‹ Ourson Tête-de-FerChapitre 3 sur 19 · Chapitre 2 Comment Boute-Feu et son ancien engagé jouèrent aux dés et ce qui s’ensuivit.

Chapitre 2 Comment Boute-Feu et son ancien engagé jouèrent aux dés et ce qui s’ensuivit.

Lorsque les deux flibustiers arrivèrent à la porte de l’Ancre dérapée, un spectacle si bizarre s’offrit soudainement à leurs yeux que, malgré eux, il s’arrêtèrent un instant sur le seuil et promenèrent avec surprise leurs regards autour d’eux.

À la lueur de lampes, dont la fumée, mêlée à celle des pipes et des cigares, roulait en nuages noirâtres au-dessous du plafond, on apercevait, comme à travers un brouillard, les têtes énergiques et grimaçantes d’une foule d’habitants, de boucaniers et de Frères de la Côte, dont les traits contractés par la passion du jeu et par l’ivresse prenaient une expression sinistre aux reflets changeants des lumières incessamment agitées par le vent.

Au milieu de la salle, sur une longue table improvisée avec des planches et des tonneaux, des masses d’or s’entassaient devant un homme qui, le cornet à la main, le regard insolent et railleur, secouait les dés d’un air de défi en apostrophant les flibustiers, groupés autour de la table.

Derrière lui se tenaient une dizaine d’Espagnols, hommes et femmes, prisonniers faits dans la dernière expédition, et qui avaient servi d’enjeu suprême à leurs derniers maîtres,

— Voilà le boucanier auquel nous avons affaire, dit Vent-en-Panne. Suis-moi.

Ourson jeta un regard distrait sur l’homme que lui désignait son compagnon : il reconnut Boute-Feu.

À cette vue, ses sourcils se froncèrent, une pâleur livide envahit son visage, et, malgré lui, il fit un pas en arrière.

— Qu’as-tu donc ? lui demanda Vent-en-Panne, qui s’aperçut de son émotion. Ah ! reprit-il au bout d’un instant, je comprends : tu as reconnu ton ancien maître.

— Oui, dit Ourson d’une voix sombre, c’est lui, en effet.

— Que t’importe ? Tu es libre maintenant et tu n’as rien à craindre.

— Je ne crains rien, murmura le capitaine, comme s’il se fût parlé à lui-même.

— Alors, viens.

— Tu as raison, dit Ourson avec m sourire d’une expression étrange, allons ! aussi bien peut-être, mieux vaut-il en finir.

— Quelle est ton intention ? lui demanda Vent-en-Panne avec une nuance d’inquiétude.

— Dieu m’est témoin que je ne cherchais pas cet homme, que je faisais, au contraire, tout ce qui dépendait de moi pour l’éviter. Lorsque tout à l’heure, tu m’as rencontré sur la plage et que tu m’as demandé de t’accompagner ici, je t’ai refusé, n’est-ce pas ?

— C’est vrai.

— Il est donc bien constaté que c’est le hasard seul qui nous met en présence aujourd’hui.

— Je veux que le diable m’emporte, s’écria Vent-en-Panne, si je comprends un traître mot à tout ce que tu me dis.

Le capitaine releva la tête et regarda son compagnon avec une expression indicible de raillerie et de triomphe.

Puis, au bout d’un instant, il passa son bras sous celui de Vent-en-Panne :

— Viens, dit-il, tu m’as reproché souvent de ne pas jouer ; eh bien ! ce soir, vive Dieu ! tu assisteras à une partie dont toi et tous nos Frères garderez un long souvenir.

— Tu vas jouer ! s’écria Vent-en-Panne au comble de la surprise.

— Oui, une partie suprême.

— Et avec qui ?

— Avec cet homme qui a si insolemment dépouillé nos Frères, fit Ourson en étendant le bras vers le boucanier,

— Avec Boute-Feu ?

— Oui, et au lieu que j’assiste à ta partie, ce sera toi qui serviras de témoin à la mienne, ajouta le capitaine.

— Prends garde ! dit Vent-en-Panne.

— Ma résolution est prise. Viens.

— À la grâce de Dieu ! murmura le flibustier en suivant son compagnon.

Ils pénétrèrent alors dans la salle, et, se frayant un passage à travers les groupes, ce qui ne leur fut pas difficile, car tous deux étaient fort considérés de leurs compagnons, ils arrivèrent bientôt devant la table occupée par le boucanier, qui, avec un sourire railleur, les regardait s’approcher de lui.

— Ah ! ah ! dit Boute-Feu, avec un rire grossier, est-ce que vous voudriez tenter la chance contre moi, compagnons ?

— Pourquoi non ? répondit Vent-en-Panne.

— Essaye, si le cœur t’en dit, reprit en ricanant le boucanier, je ne demande pas mieux que de t’enlever jusqu’à ton dernier doublon, mon vieux camarade.

