.]
[43: Lorsque, par ordre de l'empereur, l'on me demanda des détails sur les ordres que je pouvais avoir donnés au général Dupont, la copie de cette lettre figurait parmi les pièces qui devaient servir à commencer l'information sur la conduite du général Dupont; mais lors du jugement prononcé au conseil d'État sur l'exposé de cette affaire, cette pièce avait disparu. Je suis bien aise que cela ait été utile au général Dupont; mais c'est une chose coupable que de servir l'un, en mettant l'autre dans le cas d'être accusé d'imprévoyance.]
[44: Les lieues d'Espagne sont beaucoup plus fortes que celles de France.]
[45: Le général Dupont assure n'avoir eu aucune nouvelle de ce mouvement: c'est donc à Dufour de l'expliquer.]
[46: Andujar, Baylen et la Caroline sont distans entre eux d'une marche ordinaire de troupes.]
[47: On prétend qu'on les employa à la garde de caissons contenant des objets particuliers qui étaient la propriété de quelques généraux.]
[48: Vedel avait pris, au contraire, le régiment espagnol de Jaen: à la vérité, il avait reçu ordre de le rendre.]
[49: M. de Villoutray était écuyer de l'empereur; il avait témoigné le désir de servir militairement, et on l'avait envoyé en Espagne.]
[50: J'ai dit plus haut qu'après la bataille d'Eylau, l'empereur avait réclamé le secours d'un corps d'armée espagnol qui devait être mis à sa disposition par suite d'une stipulation antérieure avec Charles IV. Ce corps, après avoir traversé la France pour venir jusque sur l'Elbe, se trouvait dans les environs de Hambourg, lorsque les Anglais vinrent attaquer Copenhague et prendre la flotte danoise. Il fit partie des premières troupes que l'empereur fit marcher, sous le maréchal Bernadotte, au secours des Danois, et il était encore dans ces parages lorsque la révolution d Espagne commença. L'empereur, voyant la tournure qu'elle prenait, manda au maréchal Bernadotte de prendre garde que les Anglais n'embarquassent à l'improviste ce corps espagnol, commandé par le marquis de la Romana. Bernadotte répondit qu'il était en mesure, et qu'il garantissait les sentimens du marquis de la Romana. Cependant, huit jours après, il fut obligé de rendre compte que les Anglais étaient venus sur la côte et avaient embarqué le marquis de la Romana avec sept mille hommes de son corps d'armée, dont nous apprîmes bientôt après l'arrivée à la Corogne.
Le reste devait être embarqué peu de jours après; mais on prit des mesures pour l'empêcher.]
[51: J'ai su depuis le motif pour lequel M. Villoutray s'était fait escorter par une garde espagnole, et pourquoi il revenait à petites journées: c'est parce qu'il voyageait dans une calèche à lui, conduite par ses propres chevaux, et sa calèche était chargée d'objets non soumis à la visite. Ce sont les seuls qui aient été sauvés de tout le corps d'armée.]
[52: On a vu, plus haut, que le général Junot avait dissous l'armée portugaise; l'empereur lui ordonna, depuis, de la réorganiser et de l'envoyer à Bayonne. Il en déserta une bonne moitié en chemin, et l'on forma du reste six beaux bataillons et un régiment de chasseurs à cheval; ils servirent avec l'armée française de manière à mériter sa confiance et son estime.]
[53: Nous étions capitaines ensemble à l'armée du Rhin, et fûmes tous deux promus au grade de chef de bataillon à la même affaire, le second passage du Rhin, de vive force, où je commandai les troupes du premier débarquement qui prirent pied à la rive droite; depuis, Foy a suivi la fortune de Moreau, et moi celle de l'empereur.]
[54: Il avait d'abord fait partir pour Naples le grand-duc de Berg, et, à son retour d'Erfurth, il fit partir la grande-duchesse, qui était restée de quelques semaines en arrière.]
[55: «Monsieur mon frère,
«Mon ambassadeur à Paris m'apprend que V. M. L. se rend à Erfurth, où elle se rencontrera avec l'empereur Alexandre. Je saisis avec empressement l'occasion qui la rapproche de ma frontière, pour lui renouveler le témoignage de l'amitié et de la haute estime que je lui ai vouée, et j'envoie auprès d'elle mon lieutenant-général le baron de Vincent, pour vous porter, monsieur mon frère, l'assurance de ces sentimens invariables. Je me flatte que V. M. n'a jamais cessé d'en être convaincue, et que si de fausses représentations qu'on avait répandues sur les institutions intérieures organiques que j'ai établies dans ma monarchie lui ont laissé, pendant un moment, des doutes sur la persévérance de mes intentions, les explications que le comte de Metternich a présentées à ce sujet à son ministre les auront entièrement dissipées. Le baron de Vincent se trouve à même de confirmer à V. M. ces détails et d'y ajouter tous les éclaircissemens qu'elle pourra désirer. Je la prie de lui accorder la même bienveillance avec laquelle elle a bien voulu le recevoir à Paris et à Varsovie. Les nouvelles marques qu'elle lui en donnera me seront un gage non équivoque de l'entière réciprocité de ses sentimens, et elles mettront le sceau à cette entière confiance qui ne laissera rien à ajouter à la satisfaction mutuelle.
«Veuillez agréer l'assurance de l'inaltérable attachement et de la considération avec laquelle je suis, monsieur mon frère,
«De V. M. I. et R. le bon frère et ami.
«FRANÇOIS.»
Presbourg, le 18 septembre 1808.]