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Chapitre 4

Une chanson composée à l’occasion de l’inauguration du pont Victoria par le prince de Galles, avait le refrain caractéristique suivant :
Oh ! non, non, non,

Mille fois non,

Non, jamais on

Ne vit un pont

Qui fût si long !

Comme je l’ai dit plus haut, tout cela se chantait ou se récitait.

Mais cela se vendait surtout.

Beaucoup plus que des chefs-d’œuvre, naturellement.

Et force petites pièces blanches tombaient dans l’escarcelle du poète ambulant.

On se bousculait pour l’entendre.

Et quand il se proclamait solennellement le seul grand, le seul véritable pohêêête de l’univers, il ne manquait pas d’auditeurs pour le prendre au sérieux.

Dame, il était exilé à cause de cela…

Et puis on l’assassinait pour lui voler ses chansons !

— Sieurs et dames, criait-il, je vous les donne pour cinque sous ; ce n’est pas la peine de prendre mon sang, n’est-ce pas ?

Quelquefois il m’apercevait de loin.

— Ah ! monsieur Fraîîchette ! hélait-il ; c’est vous ? Tenez, prenez, je les donne pour rien aux confrères. À eux de faire quelque chose à leur tour pour le grand philosophe et poète populaire, ouvrier cordonnier – fait dans le vieux et le neuf… Très bien, merci, confrère !… Ma muse salue la vôtre !… Sieurs et dames, cinque sous seulement pour les œuvres de Grosperrin, qui valent des millions et font trembler sur leurs trônes les potentats engraissés des sueurs du peuple ! À cinque sous ! Qui en désire ? Ne parlez pas tous ensemble.

Et cela était débité sans interruption, à jet continu, comme un robinet lâché, avec une emphase diabolique, un aplomb monumental, et une voix, une voix… Il fallait qu’il eût le larynx blindé de fer-blanc pour y résister.

Et les cinquesous affluaient dans sa poche comme une bénédiction.

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