‹ Noa NoaChapitre 17 sur 30 · II

II

C'est printemps! C'est matin! C'est fête! Viens! Que fais-tu, songeur, seul au seuil de ta porte! --J'écoute chanter dans ma tête Le refrain d'une chanson morte.

Plus de lumière, plus de bruit. Ferme les yeux: le ciel est tout de noir tendu. --Non! je vois luire dans la nuit Le reflet d'un rayon perdu.

Dans mes yeux et dans ma pensée La trace n'est pas effacée De la grande aurore passée.

Sur les vagues et dans le vent Plus haut que la voix des vivants La voix des morts vibre souvent.

Flots, ô forêts, ô fleurs folles d'être vivantes, Vous êtes l'épanouissement du passé. L'épanouissement des germes entassés

Dans les profondeurs des tombes ferventes. Et toi, race dorée, ô radieuse encore! Le dernier reflet d'un rayon perdu Mêle un charme fané à tes gloires d'aurore, Et j'ai bien souvent, hélas! entendu Dans l'iméné des soirs, dans ta voix jeune et forte, Le refrain mourant d'une chanson morte.

Extases de la vie, amours, clartés, parfums, Réalités plus belles que toutes rêvées,

Vous êtes les fleurs de jardins défunts: Elles furent d'un sang héroïque abreuvées Qui ne coulera plus--Chansons mortes! Rayons perdus!

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