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Chapitre 41

Les goélands faisaient un tapage extraordinaire autour de nous ; ils étaient une bande qui criaient et battaient l’air de leurs ailes blanches, dans un de ces accès de frénésie qui les prend quelquefois on ne sait à quel propos.

Midi. — Le dîner de l’équipage venait de finir ; on avait sifflé : Les tribordais à ramasser les plats ! Et Yves, qui était tribordais à bord de l’Ariane, remontait sur le pont et venait à moi, essayant tout doucement son sifflet, pour s’assurer qu’il marchait toujours bien.

– Oh ! mais qu’est-ce qu’ils ont aujourd’hui les goélands ? Piauler, piauler… Tout le temps du dîner, avez-vous entendu ?

Vraiment non, je ne savais pas ce qu’ils pouvaient bien avoir, les goélands. Cependant, comme il fallait, par politesse, répondre quelque chose à Yves, je lui racontai à peu près ceci :

– Ils ont demandé à parler à l’officier de quart, qui était précisément moi. C’était pour s’informer de leur petit cousin Pierre Kermadec ; alors je leur ai répondu : « Messieurs, le petit Pierre Kermadec, mon filleul, n’est pas encore né ; c’est trop tôt, repassez dans quelques jours, quand nous serons à Brest. » Aussi, tu vois, ils sont partis. Regarde-les tous qui s’en vont là-bas.

– Vous leur avez répondu tout à fait comme il faut, dit Yves, qui riait assez rarement. Mais je vais vous dire, moi, j’ai beaucoup rêvé là-dessus, encore cette nuit et savez-vous une peur qui me vient ? C’est que ce soit une petite fille.

En effet, quelle contrariété si ce filleul attendu allait être une petite fille ! il n’y aurait plus moyen de l’appeler Pierre.

… Cette parenté du petit enfant d’Yves avec les goélands n’était pas de mon invention : goéland était le nom qu’on donnait aux gabiers à bord de cette Ariane, et le nom qu’ils se donnaient entre eux. Il n’y avait donc pas à s’étonner que mon petit filleul à venir dût avoir un peu de ce sang d’oiseau.

Ainsi, en parlant de lui dans nos conversations du soir, nous disions toujours :

– Quand le petit goéland sera arrivé.

Jamais nous ne l’appelions d’une autre manière.

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