— D’abord je ne suis pas ton camarade, Dieu merci ! Garde donc, je te prie, ces épithètes malséantes pour d’autres, fit le flibustier d’un ton bourru. Quant à m’enlever mon dernier doublon, c’est ce que nous allons voir et pas plus tard que tout de suite.

— Le tien et celui de ton compagnon par-dessus le marché, si, contrairement à ses habitudes, ajouta-t-il avec ironie, il a le courage de se mesurer enfin avec moi.

— Pas d’injures gratuites, Boute-Feu, contre un homme qui ne t’attaque pas, répondit froidement Ourson.

— Je n’ai que faire de tes observations, répondit brutalement le boucanier, et si tu n’es pas content, je suis prêt à te rendre raison où et quand tu voudras et comme il te plaira.

— Je te ferai remarquer, reprit paisiblement Ourson, que rien n’a motivé entre nous la mauvaise querelle que tu me cherches en ce moment, et que je ne me suis en aucune façon mêlé à ta discussion avec mon ami Vent-en-Panne.

À cette altercation si subitement soulevée, un cercle de Frères de la Côte s’était immédiatement formé autour de la table, attendant curieusement ce qui ne manquerait pas de survenir ; car chacun connaissait la haine que Ourson et Boute-Feu entretenaient l’un contre l’autre, et les spectateurs prévoyaient un dénouement terrible à cette escarmouche de mots si audacieusement entamée par le boucanier.

Boute-Feu n’était pas aimé par les Frères de la Côte ; son bonheur constant au jeu, depuis quelques jours, augmentait encore, s’il est possible, l’éloignement général, et la plupart des assistants nourrissaient l’espoir secret que son adversaire lui infligerait enfin le rude châtiment que, sans doute faute d’occasion propice, il avait si longtemps différé.

Ourson était calme, froid, et, bien qu’un peu pâle, complètement maître de lui.

— C’est bon, répondit Boute-Feu, en haussant les épaules avec dédain ; assez de discussion entre nous. On ne saurait lancer, malgré lui, un mauvais chien sur la voie. Restons-en là ; j’admire ta prudence et m’incline devant elle.

— Trêve de rodomontades ! s’écria Vent-en-Panne ; Ourson a raison, c’est toi qui lui as cherché querelle : s’il ne te répond pas en ce moment c’est qu’il a probablement des motifs pour agir ainsi ; mais j’imagine que tu ne perdras rien pour attendre. Jouons, cela vaudra mieux.

— Jouons donc ! dit Boute-Feu. Quel est ton enjeu ?

— Deux mille piastres, répondit le flibustier en retirant une longue bourse des poches de sa culotte.

— Arrête, dit froidement Ourson, qui posa la main sur le bras de Vent-en-Panne, laisse-moi m’expliquer avec cet homme,

Le flibustier regarda son ami, il vit briller un si sombre éclair au fond de son œil noir, qu’il remit sa bourse dans sa poche et se contenta de répondre ces trois mots :

— À ton aise !

Ourson fit alors un pas en avant, appuya les mains sur la table et, se penchant vers le boucanier :

— Boute-Feu, dit-il, d’une voix brève et tranchante, en pénétrant dans cette salle je ne savais pas t’y rencontrer, je ne le désirais pas, car dans mon cœur le mépris égale la haine que j’éprouve pour toi ; mais puisque, poussé par ton mauvais destin, au lieu d’imiter ma conduite réservée et sage, tu n’as pas voulu feindre une indifférence semblable à la mienne, eh bien ! soit, j’accepte la partie que tu me proposes.

— Est-il besoin de tant de paroles oiseuses pour aboutir à ce résultat ridicule ? fit le boucanier, avec son mauvais sourire,

— Peut-être. Écoute-moi ; nos Frères ici présents nous serviront de témoins ; nous jouerons trois parties de passe-dix, pas une de plus, pas une de moins ; tu seras tenu d’accepter les conditions que je te poserai. Acceptes-tu ?

— Mais les parties que tu perdras ?

— Je n’en perdrai pas, répondit-il nettement, j’entame avec toi une lutte suprême dont, j’en ai la conviction, je sortirai vainqueur.

— Allons donc, tu es fou.

— Tu as peur, c’est bien, je n’insiste pas. Fais-moi, pour les insultes que tu m’a adressées, des excuses devant nos Frères, et je me retirerai à l’instant.

— Des excuses, moi ? vive Dieu ! prends garde à tes paroles.

— Je t’avertis, reprit froidement Ourson en sortant un pistolet de sa ceinture et en l’armant, qu’au moindre geste suspect je te tue comme une bête féroce que tu es.

Le boucanier, ivre de fureur, mais tenu en respect par le long canon du pistolet dirigé sur sa poitrine, jeta un regard circulaire sur les assistants, peut-être pour demander du courage à quelque visage ami.

