I
† ICI, adv. Ces jours-ici, ces temps-ici, cette semaine-ici. Faute fréquente, qui est une tradition du vieux français. On parlait encore de la sorte à la cour de Louis XIV, vers 1645. Dites: Ces jours-ci, ces temps-ci, cette semaine-ci.
ICI-DESSOUS, loc. adv. Dites: Ci-dessous. Dites de même: Ci-dessus; ci-après; ci-contre, et non pas: Ici-dessus; ici-après; ici-contre.
IDÉE, s. f. Très-petite quantité, tant soit peu. Tu as du tabac, donne m'en une idée. Mes nouveaux souliers sont une idée étroits. Nous eûmes pendant notre promenade une idée de pluie.
IDÉE (AVOIR). J'ai idée, j'ai bien idée que nous aurons beau temps demain matin. As-tu idée de faire cette course avec nous? Tous les gens de l'équipage ont péri: a-t-on idée d'une pareille catastrophe? Français populaire. Dites: Avoir l'idée. J'ai l'idée de. A-t-on l'idée de, etc.
IDÉE, s. f. Avoir de l'idée, signifie: Avoir de l'intelligence, avoir un esprit fécond en expédients et en ressources. Votre nouvelle domestique n'est pas très-active, mais elle a de l'idée. Expression qui nous est très-familière.
IDOINE, s. m. Idiot, hébété. Il demeurait là planté comme un idoine. Terme curieux, qui doit appartenir au vieux français, et sur lequel pourtant les vieux lexiques que j'ai pu consulter ne donnent aucun renseignement. Dans les dictionnaires usuels, «Idoine» a le sens banal du mot latin idoneus (propre à, capable de).
ILAI, s. m. Jeu d'écolier, où tous les joueurs, moins un ou deux, se cachent aussi bien qu'ils le peuvent, tandis que les autres cherchent à les découvrir et à les atteindre. Jouer à ilai. Ilai courant; ilai cachant; ilai à la ramasse.
† IMAGE (UN). Tu auras un bel image à Pâques. Solécisme répandu partout, et qui a son origine dans le vieux français.
IMPROMPTU, s. m. Prononcez ein-pronp-tu.
† INCAN ou INQUANT, s. m. Encan, vente publique à l'enchère. Terme suisse-roman, savoisien, lyonnais, dauphinois, languedocien et vieux français. R. in quantum.
† INCANTER ou INQUANTER, v. a. Acheter à l'encan. La Mélanie a incanté un ébaragnoir, un guindre, et deux ou trois autres raufferies. Terme vieux français.
INCENDIE (UNE). Ce mot est masculin. «Un grand incendie.»
INCLINAISON DE TÊTE, s. f. Je lui faisais inutilement plusieurs inclinaisons de tête. On doit dire: Inclination de tête.
INCOMBANCE, s. f. Charge, inconvénient, conséquence désagréable. Vous avez là une fâcheuse incombance. En piémontais, incombensa. Le verbe neutre incomber, écheoir, ne se trouve que dans le dictionnaire de M. Bescherelle.
INDEMNISER, v. a. Prononcez la syllabe dem comme vous prononcez le mot dame (indamniser). R. damnum.
INDEMNITÉ, s. f. Prononcez ein-dame-ni-té.
INDIGESSION, s. f. Avoir une indigession. «Cette faute est tellement répandue en France, dit le grammairien Charles MARTIN, que les acteurs mêmes, au théâtre, prononcent de la sorte, sans soupçonner la faute grossière où ils tombent.» Il faut écrire et prononcer: «Indigestion.»
INDIVIS, adj. m. Prononcez ein-di-vi.
† INDUCATION, s. f. Éducation. Je veux que notre garçon reçoive une excellente inducation.
† INDUQUER, v. a. Induquer un enfant, élever un enfant.
INGRAT, ATE, adj. Désagréable, peu attirant, et qui inspire peu de confiance. Ne se dit en ce sens que dans les expressions suivantes: Figure ingrate; visage ingrat; air ingrat; mine ingrate. Ce sens, qui manque dans les dictionnaires modernes, n'a point d'équivalent exact en français.
