‹ Missions au Sahara, tome 2Chapitre 11 sur 35 · II. — =GÉOGRAPHIE ZOOLOGIQUE=

II. — =GÉOGRAPHIE ZOOLOGIQUE=

Les animaux qui habitent le Sahara sont encore moins connus que les plantes ; il semble cependant que leur étude doive conduire à des conclusions analogues : aux formes particulières au désert, répandues de l’Arabie à l’Atlantique, viennent se joindre quelques immigrés provenant de la Méditerranée ou du Soudan.

=Cœlentérés.= — Les Méduses que l’on a cru longtemps essentiellement marines, ont été signalées dans quelques lacs de l’Est africain, en particulier dans le Tanganika. Il en existe aussi, et presque certainement la même espèce, Limnocnida tanganicæ Günther, dans le Niger jusqu’à Bamako.

La présence, assez insolite, d’une méduse dans les eaux douces africaines est une belle confirmation des rapports qui existent, ou ont existé, entre tous les bassins de l’Afrique tropicale ; elle vient à l’appui des observations de Pellegrin sur les poissons, et de Germain et Anthony sur les mollusques, qui, en gros tout au moins, sont les mêmes du Nil au Sénégal[132].

=Insectes.= — Parmi les insectes on trouve d’abord une série d’espèces spéciales au désert et ayant en général une large extension géographique. Les plus frappantes sont des scarabées noirs (Tenebrionides) : les indigènes les désignent sous les noms de khanfousa (pl. khanéfis) en arabe et de edjéré en tamahek ; ces différents mots sont fréquents dans la toponymie.

L’examen des quelques listes d’insectes déjà publiées[133] montre qu’à ces formes sahariennes viennent s’ajouter des espèces méditerranéennes et des espèces du Soudan : le Papilio Machaon L., nettement paléarctique, a été recueilli à Tamanr’asset (22°,47′ Lat. N.) ; le Callidryas Florella F. qui habite toute l’Afrique tropicale, remonte jusqu’à l’oued El R’essour (vers 22° Lat. N.) ; le Scolia unifasciata Cyrill. de la Méditerranée se trouve encore au sud de l’Ahaggar et l’Eumenes Caffra L., qui habite toute l’Afrique chaude, a été capturé au nord de l’Aïr (Taghazi, oued Tidek).

Ces quelques faits, qu’il serait facile de multiplier, suffisent à montrer l’importance du Sahara comme barrière entre la faune européenne et la faune tropicale : le désert, en laissant de côté les espèces adaptées spécialement à ses rudes conditions climatiques, est une sorte de territoire contesté vers le milieu duquel viennent se joindre les émigrés du nord et les émigrés du sud. La désignation assez bizarre d’équateur zoologique, que Pucheran[134] avait donné naguère à la ceinture de déserts qui, vers le tropique du Cancer, fait le tour du globe, correspond bien à une ligne de démarcation de premier ordre.

Enfin un Méloïde, de type très spécial, capturé à Tamanr’asset, est peut-être à rapprocher, au point de vue géographique, des plantes caractéristiques des hauteurs de l’Ahaggar.

Termites. — Les termites constructeurs, à termitière monumentale, turriforme, font leur première apparition dans la zone sahélienne. Leur limite nord n’est connue qu’en quelques points ; ils dépassent le 18° Lat. N. sur le littoral atlantique ; dans le Télemsi, ils apparaissent au sud de Tarikent (17°,30′ Lat. N.) ; dans le Tegama, j’ai noté les premiers vers Tin Teborak (15°,30) ; plus à l’est, leur limite s’infléchit de plus en plus vers le sud : elle passe à peu de distance au nord du Koutous (14°,30), puis fait un brusque crochet vers le sud : on voit les derniers à mi-chemin entre Chirmalek et Kakara ; ils manquent tout autour de la partie nord du Tchad. Leur distribution dans la zone qu’ils occupent est assez singulière ; presque toujours ils abondent dans les bas-fonds et manquent dans les endroits secs ; ils évitent d’ordinaire les dômes granitiques : le poste de Zinder en est exempt bien qu’à quelques cents mètres ils deviennent communs ; cependant auprès de Gouré, dans le Mounio, quelques termitières sont établies au sommet des mamelons granitiques. Il y a certainement plusieurs espèces de ces termites constructeurs, mais leur étude reste à faire.

Quant aux termites souterrains, on les trouve dans tous les points habitables du Sahara ; autour de Tamanr’asset (1300 m.) leurs galeries abondent sur un grand nombre d’arbrisseaux.

Insectes des tanezrouft. — Les insectes existent dans tout le Sahara ; ils sont relativement communs dans les pâturages, partout où il y a des arbres ou des herbes ; dans les tanezrouft ils sont naturellement plus rares, cependant ils ne font pas complètement défaut. En mai 1905, pendant les 60 kilomètres de traversée de la sebkha Mekergan, au nord de l’Achegrad, j’ai compté, du haut de mon méhari, onze Eromophila, genre voisin de la mante religieuse du sud de l’Europe, et essentiellement carnassier ; la marche s’est faite surtout de nuit et je ne pouvais voir, dans la journée, que les insectes qui partaient sous les pieds de mon chameau. Dans le tiniri d’In Azaoua, la densité des Eromophila est à peu près la même. Les végétaux manquent complètement dans la sebkha, comme dans le tiniri.

Pour que des insectes carnassiers puissent vivre dans de semblables conditions, il faut de toute nécessité qu’ils trouvent des victimes ; ils peuvent, par un coup de vent heureux, être ravitaillés en sauterelles arrachées à des pâturages éloignés, mais cette ressource est bien aléatoire et ils doivent trouver sur place, dans les Mélasomes, les Khanfousa des Arabes, une proie plus régulière. La présence assez fréquente de Lézards[135] (des agames et des geckos surtout) est une autre preuve de l’abondance relative des insectes.

Les Mélasomes sont des coléoptères lourds et sédentaires : ils meurent où ils sont nés. Ils ne peuvent guère se nourrir, dans ces régions où il ne pousse rien, que des graines que le vent dissémine partout ; c’est là un petit point de biologie qu’il serait intéressant d’élucider, si l’on pouvait séjourner dans le désert. On peut surtout se demander ce qu’ils boivent. Lameere, dans le voyage qu’il a fait au Sahara en compagnie de Massart[136], s’est préoccupé de cette question et semble en avoir donné une solution satisfaisante. Un premier point est bien clair : l’eau à l’état libre est l’exception au Sahara ; dans le tanezrouft, elle n’existe pas ; dans les pâturages, les plantes, par leurs longues racines, vont chercher l’eau en profondeur ; parfois aussi, les sels déliquescents qui couvrent leurs feuilles leur permettent de fixer pendant la nuit un peu de la vapeur d’eau atmosphérique ; en tous cas, elles contiennent de l’eau dont savent se contenter les herbivores sahariens, mammifères ou insectes. Cette ressource fait défaut aux tanezrouft ; les cadavres d’animaux qui viennent y mourir sont aussitôt momifiés ; la seule nourriture possible pour les insectes est une nourriture desséchée.

Les Mélasomes, mieux encore que la plupart des insectes, sont armés pour lutter contre l’évaporation ; leurs téguments sont imperméables et leur permettent d’interrompre tout échange avec l’atmosphère : dans un flacon de cyanure, où meurent rapidement, en quelques minutes, la plupart des insectes, un Mélasome peut vivre plusieurs jours. J’ai observé un fait analogue pour un scorpion à Tamanr’asset : après un séjour de plusieurs heures dans une solution concentrée de sublimé, je le croyais mort : un bain de soleil de dix minutes a suffi pour le remettre sur pied. Cette imperméabilité réduit presque à rien la perte d’eau par évaporation, mais c’est tout ce qu’elle peut faire.

On est donc conduit à admettre, avec Lameere, que l’eau, qui forme une fraction notable du poids d’un Mélasome, est créée par l’insecte lui-même : toutes les graines sont riches en matières amylacées et albuminoïdes qui contiennent de l’hydrogène ; la respiration transforme cet hydrogène en eau et il faut que cette eau suffise aux hôtes du tanezrouft. Cette absorption intermoléculaire d’eau est assez analogue au procédé qu’emploient les microbes anaérobies pour respirer sans oxygène. Bien que cette hypothèse paraisse la seule vraisemblable, on aimerait pouvoir l’étayer sur quelque expérience de laboratoire ; on aimerait aussi à savoir comment ces animaux, de couleur foncée, peuvent se promener en plein soleil, sans être tués par la chaleur, sur un sol dont la température dépasse souvent 60°.

Les autres animaux luttent contre l’échauffement par une évaporation active ; pendant les mois de juin et de juillet, nous buvions tous une dizaine de litres d’eau par vingt-quatre heures, et c’était tout juste suffisant.

Il serait intéressant de savoir si les Mélasomes peuvent fabriquer assez d’eau pour se livrer à un pareil gaspillage.

=Crustacés.= — Pour ce groupe, il y a à noter seulement la fréquence des Apus dans les r’edir. Les œufs de ces curieux animaux ne se développent bien que lorsqu’ils ont été longtemps desséchés ; les mares de la région saharienne sont à cet égard dans d’excellentes conditions. Les Apus abondent dans les dayas, au sud de Laghouat. Mussel en a recueilli dans l’Iguidi. J’en ai rencontré près de Timissao, dans les r’edir de Tin Azaoua.

=Mollusques.= — Les Mollusques[137] ne présentent pas de formes particulières au Sahara ; il faut se souvenir cependant que la Coudia n’a pas été étudiée à ce point de vue : les quelques ruisseaux permanents que l’on y signale nous réservent peut-être des surprises.