Tous les flibustiers étaient sombres, silencieux : la seule expression qu’il lut sur leurs traits fut celle d’une joie ironique.

Par un violent effort de volonté, il refoula au dedans de son cœur la colère qui faisait bouillonner son sang, et d’une voix calme, dans laquelle il eût été impossible de surprendre le plus léger tremblement :

— J’accepte ta proposition, dit-il.

— Laquelle ? celle de me faire des excuses ?

— Jamais ! s’écria Boute-Feu.

— Très bien ; vous avez entendu, mes Frères, fit Ourson en s’adressant aux assistants.

— Nous avons entendu, répondirent ceux-ci d’une seule voix.

— Donc, voici les conditions de la première partie, reprit le capitaine de sa voix ferme et accentuée ; les dés au nombre de trois et le cornet, également inconnus à toi et à moi, seront pris au hasard.

— Supposes-tu que mes dés soient pipés ? s’écria Boute-Feu d’un ton de menace.

— Je ne suppose et ne veux rien supposer, j’use de mon droit, voilà tout.

Boute-Feu jeta violemment son cornet à terre et le foula aux pieds avec rage.

Toutes les parties avaient été interrompues ; les Frères de la Côte se pressaient curieusement autour de la table, montés sur les bancs, les tables et les barils, afin d’assister à ce duel d’une nouvelle espèce et de mieux voir, retenant leur respiration et faisant un si profond silence qu’on eût entendu le vol d’une mouche dans cette salle, où cependant près de deux cents personnes étaient réunies.

— Voici un cornet et des dés, mon ami, dit, en venant prendre place auprès du capitaine, un homme devant qui tous les Frères de la Côte s’écartèrent avec respect,

— Merci, Montbars, répondit Ourson, qui pressa affectueusement la main du redoutable flibustier.

Puis, s’adressant à Boute-Feu :

— Nous jouerons chacun un coup, reprit-il ; le point le plus élevé passant dix gagnera, à moins d’une rafle, cette rafle fût-elle d’as. Est-ce entendu comme cela ?

— Oui, répondit le boucanier d’une voix sourde.

— Nous ne jouerons que trois parties.

— Soit !

— Et j’aurai seul le droit de fixer l’enjeu.

— À moins que je ne gagne.

— Naturellement. Fixons le premier enjeu ; combien as-tu là devant toi ?

— Huit mille sept cents piastres.

— À combien évalues-tu ce que tu possèdes, maisons, meubles, engagés, tout enfin ?

— À pareille somme.

— Tu te fais bien riche, il me semble, dit Ourson en riant.

— As-tu compté avec moi ? répondit brutalement le boucanier ; c’est mon prix.

En ce moment, Ourson sentit qu’on le touchait légèrement à l’épaule, il se retourna.

Derrière lui se tenaient, humbles et désolés, les malheureux prisonniers espagnols.

— Par pitié, señor ! murmura une voix douce et plaintive à son oreille.

— C’est juste, fit Ourson ; et ces gens, reprit-il, en désignant les prisonniers, combien les estimes-tu ?

— Dix mille piastres, pas un réal de moins.

Le capitaine hésita un instant.

— Au nom de la sainte Vierge, pitié ! señor, reprit la même voix avec un accent de douleur navrante.

— Ainsi le tout forme un total de vingt-sept mille quatre cents piastres, dit Ourson.

— Tu sais compter parfaitement, mon maître, fit en ricanant Boute-Feu ; c’est un beau chiffre, n’est-ce pas ?

— Un beau chiffre ! Je te joue treize mille sept cents piastres pour la première partie.

Un murmure d’admiration circula dans la foule attentive.

— Bien ! Mets au jeu, fit le boucanier avec un sourire narquois.

— Je n’ai pas cet argent sur moi, dit paisiblement Ourson.

— Alors, rien de fait, compagnon ; je ne joue pas sur parole.

Le capitaine se mordit les lèvres ; mais, avant qu’il eût le temps de répliquer, Montbars l’arrêta d’un geste.

— Je réponds pour lui, dit-il en fixant son regard d’aigle sur le boucanier, qui baissa les yeux d’un air confus.

— Et moi aussi, s’écria Vent-en-Panne. Cornebœuf ! ce que j’ai, je le lui abandonne de bon cœur.

— Et moi de même, ajouta le beau Laurent, qui fendit la foule et vint s’appuyer contre la table, à deux pas de Boute-Feu.

— Qu’as-tu à dire ? fit Ourson, en pressant les mains tendues vers lui ; trouves-tu que ces garanties soient suffisantes ?

— Oui ; jouons ! mille diables, et que tout cela finisse !

— Voici le cornet, commence.

Le boucanier saisit le cornet sans répondre ; il l’agita quelques instants d’un mouvement fébrile, puis les dés roulèrent sur la table avec un bruit mat.

— Beau point, dit doucement Ourson ; six et six douze et cinq dix-sept. À moi.