INGRÉDIEIN, s. m. Orthographe et prononciation vicieuses du mot «Ingrédient,» lequel rime avec expédient.
† INORME, adj. Énorme.
INSOLENTER, v. a. Injurier, insulter. Là-dessus, trois bandits nous bavardèrent et nous insolentèrent.
INSTITUT, s. m. Institution, pensionnat, maison d'éducation. Un institut de garçons; un institut de jeunes demoiselles; un chef d'institut. Le mot «Institut» n'a pas ce sens. Voyez les dictionnaires.
INTENTION (ÊTRE D'). Nos dames sont d'intention de faire une partie de char. Dites: «Nos dames ont l'intention de, ou: Sont dans l'intention de,» etc.
INTENTIONNÉ DE. Qui a l'intention de. «Mme de Sév.*** étant intentionnée de partir pour Vienne en Autriche, désirerait trouver une personne qui,» etc. [Feuille d'Avis, année 1846.]
INTÉRÊT, s. m. Nous disons, et on le dit dans le français populaire: Mettre de l'intérêt à une chose, pour: «Prendre de l'intérêt à une chose.» Tu ne mets point d'intérêt à tes leçons d'écriture, ni à tes leçons de musique. Dites: Tu ne prends point d'intérêt, etc.
INTERFEUILLER, v. a. Un volume interfeuillé. Il faut que j'interfeuille cette brochure. Dites: Un volume interfolié; il faut que j'interfolie cette brochure. L'infinitif de ce verbe s'écrit: «Interfolier.»
INTIMÉMENT, adv. Moi et Victorine nous sommes intimément liées. Écrivez «Intimement» sans accent sur l'e.
INTITULÉ, s. m. L'intitulé d'un livre, l'intitulé d'un ouvrage. Dites: Le titre d'un livre; le titre d'un ouvrage.
† INTRINSECTE, adj. Ta montre, Jaquinet, a une valeur intrinsecte de trente francs. Dites: Valeur intrinsèque.
INTRUE, adj. et s. f. Il faudra bien nous débarrasser promptement de cette intrue. Dites: «Intruse.» Une intruse; une femme intruse.
INVECTIVER, v. a. Invectiver quelqu'un. Dites: Invectiver contre quelqu'un.
INVENTORISER, v. a. Inventorier, dresser un inventaire. Inventoriser un mobilier. Terme suisse-roman et savoisien.
INVERSION VICIEUSE. Je n'ai personne vu, je n'ai personne entendu, sont des phrases mal construites, des phrases mal sonnantes, et qui, très-familières à nos voisins du canton de Vaud, commencent à se répandre chez nous.
† IRAGNE ou IRAIGNE, s. f. Araignée. Iragne appartient au vieux français, et se dit dans le Berry, en Languedoc et sans doute ailleurs. Voyez ARAGNE.
† IRRUPTION, s. f. Éruption (à la peau). Après cette fièvre, il lui sortit une forte irruption.
ISCARIOLE ou ESCARIOLE, s. f. Escarole, sorte de chicorée à fleur large.
ISERABLE, s. m. Du bois d'iserable. Terme vaudois, savoisien et dauphinois. Dans le patois bourguignon on dit: ôzeraule; dans le patois de la Franche-Comté, iseraule ou euzeraule. Le mot français est: «Érable.»
ITALIEN, s. m. Pâtissier. Aller chez l'Italien. Expression connue à Paris, et sans doute ailleurs. La plupart de nos pâtissiers sont originaires de la vallée de l'Engadine (canton des Grisons), vallée où l'on parle italien. En Normandie, les pâtissiers sont appelés Suisses.
IVRER, v. a. Terme de charpentier. Cheviller, lier les joints d'un plancher au moyen de chevilles qui s'emboîtent d'une planche dans une autre. [P. G.]
IVRER (S'), v. pron. S'enivrer. Sais-tu une chose?--Eh quoi?--C'est que la Fanchette s'ivre.--Elle s'ivre! Ce n'est pas croyable. Terme languedocien, berrichon, etc.
Chacun s'ivre à sa manière D'amour et de vin.