Les seules espèces connues dans le désert, encore en bien petit nombre, sont émigrées : descendant des bords de la Méditerranée, quelques escargots suivent assez loin vers le sud les plateaux calcaires qui s’étendent jusqu’au Tadmaït (Helix candidissima Drap. par ex.) ; le long du littoral Atlantique, l’Helix Duroï Hid. et une espèce apparentée au paléarctique H. Pisana Mull., pénètrent jusqu’au cap Blanc. Le Rumina decollata L., si abondant en Algérie, a été trouvé, subfossile il est vrai, à l’Ilamane dans l’Ahaggar [Flamand, Comité de l’Afrique française, 1903, p. 268] où Guilho-Lohan en a rencontré une variété naine ; j’ai recueilli la même variété dans l’Aouguerout, à Tiberkamine, également dans des tufs.

Les formes terrestres tropicales ne paraissent pas pénétrer dans le Sahara ; les Limicolaria qui remplacent les Helix, dont l’existence est au moins douteuse dans la majeure partie de l’Afrique chaude, n’ont pas été vus au nord du Damergou (15° Lat. N.) où ils sont peu abondants ; la rareté du calcaire et l’abondance du sable expliquent probablement le fait : les sables de Fontainebleau forment autour de Paris une barrière qui a arrêté plusieurs espèces.

Les formes d’eau douce sont plus intéressantes et plus nombreuses : le Planorbis salinarum Morelet, décrit de l’Angola, remonte jusqu’à l’Ahaggar (Abalessa) et au Touat ; le Melanopsis Maresi Bourguignat descend jusque dans l’Iguidi où il a été recueilli par le capitaine Mussel.

La facilité avec laquelle se fossilisent les mollusques permet dès maintenant d’entrevoir que leur étude donnera la solution de quelques questions hydrographiques importantes : le Melania tuberculata, Müller, est une espèce nettement tropicale que l’on connaît déjà dans le Pliocène d’Algérie : il est assez vraisemblable qu’elle y est venue par le Niger et la Saoura, autrefois affluents tous les deux de la mer de Taoudenni.

L’Aetheria elliptica Lam. avec ses nombreuses variétés[138], qui forme actuellement dans tous les fleuves de l’Afrique tropicale des bancs assez importants[139] pour qu’on les utilise à la fabrication de la chaux, paraît une nouvelle venue dans le Niger.

On ne la connaît pas au nord de ce fleuve et l’on peut croire qu’elle n’a pu pénétrer, de la région du Nil, dans l’Afrique occidentale que depuis la capture du Niger à Tosaye : on la trouve en effet dans tous les affluents du Tchad, même le Bahr El Ghazal (Chevalier), et elle existe dans le Quaternaire égyptien.

Il est évidemment prématuré de tirer des conclusions fermes de ces quelques faits, mais la voie est bonne à suivre : toute récolte de mollusques, au Sahara ou dans la zone sahélienne, peut donner de très utiles renseignements.

=Batraciens et reptiles.= — Les batraciens anoures sont assez fréquents au Sahara ; il y a des grenouilles (?) à El Goléah, dans les oasis touatiens, dans les ar’rem de l’Ahaggar ; elles ne sont pas rares dans l’Aïr, ni dans les mares les moins salées des Teguidda. On sait combien ces animaux sont sensibles à la sécheresse ; on sait aussi que leurs œufs sont très délicats et ne peuvent pas être transportés accidentellement, par le vent ou les oiseaux. En règle générale, il n’y a pas de batraciens dans les îles océaniques.

Leur existence, en des points isolés comme El Goléah ou l’Ahaggar, est le témoignage d’un état hydrographique différent, d’une période où des cours d’eau continus reliaient ces différents points à d’autres bassins fluviaux. L’étude précise des différentes espèces pourra permettre d’affirmer des relations anciennes entre les divers bassins et apportera de nouveaux arguments, très solides, à la reconstitution des réseaux hydrographiques du Sahara. Cette étude est encore à faire entièrement.

Quant aux reptiles, il sont nombreux. Le groupe des lézards est abondamment représenté ; les espèces sont malheureusement encore indéterminées. Il y a surtout des agames, des geckos, des varans.

On a souvent insisté sur la coloration gris jaunâtre de beaucoup d’espèces sahariennes ; l’homochromie est en effet assez fréquente ; cependant, à l’époque de la pariade, beaucoup de lézards prennent des couleurs très brillantes ; en juillet et août, dans l’Adr’ar’ et l’Ahaggar, un agame à tête rouge, avec un corps vert et violet, se distingue de fort loin sur la patine noire des rochers, où il est d’un effet très décoratif.

Les uromastix (fouette-queues) se rencontrent depuis le Sud algérien jusqu’à l’Adr’ar’ des Ifor’as et l’Ahaggar. Ils deviennent presque noirs dans la région basaltique de Silet.

Les tortues sont assez communes dans la zone sahélienne où l’on en trouve fréquemment une forme voisine de la tortue d’Algérie, mais beaucoup plus grosse (elle dépasse souvent une longueur de 50 centimètres) et présentant trois ergots aux pattes postérieures.

Les serpents sont communs. Le plus souvent cité, la vipère à cornes (Cerastes), semble ne pas exister partout : très commune dans le Grand Erg et l’Iguidi, on la retrouve sur le littoral de Mauritanie ; vers le sud elle abonde dans les dunes de l’Ahnet, au delà duquel elle disparaît. On ne la trouve ni dans le tanezrouft d’In Zize, ni dans l’Ahaggar[140] : ses pistes sont tellement caractéristiques qu’il paraît difficile que sa présence puisse échapper.

Son existence est très douteuse dans l’Adr’ar’ des Ifor’ass ; on affirme sa présence dans les dunes qui bordent le Niger ; je n’ai pu avoir la confirmation de ce fait ni à Bourem ni à Bemba. Boulenger [Catalogue of the snakes in the British Museum, 1896] indique que les deux espèces du genre Cerastes ne se trouvent que dans la partie septentrionale du désert, de l’Arabie à l’Atlantique. Leur distribution géographique coïnciderait en gros avec celle des Ergs vivants (fig. 69, p. 245) [Cf. Mocquart, Revue coloniale, 1905].

=Oiseaux.= — Les oiseaux sont rares au Sahara ; quelques vautours, de couleur claire, suivent les caravanes ; les « ganga » se trouvent dans tous les pâturages ; les tourterelles (2 espèces au moins) et les pigeons sont communs autour de tous les points d’eau. Dès qu’on arrive à la zone sahélienne, ce monde des oiseaux est presque entièrement renouvelé et les formes soudanaises se montrent en grand nombre. J’ai noté les mange-mil, les moineaux du Soudan (famille des Viduinés)[141], à Timiaouin dans l’Adr’ar’ et à Iférouane dans l’Aïr. Les perroquets se montrent à Tin Teborak (15°,30′ Lat.), dans le Tegama. La corneille à plastron (Corvus scapulatus D.) abonde dans toute la zone sahélienne, du Tchad à l’Atlantique, de même que la grande outarde et la pintade.

La pintade est souvent domestique et l’on en rencontre dans tous les villages du pays haoussa. Comme il arrive à tous les animaux de basse-cour, son plumage devient très variable et prend souvent des couleurs claires ou presque blanches ; c’est probablement, comme il l’avait pressenti, à ces variétés domestiques d’origine indigène, qu’appartenaient les pintades signalées par Maclaud comme provenant du haut Niger [l. c., p. 257].

L’autruche. — La distribution de l’autruche soulève au moins une question intéressante ; elle est toujours assez répandue dans la zone sahélienne à l’état sauvage ; dans un grand nombre de villages, en pays haoussa comme sur les bords du Niger, on élève des autruches qui sont assez domestiquées pour qu’on les laisse en liberté dans les champs voisins. Les autruches sont plumées vers le mois de juillet ; pendant quelques semaines, ces grandes bêtes, toutes nues, font un effet hideux dans le paysage. La plupart des plumes que l’on trouve sur le marché proviennent de cet élevage, que les noirs savent fort bien pratiquer.

On sait que l’autruche a été commune dans le Sud algérien d’où elle a disparu depuis quelques années. On a habituellement expliqué cette disparition par les chasses abusives des officiers des bureaux arabes. Il peut se faire que cette cause ait contribué à l’extinction des autruches, mais cette explication cesse d’être valable plus au sud ; elle est probablement fausse, ou tout au moins incomplète. Tous les nomades sont d’accord pour dire qu’il y a une cinquantaine d’années, les autruches étaient communes dans tout le Sahara ; Duveyrier mentionne expressément que, dans l’Ahaggar, on ne le chassait pas parce que leurs plumes, usées contre les rochers, n’avaient pas de valeur marchande, et que les Touaregs s’abstiennent de la chair des oiseaux.

Les témoignages unanimes des indigènes sont confirmés par la grande abondance des œufs que l’on trouve souvent, presque intacts, à la surface du sol, dans toutes les parties du Sahara ; ces œufs se trouvent aussi bien dans les feidjs entre les dunes que dans les grands regs du tanezrouft, toujours loin des oasis : on a souvent dit, et l’on trouve encore dans des manuels récents, que l’autruche n’habitait pas le désert, qu’elle ne faisait que le traverser, allant d’oasis en oasis, comme les grands voiliers de l’Océan vont d’île en île ; ceci est tout à fait inexact et l’autruche n’a jamais été signalée que loin des centres habités ; les oasis sont d’ailleurs occupés entièrement par des jardins soigneusement enclos et nul animal sauvage de forte taille n’y peut pénétrer. L’autruche a presque disparu de tout le Sahara ; pendant son beau raid dans l’Iguidi, Flye Sainte-Marie, en a vu une seule piste ; Voinot a aperçu deux ou trois autruches dans l’Amadr’or ; les rapports de tous les officiers des oasis permettraient peut-être d’augmenter ce chiffre de quelques unités et l’on sait quel nombre colossal de kilomètres ils ont couvert.

Au désert, ce n’est certes pas la chasse que l’on peut invoquer pour expliquer cette raréfaction. Un changement de climat est invraisemblable, qui aurait supprimé les points d’eau : notre guide nous affirmait avoir souvent vu, dans son enfance, des autruches entre l’Ahaggar et l’Aïr ; la piste n’a pas changé ; la description que, par renseignements il est vrai, Barth avait recueillie en 1850 est encore parfaitement exacte : ce sont les mêmes puits, et les mêmes pâturages ; les gazelles et les mohors ne sont pas rares le long de cette piste et tous ceux que nous avons tués étaient en fort bon état, preuve qu’ils vivaient largement. Une épidémie, ou ce qui revient au même, une épizootie, ne se comprend guère dans une population aussi disséminée que celle du désert et sous le soleil purificateur du Sahara.