Il prit nonchalamment le cornet, l’agita et le renversa.

— Tiens, dit-il en riant, rafle de six, tu as perdu.

— Enfer ! s’écria Boute-Feu, qui devint livide.

— Il paraît que la chance a tourné, reprit le flibustier. À la seconde partie ! Je n’ai plus besoin de répondants maintenant, je joue ce que je t’ai gagné contre ce qui te reste.

Boute-Feu agita nerveusement les dés et renversa le cornet. :

— Ah ! ah ! s’écria-t-il tout à coup avec un rire de triomphe, la chance n’a pas tourné encore, mon maître, regarde, rafle de quatre.

— Oui, répondit Ourson, c’est beau, mais on peut faire mieux. Qu’en penses-tu ? ajouta-t-il.

Les dés avaient amené rafle de cinq.

— Ruiné ! s’écria le boucanier, en essuyant la sueur froide qui inondait son visage pâle comme celui d’un mort.

— Tu l’as dit, compagnon, répondit Ourson en relevant la tête ; tu es ruiné ; mais ce n’est pas tout, oublies-tu donc que nous avons encore une dernière partie à jouer.

— Je ne possède plus rien.

— Tu te trompes ; il te reste quelque chose encore que je veux te gagner.

— Quoi donc ?

— Ta vie ! s’écria-t-il d’une voix terrible ; t’imagines-tu, par hasard que j’aie entamé avec toi cette lutte suprême pour le misérable plaisir de te dépouiller de cet or que je méprise ? Non, non, Boute-Feu, c’est ta vie qu’il me faut ! pour te la gagner, je te joue non seulement toute ta fortune qui est mienne maintenant, mais ma vie encore. Le perdant se brûlera la cervelle, ici, immédiatement, devant tous.

Un frisson de terreur passa comme un courant électrique dans les rangs des Frères de la Côte à cette étrange proposition.

— Ourson ! c’est de la folie cela, s’écria Montbars.

— Arrête ! arrête ! crièrent vivement plusieurs flibustiers,

— Frères, reprit Ourson avec un froid sourire, je vous remercie de l’intérêt que vous me portez, mais ma résolution est irrévocable ; d’ailleurs, croyez-moi, je joue à coup sûr, cet homme est condamné ; voyez-le, la terreur l’a déjà presque terrassé ; l’orgueil seul le soutient encore. Je consens cependant à lui donner une dernière chance de sauver sa vie : qu’il confesse publiquement ses crimes et qu’il en demande humblement pardon. À cette condition, je lui pardonne.

— Jamais ! s’écria Boute-Feu, arrivé au paroxysme de la rage. Ta vie ou la mienne, soit ! L’un de nous est de trop sur terre et doit disparaître ; jouons donc cette dernière partie, et sois maudit !

Il jeta les dés en détournant les yeux.

Un cri de stupeur s’éleva dans la foule.

Il avait amené rafle de cinq.

— C’est presque le coup de tout à l’heure, dit Ourson en ramassant les dés avec indifférence et les remettant dans le cornet ; mais ne te hâte pas de triompher, tu es plus près de la mort que tu ne supposes.

— Joue ! joue donc ! s’écria le boucanier d’une voix sifflante, la poitrine oppressée, les yeux hagards, en proie à une angoisse que nulle expression ne saurait rendre.

— Frères, reprit Ourson toujours impassible, ceci est le jugement de Dieu. Afin de bien vous prouver que cet homme est irrémissiblement condamné par la justice divine, je ne toucherai même pas le cornet ; l’un de vous jouera pour moi ce coup suprême.

— Ce ne sera pas moi ! s’écria Montbars. C’est tenter Dieu, cela !

— Tu te trompes, Frère ; c’est au contraire faire éclater devant tous son infaillible puissance ; prends le cornet et jette les dés.

— Non, sur mon âme, je ne le ferai pas.

— Je t’en prie, Frère.

Montbars hésitait.

— Joue donc, as-tu peur ? joue, répétait machinalement Boute-Feu, replié sur lui-même comme un tigre aux aguets, les mains crispées sur la table, le regard fixe et égaré.

Le flibustier mit presque de force le cornet dans la main de Montbars.

— Va, et ne crains rien, dit-il.

— Que Dieu me pardonne ! murmura Montbars et il jeta les dés en détournant la tête.

Au même instant, un cri strident se fit entendre, qui n’avait rien d’humain : Ourson fut brusquement tiré en arrière par une main inconnue ; un coup de feu retentit et une balle alla, avec un sifflement sinistre, se loger avec un bruit mat dans une des poutres du plafond.

Tout cela se passa si rapidement qu’une minute à peine s’écoula entre le cri et le coup de feu.

Quand les flibustiers revinrent de la stupeur causée par cet incident étrange, ils aperçurent le boucanier renversé sur la table et maintenu, malgré ses efforts, par la main puissante du beau Laurent ; il tenait encore dans les doigts crispés le pistolet fumant.

