Scène VI
LES MÊMES, BABET
Babet, entrant du fond
On apporte de chez le tailleur des vêtements pour monsieur.
Duchotel
Ah ! oui, je sais ; faites entrer dans ma chambre !
Babet
Oui, monsieur.
Duchotel, la rappelant
Ah !… a-t-on rapporté mon fusil ?
Babet
Oui, monsieur.
Duchotel
Vous allez voir mes vêtements, mes amis ! C’est un nouveau tailleur… le tailleur des gens chics… C’est celui qui habille mon neveu Gontran, c’est tout dire.
Moricet
Le fait est que ton neveu Gontran fait plus honneur à son tailleur qu’à l’institution qui le prépare au baccalauréat.
Duchotel, avec une indulgence gouailleuse
Il a le baccalauréat rétif, ce garçon… mais on peut être un crétin et en même temps un pur…
Moricet
Comment, mais ça va même très bien ensemble : « un pur… crétin. »
Duchotel
Tu l’as dit.
Léontine
Eh bien, allons voir ces vêtements.
Duchotel, la suivant
C’est ça… tu m’attends, toi, si tu t’ennuies, prends un livre.
Moricet
Bon !
Duchotel, revenant à Moricet
Àpropos, je te remercie de l’envoi de ton dernier volume… Euh ! « Cœur d’artichaut », comment ?
Moricet, pincé, avec une moue de dédain
« Les larmes du cœur. »
Duchotel, bon enfant
C’est ça… je savais qu’il y avait du cœur… tu sais je ne l’ai pas lu, mais je l’ai rangé.
Moricet
Ah ! bien, c’est déjà ça.
Duchotel, à la porte
Je l’ai rangé sur la table du salon… Comme ça, les gens le feuillettent, ça fait toujours de la réclame.
Moricet
Oui ! Oui !