De semblables extinctions, totalement inexpliquées, ont souvent été signalées en paléontologie : un groupe donné d’animaux n’aurait qu’une vie limitée, comme chacun des êtres qui le composent ; il y aurait une mort de l’espèce, comme il y a une mort de l’individu. Cette explication est peu claire, mais les faits dont elle prétend rendre compte paraissent indéniables. L’autruche est certainement un type vieux, un véritable anachronisme ; malgré l’apparence, elle n’est pas un véritable oiseau ; elle n’a avec les oiseaux que des rapports de cousinage éloigné ; elle est un des derniers représentants des grands reptiles, des grands dinosauriens de l’ère secondaire.

Mais il ne suffit pas qu’un type animal soit vieux pour qu’il disparaisse ; encore faut-il une cause, autrement il n’y aurait plus de déterminisme, plus de loi naturelle. Cette disparition de l’autruche du Sahara prend ainsi une certaine importance ; son explication permettrait peut-être d’apporter un peu de lumière dans un des problèmes les plus obscurs de la paléontologie.

=Mammifères.= — L’étude des petits mammifères (gerboises, lièvres, daman, hérisson, civettes, lynx, etc.) est à peine ébauchée et l’on ne peut rien dire de certain.

Parmi les grosses espèces, un petit nombre se trouvent un peu partout dans le Sahara : la gazelle (G. dorcas L.), avec de multiples variétés encore mal débrouillées, est dans ce cas ; le mohor (Gazella mohr Bennet) que l’on signale jusqu’au Tafilalet, ne devient commun qu’au sud de l’Ahaggar ; dans le nord de la zone sahélienne on le voit plus souvent que la gazelle.

Des fœtus de mohor à terme, provenant de femelles tuées à N’Guigmi dans la seconde quinzaine de février, avaient la robe complètement fauve ; on pouvait à peine distinguer une origine de balsane. Des jeunes de la même espèce, observés en novembre dans le poste de Djadjidouna (Damergou) et ayant par suite huit à neuf mois, avaient à peu près exactement la robe de la gazelle commune ; chez l’adulte, le blanc s’accroît beaucoup, le dos seul reste fauve.

Un peu plus au sud, au voisinage du Tchad et des bords du Niger, de nombreuses antilopes et la girafe apparaissent ; toutes ces espèces sont soudanaises ; elles ne s’éloignent jamais beaucoup ni des mares, ni du fleuve.

L’adax [v. t. I, p. 197], assez commune aux confins de l’Algérie, devient rare dans le Sahara méridional. Elle existe cependant dans l’Adr’ar’ des Ifor’as, au moins dans sa partie nord.

Le fenek (Canis Zerda Zim.) est également très répandu ; nous en avons pris un jeune, dans son terrier, à mi-chemin entre In Ouzel et Timissao, à 100 km. de tout point d’eau. Les chacals et les hyènes[142] ne s’éloignent pas autant des puits. Le guépard (Cynailurus jubatus Zim.) existe probablement dans l’Adr’ar’ des Ifor’as et l’Ahaggar.

Le mouflon (Ovis tragelaphus Desm., ou une race de cette espèce) se trouve dans toutes les régions montagneuses de l’Afrique septentrionale ; vers le sud, il ne paraît pas dépasser l’Aïr (nous en avons vu près d’Iférouane) et l’Adr’ar’ des Ifor’as : il en a été tué un vieux mâle dans l’Adra’r’ Denat ; Nachtigal le signale dans le Tibesti. Ceci permet de reporter vers le 18° de latitude la limite méridionale de cette espèce, que le catalogue de Trouessart[143] fixait au 24° Lat.

Pendant la saison des pluies, le lion remonte jusqu’à l’Adr’ar’ des Ifor’as ; il habite toute l’année l’Aïr[144], manque, pendant la saison sèche, dans le Tegama où les puits sont profonds, et devient commun dès que l’on arrive à la région des mares.

Les phacochères (P. africanus Gm.) existent dans toute la zone sahélienne ; on les trouve d’ailleurs jusqu’au Zambèze. Une espèce de ce genre a été signalée dans le Quaternaire algérien et figurée par Pomel. J’en ai vu pour ma part, et mangé, dès Teguidda n’Taguei.

Les singes ont été signalés depuis longtemps dans l’Aïr, et Cortier en a aperçu et tiré un dans le sud du pays des Ifor’as [La Géographie, avril 1908, p. 278].

Par ses mammifères comme par ses plantes, la zone sahélienne est bien distincte du Sahara et se rattache au Soudan.

Quelques points méritent encore d’être signalés : on s’étonne de trouver des hippopotames dans des mares de moyenne étendue, comme celles de la région de Gourselik. Ce fait, déjà signalé par Barth, n’est pas douteux ; j’en ai vu des ossements, et les captures sont, paraît-il, assez fréquentes. Il pourrait être intéressant de voir si l’exiguité des mares qu’il habite n’a pas entraîné une modification de la taille de l’hippopotame. — Les rhinocéros, qui sont surtout de l’Afrique orientale, paraissent bien décidément venir jusqu’au Tchad ; le colonel Destenave est très affirmatif ; les indigènes des bords du lac craignent beaucoup la rencontre de cet animal dangereux souvent caché, paraît-il, dans les fourrés de roseaux.

=La chasse.= — Dans la zone sahélienne, surtout dans sa partie méridionale, le gros gibier est abondant et quelques tribus vivent de la chasse : les chasseurs forcent la girafe à cheval ; pour les antilopes et les mohor, ils sont assez patients pour ramper pendant des heures et les approcher d’assez près pour les tuer à la lance.

Au Sahara, les Touaregs forcent quelquefois l’adax à méhari ; mais la chasse existe à peine chez eux et est abandonnée aux plus pauvres. Vers la fin de la saison sèche, les plus miséreux distinguent une saison des pièges, pendant laquelle la seule ressource est, pour eux, la chasse à la gazelle.

Comme on ne peut songer à la forcer à la course, on emploie un piège formé d’une couronne tressée, à l’intérieur de laquelle sont fixées des tiges de bois dur : l’ensemble figure une sorte de roue sans moyeu ou plutôt d’entonnoir très surbaissé, d’une vingtaine de centimètres de diamètre. On pose ces pièges au-dessus d’un trou, la pointe en bas, aux points où fréquentent les gazelles, et si par hasard l’une d’elles pose le pied dessus, elle ne peut se débarrasser de cette couronne et est obligée de fuir en l’entraînant. Parfois un bâton, attaché au piège, le rend encore plus lourd. L’animal ainsi gêné dans sa course est facile à attraper.

Voinot a figuré un de ses pièges provenant d’Amdjid [Comité de l’Afrique Française, 1908, Supplém., p. 86] ; j’en ai vu de semblables à Tamanr’asset et sur les bords du Tchad. Ces derniers, destinés à la capture de plus grosses antilopes, avaient une quarantaine de centimètres de diamètre.

Dans le Sahara arabe comme aux compagnies de méharistes, le fusil est trop répandu pour que l’on ait recours à ces modes primitifs de chasse. Le gibier est en général assez abondant pour fournir un appoint sérieux pendant les marches ; à El Goléah, la viande de gazelle coûte moins cher que celle du mouton.

=Les troupeaux.= — Il y a peu de choses à dire sur les animaux domestiques du Sahara[145].

Chèvres et moutons. — Les chèvres et les moutons forment partout la masse principale du cheptel ; leurs types sont peu variés et sont les mêmes que dans le Sud algérien. Cependant au damman (Ovis longipes) ou mouton à poil, vient s’ajouter parfois le mouton à laine ; il y en a quelques-uns dans l’Ahaggar et aussi dans l’Adr’ar’ mauritanien et le Rio de Oro ; en tous cas, au Sahara, il est la très rare exception et une peau de mouton d’Algérie a semblé, aux habitants d’Iférouane, la chose la plus extraordinaire que l’on puisse voir. Ce n’est qu’au sud du Niger qu’il prend une certaine importance. Il donne une laine de médiocre qualité, très jarreuse ; la sélection parviendra probablement à l’améliorer ; mais il y a peu de temps que la question est étudiée ; en 1906, à Segou-Sikoro ce commerce était tout à fait à ses débuts : dès 1907, le haut Sénégal et Niger a pu exporter 500 tonnes de laine. Il semble que la question de la laine au Soudan peut devenir rapidement intéressante.

Dans les troupeaux de chèvres, on observe assez souvent des individus à robe fauve, à cornes infléchies en avant et qui pourraient bien être des métis de gazelles. Il serait utile d’avoir des précisions sur ce point.

Les bœufs. — Les bœufs à bosse, les zébus, sont très répandus au Soudan, où ils sont souvent employés comme animaux de bât. On les retrouve dans l’Adr’ar’ des Ifor’as et dans l’Aïr, où, malgré la proximité des tanezrouft, ils vivent fort bien et se maintiennent en excellente forme. Dans l’Ahaggar, il n’y en a qu’un nombre insignifiant, une cinquantaine au plus, bien que pendant l’hiver la traversée du Sahara soit pour eux relativement facile : ils arrivent même au Tidikelt.

Quelques autres races de bœufs, sans bosse, sont connues au Soudan ; la plupart sont de petite taille. L’une d’elles cependant, encore assez mal connue, atteint la taille de nos plus forts taureaux. Ces bœufs « kouri » ont une robe en général claire, assez souvent blanche, le mufle toujours noir. De face, la tête est assez étroite, comme d’ailleurs chez la plupart des zébus du Soudan, mais le chanfrein est nettement bombé, moutonné et les cornes sont véritablement énormes : chez les mâles, leur diamètre à la base dépasse 25 centimètres [Freydenberg, thèse, p. 148-149].