Les dés en tombant avaient amené une rafle de six.

Heureusement pour Ourson, deux personnes veillaient sur lui : la première, la prisonnière espagnole qui l’avait bravement attiré en arrière, au risque de devenir elle-même victime de son dévouement ; la seconde, le beau Laurent, qui surveillait attentivement le boucanier et avait détourné le coup.

Montbars fit un geste pour réclamer le silence.

Chacun se tut.

— Frères, reprit le flibustier, vous avez tous été témoins de ce qui vient de se passer.

— Oui ! oui ! s’écrièrent les Frères de la Côte d’une seule voix.

— Donc, vous reconnaissez comme moi que nous avons le droit d’user de nos privilèges et de juger l’assassin ?

— Oui, répondit Vent-en-Panne au nom de tous, il doit être jugé ici même, tout de suite.

— C’est bien, Frères, dit Montbars, que décidez-vous de cet homme, après le lâche attentat dont il s’est rendu coupable ?

— Il doit mourir, répondirent les assistants d’une seule voix.

— C’est votre jugement ?

— Oui, la mort, répondirent tous les Frères de la Côte.

— Armez une embarcation, qu’il soit à l’instant conduit sur la roche du Requin.

Plusieurs hommes s’élancèrent hors de la salle et quittèrent aussitôt l’auberge.

Ce fut en vain que Ourson intercéda pour que le misérable fût laissé libre de se brûler la cervelle, les flibustiers demeurèrent inflexibles.

Quelques minutes plus tard, Boute-Feu, solidement garrotté et transporté dans une pirogue, quittait le Port-Margot, sous la conduite de dix flibustiers commandés par Montbars, qui avait voulu exécuter lui-même la sentence.

Cette sentence était terrible.

La roche du Requin s’élevait à fleur d’eau à six lieues au large ; à chaque marée, la mer la recouvrait entièrement.

L’homme condamné par la justice implacable des flibustiers était abandonné sans vivres et sans armes sur cette roche, pour y attendre la mort dans des angoisses et des tortures horribles.

Tel était le sort réservé à Boute-Feu.

Une heure avant le lever du soleil, au moment où la marée commençait à monter, la pirogue accosta le débarcadère ; Montbars et ses compagnons débarquèrent froidement, en hommes qui viennent d’accomplir un devoir.

À cette heure déjà probablement le boucanier n’existait plus.

q

Le dénouement terrible, mais depuis longtemps prévu de cette étrange partie entre deux ennemis implacables, avait cependant causé une émotion extrême dans la foule réunie à l’Ancre-Dérapée.
Les Frères de la Côte, qui avaient suivi avec anxiété les péripéties singulières de la partie, regardaient maintenant le capitaine avec une admiration craintive.

En ce moment, M. d’Ogeron, gouverneur au nom du roi de l’île de la Tortue et des établissements français de Saint-Domingue, fit son entrée dans la salle, salua les assistants, qui se découvrirent avec respect, et vint froidement prendre place au milieu des principaux flibustiers.

M. d’Ogeron était un homme d’une vaste intelligence et d’un grand cœur ; il s’était imposé la mission périlleuse et presque impossible de régénérer ces hommes égarés, et de faire rentrer dans la grande famille humaine des enfants révoltés que l’impétuosité de leur caractère et leur amour ardent, pour la liberté en avaient brutalement séparés ; cette mission, il l’accomplissait avec un dévouement sans égal.

Souffert plutôt qu’accepté réellement par les flibustiers, qui tous l’aimaient cependant et le respectaient, il était considéré bien plus comme un égal que comme un chef, et, à moins de circonstances graves, il ne s’immisçait jamais dans les affaires de la flibuste ; il se contentait d’intervenir par les conseils et la persuasion auprès de ces gens exaltés, qui n’avaient jamais supporté un frein, si léger qu’il fût.

Averti par hasard de ce qui s’était passé à l’auberge de l’Ancre-Dérapée, il s’était aussitôt hâté d’accourir, non pour empêcher l’exécution de la sentence prononcée contre Boute-Feu, mais pour prévenir tout nouvel acte de violence.

La présence du gouverneur fut saluée par des acclamations générales, et chacun se hâta de lui ouvrir respectueusement passage.

Lorsque M. d’Ogeron fut assis, il se pencha vers le capitaine Ourson et lui dit à voix basse quelques mots que celui-ci entendit seul.

— Soyez tranquille, monsieur, répondit Ourson ; notre but est le même, je m’efforcerai de remplir vos intentions.

Le capitaine se tourna alors vers l’assistance, et, d’une voix qu’une émotion intérieure faisait légèrement trembler, mais qui peu à peu se raffermit, il prit la parole.

