18.5
— Eh bien ! dit un gros homme qui fumait là sa pipe assis sur une borne, la trogne enluminée comme une gourde de mendiant, que ne vont-ils chez le Counënc ? Tenez, messieurs, venez, je vous y conduirai, poursuivit-il en se levant et en secouant sa pipe, il faut que j’aille de ce côté. C’est sur l’autre bord du Rhône, au faubourg de Trinquetaille… Ce n’est pas une hôtellerie, mon Dieu ! de premier ordre ; mais les gens de rivière, les radeliers, les bateliers qui viennent de Condrieu y font leur gargotage et n’en sont pas mécontents.
— Et d’où vient, dit Grivolas, qu’on l’appelle le Counënc ?
— L’hôtelier ? Parce qu’il est de Combs, un village près de Beaucaire, qui fournit quelques mariniers… Moi-même, qui vous parle, je suis patron de barque, et j’ai navigué ma part.
— Êtes-vous allé loin ?
— Oh ! non, je n’ai fait voile qu’au petit cabotage, jusqu’au Havre-de-Grâce… Mais
Pas de marinier
Qui ne se trouve en danger.
Et, allez, si n’étaient les grandes Saintes Maries qui nous ont toujours gardé, il y a beau temps, camarades, que nous aurions sombré en mer.
— Et l’on vous nomme ?
— Patron Gafet, tout à votre service, si vous vouliez, quelque moment, descendre au Sambruc ou au Graz, vers les îlots de l’embouchure, pour voir les bâtiments qui y sont ensablés.