Ces bœufs ont d’abord été signalés dans les îles du Tchad où ils sont fort nombreux ; Destenave évalue leur nombre à 60000. Ce chiffre est très vraisemblable : les habitants du petit village de Kalogabé, près du poste de Kouloua, sont au nombre de 200 seulement et possèdent 4000 bœufs adultes.

Ces bœufs kouri ne sont pas spéciaux à la région du Tchad ; on les retrouve à plus de 300 kilomètres à l’ouest, chez les Tebbous dont les campements sont établis au nord du Koutous. Leur extension vers l’est est inconnue. Nachtigal [Le voyage... au Ouadai, Bull. du Com. de l’Afr. Fr., 1903] n’indique à l’Ouadai (p. 63) que des zébus.

Les chevaux. — Les chevaux[146] se rattachent tous, de plus ou moins près, aux races de Barbarie ; leur élevage se fait surtout dans le bassin moyen du Niger ; entre le fleuve et le Tchad ils deviennent moins nombreux. Vers le nord, le désert les arrête, et leur extension vers le sud est limitée par les trypanosomiases.

Les Touaregs de l’Aïr ont quelques chevaux, 600 environ, parmi lesquels quelques-uns atteignent une haute valeur, plusieurs milliers de francs. Ces chevaux « bagazam », ainsi nommés en souvenir d’un siège célèbre que soutinrent autrefois les Kel Aïr contre un sultan du Bornou, peuvent rester deux jours sans boire ; cette particularité, qui semble résulter plutôt d’un dressage spécial que d’un caractère de race, les rend singulièrement précieux dans le Tegama où les points d’eau sont rares, et explique leur prix élevé.

Les ânes. — L’âne, qui résiste bien à la soif et qui sait se débrouiller dans les plus maigres pâturages, se répand de plus en plus au Soudan : les convois officiels en ont égaré dans tous les villages, entre Niamey et Zinder, où ils deviennent très nombreux.

Dans toutes les régions habitables du Sahara il en existe des troupeaux ; c’est toujours un animal de petite taille, contrairement à l’indication de Duveyrier pour l’Ahaggar. Une autre affirmation de l’illustre voyageur paraît aussi douteuse. Duveyrier croyait à l’existence d’ânes sauvages, d’onagres, sur la Coudia ; sur son autorité renforcée par celle de Flatters [Journal de route, p. 56], l’existence de l’Equus tæniopus d’Abyssinie a été admise à l’Ahaggar par tous les zoologistes. Il s’agit en réalité probablement d’ânes marrons et d’un élevage très spécial ; chaque troupeau a son propriétaire ; il est vrai que c’est une propriété assez vague ; il faut prendre les ânes au piège et la plupart du temps, si l’on n’a pas eu la chance de tomber sur un animal jeune, l’âne habitué à toute sa liberté est inutilisable. La question paraît d’ailleurs exiger quelques recherches : de Foucauld maintient, dans son dictionnaire, la distinction entre l’âne (eihedh) et l’onagre (ahoulil). Les zébrures sur les canons et les boulets, qui caractérisent l’Equus tæniopus, se trouvent assez fréquemment au Sahara jusque sur le littoral de Mauritanie, chez des ânes certainement domestiques.

Les chameaux. — Le chameau d’Afrique n’a qu’une bosse, il est toujours un dromadaire, mais personne n’emploie ce mot qui est réservé aux dictionnaires. Son étude zootechnique n’est pas faite ; il présente de nombreuses races bien distinctes : à première vue un nomade sait toujours de quel pays provient un chameau et, sans être du métier, on arrive vite à saisir des différences nettes entre les bêtes de différents élevages.

Les chameaux des hauts plateaux d’Algérie, lourds et robustes, avec leurs poils longs, fauves et souvent foncés, sont d’excellents animaux de bât dans leur pays ; dans le grand erg, on trouve des chameaux de forte taille, mais de différents types : les animaux du sud de la Tripolitaine à rein très long, ne ressemblent pas aux chameaux des Chaambas, beaucoup plus ramassés ; les mehara de Methlili, de taille médiocre, sont plus élancés et plus rapides que la plupart des chameaux de l’erg.

Les meilleurs animaux de selle proviennent de l’élevage touareg. Ce sont des bêtes à poil ras, à robe claire, souvent blanche, et d’une grande vitesse. Plus au sud, dans le Sahel, le profil est différent ; l’œil est souvent vairon ; les robes pies ne sont pas rares. En Mauritanie, on observe encore d’autres types.

Mais faute de chiffres précis et de photographies systématiques, il est difficile de débrouiller tous ces groupes ; on ne peut que signaler l’existence d’un grand nombre de races.

Quelques caractères cependant semblent en relations directes avec le milieu où a vécu l’animal. Les chameaux d’erg, habitués à marcher sur le sable, ont la sole assez sensible et se blessent dans les montagnes du pays touareg ; cette différence se manifeste nettement sur les pistes : les chameaux de pays rocailleux ont une sole épaisse et crevassée ; qui laisse sur le sable une empreinte couverte d’un réseau à larges mailles, très marqué ; celle du chameau d’erg est lisse.

Les chameaux du Sahara proprement dit, chaamba ou touareg, ont une bosse nette, bien délimitée : dans toute le zone sahélienne, la bosse plus basse se raccorde, sans rupture de pente, au reste du dos ; on ne sait ni où elle commence ni où elle finit. Il est vraisemblable que, dans le nord du Soudan, où les chameaux trouvent tous les jours de quoi manger, cet organe de réserve perd de son importance et commence à s’atrophier. Les bâts, qui servent à charger les chameaux porteurs ont des formes très différentes au Sahara et au Soudan : dans le nord, la partie essentielle du bât, le kteb, est très courte ; elle prend place en avant de la bosse, qu’entoure un coussin en forme de couronne ; les Berabiches du Sahel, les Touaregs de l’Aïr utilisent, à quelques détails près, des haouias analogues.

[Illustration : Fig. 66. — Deux types de bât : à gauche, bât du chameau saharien ; à droite, bât du chameau sahélien.]

Dans la région du Tchad, le bât se compose de deux arçons situés l’un en avant l’autre en arrière de la bosse, et reliés par quelques traverses : l’ensemble occupe tout le dos et ne laisse pas place pour une bosse bien nourrie ; il serait impossible de placer ce bât sur un chameau saharien. Nachtigal [Sahara et Soudan, p. 260] en a donné un croquis détaillé. Lorsqu’il a fallu reconduire à Niamey et au Sénégal les canons amenés jadis péniblement à Zinder, on a pu utiliser très facilement pour leur transport à dos de chameaux, les bâts de mulet réglementaires : il a suffi de modifier un peu le rembourrage ; aux Oasis, le transport des canons à dos de chameau est toujours difficile.

Le nombre des chameaux indiqué dans les recensements ne doit pas faire illusion sur les capacités de transport au Sahara. Il y a 20000 chameaux dans l’Aïr, 7000 dans l’Ahaggar : mais un petit nombre seulement est disponible. Ces chiffres comprennent les chamelles, les chamelons de trois ans, les bêtes réservées à la boucherie ; ils comprennent aussi les montures personnelles des Touaregs et les chameaux employés aux petites caravanes, qui relient constamment les villages entre eux.

Un grand nombre d’animaux ont déjà un rôle bien défini et ne peuvent être employés à autre chose. A propos du télégraphe transsaharien, dont le matériel (fils, poteaux, etc.) représente environ 6000 charges, une enquête sérieuse a été faite dans l’Ahaggar pour savoir de combien de chameaux on pourrait disposer pour ce travail[147] : on peut compter que sur les 7000 animaux du Sahara central, 500 ou 600 tout au plus, moins du dixième, seraient utilisables, à moins de troubler profondément les conditions de la vie habituelle des nomades.

L’existence de races multiples, adaptées chacune à des régions déterminées, justifie la nécessité de relais pour les caravanes : les chameaux pourraient se déplacer à de grandes distances, dans le sens des latitudes, sans que pour eux les conditions de vie soient sensiblement changées ; mais, en fait, le mouvement commercial a lieu de la Méditerranée au Soudan, et pour aller du nord au sud il faut passer des régions de dunes de l’erg, aux régions caillouteuses de la pénéplaine cristalline ; en même temps que la nature du sol, la végétation se modifie et le chameau, gros mangeur, mais qui tient à choisir sa nourriture, et s’habitue difficilement à des plantes nouvelles, se nourrit mal dans des pâturages nouveaux. Dans la pratique, les chameaux du nord transportent les charges jusqu’au Tidikelt ou jusqu’à R’ât ; les chameaux des Ahaggar ou des Azdjer les remplacent jusqu’au nord de l’Aïr, jusqu’à Iférouane ; les troupeaux des Kel Oui achèvent la route jusqu’à Zinder ou Kano. Avec des animaux de choix et des soins constants, on pourrait faire autrement ; plusieurs longues tournées ont montré de quoi étaient capables des animaux bien entretenus : quelques mehara de la tournée Dinaux, ont pu rentrer d’Iférouane à In Salah (1338 km.) en vingt-neuf jours : ils étaient en route depuis six mois. Pour obtenir de pareils résultats, sans perte d’animaux, il faut des précautions incessantes, des soins presque affectueux ; il faut surtout ne jamais s’occuper de la commodité ou de la fatigue des hommes, et régler toutes les étapes à l’avantage du chameau ; on doit en route se résigner à être l’esclave de ses montures. On trouvera à ce sujet d’intéressants renseignements dans l’ouvrage du capitaine E. Arnaud et du lieutenant M. Cortier [Nos confins sahariens, Paris, 1908], qui résume tout ce qu’une expérience déjà longue, complétant les renseignements indigènes, a suggéré aux officiers des compagnies de méharistes.