[DANCOURT, Les trois Cousines, I, 1.]
J
JABOT, s. m. (fig.) Se donner du jabot, signifie: Se pavaner, se glorifier, faire parade de son propre mérite. En voilà un qui ne se donne pas mal de jabot. Locution fréquente chez nous et chez nos proches voisins, mais qui ne se trouve pas dans les dictionnaires.
JACASSE, s. f. Babillarde, causeuse fieffée. Terme parisien populaire, normand, etc.
JACQUES DÉLOGE ou DES LOGES, nom propre d'homme. Prendre Jacques Des Loges est une expression facétieuse qui signifie: Déloger, détaler sans bruit, s'échapper à la sourdine. Je devais le trouver chez lui ce matin, et recevoir mon loyer: bernique! il avait pris Jacques Des Loges. L'expression française populaire est: Il a pris Jacques Déloge pour son procureur.
JAIRE ou JARRE, s. m. Terme de boucherie. Jaire de veau, jarre de veau. Dites: «Jarret de veau.»
JAMBETTE, s. f. Jambon de l'épaule.
JANOT, nom propre d'homme. Battre Janot, déraisonner, radoter. [P. G.]
JAQUETER, v. n. Jacasser, caqueter.
JARAVATTE, s. f. Langue, au sens propre. Mener sa jaravatte, faire aller sa jaravatte, signifient: Jaser, bavarder.
JARICLE, s. f. Babillage, loquacité, verbiage. [P. G.]
JARJET, s. m. Terme de tonnelier. Jable, rainure pratiquée aux douves d'un tonneau pour arrêter les pièces du fond.
JARLE ou GERLE, s. f. Sorte de corbeille ronde. Voyez GERLE et JERLE.
JARLOT, s. m. Cuvier ou grand baquet, destiné principalement à saler la viande de cochon. En Normandie on dit: Jalot; en vieux français, jale.
JARRETOU, s. m. et adj. Cagneux, qui a les genoux rapprochés et les pieds jetés en dehors. Dans la langue provençale, jarretier se dit des personnes et a le même sens.
JARRETOULE, s. fém. et adj. Cagneuse.
JASERON, s. m. Chaîne d'or à très-petits anneaux. En vieux français: Jaseran.
JASPINER, v. n. Disputer, taquiner, contredire. Terme rouchi, normand, etc. En français, «Jaspiner» signifie: Causer à tort et à travers.
JEAN-JEAN (UN). Un niais, un imbécile. En Normandie on dit: Un Janot.
JERLE, s. f., et JERLON, s. m. Cuve, petite cuve. Dans le Berry on dit: Jarlée.
JE T'EN MOQUE! Sorte de locution adverbiale, qui équivaut à: Point du tout, bernique. Nous comptions sur une lettre d'Alfred: mais je t'en moque! c'est un négligent. Benoît devait me payer ce matin: je t'en moque! Français populaire.
JETER (SE), v. pron. Se dit du bois et signifie: Se déjeter, se tourmenter, se courber, s'enfler, s'étendre. La fenêtre, faite d'un bois peu sec, s'était jetée. Terme français populaire.
JETON, s. m. Forcet, petite corde fort menue et fort pressée, que les cochers et les charretiers mettent au bout de leur fouet.
JICLER, v. a. Voyez GICLER.
JOINTE (UNE). Terme d'ouvrier. Le quart d'une journée de travail. Faire une jointe. La journée se compose de quatre jointes. Le charpentier ne viendra qu'après la première jointe.
JOLERIE, s. f. Poissonnaille, fretin, alevin. En languedocien, jol signifie: Petit poisson.
JOMBRER, v. n. Attendre, attendre avec ennui et avec impatience; nonchalanter; être privé d'une chose. Vous nous avez bien fait jombrer. Que jombres-tu là? Pourquoi jombres-tu ici au lieu d'aller travailler? Tu en jombreras de ces beaux abricots. Se dit aussi des choses. Quand vous aurez coupé ces branchages, laissez-les jombrer pour en ôter plus facilement les feuilles. Terme universellement connu dans les campagnes, et qui a des sens très-divers.