— Frères de la Côte, dit-il, flibustiers de la Tortue, boucaniers de Saint-Domingue et habitants de Port-Margot, vous avez, il y a quelques instants à peine, assisté dans cette salle, non point à une partie terrible jouée entre deux hommes que la haine séparait depuis longtemps, mais à un jugement rendu par Dieu lui-même. Je n’ai été que l’instrument choisi par la colère divine ; poussé malgré moi à agir ainsi que je l’ai fait, je n’ai pas un instant douté du succès : les conditions que j’ai posées, les paroles que j’ai prononcées, tout vous le prouve. Je n’ai donc aucun droit sur les richesses dont je suis devenu propriétaire, et j’y renonce de grand cœur ; j’espère que vous approuverez ma détermination. Nous sommes des lions, nous autres, et non des tigres ; et si nous nous plaisons à jeter notre or sans compter dans de folles et joyeuses orgies, c’est que cet or est le prix de notre valeur, de notre audace, et que notre sang l’a glorieusement acheté.

Des bravos frénétiques couvrirent en ce moment la voix vibrante et fière du capitaine.

Lorsque le calme se fut un peu rétabli, il reprit, le sourire aux lèvres :

— Je remercie monsieur d’Ogeron, notre respectable gouverneur, l’homme dont la sollicitude paternelle a toujours veillé sur nous, d’avoir daigné se rendre ici ; il sanctionnera ainsi par sa présence la résolution que j’ai prise. Voici mon intention : l’or qui se trouve sur cette table et la fortune de Boute-Feu, maintenant mienne, seront, par les soins de M. d’Ogeron, partagés également entre les plus pauvres d’entre nous, sans distinction de classes, qu’ils soient flibustiers, boucaniers ou habitants. Puisse cette destination enlever à ces richesses mal acquises la boue dont elles étaient souillées ! Quelqu’un d’entre vous sait-il combien Boute-Feu avait d’engagés ?

— Je le sais, dit le beau Laurent ; il en avait cinq.

— Et nous voici ! s’écria un homme du milieu de la foule.

— Approchez, reprit le capitaine.

Cinq pauvres diables à demi nus, hâves et maigres à faire frémir, s’avancèrent timidement.

— Je vous déclare libres, d’après le droit que me donnent les privilèges des Frères de la Côte, reprit Ourson ; je vous remettrai, selon la coutume, à chacun un fusil, trois livres de poudre et trois livres de balles ; de plus, voici cinq cents écus que vous partagerez entre vous.

Les pauvres gens, éblouis par un bonheur si subit, n’osaient ajouter foi à ce qu’ils entendaient ; ils lançaient des regards effarés autour d’eux, et, finalement, ils fondirent en larmes.

— Allez, leur dit le capitaine avec un accent de douce pitié, allez, amis, maintenant vos misères sont finies, vous êtes libres et Frères de la Côte.

Les acclamations éclatèrent de nouveau de toute part avec une force telle que les plus vieux boucaniers eux-mêmes, ces cœurs de bronze que rien ne pouvait émouvoir, se sentirent attendris ; c’était plus que de l’enthousiasme, c’était du délire, de la frénésie.

— Bien ! capitaine, dit M. d’Ogeron en pressant avec émotion la main d’Ourson, vous donnez un noble exemple ; c’est ainsi que nous parviendrons à régénérer ces natures égarées, mais généreuses ; vous me rendez ma tâche facile.

— J’essaye de marcher sur vos traces, monsieur, répondit respectueusement le capitaine ; je ne saurais avoir un meilleur modèle.

— Capitaine, avec dix hommes comme vous, dit à voix basse M. d’Ogeron, en un an cette magnifique colonie serait régénérée.

— Ou perdue, murmura-t-il d’un air pensif.

— Oh ! le croyez-vous donc ?

— Hélas ! nous ne sommes pas des hommes comme les autres, c’est du feu qui circule dans nos veines et non du sang.

— M’abandonnez-vous ?

— Vous ne le supposez pas ; de plus vous allez en avoir la preuve.

Le gouverneur sourit et lui serra la main.

Les Frères de la Côte attendaient impassibles la fin de ce colloque.

— Je n’ai pas terminé, Frères, reprit Ourson après un instant de silence, il me reste encore à décider du sort des prisonniers espagnols. Est-il juste que ces malheureux, demeurent esclaves, lorsque tous nous avons part à l’héritage de l’homme que nous avons condamné ? Bien que ces prisonniers appartiennent à une race que nous abhorrons, nous commettrions une injustice inqualifiable en les laissant en esclavage. À ces fiers Espagnols qui nous traitent si hautainement de ladrones et nous traquent comme des bêtes fauves, montrons que nous les méprisons trop pour les craindre ! rendons la liberté à ces prisonniers, laissons-les retourner au milieu de leurs parents et de leurs amis, qui n’espèrent plus les revoir. En nous connaissant mieux, les Espagnols nous redouteront davantage. Approuvez-vous cette détermination, mes Frères ?

