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CHAPITRE XXXV

Belle campagne de Napoléon.--La résistance devient impossible.--Insuffisance des mesures prises pour préserver Paris.--Arrivée des alliés.--Retour tardif de l'Empereur sur la capitale.--Paris aurait dû tenir.--Intrigues ourdies contre Napoléon.

Les plus grands antagonistes de l'Empereur sont forcés de convenir qu'il se surpassa lui-même dans la campagne d'hiver qu'il fit dans les trois premiers mois de 1814. Jamais général n'avait fait preuve de tant de talents, ni réalisé d'aussi grandes choses avec d'aussi faibles ressources. On le vit, avec quelques milliers d'hommes, dont une grande partie étaient des conscrits inexpérimentés, tenir tête à toutes les armées de l'Europe, faire face partout avec les mêmes troupes, qu'il portait d'un point à un autre avec une rapidité merveilleuse, et, profitant habilement de toutes les ressources du pays pour le défendre, il courait des Autrichiens aux Russes, des Russes aux Prussiens, pour revenir de Blücher à Schwarzenberg et de celui-ci à Sacken, quelquefois repoussé par eux, mais beaucoup plus souvent vainqueur. Il eut un moment l'espoir de chasser du territoire français les étrangers qui, découragés par leurs nombreuses défaites, songeaient à repasser le Rhin. Il n'eût fallu pour cela qu'un nouvel effort de la nation; mais la lassitude de la guerre était générale, et de toutes parts, surtout à Paris, on conspirait contre l'Empire.

Plusieurs écrivains militaires ont exprimé leur étonnement de ce que la France ne s'était pas levée en masse, comme en 1792, pour repousser les étrangers, ou bien qu'elle n'ait pas imité les Espagnols en formant dans chaque province un centre de défense nationale.

On répond à cela que l'enthousiasme qui avait improvisé les armées de 1792 était usé par vingt-cinq ans de guerres et les trop fréquentes conscriptions anticipées faites par l'Empereur, car il ne restait dans la plupart de nos départements que des vieillards et des enfants. Quant à l'exemple tiré de l'Espagne, il n'est nullement applicable à la France, qui, ayant laissé prendre trop d'influence à la ville de Paris, ne peut rien quand celle-ci ne se met pas à la tête du mouvement, tandis qu'en Espagne, chaque province, formant un petit gouvernement, avait pu agir et se créer une armée, lors même que Madrid se trouvait occupé par les Français. Ce fut la _centralisation_ qui perdit la France.

Il n'entre point dans le plan que je me suis donné de raconter les hauts faits de l'armée française dans la célèbre campagne de 1814; car il faudrait pour cela écrire des volumes, commenter tout ce qui a été publié à ce sujet, et je ne me sens pas le courage de m'appesantir sur les malheurs de mon pays; je me bornerai donc à dire qu'après avoir disputé pied à pied le terrain compris entre la Marne, l'Aube, la Saône et la Seine, l'Empereur conçut un vaste projet qui, s'il réussissait, devait sauver la France. C'était de se porter avec le gros de ses troupes, par Saint-Dizier et Vitry, vers la Lorraine et l'Alsace, ce qui, en menaçant fortement les derrières de l'ennemi, devait lui faire craindre d'être séparé de ses dépôts, de n'avoir plus aucun moyen de retraite, et le déterminer à se retirer vers la frontière, tandis qu'il en avait encore les moyens.

Mais pour que le superbe mouvement stratégique projeté par l'Empereur pût avoir un bon résultat, il fallait le concours de deux conditions qui lui manquaient, savoir: la fidélité des hauts fonctionnaires de l'État, et les moyens d'empêcher les ennemis de s'emparer de Paris, dans le cas où, sans se préoccuper de la marche que l'Empereur faisait sur leurs derrières, ils se porteraient vers la capitale. Malheureusement, la fidélité à l'Empereur était tellement affaiblie dans le Sénat et le Corps législatif, que ce furent les principaux membres de ces assemblées, tels que Talleyrand, le duc de Dalberg, Laisné et autres, qui, par des émissaires secrets, informaient les souverains alliés de la désaffection de la haute classe parisienne à l'égard de Napoléon, et les engageaient à venir attaquer la capitale.

Quant aux moyens de défense, je dois avouer que Napoléon n'y avait pas suffisamment pourvu, car on s'était borné à couvrir de quelques palissades les barrières de la rive droite, sans faire aucun ouvrage pour y placer du canon. Et comme le très petit nombre de troupes de ligne, d'invalides, de vétérans et d'élèves de l'École polytechnique qui formaient la garnison était insuffisant pour qu'on pût même essayer de résister, l'Empereur, en s'éloignant de la capitale au mois de janvier, pour aller se mettre à la tête des troupes réunies en Champagne, avait confié à la garde nationale la défense de Paris, où il laissait son fils et l'Impératrice. Il avait réuni aux Tuileries les officiers de la milice bourgeoise, qui, selon l'habitude, avaient répondu par de nombreux _serments_ et les plus belliqueuses protestations au discours chaleureux qu'il leur adressa. L'Empereur avait nommé l'Impératrice _régente_, et désigné pour lieutenant général commandant supérieur son frère Joseph, ex-roi d'Espagne, le meilleur, mais le plus _antimilitaire_ de tous les hommes.

Napoléon, se faisant illusion au point de croire qu'il avait ainsi pourvu à la sûreté de la capitale, pensa qu'il pouvait la livrer pour quelques jours à ses propres forces, pour aller avec le peu de troupes qui lui restaient exécuter le projet de se jeter sur les derrières des ennemis. Il partit donc pour la Lorraine vers la fin de mars. Mais à peine était-il à quelques jours de marche, qu'il apprit que les alliés, au lieu de le suivre, ainsi qu'il l'avait espéré, s'étaient dirigés sur Paris, en poussant devant eux les faibles débris des corps des maréchaux Marmont et Mortier, qui, postés sur les hauteurs de Montmartre, essayaient de les défendre, sans que la garde nationale les secondât autrement que par l'envoi de quelques rares tirailleurs.

Ces fâcheuses nouvelles ayant dessillé les yeux de Napoléon, il fit rétrograder ses colonnes vers Paris, dont il prit lui-même la route sur-le-champ.

Le 30 mars, l'Empereur, voyageant rapidement en poste et sans escorte, venait de dépasser Moret, lorsqu'une vive canonnade se faisant entendre, il conçut l'espoir d'arriver avant l'entrée des alliés dans la capitale, où sa présence aurait certainement produit une très vive sensation sur le peuple, qui demandait des armes. (Il y avait cent mille fusils et plusieurs millions de cartouches dans les casernes du Champ de Mars, mais le général Clarke, ministre de la guerre, ne voulut pas en permettre la distribution.)

Arrivé au relais de Fromenteau, à cinq lieues seulement de Paris, l'Empereur, n'entendant plus le canon, comprit que cette ville était au pouvoir des ennemis, ce qui lui fut confirmé à Villejuif. En effet, Marmont avait signé une capitulation qui livrait la capitale aux ennemis!...

Cependant, à l'approche du danger, on avait éloigné de Paris l'Impératrice et son fils le roi de Rome, qui s'étaient rendus à Blois, où le roi Joseph, abandonnant le commandement dont l'Empereur l'avait revêtu, les suivit bientôt. Les troupes de ligne évacuèrent Paris par la barrière de Fontainebleau, route par laquelle on attendait l'Empereur.

Il est impossible de donner une idée de l'agitation dans laquelle se trouvait alors la capitale, dont les habitants, divisés par tant d'intérêts différents, venaient d'être surpris par une invasion que peu d'entre eux avaient prévue... Quant à moi, qui m'y attendais, et qui avais vu de si près les horreurs de la guerre, j'étais bien tourmenté de savoir où je mettrais en sûreté ma femme et mon jeune enfant, lorsque le bon vieux maréchal Sérurier ayant offert un asile à toute ma famille à l'hôtel des Invalides, dont il était gouverneur, je fus tranquillisé par la pensée que, les lieux habités par les vieux soldats ayant été partout respectés par les Français, les ennemis agiraient de même envers nos anciens militaires. Je conduisis donc ma famille aux Invalides et m'éloignai de Paris avant l'entrée des alliés, pour me rendre à Versailles aux ordres du général Préval, qui me donna le commandement d'une petite colonne composée de cavaliers disponibles de mon régiment, ainsi que de ceux des 9e et 12e de chasseurs.

Lors même que les alliés n'eussent pas marché sur Paris, cette colonne devant être réunie ce jour-là même à Rambouillet, je m'y rendis. J'y trouvai mes chevaux et équipages de guerre, et pris le commandement des escadrons qui m'étaient destinés.

