XLIII.
PARDONNER. Pardonnez ceux qui vous ont offensé. Cette phrase renferme un solécisme. Le mot pardonner signifie donner pardon; or, on donne pardon à quelqu'un. Dites, pardonnez à ceux, etc. et non pardonnez ceux, etc.
Cette décision est juste; mais la raison qu'on en donne est fausse. M. Molard part toujours de ce principe erronné, que des locutions équivalentes pour le sens doivent avoir une construction semblable. On ne sauroit admettre cette règle, sans dénaturer la langue et la rendre barbare. On s'en convaincra par l'application que je vais en faire aux deux exemples suivans.
Absoudre, congédier, signifient donner l'absolution, donner congé; or, on donne l'absolution, on donne congé à quelqu'un. Dites donc, absoudre à quelqu'un; congédier à quelqu'un. En Grammaire, comme en toute autre matière, il est aisé de reconnoître la fausseté d'un principe, par l'absurdité des conséquences.