18.10
Maintenant, où allons-nous ? L’Homme de Bronze venait de frapper onze heures… Et nous dîmes :
— Il faut aller faire un tour aux Aliscamps.
Nous prenons les Lices d’Arles, nous contournons les remparts, et, au clair de la lune, nous voilà descendant l’allée de peupliers qui mène au cimetière du vieil Arles romain. Et, ma foi, en errant au milieu des sépulcres éclairés par la lune et des auges mortuaires alignées sur le sol, voici que, gravement, nous répétions entre nous l’admirable ballade de Camille Reybaud :
Les peupliers du cimetière
Ont salué les trépassés.
As-tu peur des pieux mystères ?
Passe plus loin du cimetière !
Moi
Des blancs lambeaux du cimetière
Le couvercle s’est renversé.
Tous
As-tu peur des pieux mystères ?
Passe plus loin du cimetière.
Moi
Sur le gazon du cimetière
Tous les défunts se sont dressés.
Tous
As-tu peur des pieux mystères ?
Passe plus loin du cimetière.
Moi
Frères muets, au cimetière
Tous les morts se sont embrassés.
Tous
As-tu peur des pieux mystères ?
Passe plus loin du cimetière.
Moi
C’est la fête du cimetière,
Les morts se mettent à danser.
Tous
As-tu peur des pieux mystères ?
Passe plus loin du cimetière.
Moi
La lune est claire : au cimetière,
Les vierges cherchent leurs fiancés.
Tous
As-tu peur des pieux mystères ?
Passe plus loin du cimetière.
Moi
Leurs amoureux, au cimetière,
Ne sont plus là, si empressés.
Tous
As-tu peur des pieux mystères ?
Passe plus loin du cimetière.
Moi
Oh ! ouvrez-moi le cimetière,
Mon amour va les caresser...