‹ Mémoires Posthumes de Braz CubasChapitre 132 sur 150 · CXLI. LA DEMANDE SECRÈTE

CXLI. LA DEMANDE SECRÈTE

Que de choses il y a dans un menuet, comme dit l'autre. Que de choses il y a dans un combat de chiens! Mais je n'étais pas un disciple servile et timoré, incapable de faire une réflexion opportune. Tout en marchant, je lui fis part d'un doute. Je ne comprenais pas très bien l'utilité de disputer la nourriture aux chiens. Il me répondit avec une exceptionnelle bienveillance:

--Il est indiscutablement plus logique de la disputer aux autres hommes, car leur condition est la même, et le plus fort l'emporte sur le plus faible. Mais pourquoi ne serait-ce pas un spectacle grandiose de la disputer aux chiens. On a mangé volontairement des sauterelles comme le Précurseur, ou pis encore, comme Ézéchiel. Donc, ce qui est ignoble est pourtant mangeable. Reste à savoir s'il est plus digne pour l'homme de disputer de semblables aliments pour satisfaire une nécessité naturelle, ou de manger ces mêmes aliments en vertu d'une exaltation religieuse et qui peut être passagère, tandis que la faim est éternelle comme la vie et comme la mort.

Nous étions arrivés sur le seuil de la maison. On me remit une lettre, en me disant qu'elle venait de la part d'une dame. Nous rentrâmes, et Quincas Borba, avec Indiscrétion propre à un philosophe, s'en fut lire les titres des livres sur une étagère, tandis que je parcourais la lettre, qui était de Virgilia.

Mon bon ami,

Dona Placida est au plus mal. Veuillez donc faire quelque chose pour elle. Elle demeure dans l'impasse des Escadinhas; voyez s'il est possible de la faire entrer à l'hôpital.

Votre amie dévouée,

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