LXIII.
TERRE. Tomber à terre, et tomber par terre, ne signifient pas tout-à-fait la même chose. Ce qui tombe à terre tient à la terre; ce qui tombe par terre n'y tient pas. C'est la distinction que met Roubaud entre ces deux locutions.
La distinction qu'établit ici M. Molard, entre tomber à terre et tomber par terre, est exprimée en termes si obscurs, que j'ai déjà vu bien des personnes qu'elle a embarrassées. Mais son principal défaut n'est pas d'être en quelque sorte inintelligible pour ceux qui n'y apportent qu'une attention ordinaire; elle est absolument fausse. Pour être exact, M. Molard devoit dire tout le contraire de ce qu'il a dit. Tomber par terre se dit d'une personne ou d'une chose qui étant déjà à terre, tombe de sa hauteur; et tomber à terre ne doit s'employer qu'en parlant d'une personne ou d'un objet qui étant élevé au-dessus de terre, tombe de haut. Cette distinction est de l'abbé Girard. «Un homme, dit-il, qui passe dans une rue et qui vient à tomber, tombe par terre, et non à terre, car il y est déjà. Mais un couvreur à qui le pied manque sur un toit, tombe à terre, et non par terre.»
M. Molard cite à l'appui de son opinion, l'abbé Roubaud. M. Molard se trompe; l'abbé Roubaud, dans ses Synonymes, n'a rien écrit sur le verbe tomber.