Il y eut une hésitation visible dans la foule ; un instant le capitaine craignit que sa noble résolution n’échouât devant la haine de ses compagnons.

Une loi des flibustiers défendait, sous peine de mort, à un Frère de la Côte, de rendre, sans l’assentiment général, la liberté à un prisonnier espagnol, homme, femme, enfant ou prêtre.

M. d’Ogeron jugea la position d’un coup d’œil ; il comprit que le capitaine avait dans sa générosité dépassé les bornes de la prudence et que s’il n’intervenait pas, tout était perdu.

— Capitaine Ourson Tête-de-Fer, dit-il en se levant au nom de tous les Frères de la Côte, je vous remercie de la généreuse initiative que vous ne craignez pas de prendre. La flibuste est trop puissante pour redouter ses ennemis, elle les attaque bravement en face, les renverse, et, quand elle les a vaincus, son cœur doit s’ouvrir à la pitié. À quelque nation qu’ils appartiennent, souvenons-nous que les malheureux sont frères ! C’est à nous, mis au ban de la société, qu’il appartient de donner au monde, qui nous méconnaît, cet exemple d’humanité. Je vous le répète, capitaine, au nom de la flibuste je vous remercie. Vos prisonniers sont libres, vous êtes maître d’en disposer pour les rendre à leurs familles.

— Oui, oui ! s’écrièrent les flibustiers entraînés par les nobles paroles de M. d’Ogeron, qu’ils soient libres ! Vive le gouverneur ! vive Ourson Tête-de-Fer !

L’élan était donné, l’enthousiasme devint général.

Les prisonniers espagnols étaient sauvés.

— À mon tour, je vous remercie, monsieur, dit le capitaine avec émotion ; car sans vous, j’échouais au port.

— Ne croyez pas cela, mon cher capitaine, répondit en souriant le gouverneur. Ces hommes sont de grands enfants, dont le cœur est resté bon ; il ne s’agit que de savoir faire vibrer chez eux les cordes généreuses.

L’or, resté jusqu’à ce moment sur la table, fut remis à M. d’Ogeron, chargé d’en faire le partage ; puis on quitta l’auberge de l’Ancre-Dérapée.

La foule accompagna le capitaine jusqu’à la maison qu’il habitait en poussant des cris de joie, et ne se sépara définitivement que lorsque Ourson, deux ou trois de ses amis les plus intimes et les prisonniers espagnols eurent enfin disparu dans l’intérieur de l’habitation.

Mais, pendant la nuit entière, la ville fut en proie à une agitation extrême, et des groupes nombreux parcoururent les rues en chantant et en poussant de joyeuses clameurs en l’honneur du capitaine Ourson Tête-de-Fer et de M. d’Ogeron.

Les prisonniers espagnols étaient dix-huit hommes et deux femmes.

Dès qu’il fut rentré chez lui, Ourson Tête-de-Fer donna à ses engagés l’ordre de préparer un appartement pour ces étrangers, que désormais il considérait comme ses hôtes ; puis, après les avoir assurés que rien ne leur manquerait, et que dès le lendemain il s’occuperait de leur faire quitter sûrement la colonie, il prit congé d’eux, et, coupant brusquement court à leurs assurances d’une reconnaissance éternelle, il rejoignit ses amis, qui, confortablement installés dans un salon, buvaient et fumaient en l’attendant.

— Hé ! hé ! lui dit le beau Laurent, tu jouais gros jeu en t’intéressant ainsi aux prisonniers.

— C’est vrai, Frère, répondit le capitaine, mais je devais agir ainsi que je l’ai fait. Lorsque Boute-Feu a tenté de m’assassiner, un des prisonniers, une femme, je crois, s’est résolument jetée devant moi, dans l’intention évidente de me sauver la vie.

— Je l’ai vue, dit Michel le Basque ; c’est une femme en effet, jeune à ce qu’il m’a semblé ; car elle était si bien cachée dans ses coiffes, qu’il ne m’a pas été possible de distinguer seulement le bout de son nez.

— S’il en est ainsi, reprit le beau Laurent, tu as bien fait, Ourson ; il n’eût pas été convenable qu’un gavacho se fût montré plus généreux qu’un Frère de la Côte.

— C’est ce que j’ai pensé, répondit avec douceur le capitaine.

— Ce que je vois de plus clair dans tout cela, dit le beau Laurent, c’est que tu as fait la conquête d’une Espagnole charmante, du moins je le suppose.

— Tu es fou !

— Oui, oui, reprit le beau Laurent avec un sourire railleur, ta réputation est connue ; mais, ajouta-t-il, que comptes-tu faire de tes hôtes ?

— Je ne sais trop comment leur faire quitter la colonie, en ce moment surtout, où tous les navires sont dehors.

— Pardieu ! rien de plus facile, dit Vent-en-Panne. J’ai pour intime ami un boucanier, dont sans doute tu as entendu parler souvent, car il jouit d’une grande réputation parmi nous.