La route était couverte par les voitures des personnes qui s'éloignaient de la capitale. Je ne m'en étonnai pas; mais je ne pouvais comprendre d'où provenait le grand nombre de troupes de diverses armes qu'on voyait arriver de toutes les directions par détachements qui, si on les eût réunis, auraient formé un corps assez considérable pour arrêter les ennemis devant Montmartre et donner le temps à l'armée, qui accourait de la Champagne et de la Brie, de sauver Paris. Mais l'Empereur, trompé par son ministre de la guerre, n'avait donné aucun ordre à ce sujet, et ignorait probablement qu'il lui restât encore de si grands moyens de défense, dont voici l'énumération, d'après les documents pris au ministère de la guerre, savoir:

Quatre cents canons, suffisamment approvisionnés, soit à Vincennes, soit à l'École militaire du Champ de Mars, ou au dépôt central d'artillerie. Plus de 50,000 fusils neufs dans ces mêmes lieux. Quant aux hommes, le roi Joseph et Clarke, le ministre de la guerre, pouvaient disposer de troupes amenées à Paris par les maréchaux Marmont et Mortier, et dont l'effectif s'élevait à 19,000 hommes; de 7 à 8,000 soldats de la ligne casernés à Paris; de 3,000 hommes appartenant aux dépôts de la garde impériale; de 15 à 18,000 cavaliers démontés, casernés à Versailles ou dans les environs; de 18 à 20,000 conscrits ou soldats de dépôts destinés aux régiments de la ligne, et des gardes nationales actives casernées à Saint-Denis, Courbevoie, Rueil et autres villages des environs de Paris; de plus de 2,000 officiers en congé, blessés, sans emploi ou en retraite, qui étaient venus offrir leurs services; enfin de 20,000 ouvriers, presque tous anciens soldats, qui demandaient à contribuer à la défense de Paris.

Ces forces réunies présentaient un effectif de plus de 80,000 hommes, qu'il était facile de rassembler en quelques heures et d'utiliser à la défense de la capitale jusqu'à l'arrivée de Napoléon et de l'armée qui le suivait.

Joseph et Clarke, prévenus dès le 28 mars au matin de l'approche des ennemis, qui n'attaquèrent que le 30, eurent donc quarante-huit heures pour employer ces ressources, mais aucune ne fut mise en usage. Enfin, pour comble d'impéritie, au moment où les troupes ennemies attaquaient Romainville, Joseph et Clarke faisaient sortir de Paris, par la barrière de Passy, 4,000 des meilleurs fantassins ou cavaliers de la garde impériale, pour aller renforcer à Blois l'escorte de l'Impératrice qui était déjà plus nombreuse qu'il n'était nécessaire pour le moment.

Dès que Napoléon apprit que Paris avait capitulé et que les deux petits corps de Marmont et de Mortier avaient évacué la place en se retirant vers lui, il leur envoya l'ordre de venir prendre position à Essonnes, à sept lieues et à mi-chemin de Paris à Fontainebleau, et se rendit lui-même dans cette dernière ville, où arrivaient les têtes de colonnes de l'armée revenant de Saint-Dizier, ce qui indiquait l'intention dans laquelle était l'Empereur de marcher sur Paris, dès que ses troupes seraient réunies.

Les généraux ennemis ont avoué plus tard que s'ils eussent été attaqués par l'Empereur, ils n'auraient osé recevoir la bataille, en ayant derrière eux la Seine et l'immense ville de Paris avec son million d'habitants, qui pouvaient se révolter pendant la bataille, barricader les rues ainsi que les ponts, et leur couper la retraite; aussi étaient-ils résolus à se retirer pour aller camper sur les hauteurs de Belleville, Charonne, Montmartre et les buttes Chaumont, qui dominent la rive droite de la Seine et la route d'Allemagne, lorsque survinrent dans Paris de nouveaux événements qui les retinrent dans cette ville.

M. de Talleyrand, ancien évêque marié, avait été, en apparence, l'un des hommes les plus dévoués à l'Empereur, qui l'avait comblé de richesses, fait prince de Bénévent, grand chambellan, etc., etc. M. de Talleyrand, dont l'amour-propre était blessé de n'être plus le confident de Napoléon et le ministre dirigeant de sa politique, s'était mis, surtout depuis les désastres de la campagne de Russie, à la tête de la sourde opposition que faisaient les mécontents de tous les partis, et principalement le _faubourg Saint-Germain_, c'est-à-dire la haute aristocratie, qui, après s'être soumise en apparence et avoir même servi Napoléon aux jours de sa prospérité, s'était posée en ennemie et, sans se compromettre ouvertement, attaquait par tous les moyens le chef du gouvernement. Les principaux chefs de ce parti étaient: l'abbé de Pradt, que l'Empereur avait nommé archevêque de Malines; le baron Louis, l'abbé de Montesquiou, M. de Chateaubriand, le député Laisné, etc., etc.

Presque tous ces hommes de talent, dirigés par Talleyrand, le plus habile et le plus intrigant de tous, attendaient depuis quelque temps l'occasion de renverser Napoléon. Ils comprirent qu'ils n'en trouveraient jamais une aussi favorable que celle que leur offrait l'occupation de la France par un million et demi d'ennemis, et la présence à Paris de tous les souverains de l'Europe, dont la plupart avaient été grandement humiliés par Napoléon. Mais, bien que celui-ci fût en ce moment très affaibli, il n'était point encore totalement abattu, car, outre l'armée qu'il ramenait avec lui et qui venait de faire des prodiges, il lui restait celle de Suchet entre les Pyrénées et la Haute-Garonne, des troupes nombreuses commandées par le maréchal Soult, et il y avait deux belles divisions à Lyon; enfin, l'armée d'Italie était encore formidable, de sorte que, malgré l'occupation de Bordeaux par les Anglais, Napoléon pouvait encore réunir des forces considérables et prolonger indéfiniment la guerre, en soulevant les populations exaspérées par les exactions des ennemis.

M. de Talleyrand et son parti comprirent que s'ils donnaient à l'Empereur le temps de faire arriver sous Paris les troupes qui le suivaient, il pourrait battre les alliés dans les rues de la capitale ou se retirer dans quelques provinces dévouées, où il continuerait la guerre jusqu'à ce que les alliés, fatigués, consentissent à faire la paix. Il fallait donc, selon Talleyrand et ses amis, changer la face du gouvernement. Mais là se trouvait la grande difficulté, car ils voulaient rétablir en la personne de Louis XVIII la famille des Bourbons sur le trône, tandis qu'une partie de la nation désirait y laisser Napoléon, ou tout au moins y appeler son fils.

La même divergence d'opinion existait parmi les souverains alliés, car les rois d'Angleterre et de Prusse se rangeaient du côté des Bourbons, tandis que l'empereur de Russie, qui ne les avait jamais aimés et qui craignait que l'antipathie de la nation française pour ces princes et les émigrés n'amenât quelque nouvelle révolution, n'était pas éloigné de prendre les intérêts du fils de Napoléon.

Pour couper court à ces discussions et décider la question en prenant les devants, l'astucieux Talleyrand, voulant en quelque sorte _forcer la main_ aux souverains étrangers, fit paraître à cheval sur la place Louis XV une vingtaine de jeunes gens du faubourg Saint-Germain, parés de cocardes blanches et conduits par le vicomte Talon, mon ancien compagnon d'armes, de qui je tiens ces détails. Ils se dirigèrent vers l'hôtel de la rue Saint-Florentin, habité par l'empereur Alexandre, en criant à tue-tête: «Vive le roi Louis XVIII! Vivent les Bourbons! À bas le tyran!...»

Ces cris ne produisirent d'abord sur les curieux rassemblés qu'un sentiment de stupéfaction, à laquelle succédèrent les menaces de la foule, ce qui ébranla les membres les plus résolus de la cavalcade. Ce premier élan de royalisme ayant manqué son effet, ils recommencèrent la scène sur différents points des boulevards. Sur quelques-uns on les hua, sur d'autres on les applaudit. Comme l'entrée des souverains alliés approchait et qu'il fallait aux Parisiens un _cri_ pour les animer, celui jeté par le vicomte Talon et ses amis retentit toute la journée aux oreilles de l'empereur Alexandre, ce qui permit à Talleyrand de dire le soir à ce monarque: «Votre Majesté a pu juger par elle-même avec quelle unanimité la nation désire le rétablissement des Bourbons!»

