‹ Monsieur chasse !Chapitre 4 sur 46 · Scène IV

Scène IV

LES MÊMES, DUCHOTEL

Duchotel, sur le pas de sa porte

Tu sors ?

Moricet, embarrassé

Non… euh ! oui… Tu vas bien ?

Duchotel, remontant un peu au fond

Comment, « tu vas bien » ?… Mais il me semble que tu m’as vu…

Moricet

Oui, certainement, mais enfin, depuis tout à l’heure… Alors, adieu !

Duchotel

C’est ça, adieu ! Tu sais qu’il pleut dehors… Veux-tu un parapluie ?

Moricet

Je te remercie, j’ai ma canne !

Duchotel

Ah ? bon… (Redescendant.) Qu’est-ce qu’il a ? On dirait qu’il a reçu un coup de marteau… Drôle de garçon !… (Voyant l’air pincé de sa femme.) Ah, çà ! mais toi aussi, qu’est-ce que tu as ? Qu’est-ce que vous avez tous les deux ?

Léontine, aigre

J’ai… que je viens de prendre une leçon de zoologie, une leçon qui m’a édifiée.

Duchotel

Vraiment ?

Léontine

Elle m’a appris une de ces choses capitales qu’une femme mariée ne devrait jamais ignorer.

Duchotel

C’est ?

Léontine, allant un peu à lui

Qu’où il y a des lapins, il n’y a pas de lièvres, où il y a des lièvres, il n’y a pas de lapins !

Duchotel, narquois

Ah ! voilà une chose intéressante à savoir !

Léontine

Plus que tu ne crois ! Car il est probable que si tu l’avais su toi-même, tu ne m’aurais pas rapporté de ta chasse une bourriche aux lapins et aux lièvres.

Duchotel

Ah ! C’est pour moi que…

Léontine

Seulement, moi, je ne savais rien, n’est-ce pas ? Je croyais que les lapins et les lièvres, comme ça se ressemble, c’était de la même famille… On ne vous apprend rien au couvent… Heureusement, j’avais avec moi un homme instruit, Moricet, qui m’a détrompée, lui !

Duchotel

Comment, c’est lui qui…

Léontine, passant à droite

Oh ! bien involontairement, le malheureux !

Duchotel

En voilà un imbécile !

Léontine

Oui, imbécile, n’est-ce pas, parce qu’il m’a éclairée sur la conduite de mon mari.

Duchotel

Mais pas du tout… parce qu’avec ses cours zoologiques, il va te mettre martel en tête, quand il n’y a pas de raisons, tu m’entends, pas de raisons.

Léontine

Ah ! bien, par exemple ! non, mais prouve-le-moi, toi, qu’il n’y a pas de raisons… prouve-le moi, si tu peux.

Duchotel, avec un calme désarçonnant

Ah ! c’est bien malin !

Léontine, s’asseyant à la table, côté droit

Eh bien ! prouve !

Duchotel, changeant de ton et s’asseyant en face d’elle

Ton amie, madame Chardet est brouillée, je crois, avec madame de Fontenac ?

Léontine, impérative

Oh ! ne change pas la conversation !

Duchotel, toujours très calme

J’y suis en plein !… madame Chardet, ai-je dit, est bien brouillé avec madame de Fontenac ?

Léontine, sèche

Oui.

Duchotel

Par conséquent, elles ne se voient pas ?

Léontine, sèche et impatiente

Naturellement.

Duchotel

Quand tu veux les voir, comment fais-tu ?

Léontine

C’est bien malin, je vais chez elles…

Duchotel

Tu vas chez elles ?…

Léontine, criant

Veux-tu revenir à tes lapins ?

Duchotel, même jeu

Je ne les ai pas quittés… (calme). Donc, tu en conviens, tu vas trouver madame Chardet, là où tu sais qu’habite madame Chardet et madame de Fontenac, là où tu sais qu’habite madame de Fontenac ?

Léontine

Eh bien, après ! Après !

Duchotel

Eh bien, après ! le voilà, l’ « après » ! Moi, mes lièvres, c’est madame de Fontenac, et mes lapins c’est madame Chardet.

Léontine, qui ne comprend pas

Quoi ! Qu’est-ce que tu dis ?… Tes lapins, c’est… madame Chardet.

Duchotel

Absolument. Autrement dit : quand je veux chasser du lièvre, je vais où gîte le lièvre, et quand je veux chasser du lapin…

Léontine, commençant à comprendre

… Tu vas chez madame Chardet.

Duchotel

Mais naturellement.

Léontine, confuse

Ah ! mon chéri, et moi qui te soupçonnais…

Duchotel

Ah ! oui !… Tu es une tête folle… (Il l’embrasse) et tu mériterais bien… Soupçonner ton mari… !

Léontine

Oh !

Duchotel, avec une indignation comique

Tu ne soupçonnerais pas un étranger et tu soupçonnes ton mari !

Léontine, se levant

Aussi, c’est la faute à Moricet !… c’est lui qui m’a mis martel en tête avec ses rongeurs…

Duchotel

Avais-je tort de l’appeler imbécile ? L’animal ! C’est pour cela qu’il s’en est allé si troublé… Il en a même oublié son chapeau.

Léontine

Il avait perdu la tête !

Duchotel

C’est juste, il n’avait que faire de son chapeau… Au moins tu me promets que tu n’auras plus de ces idées folles… Allons, embrasse-moi (Il l’embrasse) et maintenant, allume une bougie, nous allons visiter ma garde-robe, pour prendre mon costume de chasse dont j’ai besoin.

Léontine

On a sonné, c’est Moricet, probablement.

Duchotel

Oui, il aura retrouvé sa tête sans son chapeau.

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