‹ Mémoires et souvenirsChapitre 40 sur 41 · 18.10

18.10

Maintenant, où allons-nous ? L’Homme de Bronze venait de frapper onze heures… Et nous dîmes :

— Il faut aller faire un tour aux Aliscamps.

Nous prenons les Lices d’Arles, nous contournons les remparts, et, au clair de la lune, nous voilà descendant l’allée de peupliers qui mène au cimetière du vieil Arles romain. Et, ma foi, en errant au milieu des sépulcres éclairés par la lune et des auges mortuaires alignées sur le sol, voici que, gravement, nous répétions entre nous l’admirable ballade de Camille Reybaud :

Les peupliers du cimetière

Ont salué les trépassés.

As-tu peur des pieux mystères ?

Passe plus loin du cimetière !

Moi

Des blancs lambeaux du cimetière

Le couvercle s’est renversé.

Tous

As-tu peur des pieux mystères ?

Passe plus loin du cimetière.

Moi

Sur le gazon du cimetière

Tous les défunts se sont dressés.

Tous

As-tu peur des pieux mystères ?

Passe plus loin du cimetière.

Moi

Frères muets, au cimetière

Tous les morts se sont embrassés.

Tous

As-tu peur des pieux mystères ?

Passe plus loin du cimetière.

Moi

C’est la fête du cimetière,

Les morts se mettent à danser.

Tous

As-tu peur des pieux mystères ?

Passe plus loin du cimetière.

Moi

La lune est claire : au cimetière,

Les vierges cherchent leurs fiancés.

Tous

As-tu peur des pieux mystères ?

Passe plus loin du cimetière.

Moi

Leurs amoureux, au cimetière,

Ne sont plus là, si empressés.

Tous

As-tu peur des pieux mystères ?

Passe plus loin du cimetière.

Moi

Oh ! ouvrez-moi le cimetière,

Mon amour va les caresser...

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