— Comment le nommes-tu ?

— Le Poletais.

— Qui ne connaît le Poletais, au moins de réputation ? répondit le capitaine.

— Bon ! c’est un chasseur de taureaux, il méprise le sanglier, qu’il n’attaque que rarement et quand il y est forcé ; c’est un gars solide, dévoué à ses amis.

— Oui, oui, dirent les flibustiers, le Poletais est un vrai Frère de la Côte.

— C’est l’homme qu’il nous faut ; il doit chasser en ce moment aux environs de l’Artibonite ; allons le trouver, il nous donnera tous les renseignements nécessaires pour atteindre une ville ou un bourg espagnol, sans avoir maille à partir plus que de raison avec les cinquantaines. Cette proposition te convient-elle, Ourson ?

— Parfaitement. Quand partirons-nous ?

— Cela te regarde, je me mets à tes ordres.

— Alors, demain, si tu veux.

— Demain, soit ! Au lever du soleil, je serai ici avec deux de mes engagés ; prends-en deux aussi, cela nous suffira.

— Les chemins sont-ils praticables pour les chevaux ? demanda le capitaine avec une certaine hésitation.

— Pourquoi cette question ?

— Corne bœuf ! je te trouve encore bien naïf, Vent-en-Panne, dit le beau Laurent avec un gros rire ; as-tu donc oublié qu’il y a des dames parmi les prisonniers espagnols ?

— Tu es un mauvais plaisant, Laurent, répondit Ourson d’un ton de bonne humeur ; cependant je dois convenir que ta remarque est juste. Il ne serait pas humain de contraindre des femmes à faire peut-être vingt lieues à pied à travers des chemins détestables.

— Ce serait tout à fait inhumain, reprit le beau Laurent avec un sérieux comique.

— Les chemins sont bons, reprit Vent-en-Panne ; les chevaux passeront facilement.

— Alors, j’aurai deux chevaux.

— Comme tu voudras. À demain, c’est convenu.

— À demain, et merci.

Les flibustiers se levèrent, avalèrent un dernier verre de liqueur, pressèrent cordialement la main du capitaine, et ils se retirèrent, le laissant libre de se livrer au sommeil.

Mais le capitaine ne dormit pas ; un sentiment inconnu qui se glissait sournoisement dans son cœur, une curiosité dont il n’essayait même pas de se rendre compte, le tinrent éveillé pendant la nuit entière.

Malgré lui, les paroles du beau Laurent résonnaient toujours à son oreille.

Le lendemain matin, au point du jour, ainsi qu’il l’avait promis, Vent-en-Panne, l’homme exact par excellence, accompagné de deux de ses engagés, armés jusqu’aux dents, frappait à la porte d’Ourson. Le capitaine lui ouvrit lui-même et vint au-devant de lui, la main tendue.

Nous sommes prêts, dit-il.

— Alors mettons-nous en route, répondit Vent-en-Panne. En faisant diligence, peut-être rejoindrons-nous vers onze heures ou midi le Poletais à son boucan ; sinon, nous n’aurons plus la chance de le rencontrer avant six heures du soir.

Ourson fit aussitôt avertir les Espagnols.

Dix minutes plus tard, la caravane quittait la maison du flibustier et, tournant le dos à la mer, prenait la direction des montagnes.

Vent-en-Panne et Ourson, suivi de ses chiens et de ses sangliers, dont nous l’avons dit, il ne se séparait jamais, marchaient en tête.

Venaient ensuite les deux dames à cheval ; elles s’étaient si bien enveloppées dans leurs vêtements, leurs mantilles et leurs rebozos, que, de leur visage, on n’apercevait que leurs grands yeux noirs, brillants comme des escarboucles et lançant à droite et à gauche des regards inquiets.

À quelques pas en arrière, les prisonniers espagnols suivaient à pied, le sombrero à larges bords rabattu sur le visage, et embossés jusqu’aux yeux dans les plis épais de leurs manteaux.

Les Espagnols, quelque temps qu’il fasse, pluie ou soleil, froid ou chaud, en Europe comme en Amérique ne quittent jamais leur capa : c’est pour eux le vêtement indispensable par excellence.

Deux engagés d’Ourson Tête-de-Fer et deux engagés de Vent-en-Panne, le fusil sur l’épaule, les pistolets à la ceinture, la hache et l’étui de crocodile contenant des couteaux et des baïonnettes pendus au côté, marchaient sur les flancs de la colonne.

Les quelques habitants que les flibustiers croisèrent dans les rues, les saluèrent respectueusement en leur souhaitant bon voyage, mais sans témoigner une indiscrète curiosité ; les gardes placés à la porte de la ville levèrent la herse et baissèrent le pont-levis dès qu’ils les aperçurent, et bientôt la caravane se trouva en rase campagne.

q

Page 1