À compter de ce moment, la cause de Napoléon fut perdue, bien que ses adhérents fussent infiniment plus nombreux que ceux de Louis XVIII, ainsi que les événements le prouvèrent l'année suivante.

LETTRES ÉCRITES PAR LE COLONEL DE MARBOT EN 1815[21]

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(Après le licenciement du 23e de chasseurs et son incorporation au 3e de la même arme, le colonel de Marbot est nommé au commandement du 7e de hussards (d'Orléans). Ce régiment fait partie du 1er corps d'observation, aux ordres du comte d'Erlon.)

Cysoing, 10 avril 1815.

... Je suis en face de Tournay et je garde la ligne depuis Mouchin jusqu'à Chéreng. Quand je dis que je garde la ligne, je n'ai pas grand'peine, car les Anglais ne font aucun mouvement et sont aussi tranquilles à Tournay que s'ils étaient à Londres. Je crois que tout se passera à l'amiable. J'ai été hier à Lille, où j'ai été on ne peut mieux reçu par le général en chef comte d'Erlon.

Saint-Amand, 5 mai.

... Je viens de recevoir l'ordre de former une députation de cinq officiers et dix sous-officiers ou soldats pour aller à Paris, au Champ de Mai. L'ordre porte que le colonel sera lui-même à la tête de la députation. Celles de tous les régiments de la division doivent se mettre en route pour être rendues le 17 à Arras et partir le lendemain pour Paris. Tout est ici fort tranquille, et l'on n'y parle pas de guerre. Il y a beaucoup de désertions dans les troupes étrangères. Les hommes qui en arrivent assurent que tout ce qui est belge, saxon ou hollandais, désertera à nous. Mon régiment devient de jour en jour plus considérable. J'ai 700 hommes. Dans mon dépôt, il en est arrivé 52 hier; le costume les flatte tant qu'ils arrivent _drus comme mouches_; on ne sait où les fourrer...

Saint-Amand, 8 mai.

... Depuis huit jours, la désertion est au dernier degré dans les troupes étrangères. Les soldats belges, saxons, hanovriens, arrivent par bandes de 15 à 20. Ils affirment que les Russes ne viennent pas et qu'on croit qu'il n'y aura pas de guerre. Cela paraît ici presque certain. S'il en arrive ainsi, que de paroles perdues! Que de projets qui se trouveront manqués!...

Pont-sur-Sambre, 13 juin.

... Je suis arrivé ce matin de Paris à Valenciennes. J'ai trouvé mon régiment sur la place. Il traversait la ville pour aller vers Maubeuge. Je n'ai eu que le temps de mettre mes effets sur mes chevaux, de confier ma voiture à un ami et de partir. Je tombais de sommeil, mais il a fallu marcher toute la journée au milieu d'une armée immense. Nous venons de prendre position pour cette nuit... Nous marchons!... Il paraît que le gant est jeté définitivement... Je ne crois pas qu'on se batte avant cinq jours...

Merbes-le-Château, 14 juin.

... Nous avons encore marché aujourd'hui, et j'ai été à cheval ce matin à trois heures... Nous voilà sur l'extrême frontière. L'ennemi se retire, et je ne crois pas qu'il y ait un grand engagement. Tant pis, car nos troupes sont bien animées...

(Après une brillante affaire, le 17 juin, à Jenappe, le colonel de Marbot est nommé général de brigade; la chute de l'Empire empêche que cette nomination soit confirmée. Après Waterloo, le colonel se retire avec son régiment sur Valenciennes, puis vers Paris et derrière la Loire.)

Laon, 26 juin 1813.

Je ne reviens pas de notre défaite!... On nous a fait manœuvrer comme des citrouilles. J'ai été, avec mon régiment, flanqueur de droite de l'armée pendant presque toute la bataille. On m'assurait que le maréchal Grouchy allait arriver sur ce point, qui n'était gardé que par mon régiment, trois pièces de canon et un bataillon d'infanterie légère, ce qui était trop faible. Au lieu du maréchal Grouchy, c'est le corps de Blücher qui a débouché!... Jugez de la manière dont nous avons été arrangés!... Nous avons été enfoncés, et l'ennemi a été sur-le-champ sur nos derrières!... On aurait pu remédier au mal, mais personne n'a donné d'ordres. Les gros généraux ont été à Paris faire de mauvais discours. Les petits perdent la tête, et cela va mal... J'ai reçu un coup de lance dans le côté; ma blessure est assez forte, mais j'ai voulu rester pour donner le _bon exemple_. Si chacun eût fait de même, cela irait encore, mais les soldats désertent à l'intérieur; personne ne les arrête, et il y a dans ce pays-ci, quoi qu'on dise, 50,000 hommes qu'on pourrait réunir; mais alors il faudrait _peine de mort_ contre tout homme qui quitte son poste et contre ceux qui donnent permission de le quitter. Tout le monde donne des congés, et les diligences sont pleines d'officiers qui s'en vont. Jugez si les soldats sont en reste! Il n'y en aura pas un dans huit jours, si la _peine de mort_ ne les retient... Si les Chambres veulent, elles peuvent nous sauver; mais il faut des moyens _prompts_ et des lois _sévères_... On n'envoie pas un bœuf, pas de vivres, rien...; de sorte que les soldats pillent la pauvre France comme ils faisaient en Russie... Je suis aux avant-postes, sous Laon; on nous a fait promettre de ne pas tirer, et tout est tranquille...

(Lettre écrite en 1830 par le colonel de Marbot au général E. de Grouchy.)

MON GÉNÉRAL,

J'ai reçu la lettre par laquelle vous exprimez le désir de connaître la marche des reconnaissances dirigées par moi sur la Dyle, le jour de la bataille de Waterloo. Je m'empresse de répondre aux questions que vous m'adressez à ce sujet.

Le 7e de hussards, dont j'étais colonel, faisait partie de la division de cavalerie légère attachée au 1er corps, formant, le 18 juin, la droite de la portion de l'armée que l'Empereur commandait en personne. Au commencement de l'action, vers onze heures du matin, je fus détaché de la division avec mon régiment et un bataillon d'infanterie placé sous mon commandement. Ces troupes furent mises en potence à l'extrême droite, derrière Frichemont, faisant face à la Dyle.

Des instructions particulières me furent données, de la part de l'Empereur, par son aide de camp Labédoyère et un officier d'ordonnance dont je n'ai pas retenu le nom. Elles prescrivaient de laisser le gros de ma troupe toujours en vue du champ de bataille, de porter 200 fantassins dans le bois de Frichemont, un escadron à Lasne, poussant des postes jusqu'à Saint-Lambert; un autre escadron moitié à Couture, moitié à Beaumont, envoyant des reconnaissances jusque sur la Dyle, aux ponts de Moustier et d'Ottignies. Les commandants de ces divers détachements devaient laisser de quart de lieue en quart de lieue des petits postes à cheval, formant une chaîne continue jusque sur le champ de bataille, afin que, par le moyen de hussards allant au galop d'un poste à l'autre, les officiers en reconnaissance pussent me prévenir rapidement de leur jonction avec l'avant-garde des troupes du maréchal Grouchy, qui devaient arriver du côté de la Dyle. Il m'était enfin ordonné d'envoyer directement à l'Empereur les avis que me transmettraient ces reconnaissances. Je fis exécuter l'ordre qui m'était donné.

Il me serait impossible, après un laps de temps de quinze années, de fixer au juste l'heure à laquelle le détachement dirigé vers Moustier parvint sur ce point, d'autant plus que le capitaine Éloy, qui le commandait, avait reçu de moi l'injonction de s'éclairer au loin et de marcher avec la plus grande circonspection. Mais en remarquant qu'il partit à onze heures du champ de bataille, et n'avait pas plus de deux lieues à parcourir, on doit présumer qu'il les fit en deux heures, ce qui fixerait son arrivée à Moustier à une heure de l'après-midi. Un billet du capitaine Éloy, que me transmirent promptement les postes intermédiaires, m'apprit qu'il n'avait trouvé aucune troupe à Moustier, non plus qu'à Ottignies, et que les habitants assuraient que les Français laissés sur la rive droite de la Dyle passaient la rivière à Limal, Limelette et Wavre.

J'envoyai ce billet à l'Empereur par le capitaine Kouhn, faisant fonction d'adjudant-major. Il revint accompagné d'un officier d'ordonnance, lequel me dit de la part de l'Empereur de laisser la ligne des postes établie sur Moustier, et de prescrire à l'officier qui éclairait le défilé de Saint-Lambert de le passer, en poussant le plus loin possible dans les directions de Limal, Limelette et Wavre. Je transmis cet ordre, et envoyai même ma carte au chef du détachement de Lasne et Saint-Lambert.

