Odes en son honneur
Paul Verlaine
Odes en son honneur
1893
Un texte du domaine public.
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Sources :
- B.N.F.
- Éfélé
Ont contribué à cette édition :
- Association de Promotion de l'Ecriture et de la Lecture
Fontes :
- David Rakowski's
- Manfred Klein
- Philipp H. Poll
Tu fus une grande amoureuse
Oui, tu fus comme une héroïne,
Pour cela, je t’aime et t’admire
Use de moi, je suis ta chose ;
Mourir dans mon corps et mon âme,
Jette un regard de complaisance,
Laisse dire la calomnie
Faire et dire lâches et sottes,
Moi qui t’estime et te vénère
Mais toi, méprise ces menées,
Bah ! fais ce que tu veux, ma belle
Et puis tu m’as, si tu m’accordes
L’écartement des bras m’est cher, presque plus cher
O seins, mon grand orgueil, mon immense bonheur,
Aisselles, fins cheveux courts qu’ondoie un parfum
Fraîcheur enfin des bras endormis et rêveurs
Que je ne sais quoi pleure en moi, peine et plaisir,
Qu’en des baisers plus langoureux et plus ardents
Et maintenant vers l’ombre blanche — et noire un peu,
La sainte, ta patronne, est surtout vénérée
Tu n’es pas vierge, hélas ! mais encore martyre
Et douce ? Ah oui ! malgré ton allure si vive
Douce et bonne et naïve, âme exquise qui planes
O résignation infiniment splendide.
« Quand je cause avec toi paisiblement,
S’il m’arrive, hélas ! d’un peu te tromper,
Suis-je heureux, tu te montres plus heureuse
Quand je me pâme, lors tu te pâmes.
… Et je me réveillai de ce colloque
Mais après les merveilles
Faut célébrer la blanche
Que chastement, encore
Teutatès adorable,
Nous chanterons ensuite
Non ! fou, braque, orgiaque,
Fifi s’est réveillé. Dès l’aube tu m’as dit
Le mignon compagnon ! comparable aux bons drilles
Il sautillait, fiérot, comme un gars qui se cambre,
Cuisses grosses mais fuselées,
Cuisses si bonnes tant baisées
Genoux, petites têtes d’anges
Pieds dressés pour te hausser jusque
La cheville de mol ivoire
Assez forte peau pour la marche,
L’arche de crainte et de blandices
Tu fus souvent cruelle,
Et puisque suis ta chose.
Que tu me trompes avec Pierre,
De ton humeur gaie ou morose.
S’il arrive que tu me battes,
Suis content et vois tout en rose.
Et puis dame j’opine
Qu’on s’attache à sa chose.
Et maintenant, aux Fesses !
Mais avant la cantate
Posons de lentes lèvres
Et maintenant, aux Fesses !
Elles sont presques ovales,
Déesses de déesses !
Et quand l’heure est sonnée
Je me dresse et je presse
Ce sont les reins ensuite,
Et c’est enfin la nuque
O nuque proxénète,
Riche ventre qui n’a jamais porté,
Beau cou qui n’a plié que sous le poids
Bouche éclatante et rouge d’où jamais
Nez retroussé quêtant les seuls parfums
Front peu penseur mais pour cela bien mieux,
Croupe superbe éprise de loisir
Jambes enfin, vaillantes seulement
Puis, au repos, — cuisses, genoux, mollet, —
Mais Sa tête, Sa tête !
Puis exquise bonace,
Force de la nature
Et voyez quelle est belle
Car je veux dire aux Anges
Petit front d’Immortelle
Mais sorcière sans cesse,
Et ô sur cette bouche
Et tout cela qu’éclaire
A nos jaloux, ma reine,
Nos repas sont charmants encore que modestes,
Le vin n’a pas ce nom, car à quoi sert la gloire ?
Le légume est pour presque rien, et le fromage :
Mais le triomphe, au moins pour moi, c’est la salade :
Et le café, qui pour ma part fort m’indiffère,
Je sais si bien que le sommeil fuira sa lèvre
Nous sommes bien faits l’un pour l’autre ;
Lourd de doctrine et de scrupule,
T’eus quelque mal à la conquête,
Mais comme nous sympathisâmes
Toi simple encor, que compliquée,
L’un à l’autre ! en dépit, par crises,
C’est de persévérer, petite !
Quand tu me racontes les frasques
Tu me dis tes amours premières :
Tout d’un coup un caprice vite
Fidèle, toi, l’autre, infidèle,
Je t’écoute, et ma pitié toute,
Qui souffrira, j’en ai la crainte,
Je ne suis pas jaloux de ton passé, chérie,
Car tu n’eus peur ni de la mort ni de la vie,
Ton beau sanglot que ton beau rire condolait
Et se targue pour t’adorer au sens mystique :
Où tant de passions comme en un Panthéon,
Pense à Phaon pour l’oublier dans mon étreinte
Va, je t’aime… mieux que l’autre : il faut l’oublier,
« Tu m’obstines ! » — « Et je t’emmène
Je crains fort que ces amoureux
Mais puisqu’il en est temps encore,
Notre courroux, pourtant grondant
O ma dure et bonne compagne,
O toi triomphante sur deux
Qu’as de me plaire sans complaire
Sauf la seule odeur de toi, frais
Mon cœur, mais non pas ma bravoure
Peur de te perdre si le sort
Iris, ambre, ainsi j’annonçai
Ils me disent que tu me trompes.
Ils me disent que t’es méchante
Méchante, toi qui toujours m’offres
Ils me disent et croient bien dire,
Tu ne m’aimes ? Et la grâce
Tu ne m’aimes pas ? Et quand même
Une édition
Achevé d'imprimer en France le 5 Novembre 2016.