XXXIV. - XXXV.
JETER. Ne dites pas: cette plaie jette; mais cette plaie suppure.
Dites, si vous voulez, cette plaie jette. Jeter, selon l'Académie, «se dit des ulcères, des apostèmes, des plaies, etc. Cette apostème jette du pus; ces ulcères, ces pustules jettent beaucoup. Sa plaie commence à jeter.»
LE. L'adverbe bien veut l'article; bien des gens s'estiment plus qu'ils ne valent..... On supprime l'article après beaucoup, parce que c'est l'équivalent de ces mots, une grande quantité.
J'ai déjà fait remarquer combien il est dangereux en grammaire d'établir le principe que M. Molard répète ici.
1.º S'il est vrai que l'on dit beaucoup de, et non pas beaucoup des, parce que beaucoup est l'équivalent de grande quantité, pourquoi ne diroit-on pas bien de gens au lieu de bien des gens? Bien n'est-il pas aussi dans ce cas l'équivalent de grande quantité?
2.º Beaucoup est-il toujours l'équivalent de une grande quantité? Le prétendre, ce seroit dire que cette phrase: j'ai beaucoup de plaisir à vous voir, signifie j'ai une grande quantité de plaisir à vous voir, ce qui est absurde.
Je placerai ici une autre observation sur le mot beaucoup. M. Molard condamne d'une manière absolue cette locution, il s'en faut de beaucoup, et veut qu'on supprime le de[9]. Cette règle n'est pas exacte; voici celle que donne l'Académie: «On dit il s'en faut beaucoup pour dire qu'il y a une grande différence. Le cadet n'est pas si sage que l'aîné, il s'en faut beaucoup. Et on dit il s'en faut de beaucoup pour dire que la quantité qui devoit y être n'y est pas. Vous croyez m'avoir tout rendu; il s'en faut de beaucoup.»
[Note 9: Mauv. lang. corr., au mot Falloir.]