Un de mes pelotons, s'étant avancé à un quart de lieue au delà de Saint-Lambert, rencontra un peloton de hussards prussiens, auquel il prit plusieurs hommes, dont un officier. Je prévins l'Empereur de cette étrange capture, et lui envoyai les prisonniers.

Informé par ceux-ci qu'ils étaient suivis par une grande partie de l'armée prussienne, je me portai avec un escadron de renfort sur Saint-Lambert. J'aperçus au delà une forte colonne, se dirigeant vers Saint-Lambert. J'envoyai un officier à toute bride en prévenir l'Empereur, qui me fit répondre d'avancer hardiment, que cette troupe ne pouvait être que le corps du maréchal Grouchy venant de Limal et poussant devant lui quelques Prussiens égarés, dont faisaient partie les prisonniers que j'avais faits.

J'eus bientôt la certitude du contraire. La tête de la colonne prussienne approchait, quoique très lentement. Je rejetai deux fois dans le défilé les hussards et lanciers qui la précédaient. Je cherchais à gagner du temps en maintenant le plus possible les ennemis, qui ne pouvaient déboucher que très difficilement des chemins creux et bourbeux dans lesquels ils étaient engagés; et lorsque enfin, contraint par des forces supérieures, je battais en retraite, l'adjudant-major, auquel j'avais ordonné d'aller informer l'Empereur de l'arrivée _positive_ des Prussiens devant Saint-Lambert, revint en me disant que l'Empereur prescrivait de prévenir de cet événement la tête de colonne du maréchal Grouchy, qui devait déboucher en ce moment par les ponts de Moustier et d'Ottignies, puisqu'elle ne venait pas par Limal et Limelette.

J'écrivis à cet effet au capitaine Éloy; mais celui-ci, ayant vainement attendu sans voir paraître aucune troupe, et entendant le canon vers Saint-Lambert, craignit d'être coupé. Il se replia donc successivement sur ses petits postes, et rejoignit le gros du régiment resté en vue du champ de bataille, à peu près au même instant que les escadrons qui revenaient de Saint-Lambert et Lasne, poussés par l'ennemi.

Le combat terrible que soutinrent alors derrière les bois de Frichemont les troupes que je commandais et celles qui vinrent les appuyer, absorba trop mon esprit pour que je puisse spécifier exactement l'heure; mais je pense qu'il pouvait être à peu près sept heures du soir; et comme le capitaine Éloy se replia au trot et ne dut pas mettre plus d'une heure à revenir, j'estime que ce sera vers six heures qu'il aura quitté le pont de Moustier, sur lequel il sera, par conséquent, resté cinq heures. Il est donc bien surprenant qu'il n'ait pas vu votre aide de camp, à moins que celui-ci ne se soit trompé sur le nom du lieu où il aura abordé la Dyle.

Tel est le précis du mouvement que fit le régiment que je commandais pour éclairer pendant la bataille de Waterloo le flanc droit de l'armée française. La marche, la direction de mes reconnaissances furent d'une si haute importance dans cette mémorable journée, que le maréchal Davout, ministre de la guerre, m'ordonna à la fin de 1815 d'en relater les circonstances dans un rapport que j'eus l'honneur de lui adresser et qui doit se trouver encore dans les archives de la guerre[22].

Des faits que je viens de raconter est résultée pour moi la conviction que l'Empereur attendait sur le champ de bataille de Waterloo le corps du maréchal Grouchy. Mais sur quoi cet espoir était-il fondé? C'est ce que j'ignore, et je ne me permettrai pas de juger, me bornant à la narration de ce que j'ai vu.

J'ai l'honneur d'être, etc.

[Illustration: _Extrait d'une Lettre du général de Marbot, datée de Tirlemont_, 18 _août_ 1831.

(Communiqué par M. Élie Massenat.)]

Les récits du général de Marbot se terminant à la bataille de Waterloo, nous avons pensé que le lecteur désirerait connaître la suite de la carrière du vaillant soldat. Nous la trouvons retracée dans un article biographique publié au _Journal des Débats_, par M. Cuvillier-Fleury, le lendemain de la mort du général: il y parle précisément des _Mémoires_ dont il avait eu connaissance et qu'il engage vivement la famille à publier. Nous avons donc cru ne pouvoir mieux faire que de terminer cette publication en reproduisant ici _in extenso_ l'article de M. Cuvillier-Fleury, l'un des morceaux les plus éloquents du célèbre académicien.

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LE GÉNÉRAL DE MARBOT

(Article du _Journal des Débats_ du 22 novembre 1854.)

Une nombreuse assistance, composée de parents et d'amis, de généraux, de magistrats, de membres de l'ancienne pairie, et de personnes distinguées, au milieu desquelles on remarquait le maréchal ministre de la guerre, accompagnait, samedi dernier, à l'église de la Madeleine, et conduisait ensuite au champ du repos les restes mortels de M. le général baron de Marbot, enlevé le 16 novembre, et après une courte maladie, à l'affection et aux regrets de sa famille.

Le nom de Marbot avait été doublement inscrit dans l'histoire de la Révolution et de l'Empire. Le père du général qui vient de mourir, ancien aide de camp de M. de Schomberg, député de la Corrèze à l'Assemblée constituante, avait commandé la 1re division militaire, présidé le Conseil des Anciens, et il était mort des suites d'une blessure qu'il avait reçue au siège de Gênes. Ce fut pendant cette campagne, si fatale à son père, que Jean-Baptiste-Marcellin de Marbot fit le premier apprentissage de la guerre, comme simple soldat au 1er régiment de hussards. Il était né le 18 août 1782, au château de la Rivière (Corrèze), et il n'avait que dix-sept ans quand il entra au service. Un mois plus tard, à la suite d'un brillant fait d'armes, il fut nommé sous-lieutenant; et c'est ainsi que s'ouvrit pour lui, entre cette perte irréparable qui lui enlevait son plus sûr appui et cette promotion rapide qui le désignait à l'estime de ses chefs, la rude carrière où il devait s'illustrer.

Marbot appartenait à cette génération qui n'avait que très peu d'années d'avance sur le grand mouvement de 89, et pour laquelle la Révolution précipitait pour ainsi dire la marche du temps; car il faut bien le remarquer ici: parmi ceux qui, voués au métier des armes, devaient porter si haut et si loin la gloire du nom français, tous n'avaient pas eu le même bonheur que le jeune Marbot. L'ancien régime faisait payer cher aux plus braves le tort d'une origine obscure et d'une parenté sans blason. On attendait quelquefois quinze et vingt ans une première épaulette. Plusieurs quittaient l'armée faute d'obtenir un avancement mérité. Ce fut ainsi que Masséna prit son congé le 10 août 1789, après quatorze ans de service comme soldat et sous-officier. Moncey mit treize ans à gagner une sous-lieutenance. Soult porta six ans le fusil. Bernadotte ne fut sous-lieutenant qu'après avoir passé dix ans dans le régiment de Royale-Marine. Il mit à peine le double de ce temps-là, une fois la Révolution commencée, pour devenir de sous-lieutenant roi de Suède[23]. Marbot, soldat en 1799, était déjà capitaine en 1807. On lui avait tenu compte des canons qu'il avait enlevés aux Autrichiens, dans une brillante charge de cavalerie, pendant la seconde campagne d'Italie; on lui avait su gré de l'énergique activité de ses services comme aide de camp du maréchal Augereau pendant la bataille d'Austerlitz. Ce fut donc comme capitaine qu'il fit la campagne d'Eylau. Pendant la bataille de ce nom, et au moment le plus critique de cette sanglante journée, Augereau lui donna l'ordre de se rendre en toute hâte sur l'emplacement qu'occupait encore le 14e de ligne, cerné de tous côtés par un détachement formidable de l'armée russe, et d'en ramener, s'il le pouvait, les débris. Mais il était trop tard. Pourtant Marbot, grâce à la vitesse de son cheval, et quoique plusieurs officiers du maréchal, porteurs du même ordre, eussent rencontré la mort dans cette périlleuse mission, Marbot pénètre jusqu'au monticule où, pressés de toutes parts par un ennemi acharné, les restes de l'infortuné régiment tentaient leur dernier effort et rendaient leur dernier combat. Marbot accourt; il demande le colonel; tous les officiers supérieurs avaient péri. Il communique à celui qui commandait à leur place, en attendant de mourir, l'ordre qu'il avait reçu. Cependant les colonnes russes, débouchant sur tous les points et bloquant toutes les issues, avaient rendu toute retraite impossible... «Portez notre aigle à l'Empereur, dit à Marbot, avec d'héroïques larmes, le chef du 14e de ligne, et faites-lui les adieux de notre régiment en lui remettant ce glorieux insigne que nous ne pouvons plus défendre...» Ce qui se passa ensuite, Marbot ne le vit pas: atteint par un boulet qui le renversa sur le cou de son cheval, puis emporté par l'animal en furie hors du carré où le 14e achevait de mourir jusqu'au dernier homme, l'aide de camp d'Augereau fut renversé quelques moments après, puis laissé pour mort sur la neige, et il eût été confondu dans le même fossé avec les cadavres qui l'entouraient, si un de ses camarades ne l'eût miraculeusement reconnu et ramené à l'état-major.