Le chameau est encore intéressant à un autre point de vue ; comme animal de bât, il est employé en Algérie et au Soudan ; comme animal de selle, son rôle est plus limité. Il est une monture excellente pour de longues étapes, surtout lorsque l’on est en troupes : le guide marche en tête et tous les mehara le suivent sans que l’on ait presque à s’en occuper. Pour de courtes promenades, surtout lorsque l’on est seul, le chameau est insupportable ; il est difficile à diriger. Aussi dès que la chose devient possible, dès que les points d’eau sont assez rapprochés, il est, comme animal de selle, remplacé par le cheval plus maniable et plus rapide sur les courtes distances. Cette substitution du cheval au mehari indique, au nord comme au sud, la limite du désert. Cette limite est évidemment un peu conventionnelle ; elle est d’ordre ethnographique plutôt que géographique ; si l’on voulait être strict, le désert, les régions inhabitées et inhabitables, se confondraient avec les tanezrouft. Mais si l’on y ajoute les régions à faible densité de population qui, jointes aux précédentes, forment l’ensemble du Sahara, l’existence du mehari, comme monture habituelle, est caractéristique. Les limites qu’elle donne coïncident d’une manière très satisfaisante avec celles qu’indiquent les zones végétales, zones qui sont en rapport immédiat avec les quantités de pluie.

Au surplus, même comme animal de bât, le chameau disparaît dans les pays fertiles ; l’humidité lui est néfaste ; il ne peut prospérer, disent les Kel Aïr, dans les pays où pousse bien le mil. Il manque dans le Tell ; sur les Hauts Plateaux, son élevage diminue d’importance. Au sud de la zone sahélienne, on ne le trouve plus qu’accidentellement ; il en existe cependant quelques-uns qui séjournent constamment dans le Djerma, mais ils sont malingres et une longue hérédité seule les a mis à peu près en état de résister aux trypanosomiases.

Les chameaux sont de nouveaux venus dans une partie de l’Afrique ; connus de tout temps en Tripolitaine, ils n’auraient été introduits en Algérie que vers le Ve siècle. Ils y existaient cependant à l’époque quaternaire[148].

L’histoire paléontologique de la famille des Camelidés est d’ailleurs encore obscure. Cette famille semble avoir pris naissance en Amérique[149] où elle est encore bien représentée par les lamas (Auchenia). La présence de ce groupe si spécial, en Amérique et dans la région méditerranéenne, est un des faits que l’on a invoqués, à tort sans doute, pour prouver l’existence, pendant les temps tertiaires, du continent africano-brésilien qui, occupant en partie la place de l’Atlantique sud, reliait L’Ancien et le Nouveau Monde.

R. CHUDEAU. — Sahara Soudanais. PL. XXVIII.

[Illustration : Cliché Pasquier

53. — GROUPE DE TOUAREGS.

Région de Gao.]

[Illustration : Cliché Pasquier

54. — UN LAMENTIN (MANATUS)

harponné près du poste de Gao.]

R. CHUDEAU. — Sahara Soudanais. PL. XXIX.

[Illustration : Cliché Posth

55. — FEMMES KEL AKARA.

Imr’ad des Kel Ferouan.]

[Illustration : Cliché Posth

56. — UNE FILLE DE EL HADJ MOUSSA.

Tribu Afagourouel, groupe des Ikazkazan.]

=Les hommes.= — Il semblera peut-être irrévérencieux de placer ici quelques mots sur les races humaines qui habitent le Sahara et sa frontière soudanaise. Cette inconvenance paraît nécessaire.

On oublie trop souvent que l’étude des races humaines n’est qu’un chapitre de la zoologie : les caractères anatomiques permettent seuls de définir les groupes fondamentaux de l’humanité. Nul ne songerait à tenir compte, dans l’étude des races de chevaux, de la forme de la selle ou du type de la bride ; la couleur du collier n’a jamais servi à distinguer un king-charles d’un levrier.

L’étude zoologique des races humaines est l’objet propre de l’anthropologie ; les peuplades et les nations que ces races ont formées par juxtaposition, n’ont pour caractères communs que des traits d’ordre psychique, des usages, des traditions et des légendes dont le classement est le domaine de l’ethnographie qui, par sa discipline, appartient aux sciences historiques. Parmi les caractères psychiques communs, l’un des plus faciles à saisir est le langage, qui sert encore trop souvent à la classification des groupements humains : tous les nègres des États-Unis parlent anglais et cet exemple devrait rendre prudent.

On admet aussi bien volontiers, sans discussion, que du contact de plusieurs races peuvent naître des populations métisses formant un groupement homogène dont les caractères seraient, en quelque sorte, la moyenne entre ceux des races dont il est dérivé. Rien n’est moins certain ; il semble établi que lorsque les races sont franchement différentes, les populations métisses doivent être renouvelées presque à chaque génération : les mulâtres ont disparu de quelques-unes des Antilles, en même temps que les blancs. Quand les races sont moins éloignées, la question devient plus douteuse : on a cependant la preuve que, dans l’Europe occidentale tout au moins, à partir de l’âge du fer, et, pour préciser, de l’âge de la Tène, les diverses races qui constituent la population actuelle occupent, à très peu de choses près, les mêmes territoires ; malgré ce long contact, elles ne sont pas confondues ; il est possible à un observateur attentif de retrouver en France, à peine modifiés dans leurs caractères somatiques, les descendants des hommes qui ont habité, pendant le Quaternaire, nos différentes provinces. La vieille race du Néanderthal se rencontre encore dans quelques parties de la Haute-Vienne et de la Dordogne ; la race de Cro-Magnon habite toujours le Périgord. Il ne semble pas que les mensurations, si nombreuses et si précises, du Dr Collignon puissent laisser de doute sur la persistance, pendant un grand nombre de siècles, de ces races, malgré les possibilités, souvent réalisées sans doute, de mélanges entre elles et avec quelques autres.

Il est vrai que pour la race du Néanderthal, comme pour celle de Cro-Magnon, on a des repères précis ; les crânes et les débris de squelettes qui sont les types de ces races sont des objets bien définis, catalogués, dont les moulages authentiques se retrouvent dans toutes les collections ; tout naturaliste, lorsqu’il emploie ces mots, sait ce qu’il veut dire ; il n’ignore pas quelle pièce anatomique peut, en cas de doute, servir à ses comparaisons. On se reporte toujours à la même norme, au même étalon avec autant de certitude que s’il s’agissait du mètre et cette précision rend difficiles les à-peu-près et les bavardages.

En Afrique, nous sommes loin d’une pareille méthode ; aucune race n’est définie. On en est toujours, pour les populations noires tout au moins, à une vague classification linguistique. Les groupements basés sur les caractères du langage ne sont jamais homogènes même lorsque ce langage est bien connu ; au Soudan, ce caractère devient particulièrement inquiétant : les noirs n’ont pas de littérature écrite, et l’usage sur place des manuels et des vocabulaires les plus récents ne donne pas du tout la certitude que les auteurs qui les ont faits, connaissaient vraiment, dans leurs détails, la langue qu’ils ont essayé d’enseigner. Leurs ouvrages rendent certes de grands services au passant, mais il est douteux qu’ils permettent une étude du mécanisme grammatical et des radicaux, assez approfondie pour fixer les affinités des diverses langues de l’Afrique centrale ; dans la région de Zinder, les Européens arrivent assez vite à causer en haoussa avec les Touaregs et les Bellah : ce n’est la langue ni des uns ni des autres et le petit nègre est toujours intelligible ; avec les vrais Haoussas, qui doivent savoir leur langue, c’est une autre affaire et l’interprète devient indispensable.

On a souvent aussi relevé avec soin les différentes modes : la coiffure, les tatouages ont été décrits, avec grand détail, chez les principales peuplades ; ils ont suggéré des rapprochements intéressants, et indiqué des influences manifestes de quelques religions. Les totems ont fait l’objet d’études étendues et Desplagnes a cherché, avec peut-être un peu trop d’audace, à en déduire une histoire générale du Soudan. Il serait absurde de dénier toute valeur à ces indications ; elles doivent être utilisées, avec prudence il est vrai, et plusieurs d’entre elles peuvent éclairer certains faits. Elles n’apportent malheureusement aucune lumière sur les races elles-mêmes. Avant de chercher à reconstituer l’histoire de ces races et de leurs migrations possibles, il semble indispensable de les définir d’abord elles-mêmes, avec précision. Les chiffres que l’on possède sont beaucoup trop peu nombreux pour permettre cette définition. D’après Deniker[150] l’indice céphalique des Haoussas serait 77,3 ; ce chiffre résulte de 13 mesures seulement pour une population de plusieurs centaines de mille, répandue sur de vastes surfaces. Pour les Peuhls qui nomadisent presque de l’Égypte à l’Atlantique, la série mesurée porte sur 37 individus. Depuis huit ans, les chiffres se sont multipliés, mais ce ne sont encore que des commencements d’enquêtes, d’où on ne peut déduire rien de certain. Cependant, tant que les races ne seront pas définies, on ne pourra rien faire de bien sérieux ; on ne pourra qu’ajouter de nouvelles pages à tout ce qui a déjà été écrit : l’énorme amas de documents que l’on possède est à peu près inutilisable parce que l’on ne sait jamais à qui les renseignements se rapportent.

Il semble qu’il y a, au Soudan, deux types humains principaux, distincts à première vue : l’un, massif et lourd, à cheveux crépus ; l’autre, plus fin, plus élancé, à cheveux très bouclés, mais ne formant pas toison (Soudaniens et Noubas-Haoussas[151] des Crania ethnica) ; il semble aussi, d’après les quelques crânes anciens que Desplagnes a rapportés du moyen Niger, et qui ont été étudiés par le docteur Hamy[152], que ces deux types coexistent, à de légères variantes près, depuis longtemps dans les régions où on les trouve aujourd’hui. Mais on ne sait rien sur les Tebbous (Pl. XXXI, phot. 59), sur les Bouddoumas du Tchad, sur les Somonos du Niger. Ces derniers, qui vivent de la pêche, paraissent former des groupements distincts des populations au milieu desquelles ils vivent ; à Ségou et ailleurs, ils habitent des quartiers spéciaux et ne se mélangent pas aux autres sédentaires.

Force est donc de s’en tenir à des groupements linguistiques, tout provisoires, et dont la carte d’Afrique de G. Gerland [Berghaus, Physikalischer Atlas, no 71, 1892] indique suffisamment la répartition.

