II
-- Mon gars, ô mon beau gars, cria le vieux Pignol en quittant son établi, sois le bien arrivé! Marguerite, le petit! Cours, va tirer du vin; mets la poêle, la nappe... Oh! la bénédiction! Comment te portes-tu?
-- Pas trop mal, grâce à Dieu! Et vous autres, par ici, père, êtes-vous tous gaillards?
-- Eh! comme de pauvres vieux... Mais sest-il donc fait grand!
Et tout le monde lembrasse, père, mère, voisins, et les amis, et les fillettes. On lui décharge son paquet, et les enfants manient les beaux rubans de son chapeau et de sa longue canne. La vieille Marguerite, les yeux larmoyants, allume vivement le feu avec une poignée de copeaux; et, pendant quelle enfarine quelques morceaux de merluche pour régaler le garçon, maître Pignol, le père, sassied à table avec Pignolet, et de trinquer: "A la santé!" Et lon commence à mouiller lanche.
-- Par exemple, faisait le vieux maître Pignol en frappant avec son verre, toi, dans moins de quatre ans, tu as achevé ton Tour de France et te voilà déjà, à ce que tu massures, passé et reçu Compagnon du Devoir! Comme tout change, cependant! De mon temps, il fallait sept ans, oui, sept belles années, pour gagner les _couleurs_... Il est vrai, mon enfant, que là, dans la boutique, je tavais assez dégauchi et que, pour un apprenti, tu ne poussais pas déjà, tu ne poussais pas trop mal le rabot et la varlope... Mais, enfin, lessentiel est que tu saches ton métier et que, je le crois du moins, tu aies vu et appris tout ce que doit connaître un luron qui est fils de maître.
-- Oh! père! pour cela, répondit le jeune homme, voyez, sans me vanter, je ne crois pas que personne, dans la menuiserie, me passe la plume par le bec.
-- Eh bien! dit le vieux, voyons, raconte-moi un peu, tandis que la morue chante et cuit dans la poêle, ce que tu remarquas de beau, tout en courant le pays.