Chapitre 72
Brusquement, le soir, il se fait une éclaircie, et une chose noire se dresse tout près de nous, surprenante, inattendue, comme un haut fantôme surgissant de la mer :
– Ar Men Du (les Pierres-Noires) ! dit notre vieux pilote breton.
Et, en même temps, partout le voile se déchire. Ouessant apparaît ; toutes ses roches sombres, tous ses écueils se dessinent en grisailles obscures, battus par de hautes gerbes d’écume blanche, sous un ciel qui paraît lourd comme un globe de plomb.
Il n’est que temps de redresser la route, et vite, pendant l’éclaircie, la Sèvre met le cap sur Brest, ne sifflant plus, se hâtant, avec un grand espoir d’arriver. Mais le rideau lentement se referme et retombe. On n’y voit plus, la nuit vient, il faut remettre le cap au large.
Et trois jours se passent ainsi sans plus rien voir. Les yeux se fatiguent à veiller.
C’est ma dernière traversée sur cette Sèvre, que je dois quitter aussitôt notre retour à Brest. Yves, avec ses idées de Breton, voit quelque chose de pas naturel dans cette brume, qui persiste en plein été comme pour retarder mon départ.
Cela lui semble un avertissement et un mauvais présage.
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