Les langues parlées par les diverses populations sédentaires entre Tombouctou et le Tchad, sont assez nombreuses : les langues du Bornou, assez mal connues, sont usitées dans le Mounio, le Koutous, l’Alakhos, et à Moa par les populations sédentaires ; à l’ouest commence le domaine du haoussa qui s’étend jusqu’à l’Adr’ar’ de Tahoua. C’est une des langues les plus importantes de l’Afrique : elle est parlée dans tous les villages de l’Aïr et comprise, comme langue commerciale, du Dahomey à la Méditerranée ; il a été possible au capitaine Leroux d’écrire, en Algérie, une grammaire et un dictionnaire haoussas, parfaitement utilisables à Zinder.

De Tahoua à Tombouctou domine la langue sonr’aï, plus répandue encore au temps de la splendeur de Gao ; elle a, paraît-il, laissé des traces très nettes jusqu’à Agadez.

Ces trois langues fondamentales se subdivisent en un grand nombre de dialectes, différents parfois d’un village à l’autre, et qui nécessitent souvent de nombreux interprètes.

Touaregs. — La société touareg a déjà fait l’objet de plusieurs monographies ; celle de Duveyrier est restée classique ; plus récemment Benhazera et Cortier ont donné des détails nombreux et précis sur les Kel Ahaggar et les Ifor’as de l’Adr’ar’[153]. Les Kel Oui viennent d’être étudiés par Jean ; parmi eux, les Haoussas dominent et ils sont, en partie au moins, très distincts des véritables Touaregs.

Les monographies des Azdjer, des Ahaggar et des Ifor’as de l’Adr’ar’, indiquent en général une quasi identité de mœurs ; il n’y a que des divergences de détail, sans grande portée. Les Kel Oui sont beaucoup plus différents, comme il fallait s’y attendre : chez eux, la polygamie est la règle, et ce seul trait suffit, indépendamment de leur couleur, à les mettre tout à fait à part.

Dans l’ensemble, la société touareg est franchement berbère ; le régime démocratique y est la règle et toutes les décisions importantes sont prises par le conseil des notables de la tribu, dont l’amr’ar n’est que le président.

Il y a cependant une nuance importante : chez les Touaregs, il existe une caste noble et un chef commun, un amenokal qui dirige un grand nombre de tribus. Hanoteau et Letourneux[154] avaient déjà fait remarquer que cette forme « monarchique », anormale dans une société berbère, devait pouvoir s’expliquer par des causes extérieures.

L’épithète « monarchique » n’est pas tout à fait exacte ; il n’y a pas d’amenokal par droit héréditaire ; le chef est choisi dans certaines familles seulement, mais entre les compétiteurs possibles, l’élection prononce en dernier ressort : en 1903, Ismaguel avait été investi du commandement, chez les Oulimminden de l’est, par les autorités françaises, bien qu’il n’eût pas la majorité parmi ses électeurs ; cette méconnaissance des coutumes locales a réuni autour du tambari[155] Rézi, dont les partisans étaient plus nombreux, une foule de mécontents, dont les manœuvres furent longtemps une source de difficultés et d’inquiétudes pour nos administrateurs.

L’amenokal, pas plus que les autres chefs, n’est nommé à vie ; lorsqu’il est en désaccord avec ses électeurs, lorsqu’il a cessé de plaire, il est déposé et remplacé par un chef plus populaire [Cortier, D’une rive à l’autre, p. 282 ; Jean, Les Touaregs du S.-E., p. 159 et 162].

Il n’y a donc pas, à proprement parler, de royauté, mais il existe à coup sûr une sorte de régime féodal ; on trouve partout une caste guerrière de qui dépendent, à des degrés divers de servitude, tous les habitants des terrains de parcours de la tribu noble. Cette organisation semble être un résultat immédiat de la pauvreté du pays ; chez les Kabyles, les vallées sont vraiment fertiles, les villages, qui trouvent facilement de bonnes positions défensives à portée des cultures, sont assez peuplés pour n’avoir pas besoin de protection ; les Arabes des Hauts Plateaux, dont beaucoup sont Berbères, rencontrent presque partout des pâturages et leurs campements restent assez rapprochés pour qu’ils se puissent entr’aider. Les habitants du Sahara central n’ont à leur disposition que quelques oueds à maigre végétation et éloignés les uns des autres ; ils ne peuvent vivre que par petits groupes, et doivent profiter de toutes les aubaines. Lorsque par hasard, un oued du tanezrouft a coulé, ils n’hésitent pas à s’y installer et savent, lorsque le pâturage est vert, se passer d’eau pendant plusieurs semaines : une chamelle donne environ six litres de lait par jour et dans un bon pâturage peut rester plusieurs mois sans boire ; ce lait suffit à tous les besoins des pasteurs.

Dans ces conditions, il est impossible aux Touaregs du nord, Ahaggar et Azdjer, de vivre rassemblés et de s’occuper à la fois de l’élevage et de la défense de leurs troupeaux. La sécurité du pays ne peut être assurée que par des forces de police toujours mobiles ; cette méthode est nécessaire, nous avons dû l’adopter pour nos confins sahariens ; elle justifie amplement l’existence d’une caste guerrière, toujours en route, chez les Touaregs du nord.

Parce qu’elle est d’accord avec les conditions géographiques, la suprématie des tribus nobles et les droits qu’elle entraîne ne sont guère discutés chez les Ahaggar. Dans les pâturages plus riches de la zone sahélienne, l’organisation féodale, qui est moins nécessaire, est supportée avec impatience ; les imr’ad et les bellah se détachent des nobles et ne veulent plus reconnaître pour chef que l’autorité française [R. Arnaud, Rens. col., Comité Afr. fr., 1907, p. 96].

Les caractères ethniques des Touaregs sont assez contradictoires ; leur genre de vie actuel les rapproche des primitifs, et Gautier [I, p. 333] les considère, au point de vue social, comme en pleine sauvagerie. C’est, je crois, une exagération. Leur respect de la femme, leur curiosité pour les choses nouvelles, même leur vague littérature indiquent un certain degré de culture et d’évolution.

Le matriarcat est commun chez beaucoup de peuples primitifs, mais il n’est pas certain que chez les Touaregs il ait le même caractère que chez les sauvages ; il est lié, chez eux, au mariage individuel et à la monogamie ; pour les héritages habituels, le partage se fait entre les enfants du mort. Ce n’est que pour les héritages politiques, pour le droit au commandement, que la parenté maternelle intervient nettement. Encore ceci n’est-il pas général : chez les Ifor’as de l’Adr’ar’, à la mort d’un amenokal, le choix se porte sur ses frères ou sur ses fils et non sur ses neveux [Cortier, l. c., p. 282]. Ce n’est que chez les Touaregs du nord que le droit au tobol est transmis uniquement par les femmes aux fils des sœurs ou des tantes, et cet usage paraît récent ; il ne remonterait qu’à six générations, d’après l’étude détaillée que Benhazera [l. c., p. 94] a faite de la question, confirmant ainsi une anecdote que Duveyrier a racontée longuement [Les Touaregs du Nord, p. 398].

Cette coexistence de faits qui rappellent les mœurs primitives avec d’autres qui indiquent une demi-civilisation peut sans doute s’expliquer par l’histoire. Des monuments, comme la tombe de Tin Hinan à Abalessa, comme les constructions funéraires de Tit, sont la preuve qu’une société berbère assez policée, assez riche, a vécu autrefois dans l’Ahaggar. Les puits souvent bien aménagés du Sahara, dont l’établissement serait actuellement à peine possible, sont, eux aussi, un souvenir de ces temps plus heureux. Réduits à la misère par l’asséchement progressif de leurs vallées, les Touaregs se sont contentés de se maintenir vivants, ne conservant que quelques traits de leur ancienne civilisation ; en même temps que leur pays devenait moins habitable, leurs mœurs évoluaient, donnant l’exemple, assez rare en ethnographie, d’une civilisation régressive.

R. CHUDEAU. — Sahara Soudanais. PL. XXX.

[Illustration : Cliché Posth

57. — FEMME KEL TADELÉ.

Imr’ad des Kel Ferouan.]

[Illustration : Cliché Posth

58. — FEMMES HOGGAR.

Imr’ad des Kel R’arous.]

R. CHUDEAU. — Sahara Soudanais. PL. XXXI.

[Illustration : Cliché Posth

59. — LE RASTAMALA, REPRÉSENTANT DU CHEF DES KEL FEROUAN AUPRÈS DU SULTAN D’AÏR.

Natif d’Agadez. Se dit d’origine tebbou.]

[Illustration : Cliché Posth

60. — FEMME D’OANELLA, CHEF DES HOGGAR.

Imr’ad des Kel R’arous (Groupe des Ikazkazan).

Probablement de race pure.]

On peut espérer, d’ailleurs, que les légendes recueillies chez les différentes confédérations permettront de débrouiller un peu l’histoire de ces tribus ; un assez grand nombre de ces traditions ont déjà été publiées et fourniront probablement des recoupements intéressants, mais je crois que ce travail de contrôle ne peut être fait utilement que sur place ; trop d’éléments d’information font encore défaut pour qu’on puisse le tenter de loin.

Autant que l’on en peut juger sans mensurations précises, les Touaregs, Kel Oui mis à part, paraissent constituer une race très homogène et très pure. Les Taïtoq, les Kel Ahaggar, les Azdjer, les Ifor’as, les Oulimminden et les Kel Gress, et probablement aussi les Touaregs de Tombouctou, se ressemblent beaucoup entre eux et ressemblent beaucoup aussi à certaines races européennes ; on doit, provisoirement tout au moins, les rattacher aux populations dolichocéphales brunes, si fréquentes autour de la Méditerranée occidentale, populations que l’on rencontre en Aquitaine et en Espagne aussi bien qu’aux Canaries et qu’en Afrique mineure, où elles forment la majeure partie des tribus indigènes. Le nom de Berbère est d’ailleurs équivoque ; il ne définit qu’un groupe linguistique assez hétérogène au point de vue anthropologique ; en dehors du domaine de la philologie, ce mot n’a aucun sens précis.