Le général Marbot racontait parfois, et avec une émotion communicative, ce dramatique épisode de nos grandes guerres; et c'est bien le lieu de faire remarquer ici tout ce qu'il mettait d'esprit, de verve, d'originalité et de couleur dans le récit des événements militaires auxquels il avait pris part; il n'aimait guère à raconter que ceux-là. Précision du langage, vigueur du trait, abondance des souvenirs, netteté lumineuse et véridique, don de marquer aux yeux par quelques touches d'un relief ineffaçable les tableaux qu'il voulait peindre, rien ne manquait au général Marbot pour intéresser aux scènes de la guerre les auditeurs les plus indifférents ou les plus sceptiques. Son accent, son geste, son style coloré, sa vive parole, cette chaleur sincère du souvenir fidèle, tout faisait de lui un de ces conteurs si attachants et si rares qui savent mêler au charme des réminiscences personnelles tout l'intérêt et toute la gravité de l'histoire.

Le général Marbot a laissé plusieurs volumes de mémoires manuscrits, qui ne sont entièrement connus que de sa famille. Pour nous, à qui sa confiante amitié avait pourtant donné plus d'une fois un avant-goût de ce rare et curieux travail, œuvre de sa vigoureuse vieillesse, nous n'anticiperons pas sur une publication qui ne saurait être, nous l'espérons, ni éloignée, ni incomplète. Depuis Eylau jusqu'à Waterloo, les services de Marbot ont d'ailleurs assez d'éclat pour qu'il ne soit pas nécessaire de les rappeler longuement, et mieux vaut attendre qu'il nous les raconte. De l'état-major d'Augereau, Marbot passe en 1808 à celui du maréchal Lannes, en 1809 à celui du maréchal Masséna. Il fait sous ces deux chefs illustres les deux premières campagnes d'Espagne, blessé le 1er novembre 1808 d'un coup de sabre à Agreda, puis d'un coup de feu qui lui traverse le corps au siège de Saragosse, La même année, il reçoit un biscaïen à la cuisse et un coup de feu au poignet à Znaïm, au moment même où une trêve vient d'être signée, et où il est envoyé entre les deux armées ennemies avec mission de faire cesser le feu. Marbot, comme on a pu le remarquer, est blessé partout, et partout on le retrouve. L'ambulance ne le retient jamais si longtemps que le champ de bataille. Sa vigoureuse constitution le sauve des suites de ses blessures. Sa convalescence même est héroïque. Son courage et sa vocation tirent parti même des mauvaises chances. Blessé ou non, les maréchaux, commandant en chef des corps d'armée dans des positions difficiles, veulent tous avoir Marbot dans leur état-major, et on comprend que ce n'est pas seulement l'intrépide sabreur que les maréchaux recherchent, c'est aussi l'officier sérieux, instruit, d'excellent conseil, l'homme de bon sens, l'esprit avisé et plein de ressources, l'intelligence au service du courage, et le calme dans la décision[24]; c'est tout cela qui désigne sans cesse le jeune Marbot à la confiance et au choix des généraux; et c'est ainsi qu'il passe les dix premières années de sa vie militaire, faisant la guerre sous les yeux des plus illustres lieutenants de Napoléon, à la grande école, celle du commandement supérieur, ayant vu de près, dans plusieurs campagnes mémorables, le fort et le faible de ce grand art si plein de prodiges et de misères, de concert et d'imprévu, de hautes conceptions et de méprisable hasard, ayant saisi son secret, et capable pour sa part de nous le donner dans cette confidence posthume dont il a laissé à de dignes fils la primeur et l'héritage.

En 1812, le capitaine Marbot quitte définitivement l'état-major des maréchaux. Nous le retrouvons à la tête d'un régiment de cavalerie (le 23e de chasseurs), qu'il commande avec supériorité pendant toute la campagne de Russie; et à la Bérézina c'est lui qui protège, autant que la mauvaise fortune de la France le permet alors, le passage de nos troupes, et qui contribue à refouler les forces ennemies qui écrasaient leurs héroïques débris. Blessé tout à la fois d'un coup de feu et d'un coup de lance à Jacobowo pendant la retraite, il revient peu de mois après, et à peine guéri, recevoir en pleine poitrine la flèche d'un Baskir sur le champ de bataille de Leipzig. Au combat de Hanau, le dernier que nos troupes livrèrent sur le sol de l'Allemagne, le colonel Marbot retrouve sa chance, il est blessé par l'explosion d'un caisson; et enfin à Waterloo, dans une charge de son régiment, il reçoit d'une lance anglaise, et après des prodiges de valeur, une nouvelle blessure, mais non pas encore la dernière.

L'aveugle et fanatique réaction qui emporta un moment le gouvernement restauré après les Cent-jours fit inscrire le nom de Marbot sur la liste de proscription du 24 juillet 1815. La réaction lui devait cela. Marbot se réfugia en Allemagne; et c'est là, sur ce théâtre de nos longues victoires, qu'il composa ce remarquable ouvrage[25] qui lui valut quelques années après, de la part de l'empereur Napoléon mourant sur le rocher de Sainte-Hélène, cet immortel suffrage de son patriotisme et de son génie: «... Au colonel Marbot: je l'engage à continuer à écrire pour la défense de la gloire des armées françaises, et à en confondre les calomniateurs et les apostats[26]!...»

La Restauration était trop intelligente pour garder longtemps rancune à la gloire de l'Empire. Elle pouvait la craindre, mais elle l'admirait. La lettre de Vérone, dans laquelle le sage roi Louis XVIII avait rendu un si grand témoignage au héros d'Arcole et des Pyramides, était toujours le fond de sa politique à l'égard des serviteurs du régime impérial. Le général Rapp était un aide de camp du Roi. Les maréchaux de Napoléon commandaient ses armées. Marbot fut rappelé de l'exil et nommé au commandement du 8e régiment de chasseurs à cheval. Déjà, en 1814, et très peu de temps après le rétablissement de la monarchie des Bourbons, le colonel Marbot avait été appelé à commander le 7e de hussards, dont M. le duc d'Orléans était alors le colonel titulaire. Cette circonstance avait décidé en lui le penchant qui le rapprocha depuis de la famille d'Orléans, et qui, plus tard, l'engagea irrévocablement dans sa destinée. Homme de cœur et d'esprit comme il l'était, attaché plus encore peut-être par sa raison que par sa passion à ces principes de 89 et à ces conquêtes de la France démocratique que la Charte de 1814 avait consacrés, esprit libéral, cœur patriote, Marbot s'était senti tout naturellement entraîné vers un prince qui avait pris une part si glorieuse en 1792 aux premières victoires de l'indépendance nationale et qui, le premier aussi, en 1815, avait protesté du haut de la tribune de la pairie contre la réaction et les proscripteurs. Aussi quand le duc de Chartres fut en âge de compléter par des études militaires la brillante et solide éducation qu'il avait reçue à l'Université, sous la direction d'un professeur éminent, ce fut au colonel Marbot que fut confiée la mission de diriger le jeune prince dans cette voie nouvelle ouverte à son intelligence et à son activité; et tout le monde sait que le disciple fit honneur au maître. Dès lors le général Marbot (le Roi l'avait nommé maréchal de camp après la révolution de Juillet) ne quitta plus le duc d'Orléans jusqu'à sa mort; et il le servit encore après, en restant attaché comme aide de camp à son jeune fils. Devant le canon d'Anvers, en 1831; plus tard, en 1835, pendant la courte et pénible campagne de Mascara où il commanda l'avant-garde; en 1839, pendant l'expédition des Portes de Fer; en 1840, à l'attaque du col de Mouzaïa, partout Marbot garda sa place d'honneur et sa part de danger auprès du prince, et il reçut sa dernière blessure à ses côtés. «... C'est votre faute si je suis blessé», dit-il en souriant au jeune duc, comme on le rapportait à l'ambulance.--«Comment cela? dit le prince.--Oui, monseigneur; n'avez-vous pas dit au commencement de l'action: Je parie que si un de mes officiers est blessé, ce sera encore Marbot? Vous avez gagné!...»

