VIII
Après la figure revêche et orgueilleuse d’Elisa, après ce caractère de femme se plaisant à passer des revues avec des poses soldatesques, après ce tempérament ambitieux, égoïste, ingrat, vient se présenter la pâle et languissante figure de Pauline Bonaparte, femme jusqu’au bout de ses petits ongles roses, la plus belle parmi les belles femmes de son temps, jalouse uniquement de conserver le titre de «reine des colifichets», honneur suprême, à ses yeux, que lui ont valu son élégance et sa coquetterie.
Sa beauté resplendissante, sans rivale dans toute l’Europe, a été immortalisée par le ciseau de Canova, qui a légué à notre admiration le modèle des formes incomparables de la princesse, reposant presque nue sur un lit antique. Le caprice audacieux qui porta Pauline à prendre, dans l’atelier du sculpteur, cette pose peu chaste, quoique très académique, indique d’un seul trait tout son caractère. Infatuée d’elle-même, sensible à tous les hommages, incapable d’aucune retenue dans ses fantaisies les plus inconsidérées, telle était celle que, dès son enfance, on appelait la jolie Paulette.
Pour avoir toléré, sans les refréner avec brutalité, les dérèglements de sa sœur, l’Empereur a été diffamé ignominieusement: avec Pauline Bonaparte arrive l’abominable accusation, cultivée dans la bave des traîtres, des courtisans éconduits ou des femmes délaissées. Cette atroce calomnie, que des Français ont pris plaisir à répéter inconsciemment, a été repoussée, il faut le dire bien vite, par les pires ennemis de Napoléon, par les Anglais. «On est allé, dit Walter Scott, jusqu’à imputer à Pauline une intrigue avec son propre frère. Nous rejetons sans balancer une accusation trop hideuse même pour être mentionnée, et qu’on ne devrait jamais articuler sans une preuve évidente à l’appui.»
Notre intention n’est pas de faire ici l’apologie quand même de Napoléon. Nous recherchons quelles ont été les véritables inclinations de l’homme. Nous voulons le montrer tel qu’il était. Aurait-il eu cette perversité de mœurs, que nous n’aurions pas hésité un instant à scruter cette stupéfiante aberration chez un homme en qui nous avons constaté les plus hautes vertus familiales. Nous aurions examiné le fait avec la même ténacité que nous avons apportée à mettre en relief ses penchants honnêtes. Mais, heureusement pour l’honneur du souverain qui a gouverné la France pendant quinze ans, heureusement aussi pour la dignité nationale, nous n’avons pu remplir la tâche de relever, impartialement, pas à pas, les traces de criminelles relations entre le frère et la sœur, par la simple raison que, dans tous les documents existant à cette heure, il est impossible de rencontrer autre chose que l’affirmation sèche et crue de cet outrage révoltant. Aucune allégation motivée n’est parvenue jusqu’à nous, nul indice probant n’a été révélé.
On a publié, il est vrai, des lettres que, d’après leurs éditeurs, Pauline aurait écrites à deux colonels, ses amants, pendant son séjour à l’île d’Elbe, en 1814. Ces lettres, telles qu’on les a imprimées, sont assurément révélatrices de la monstrueuse accusation. Mais elles n’existent nulle part; personne ne les possède en originaux. Elles font tout l’effet d’avoir été inventées pour le plus grand amusement de Louis