La race à laquelle appartiennent les Touaregs dérive d’une race qui, à l’époque quaternaire, dès le milieu du Paléolithique, occupait le bassin de l’Aquitaine ; les crânes anciens de Laugerie et de Chancelade, ceux de Cro-Magnon sont les témoins authentiques de sa présence à cette époque lointaine. C’est la race de « Cro-Magnon » définie par Broca dès 1868, la race « méditerranéenne » de Houzé, la race « littorale » ou « atlanto-méditerranéenne » de Deniker.

J’aurais voulu, à l’appui de cette affirmation, apporter des arguments précis, et à défaut de mensurations, tout au moins des photographies ; malheureusement, je n’ai pu réunir que peu de documents ; je n’ai pas pu me procurer de photographie des Touaregs du nord. Pour l’Adr’ar’ des Ifor’as, Cortier [l. c., p. 218] donne celles de son guide, Fenna, et de quelques femmes.

Le capitaine Pasquier m’a remis un groupe d’Oulimminden [Pl. XXVIII, phot. 53] ; malheureusement le voile, le litham, est bien gênant et ne permet guère de se rendre compte du type.

Le capitaine Posth m’a procuré une série provenant de l’Aïr [Pl. XXIX à XXXI]. Ces photographies, prises dans les tribus les plus blanches et par suite les plus pures, montreront combien le type est européen, quoique seule, la femme Hoggar de la planche XXXI (fig. 60) paraisse vraiment de race non mélangée. Toutes les autres femmes ont le bout du nez arrondi, et ceci est un trait soudanais et non caucasique.

On ne sait pas au juste à quelle époque cette race de Chancelade, franchissant la Méditerranée, est venue occuper le nord de l’Afrique, où elle paraît beaucoup plus récente qu’en Europe. On sait encore moins à quelle date elle s’est répandue dans le Sahara ; les traditions touaregs ne remontent pas à plus de quelques siècles ; depuis Tin Hinan, les Kel Ahaggar énumèrent péniblement une dizaine de générations ; Sidi ag Keradji affirme connaître quinze aïeux ; les sultans d’Agadez auraient été envoyés, il y a un millier d’années, par Constantinople, pour mettre un peu d’ordre dans les affaires des Touaregs qui étaient déjà en pleine anarchie.

Ces dates si rapprochées de nous ne peuvent évidemment pas être prises au sérieux, d’autant que les Touaregs renient toute parenté avec les constructeurs de chouchets, malgré l’identité évidente de ces tombes anciennes avec les tombes modernes [cf. t. I, chap. III].

De nombreuses traditions, relatives à l’origine des Touaregs, ont déjà été recueillies ; quelques-unes les font descendre des Philistins ou de la reine de Saba ; beaucoup de familles cherchent à se rattacher au Prophète ou à ses premiers disciples[156] : il y a peu à tenir compte de ces indications ; elles valent à peu près celles qui nous faisaient descendre de Francus, fils de Priam. D’autres traditions plus précises se rapportent au Fezzan (anciennement Targa) et au Sud marocain ; elles semblent d’accord avec les données anatomiques et méritent d’être prises au sérieux.

Elles sont confirmées par une observation très intéressante d’Ascherson, dont Grisebach [La Végétation du Globe, II, p. 135] a bien fait ressortir l’importance. Les mauvaises herbes des oasis du désert de Libye, ces plantes que l’homme cultive malgré lui, proviennent toutes de la Méditerranée ; elles différeraient de celles que l’on trouve dans la vallée du Nil. La migration aurait donc eu lieu du nord au sud et jamais de l’est à l’ouest ; les routes caravanières suivent encore la même direction.

Quelques faits linguistiques indiquent aussi des relations avec le monde romain : pour les mois, il y a une double nomenclature ; celle qui se rapporte à l’année solaire est visiblement latine [Motylinski, Dictionnaire, p. 280] : février, mars, avril et mai, sont devenus fobraier, mars, ibrir, maio [I, p. 254]. Dans l’Adr’ar des Ifor’as, quelques mots semblent d’origine chrétienne [Cortier, l. c., p. 283].

L’habitation. — Les modèles d’habitation usités au Sahara et au Soudan sont suffisamment connus ; la case carrée (Pl. XXXVI, XXXVII) à toit en terrasse, des ksour et des oasis, se retrouve dans l’Ahaggar, à Arouan, à Tombouctou et chez les Bambaras ; la case ronde, la hutte soudanaise existe un peu dans l’Ahaggar ; dans l’Aïr, elle devient commune, et tend à supplanter la demeure carrée, fréquente surtout dans les ruines.

Ces huttes rondes varient un peu suivant les pays ; dans les villages stables la partie cylindrique est souvent en terre ; l’abondance ou la rareté du bois entraîne aussi quelques modifications de détail. Tout cela a été discuté et figuré cent fois ; on en retrouvera quelques reproductions dans les photogravures ; il est inutile de s’arrêter à un sujet aussi connu.

Il faut cependant consacrer quelques lignes aux cases très spéciales des campements tebbous du nord du Koutous ; elles sont d’un modèle inusité ailleurs (fig. 67). En plan, ce sont des rectangles longs de 7 à 8 mètres, larges de 3 ; la porte est dans un des angles, et une cloison, parallèle au petit côté, délimite une sorte de couloir, de vestibule qui met la chambre d’habitation à l’abri des indiscrets. Un foyer, constitué par trois pierres, se trouve au fond de la hutte. Une charpente soutient le faîte à 2 mètres du sol ; le tout est recouvert de paillassons grossiers faits en tiges de mil et de grandes graminées, comme ceux qu’emploient nos jardiniers. L’ensemble a un aspect arrondi, rappelant assez bien certaines serres.

Auprès de chaque case se trouvent quelques constructions analogues mais plus petites, servant de magasins ou de demeure aux captifs. Tout ce qui appartient à un même chef de famille est enclos d’une haie en branchages. Toutes les cases sont établies à mi-côte ou au sommet d’une dune, à faible distance, quelques cents mètres, du puits. Toutes les ouvertures, les portes, et, quand elles existent, les fenêtres, sont dirigées vers le puits pour faciliter la surveillance ; leur orientation varie d’un hameau à l’autre. Dans nombre de villages du Soudan, au contraire, autour du Tchad notamment, les huttes rondes ont toutes leurs portes vers l’ouest pour se défendre du sable charrié par les vents d’est.

Auprès du puits, chaque chef de case à un abreuvoir particulier formé d’un bassin de 4 à 5 mètres carrés de surface, limité par un rebord d’argile. Ces abreuvoirs que l’on remplit à loisir, avant l’arrivée des troupeaux, sont séparés les uns des autres par des haies d’épines. Les Touaregs au contraire, en vrais nomades, se servent d’abreuvoirs portatifs en cuir.

[Illustration : Fig. 67. — Campement tebbou, au nord du Koutous.]

Les hameaux ainsi construits sont assez nombreux au nord du Koutous ; j’en ai vu 5 (Garagoa, Dalguian, Boulloum, Boulakendo, Tassr), sur une longueur de 35 kilomètres. A Garagoa, il y a une soixantaine de chefs de cases, et Tassr m’a paru un peu plus important ; les trois autres villages étaient abandonnés au moment de mon passage (avril 1906).

Je ne sais quelle est l’extension géographique de ce type spécial d’habitation : Nachtigal [l. c., p. 190] a indiqué, dans le Tibesti, des paillottes rectangulaires, mais à toit plat, qui paraissent différentes.

Les Tebbous de Tassr et de Garagoa ne semblent pas former une race homogène ; ils se donnent d’ailleurs, pour des raisons politiques probablement, comme des Azas ou Dazas, tout à faits différents des Tebbous véritables et ne pratiquant pas comme eux le vol des troupeaux de leurs voisins (?). Ils affirment même, quoique nous ayons eu la preuve du contraire, n’avoir pas de relations d’amitié avec eux.

R. CHUDEAU. — Sahara Soudanais. PL. XXXII.

[Illustration : 61. — TENTE TOUAREG.

Chez les Oulimminden.

Un bouclier est appuyé à la tente.]

[Illustration : 62. — CAMPEMENT DE BELLAH.

Bords du Niger.]

R. CHUDEAU. — Sahara Soudanais. PL. XXXIII.

[Illustration : Cliché Posth

63. — CAMPEMENT DE BELLAH.

Boucle du Niger.]

[Illustration : Cliché Pasquier

64. — CAMPEMENT DE BELLAH.

Près de Gao.]

Pour les tentes, il y a à signaler surtout la grande simplicité des installations touaregs ; la photographie (Pl. XXXII, phot. 61) montre à quoi elle se réduit en route ; le bouclier, appuyé contre la tente, et le méhari, indiquent suffisamment le peu de hauteur de ce logement qui ne sert qu’à donner de l’ombre. Lorsque le campement est installé pour quelques semaines, on conserve le toit de cuir, mais placé plus haut (2 m.), et on ferme les côtés au moyen de nattes ; la porte est habituellement au sud. L’installation reste cependant toujours assez primitive chez la plupart des Touaregs ; elle devient à peine un peu plus confortable dans la boucle du Niger, tout en se rattachant au même type (Pl. XXXIII).

[Note 106 : Chevalier, C. R. Ac. Sciences, 30 avril 1900. — La végétation de la région de Tombouctou, Actes du Congrès international de botanique, 1900, p. 248. — La Géographie, XVII, 3, 1908, p. 201-210, etc.]

[Note 107 : On trouvera de bonnes reproductions des aspects de la végétation de ces diverses zônes dans Karsten et Schenk, Vegetationsbilder, Iena, 1906 et sv., en particulier, pour le Soudan, [4], Pl. 23 à 30 et, pour le Sahara algérien, [6], Pl. 19-24.]

[Note 108 : Timetr’in est le pluriel du mot tamtek’, équivalent tamachek de r’aba, la forêt.]