JONCHE, s. f. Arure, attelée de labour, espace de temps durant lequel on laboure sans dételer. Terme savoisien et dauphinois. En provençal on dit: Jhoûncho.
JORAN, s. m. Vent du nord-ouest. Voyez VENT.
JORDONNER, v. n. et a. L'expression: Une Madame Jordonne, une demoiselle Jordonne, une servante Jordonne, est dans quelques dictionnaires modernes. De cette expression s'est formé notre verbe jordonner. Qu'a-t-elle donc à jordonner? Que vient-elle nous jordonner? Est-ce à elle de jordonner ici? Excellent mot de la langue familière, et qui exprime une nuance précise et délicate, savoir le commandement exercé avec sottise et vanité, à tout propos et hors de propos. M. Bescherelle et M. Francis Wey appellent cette expression un affreux barbarisme. M. Victor Hugo, au contraire, l'emploie et l'apprécie.
JOT, s. m. Endroit du poulailler où se perchent les poules. Les poules sont sur le jot; les poules sont à jot. A Rennes on dit: Joc; en Champagne, en Languedoc et en vieux français, jouc. De ce mot jouc s'est formé le verbe «jucher.»
JOTTU, TUE, adj. Qui a de grosses joues, joufflu.
JOU (EN.) Mettre en jou, coucher quelqu'un en jou. Écrivez et prononcez «En joue.» Mettre en joue, coucher en joue.
JOUAILLER, s. m. Orthographe et prononciation vicieuses (ou plutôt vieillies) du mot «Joailler.»
JOUAILLON, s. m. Jouereau, celui qui ne joue pas bien à quelque jeu ou qui joue petit jeu. [P. G.]
JOUFFLARD, ARDE, adj. et s. Joufflu. Une grosse joufflarde.
JOUIN, s. m. Écrivez et prononcez «Juin.»
JOUISSERIE, s. f. Jouissance, plaisir. Notre voisin Z*** s'est donné la jouisserie d'aller voir la grande Exposition de Londres.
JOUR, s. m. Dans le langage populaire: Au jour d'aujourd'hui signifie: Dans les circonstances actuelles, par le temps qui court. Au jour d'aujourd'hui toutes les carrières sont difficiles. Expression redondante, fort critiquée des grammairiens, mais énergique et d'un emploi continuel.
JOUR, s. m. Nous disons: On voit jour, on y voit jour, pour dire: Il fait jour, on y voit clair. Ces expressions, qui n'ont rien de choquant, manquent dans les dictionnaires.
JOUR, s. m. Au lieu de dire: Vivre du jour au jour; gagner sa vie du jour au jour, il faut dire: Vivre au jour la journée; gagner sa vie au jour la journée; ou bien: Vivre au jour le jour; gagner sa vie au jour le jour. Mais cette dernière expression est moins bonne, quoique reçue dans le dictionnaire de l'Académie.
JOUR, s. m. Nous disons: Du jour au lendemain, pour dire: D'un jour à l'autre. En été le poisson se gâte du jour au lendemain. Cette expression n'est pas française.
JOUR, s. m. Voyez D'UN JOUR L'UN.
JOUR SUR SEMAINE, s. m. Dites: Jour ouvrable. Ne venez pas me voir le dimanche, venez les jours sur semaine. Les Parisiens ne s'expriment pas différemment, et ils opposent aussi la semaine au dimanche. Ils affichent, par exemple, que: «Dans tel ou tel omnibus on paie vingt centimes en semaine, et trente centimes le dimanche.» Un parisien me disait: «En semaine les bals des Champs-Élysées sont plus tranquilles que les dimanches et jours de fête.»
JOURS, s. m. pl. Nous distinguons l'habit des jours de l'habit des dimanches. Quand tu rentres, Alfred, aie soin de mettre ta veste des jours. Le peuple de Paris dit dans le même sens: Cet habit est pour à tous les jours, c'est-à-dire: Pour mettre tous les jours ouvrables.
JUSTE (À), adv. Être à juste de pain, signifie: En avoir tout juste la quantité strictement nécessaire. Si tu invites toute la famille, nous serons à juste de couverts d'argent.