Je montre là, sans y insister autrement, un des côtés de la physionomie militaire de Marbot: il avait, dans un esprit très sérieux, une pointe d'humeur caustique très agréable. Il était volontiers railleur sans cesser d'être bienveillant. Une singulière finesse se cachait dans ce qu'on pouvait appeler quelquefois chez lui son gros bon sens. J'ajoute que les dons les plus rares de l'intelligence, la puissance du calcul, la science des faits et le goût des combinaisons abstraites s'alliaient en lui à une imagination très inventive, à une curiosité très littéraire et à un génie d'expression spontanée et de description pittoresque qui n'était pas seulement le mérite du conteur, comme je l'ai dit, mais qui lui assurait partout, dans les délibérations des comités, dans les conseils du prince, et jusque dans la Chambre des pairs, sur les questions les plus générales, un légitime et sérieux ascendant. D'un commerce très sûr, d'une loyauté à toute épreuve, sincère et vrai en toute chose, Marbot avait, dans la discussion, une allure, non pas de guerrier ni de conquérant,--personne ne supportait mieux la contradiction,--mais de raisonneur convaincu et déterminé, qui pouvait se taire, mais qui ne se rendait pas. Il avait, si on peut le dire, la discussion intrépide comme le cœur; il marchait droit à la vérité, comme autrefois à la bataille. Il affirmait quand d'autres auraient eu peut-être intérêt à douter; il tranchait des questions qu'une habileté plus souple eût réservées, et il n'y avait à cela, je le sais, aucun risque sous le dernier règne. L'époque, le lieu, l'habitude des controverses publiques, l'esprit libéral et curieux du prince qu'il servait, tout autorisait et encourageait chez Marbot cette franchise civique du vieux soldat. D'ailleurs, comment l'arrêter? Elle lui était naturelle comme sa bravoure et elle découlait de la même source.

Le livre que l'Empereur avait si magnifiquement récompensé par deux lignes de sa main, plus précieuses que le riche legs qu'il y avait joint, ce livre aujourd'hui épuisé, sinon oublié, est pourtant ce qui donnerait à ceux qui n'ont pas connu le général Marbot l'idée la plus complète de son caractère, de son esprit et de cet entrain qui n'appartenait pas moins à sa raison qu'à son courage. Le livre est presque tout entier technique, et il traite de l'art de la guerre dans ses plus vastes et dans ses plus minutieuses applications; malgré tout et en dépit de cette spécialité où il se renferme, c'est là une des plus attachantes lectures qu'on puisse faire. Je ne parle pas de cette verve de l'auteur qui anime et relève les moindres détails; c'est là l'intérêt qui s'adresse à tout le monde, c'est le plaisir; l'ouvrage a d'autres mérites, je veux dire cette vigueur du ton, cette ardeur du raisonnement, ce choix éclairé et cette mesure décisive de l'érudition mise au service des théories militaires,--mais surtout cet accent de l'expérience personnelle et ce reflet de la vie pratique, lumineux commentaire de la science. Tel est ce livre du général Marbot. Il l'écrivit à trente-quatre ans. Le livre est l'homme; et je comprends qu'il ait plu à l'Empereur et qu'il ait agréablement rempli quelques-unes de ces longues veillées de Sainte-Hélène; il lui rappelait un de ses officiers les plus énergiques et les plus fidèles; il ralliait dans leur gloire et ranimait dans leur audace tous ces vieux bataillons détruits ou dispersés; il flattait, dans le vainqueur d'Austerlitz, l'habitude et le goût de ces grandes opérations de guerre offensive[27] dont la théorie intrépide et la pratique longtemps irrésistible avaient été l'instrument de sa grandeur et la gloire de son règne. Marbot flattait ces souvenirs dans l'Empereur déchu plus qu'il ne l'aurait voulu faire peut-être dans l'Empereur tout-puissant; mais il écrivait en homme convaincu. Il défendait la guerre d'invasion comme quelqu'un qui n'avait jamais fait autre chose, avec conviction, avec vérité, par entraînement d'habitude et sans parti pris de plaire à personne. Il était l'homme du monde qui songeait le moins à plaire, quoiqu'il y eût souvent bien de l'art dans sa bonhomie, bien du cœur et bien de l'élan dans sa rudesse. Le général Rogniat avait écrit[28] que les passions les plus propres à inspirer du courage aux troupes étaient, selon lui, «le fanatisme religieux, l'amour de la patrie, l'honneur, l'ambition, l'amour, enfin le désir des richesses... _Je passe sous silence la gloire_, ajoute l'auteur; _les soldats entendent trop rarement son langage pour qu'elle ait de l'influence sur leur courage_...» C'était là, il faut bien l'avouer, une opinion un peu métaphysique pour l'époque où le général Rogniat écrivait, et qui, fût-elle fondée (ce que je ne crois pas), n'était ni utile à répandre ni bonne à dire. «... Mais quoi! s'écrie le colonel Marbot dans sa réponse, quoi! ils n'entendaient pas le langage de la gloire, ces soldats qui jurèrent au général Rampon de mourir avec lui dans la redoute de Montélésimo! Ceux qui, saisissant leurs armes à la voix de Kléber, préférèrent une bataille _sanglante_ à une capitulation _honteuse!_ Ils n'entendaient pas le langage de la gloire, ces soldats d'Arcole, de Rivoli, de Castiglione et de Marengo, ceux d'Austerlitz, d'Iéna et de Wagram! Ces milliers de braves qui couraient à une mort presque certaine dans le seul espoir d'obtenir la croix de la Légion, n'entendaient pas le langage de la gloire!... Que veulent donc ces braves soldats qui s'élancent les premiers sur la brèche ou s'enfoncent dans les rangs des escadrons ennemis? Ils veulent se distinguer, se faire une réputation d'hommes intrépides, qui attirera sur eux l'estime de leurs chefs, les louanges de leurs compagnons et l'admiration de leurs concitoyens. Si ce n'est pas là l'amour de la gloire, qu'est-ce donc[29]?...»

J'ai cité cette héroïque tirade, non pas pour donner une idée du style du général Marbot: il a d'ordinaire plus de tempérance, plus de mesure, plus d'originalité, même dans sa force; mais _ce style à la baïonnette_, qu'on aurait pu taxer de déclamation dans un temps différent du nôtre, a aujourd'hui un incontestable à-propos.

Une fois en guerre, qui ne reconnaît que cette façon de juger le soldat français est à la fois la plus équitable, la plus politique et la plus vraie? Marbot était le moins pindarique et le moins déclamateur des hommes, quoiqu'il y eût parfois bien de l'imagination dans son langage. Mais un sûr instinct lui avait montré ce qui fait battre la fibre populaire sous l'uniforme du soldat et sous le drapeau de la France; et aujourd'hui, après quarante ans, en rapprochant de ces lignes épiques, détachées d'un vieux livre, la liste récemment présentée au général Canrobert des 8,000 braves qui se sont fait inscrire pour l'assaut de Sébastopol, n'est-ce pas le cas de répéter avec le général Marbot: Si l'amour de la gloire n'est pas là, où est-il donc?...