[Note 109 : A. Chevalier, Ass. française Av. Sc., Paris, 1900, p. 642-656.]

[Note 110 : Ces beaux liserons forment, dans toutes les parties humides de la zone sahélienne, des fourrés très verts avec de grandes fleurs rouges, épanouies seulement le matin. C’est une plante toxique pour tous les troupeaux. Le poste d’Agadez l’a vérifié à ses dépens, ses chameaux, qui n’étaient pas du pays, ayant brouté ces liserons.]

[Note 111 : ἔδαφος = sol. Schimper, Plant-Geography upon a physiological basis, Oxford, 1903, p. 3. — Ce néologisme s’applique aussi bien aux particularités botaniques qui dépendent de détails topographiques, qu’à celles qui ont pour cause la constitution physique ou chimique du sol.]

[Note 112 : Cosson a donné, épars dans diverses autres notes, de nombreux renseignements sur la flore du Sahara.]

[Note 113 : Un genre de Scrophulariées, Lafuentea, n’était connu que par une seule espèce d’Andalousie. Battandier a décrit récemment une seconde espèce de ce genre (L. ovalifolia) de l’Adr’ar’ des Ifor’as, qui est bien loin de la Méditerranée.]

[Note 114 : Massart, Un voyage botanique au Sahara, Bull. de la Soc. Bot. de Belgique, XXXVII, 1898, p. 202-339, 7 planches.]

[Note 115 : Le règne végétal en Algérie. Revue Scientifique, [2], XVI, 1879, p. 1205-1217.]

[Note 116 : Grisebach, La Végétation du Globe, trad. Tchiatcheff, 1878, II, p. 111. — O. Drude, Manuel de Géographie botanique, trad. Poirault, 1897, p. 426.]

[Note 117 : Battandier et Trabut, L’Algérie, Paris, 1898, p. 355.]

[Note 118 : N’si, graminées de petite taille, du groupe des Stipées. — Acheb, toutes les autres plantes dont la venue est à la merci d’une averse.]

[Note 119 : Maury, Assoc. franç. Av. Sciences, Toulouse, 1887. — Massart, l. c., et La Biologie de la végétation sur le littoral belge, Bull. Soc. Bot. de Belgique, XXXII, 1893.]

[Note 120 : Mentha sylvestris est le na’na’ des Arabes qui joue un grand rôle dans la préparation du thé. Le mot tamahek, ennar’nar’ qui est visiblement le même, semble bien indiquer que la plante a été introduite.]

[Note 121 : Les cryptogames du Sahara sont encore moins connus que les phanérogames ; on trouvera, dans le Bull. de la Soc. Mycologique de France, plusieurs notes de Patouillard sur les champignons du grand désert africain. Un pyrénomycète (Poronia) est connu en Nubie et sur le littoral atlantique.]

[Note 122 : Je laisse complètement de côté ce qui a trait au karité et aux lianes à caoutchouc, dont l’aire d’habitat est plus méridionale. — Les cultures vivrières ont d’ailleurs un intérêt plus immédiat ; elles seules permettent un accroissement rapide de la population quand un pays est vraiment peuplé, tout le reste vient facilement.]

[Note 123 : G. Rolland, Hydrologie du Sahara Algérien. — Mission A. Choisy, 1895, p. 7.]

[Note 124 : Ou tekhaouit, selle de femme. On en trouvera un croquis et une description détaillée dans Benhazera (Six mois chez les Touaregs, p. 39).]

[Note 125 : Foureau, Essai de catalogue des noms arabes et berbères de quelques plantes, arbustes et arbres algériens et sahariens, Paris, 1896.]

[Note 126 : D’après Foureau (Cat., p. 29), mrokba ou merkeba désignerait aussi le Scabiosa camelorum Coss., plante du Sud algérien qui n’est pas connue au Sahara. Elle s’éloigne, par tous ses caractères, des graminées précédentes.]

[Note 127 : En dehors des ouvrages relatifs au Sahara et au Soudan cités plus haut, j’ai pris quelques renseignements dans Bentham et Hooker, Genera plantarum, et dans Engler-Prantl, Pflanzen Familien.]

[Note 128 : A. Chevalier, Bull. Soc. Bot. de France, IV, 6, 1906, p. 480-496.]

[Note 129 : La véritable « myrrhe » provient d’une espèce voisine.]

[Note 130 : Bull. Soc. Bot. de France, [IV], 7, 1907, p. 252-257.]

[Note 131 : D’après Cosson, le dattier serait originaire des Canaries, où une sous-espèce, le Phœnix canariensis Hort, est considérée comme spontanée par Webb et Berthelot. La présence de quelques végétaux canariens au cap Blanc, les Helix fossiles des dépôts d’estuaire de Port Étienne, semblent en effet indiquer que, jusqu’au début du Quaternaire, l’archipel canarien était réuni à l’Afrique. Cependant de Saporta affirme reconnaître, parmi les Phœnix tertiaires de la Haute Italie, l’ancêtre direct du dattier.]

[Note 132 : Gravier, Bulletin du Muséum, 1907, no 3, p. 218-224, une carte.]

[Note 133 : Foureau, Doc. Scient. de la Mission Saharienne, t. II, p. 1055-1059 ; — De Joannis (Lépidoptères), Bull. de la Soc. entomologique de France, 1908, p. 82-83 ; — Van der Weele (Névroptères), id., 1908, p. 154 ; — Du Buysson (Hyménoptères), id., 1908, p. 131-135 ; — Lesne, Lyctus hipposideros nv. sp., Bull. du Muséum, 25 nov. 1908.]

[Note 134 : Pucheran, Revue et Magazine de Zoologie, 1865.]

[Note 135 : J’ai trouvé un beau varan, long de 0 m. 60, au milieu du tanezrouft de Timissao.]

[Note 136 : Massart, l. c., 1898 ; — Travaux du laboratoire de Wimereux, t. VII, 1899, p. 446-451.]

[Note 137 : La bibliographie des mollusques africains est déjà très riche. On trouvera l’indication des principaux mémoires dans L. Germain, Les Mollusques terrestres et fluviatiles de l’Afrique Centrale Française, in Chevalier, L’Afrique Centrale Française, 1908, p. 459-617. — Voir aussi Pallary, Mollusques tertiaires fluviatiles d’Algérie, Mém. Soc. Géol. Paléont., 1901.]

[Note 138 : R. Anthony, Ann. de la Soc. royale Zoologique et Malacologique de Belgique, XLI, 1906, p. 322-430, pl. XI et XII.]

[Note 139 : On les désigne très improprement au Soudan sous le nom de bancs d’huîtres. Les Ætheria appartiennent à la famille des Unionidæ, qui ne renferme que des formes d’eau douce, très éloignées par leurs caractères anatomiques des Huîtres qui, de plus, sont essentiellement marines.]

[Note 140 : La grosse vipère de l’Ahaggar appartient à un genre voisin (Bitis). Elle est au moins très proche de la vipère du Gabon. Elle cause des accidents mortels même pendant les mois les plus froids (Guilho-Lohan).]

[Note 141 : J’emprunte ces déterminations à Maclaud : Notes sur les Mammifères et les Oiseaux de l’Afrique Occidentale, Paris, 1906.]

[Note 142 : Duveyrier signale à l’Ahaggar, d’après des renseignements indigènes, la taourit qu’il croit une sorte de loup. Je n’ai pu avoir aucune confirmation de l’existence d’un loup. Cortier [l. c. p. 362] pense que la taourirt est une hyène. — La seule rencontre dangereuse que l’on puisse faire dans l’Ahaggar est celle des hyènes qui, lorsqu’elles sont en bande, attaquent parfois des isolés. On ignore la limite nord de H. crocuta Erx. qui est, paraît-il, vraiment dangereuse.]

[Note 143 : Catalogus mammalium tam viventium quam fossilium, Berlin, 1897-1899.]

[Note 144 : Jean [l. c., p. 148] émet des doutes sur l’existence du lion en Aïr. Les indigènes sont très affirmatifs. Von Bary le mentionne expressément et indique qu’il a une crinière ; Foureau en a vu des traces (D’Alger au Congo, p. 344, 359).]

[Note 145 : Pierre et Monteil, L’élevage au Soudan, Paris, 1905. — Dechambre, Rev. Col., 1905, p. 335 et 458.]

[Note 146 : De Franco, Études sur l’élevage du cheval en Afrique occidentale, Gorée.]

[Note 147 : Dinaux, Rens. coloniaux publiés par le Comité de l’Afrique française, 1907, p. 64.]

[Note 148 : Pomel, Monographies des Vertébrés fossiles de l’Algérie, 2e fasc., 1893. — Flamand, De l’introduction du chameau dans l’Afrique du Nord, Paris, 1907.]

[Note 149 : Leidy, Proc. of the Ac. of natural Science of Philadelphia, 1875.]

[Note 150 : Les Races et les Peuples de la Terre, Paris, 1900, Appendice II, p. 667-674.]

[Note 151 : Les Haoussas occupent l’Adr’ar’ de Tahoua, Zinder et s’étendent dans l’Aïr et dans la Nigeria ; ils sont très distincts, à première vue, des Bornouans et des Sonr’ai, entre lesquels ils sont enclavés. Leurs affinités sont plutôt avec les populations de l’Est africain.]

[Note 152 : In Desplagnes, Le Plateau Central Nigérien, p. 87-94.]

[Note 153 : Panet a publié une bonne étude sur les Touaregs du cercle de Dounzou (Revue des troupes coloniales, 1905, p. 418).]

[Note 154 : La Kabylie et les coutumes kabyles, 3 vol., 1872-1873, II, p. 3.]

[Note 155 : Tambari, synonyme méridional de amr’ar. Amr’ar veut dire au sens propre « quelqu’un de grand soit par la fonction sociale, soit par l’âge ». C’est l’équivalent du mot arabe cheikh (Motylinski, Dictionnaire, p. 110).]

[Note 156 : Inutile de mentionner l’hypothèse fantaisiste d’après laquelle les guerriers touaregs seraient les descendants des croisés de saint Louis.]

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