Cette solidarité traditionnelle de la bravoure dans les rangs de l'armée française, aussi loin que remontent dans le passé ses glorieuses annales, est très nettement marquée dans l'ouvrage que le colonel Marbot écrivait en 1816 et qu'il publiait quelques années après. S'il l'eût écrit vingt ou trente ans plus tard, il n'eût pas seulement nommé les conquérants de l'Égypte, de l'Allemagne et de l'Italie; il eût signalé, dans les héritiers de ces belliqueux instincts, la même flamme d'héroïsme qui animait les pères; il les eût suivis sous les murs de Cadix, dans les champs de la Morée et à l'attaque du fort l'Empereur. Plus tard, il eût cité ces infatigables soldats qui nous ont donné l'Afrique: il les avait vus à l'œuvre. Il est mort en faisant comme nous tous de patriotiques vœux pour le succès de nos armes, engagées si glorieusement et si loin! Les drapeaux changent, les révolutions s'accumulent, les années s'écoulent: la bravoure française ne varie pas. Elle est dans la race et dans le sang. Marbot était plus que personne un type éminent de ce _courage de nature_, comme il l'appelle, qui n'a pas seulement la solidité, mais l'élan, qui n'attend pas l'ennemi, qui court à lui et le surprend, comme les zouaves à l'Alma, par ces apparitions soudaines qui font de la vitesse elle-même un des éléments de la victoire. Ce courage de l'invasion, de l'offensive, cet art ou plutôt ce don de marcher en avant, «de tirer avantage des lenteurs de l'ennemi, de l'étonner par sa présence, et de frapper les grands coups avant qu'il ait pu se reconnaître», cette sorte de courage était bien celle qui convenait à une nation prédestinée, plus qu'aucune autre, par la franchise de son génie, par l'expansion contagieuse de son caractère, par la facilité de sa langue acceptée de tous, à la diffusion de ses sentiments et de ses idées; et il n'est pas inutile de le rappeler, au moment où un si grand nombre de Français sont en ligne devant un redoutable ennemi. Marbot avait, avec toutes les qualités sérieuses du métier, ce courage d'avant-garde, et il était cité dans l'armée pour l'audace de ses entreprises ou de ses aventures. Un jour (c'était, je crois, au début de la campagne de Russie, et il venait d'être nommé colonel), il arrive à la tête de son régiment devant un gué qu'il avait mission de franchir. Le passage était défendu par un nombreux détachement de Cosaques, appuyés sur une artillerie imposante. Marbot fait reconnaître la position, qui est jugée imprenable. «Marchons, dit-il, mes épaulettes sont d'hier, il leur faut un baptême; en avant!...» En disant cela, il pique des deux. Il y eut là, pendant quelques instants, une lutte corps à corps, sabre contre sabre, et des provocations d'homme à homme, comme dans un chant d'Homère. Enfin l'ennemi céda, les canons furent pris. Marbot reçut sa huitième blessure, mais il passa.

Le général Marbot avait été fidèle à l'Empire jusqu'à souffrir, en mémoire de cette glorieuse époque, la proscription et l'exil. Nous avons vu comment la Restauration lui rendit à la fin justice, et comment la dynastie de Juillet lui donna sa confiance. La révolution de Février le mit à la retraite. Le général Marbot se résigna. Il accepta sans se plaindre une disgrâce qui le rattachait encore à la royauté déchue. Il avait la qualité des nobles cœurs, il était fidèle. Le souci très éclairé et très intelligent du père de famille n'avait jamais affaibli chez lui le citoyen ni le soldat. Après avoir été un des héros de l'épopée impériale, il fut un des personnages les plus considérables et les plus favorisés de la monarchie de Juillet, et il s'en est souvenu jusqu'à son dernier jour, non sans un mélange de douloureuse amertume quand il songeait à cette jeune branche d'un tronc royal, brisée fatalement sous ses yeux, mais avec une imperturbable sérénité de conscience en songeant aussi qu'il n'avait jamais cessé, depuis soixante ans, de servir son pays sur tous les champs de bataille, dans toutes les rencontres sérieuses, dans l'armée, dans le Parlement, dans les affaires publiques, dans l'éducation d'un prince, et jusque dans ces derniers et trop courts loisirs de sa verte vieillesse, consacrés au récit de nos grandes guerres et au souvenir de nos victoires immortelles.

CUVILLIER-FLEURY.

[Illustration: _Annotation du général de Marbot, en marge des_ Considérations sur l'art de la guerre, _du général Rogniat_.]

ÉTATS DE SERVICE de JEAN-BAPTISTE-ANTOINE-MARCELLIN BARON DE MARBOT NÉ À ALTILLAC (CORRÈZE) LE 18 AOÛT 1782

Entré au 1er régiment de hussards 28 septembre 1799.

Maréchal des logis 1er décembre 1799.

Sous-lieutenant 31 décembre 1799.

Passé au 25e régiment de chasseurs à cheval 11 juin 1801.

Envoyé à l'école d'équitation de Versailles 12 septembre 1802.

Nommé aide de camp du général Augereau 31 août 1803.

Lieutenant 11 juillet 1804.

Capitaine 3 janvier 1807.

Passé aide de camp du maréchal Lannes 2 novembre 1808.

Chef d'escadrons 3 juin 1809.

Passé aide de camp du maréchal Masséna 18 juin 1809.

Passé au 1er régiment de chasseurs 23 novembre 1811.

Passé au 23e -- 28 janvier 1812.

Colonel -- -- 15 novembre 1812.

Passé au 7e de hussards 8 octobre 1814.

Porté sur la 2e liste de l'ordonnance royale du 24 juillet 1815.

Sorti de France d'après la loi du 12 janvier 1816.

Rappelé par l'ordonnance du 15 octobre 1818.

Admis au traitement de réforme 1er avril 1820.

Rétabli en demi-solde avec rappel du 1er avril 1820.

Colonel du 8e régiment de chasseurs 22 mars 1829.

Aide de camp de S. A. R. le duc d'Orléans 12 août 1830.

Maréchal de camp 22 octobre 1830.

Compris dans le cadre d'activité de l'état-major général 22 mars 1831.

Commandant la 1re brigade de cavalerie au camp de Compiègne 18 juin 1834.

Commandant une brigade de grosse cavalerie au camp de Compiègne 10 juillet 1836.

Lieutenant général maintenu dans ses fonctions d'aide de camp de S. A. R. le duc d'Orléans 21 octobre 1838.

Mis à la disposition du gouverneur de l'Algérie 3 avril 1840.

Rentré en France 11 avril 1840.

Membre du comité d'état-major 20 septembre 1841.

Nommé inspecteur général pour 1842 du 14e arrondissement de cavalerie 22 mai 1842.

Commandant les troupes destinées à figurer la ligne ennemie dans le corps d'opérations sur la Marne 29 mai 1842.

Aide de camp de S. A. R. Monseigneur le comte de Paris 20 juillet 1842.

Inspecteur général pour 1843 du 8e arrondissement de cavalerie 11 juin 1843.

Inspecteur général pour 1844 du 6e arrondissement de cavalerie 25 mai 1844.

Membre du comité de cavalerie 13 avril 1845.

Inspecteur général pour 1845 du 2e arrondissement de cavalerie 24 mai 1845.

Inspecteur général pour 1846 du 2e arrondissement de cavalerie 27 mai 1846.

Inspecteur général pour 1847 du 13e arrondissement de cavalerie 11 juin 1847.

Maintenu dans la 1re section du cadre de l'état-major général 1er août 1847.

Admis à faire valoir ses droits à la retraite par décret du 17 avril 1848.

Retraité par arrêté du 8 juin 1848.

Décédé à Paris 16 novembre 1854.

CAMPAGNES

An VIII, Italie.--An IX, Ouest.--An X, Gironde.--An XII, au camp de Bayonne.--An XIII, au camp de Brest.--An XIV, 1805, 1806 et 1807, Grande Armée.--1808 et 1809, Espagne et Autriche.--1810 et 1811, Portugal.--1812, Russie.--1813 et 1814, Grande Armée.--1815, Belgique.--1831, 1832, à l'armée du Nord.--1835, 1839 et 1840, en Algérie.

BLESSURES

Un coup de baïonnette au bras gauche. Affecté d'étourdissements considérables par le passage d'un boulet, qui a enlevé la corne de son chapeau à la bataille d'Eylau 8 février 1807.

Un coup de sabre au front à Agréda 1er novembre 1808.

Un coup de feu au travers du corps au siège de Saragosse 9 février 1809.

Un coup de biscaïen dans la cuisse droite à la bataille d'Essling 22 mai 1809.

Un coup de feu au poignet gauche au combat de Znaïm 12 juillet 1809.

Un coup d'épée dans le visage et un coup de sabre dans le ventre au combat de Miranda de Corvo 14 mars 1811.

Un coup de feu à l'épaule gauche au combat de Jakoubowo 31 juillet 1812.

Un coup de lance au genou droit au combat de Plechtchénitsoui 4 décembre 1812.

Un coup de flèche dans la cuisse droite à la bataille de Leipzig 18 octobre 1813.

Un coup de lance dans la poitrine à la bataille de Waterloo 18 juin 1815.

Une balle au genou gauche dans l'expédition de Médéah 12 mai 1840.

DÉCORATIONS

Ordre de la Légion d'honneur. Chevalier 16 octobre 1808.

-- Officier 28 septembre 1813

-- Commandeur 21 mars 1831.

-- Grand officier 30 avril 1836.

Chevalier de Saint-Louis 10 septembre 1814.

Grand-croix de la Couronne de chêne de Hollande décembre 1832.

Grand officier de Léopold de Belgique août 1842.

Pair de France en 1845.

NOTES

[1: Le général Lamarque raconte dans ses _Mémoires_ comment il eut la désagréable mission d'annoncer à Masséna la confiscation de ses millions. La scène se passe la nuit au palais Acton. (_Note de l'éd._)]

[2: Frédéric-Guillaume IV.]

[3: M. Thiers parle de 400,000 hommes en chiffres ronds.]

[4: On lit dans le livre de M. de Ségur: «La mort de Koulnieff fut, dit-on, héroïque; un boulet lui brisa les deux jambes et l'abattit sur ses propres canons; alors voyant les Français s'approcher, il arracha ses décorations et, s'indignant contre lui-même de sa témérité, il se condamna à mourir sur le lieu même de sa faute en ordonnant aux siens de l'abandonner.»]

[5: Le baron Alfred de Marbot, maître des requêtes au Conseil d'État, mort en 1865.]

[6: M. de Ségur écrit: «On ne cherche plus à cacher, à Moscou, le sort qu'on lui destine... La nuit, des émissaires vont frapper à toutes les portes; ils annoncent l'incendie... On enlève les pompes; la désolation monte à son comble... Ce jour-là, une scène effrayante termina ce triste drame... Les prisons s'ouvrent: une foule sale et dégoûtante en sort tumultueusement... Dès lors, la grande Moscou n'appartient plus ni aux Russes, ni aux Français, mais à cette foule impure, dont quelques officiers et soldats de police dirigèrent la fureur. On les organisa; on assigna à chacun son poste, et ils se dispersèrent pour que le pillage et l'incendie éclatassent partout à la fois...»]

[7: Si nous en croyons les Mémoires de Tchitchakoff, le funeste désaccord qui régnait trop souvent parmi les lieutenants de Napoléon existait également parmi ceux d'Alexandre. C'est à ce désaccord que les débris de la Grande Armée auraient dû en partie leur salut lors du passage de la Bérésina. (_Note de l'éditeur._)]

[8: La tête de pont sur la rive droite.

Le comte de Rochechouart, alors aide de camp de l'empereur Alexandre, donne dans ses _Mémoires_ de nombreux détails sur toute l'affaire de Borisoff, à laquelle il prit une grande part. (_Note de l'éditeur._)]

[9: Les Mémoires de Tchitchakoff confirment pleinement tous ces détails.]

[10: Ou Stakof.]

[11: Dans une curieuse et dramatique relation illustrée de la campagne de Russie, publiée à Stuttgard en 1843, Faber du Faur signale cette vacuité des ponts dans la nuit du 27 au 28 novembre, et même dans celle du 28 au 29. (_Note de l'éditeur._)]

[12: Le général Partouneaux se défendit d'ailleurs héroïquement; sa division était réduite à quelques centaines de combattants lorsqu'elle dut se rendre. (Voy. THIERS, _Histoire du Consulat et de l'Empire_.)]

[13: Tchitchakoff a rendu justice à la vigueur de notre cavalerie dans cette affaire. Du reste, ses Mémoires (publiés en 1862) et ceux du comte de Rochechouart confirment de point en point les détails donnés sur ces événements: la prise et la perte de Borisoff par les Russes; leur mouvement intempestif sur Beresino inférieur; le combat de Zawniski près Brillowa et Stakowo; la fatale rupture des ponts et la retraite de nos troupes par les marais gelés de Zembin. (_Note de l'éditeur._)]

[14: Tchitchakoff a trouvé dans ce fait une excuse à sa négligence.]

[15: «Des malheureux se précipitèrent dans ces brasiers... leurs compagnons affamés les regardaient sans effroi... il y en eut même qui attirèrent à eux ces corps défigurés et grillés... et il est trop vrai qu'ils osèrent porter à leur bouche cette révoltante nourriture!» (DE SÉGUR, _Histoire de Napoléon_.)]

[16: Dans sa brochure publiée en 1823, Rostopschine insiste particulièrement sur les causes accidentelles de l'incendie.]

[17: M. Thiers établit comme il suit le compte de nos pertes. Selon lui, 420,000 hommes passèrent le Niémen, et ce chiffre fut porté à 533,000 par des renforts successifs: 300,000 auraient péri, tant Français qu'alliés. (_Note de l'éditeur._)]

[18: Ou Janowitz.]

[19: Le comte de Rochechouart nous raconte d'une façon très pittoresque la mission qu'il eut à remplir auprès de Bernadette, qui hésitait encore à passer l'Elbe au mois de septembre; il nous décrit également sa rencontre avec le prince royal de Suède, «superbe au milieu de la mitraille, entouré de morts et de blessés...», sur le champ de bataille de Leipzig. (_Note de l'éditeur._)]

[20: Dans les garnisons de la plupart des places fortes, et notamment dans celle de Danzig, composées de troupes de diverses nationalités, on eut à regretter quelques désertions même parmi les officiers; ceux-ci trouvèrent dans le camp russe l'accueil le plus empressé et nous combattirent dans la campagne de France.]

[21: Ces lettres sont les seuls documents que nous possédions sur la campagne de Waterloo.]

[22: Les démarches faites au ministère de la guerre pour trouver ce rapport sont malheureusement restées infructueuses. (_Note des éditeurs._)]

[23: Voir les _Portraits militaires_ de M. de La Barre-Duparcq, p. 23 Paris, 1853.]

[24: Plurimum audaciæ ad pericula capessenda, plurimum consilii intra ipsa pericula erat...» (Tite-Live, lib. XXI, _De Annibale_.)]

[25: _Remarques critiques_ sur l'ouvrage de M. le lieutenant général Rogniat, intitulé: _Considérations sur l'art de la guerre_, par le colonel Marbot (Marcellin), Paris, 1820. Marbot écrivit aussi en 1825 un autre ouvrage, qui eut alors un certain retentissement et qui le méritait; il est intitulé: _De la nécessité d'augmenter les forces militaires de la France_.]

[26: Paragraphe II, n° 31, du testament de Napoléon. Le legs de l'Empereur à Marbot était de _cent mille francs_.]

[27: Voir le chapitre intitulé: _Des grandes opérations offensives_, p. 597 et suiv. de l'ouvrage précité.]

[28: _Considérations sur l'art de la guerre_, p. 410.]

[29: _Remarques critiques_, etc., p. 191-192.]

TABLE DES NOMS

Abal (dom), I.

Adam, I.

Aguesseau (d'), II.

Aister (d'), I.

Albert (général), I; III.

Albuqueuque (d'), II.

Alexandre Ier, I; III.

Alorna (marquis d'), II.

Amy (colonel), II.

Andréossi, III.

Angoulême (duc d'), II; III.

Antonio (don), II.

Argenton, II.

Arnold, III.

Arrighi (duc de Padoue), III.

Aspre (comte d'), II.

Aspre (général d'), II.

Assalagny (docteur), II.

Auersperg (prince d'), I.

Augereau (maréchal), I; II; III.

Augereau (général), I.

Auguste (prince de Prusse), I.

B

Bachelet, III.

Bagration, I; III.

Balachoff (comte de), III.

Baour-Lormian, I.

Baraguey d'Hilliers, III.

Barain, II; III.

Barairon, I.

Barclay de Tolly, III.

Bareiros (José), II.

Barral (de), II.

Barras, I.

Bassano (duc de), III.

Bastide, I.

Bavastro, III.

Bayard, II.

Beaufort d'Hautpoul, II.

Beauharnais (prince Eugène de), I; II; III.

Beauharnais (comte de), II.

Beaumont, I.

Becker (général), II.

Belair, I.

Bellavène (général), I.

Belliard (général), II; III.

Benningsen, I; III.

Berckheim (général), III.

Beresford (général), II.

Berlier (colonel), II.

Bernadotte, I; II; III.

Bernard, I.

Berthier (maréchal), I; II; III.

Bertin, III.

Bertrand (général), I; II; III.

Bessières (maréchal), I; II; III.

Blancheton (docteur), II.

Blancheville, I.

Blankensée (de), III.

Blücher, I; III.

Boivin, III.

Bonaparte (Jérôme), I; II; III.

Bonaparte (Joseph), I; II; III.

Bonaparte (Louis), I; II.

Bonaparte (Lucien), I; II.

Bonaparte (Caroline), II.

Bonaparte (Pauline), I.

Bonnet (général), II; III.

Bonnier, II.

Bordenave, I; III.

Bordesoulle (général de), III.

Boudet (général), II.

Bourcier (général), I; III.

Bourgoing (de), III.

Boutourlin, III.

Brame, I.

Brénier (général), II.

Briqueville (de), II.

Brisset (docteur), II.

Bro, I.

Bronilowski, III.

Brune, I.

Brunswick (prince de), I.

Brunswick-Œls (prince de), II.

Bruyère (général), II; III.

Buget, I.

Bulow, III.