Parallèlement
Paul Verlaine
Parallèlement
1889
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Sources :
- B.N.F.
- Éfélé
Ont contribué à cette édition :
- Association de Promotion de l'Ecriture et de la Lecture
Fontes :
- David Rakowski's
- Manfred Klein
- Philipp H. Poll
Vous souvient-il, cocodette un peu mûre
Gardâtes-vous fidèle la mémoire,
Avez-vous oublié, Madame Mère,
Et quand sonna l’heure des justes noces,
Rappelez-vous aussi s’il est loisible
Et tout le train, tout l’entrain d’un manège
C’est bien fâcheux : me voici, lamentable
Un très vieux temple antique s’écroulant
Grâce endormie et regard somnolent,
Sujet naïf et fade qui m’attristes,
Tapisserie usée et surannée,
Toutes deux regardaient s’enfuir les hirondelles :
Et toutes deux, avec des langueurs d’asphodèles,
Telles, leurs bras pressant, moites, leurs tailles souples,
Derrière elles, au fond du retrait riche et sombre,
L’une avait quinze ans, l’autre en avait seize ;
Chacune a quitté, pour se mettre à l’aise,
Puis tombe à genoux, puis devient farouche
Et l’enfant, pendant ce temps-là, recense
Les longs rideaux de blanche mousseline
Les grands rideaux du grand lit d’Adeline
« Aimons, aimons ! » disaient vos voix mêlées,
Aimez, aimez ! ô chères Esseulées,
Tendre, la jeune femme rousse,
« Sève qui monte et fleur qui pousse,
Laisse-moi, parmi l’herbe claire,
« Afin que le plaisir, ma chère,
Et l’enfant répondit, pâmée
« Je me meurs : ta gorge enflammée
« Elle a, ta chair, le charme sombre
« Ta voix tonne dans les rafales,
Furieuse, les yeux caves et les seins roides,
Elle songe à Phaon, oublieuse du Rite,
Puis elle évoque, en des remords sans accalmies,
Et voilà qu’elle abat ses paupières blêmies
C’est une laide de Boucher
Mais je la crois mienne entre tous,
Elle est à moi bien plus encor
Et qui pourrait dire ce corps
Son cher corps rare, harmonieux,
Cuisses belles, seins redressants,
Mignonne, allons voir si ton lit
Brune encore non eue,
Presque nue et non nue
Je te veux trop rieuse
Ah ! ton corps noir et rose
Ah ! ton corps, qu’il repose
Splendides, glorieuses,
Tes cheveux bleus aux dessous roux,
Nous ont mis dans tous nos états,
Et vraiment tu sens le fagot :
Terrible lieu, ton galetas !
T’as raison ! Aime-moi donc mieux
Ne fronce plus ces sourcils-ci,
Tes yeux, tes cheveux indécis,
Mon hommage, eh, parbleu ! tu l’as.
Les seins roides sous la chemise,
Sûre de baisers savoureux
Et hautaine puisque tu sais
Oui, ma vague, sois orgueilleuse
Rustique beauté
Tes trente-deux dents
Ton corps dépravant
Tes mollets farauds,
Nous boutent au sang
Le petit vacher
Je meurs si je mens,
Vos narines qui vont en l’air,
Un sourire moins franc qu’aimable
Bien en chair, lente avec du chien,
De la grâce externe et légère
Toujours est-il, regret ou non,
Ce n’est pas de ces dieux foudroyés.
On sait trop tout le prix du malheur
Et de ce que ces vers maladifs
On vous donne un livre fait ainsi.
On y met, avec la « bonne foy »,
Vous lirez ce libelle tel quel,
Un mot encor, car je vous dois
J’ai perdu ma vie, et je sais bien
Dame souris trotte
On sonne la cloche :
Pas de mauvais rêves,
Le grand clair de lune !
Un nuage passe,
Dame souris trotte,
La cour se fleurit de souci
Tournez, Samsons sans Dalila,
Ils vont ! et leurs pauvres souliers
J’en suis de ce cirque effaré,
Allons, frères, bons vieux voleurs,
Entends les pompes qui font
O les vagues Angélus !
Quels rêves épouvantés,
Tu meurs doucereusement,
L’aile où je suis donnant juste sur une gare,
Las ! je suis à l’Index et dans les dédicaces
O Belgique qui m’as valu ce dur loisir,
Bruxelles, août 1873. — Mons, janvier 1875.
Je veux, pour te tuer, ô temps qui me dévastes,
C’est à cause du clair de lune
Des romances sans paroles ont,
Il n’est pas que vous n’ayez fait grâce
Je pardonne à ce mensonge-là
Le bonheur de saigner sur le cœur d’un ami,
Le malheur d’avoir tant de belles ennemies,
Mourir pour sa Patrie ou pour son Dieu, gaîment,
Vivre loin des devoirs et des saintes tourmentes
Amour qui ruisselais de flammes et de lait,
L’imagination, reine,
Cependant que la Pensée,
L’imagination, sise
Et le papillon fait rage,
La reine pleure de joie
Psyché Deux pourtant se lasse.
Hélas, voici l’agonie !
La bestiole céleste
Deux femmes des mieux m’ont apparu cette nuit.
L’autre, brune au regard sournois qui flatte et nuit,
Des bas de dos très beaux et d’une gaité folle
Et ces dames, — scrutez l’armorial de France, —
Vouziers (Ardennes), 13 avril — 13 mai 1885
Pour une bonne fois, séparons-nous,
Nul remords, nul regret vrai, nul désastre ;
Nous fûmes trop ridicules un peu
Séparons-nous, je vous le dis encore.
Ce fut bizarre et Satan dut rire.
Ce piano dans trop de fumée
Je crois, mes sens étaient à l’envers,
Dans des troquets comme en ces bourgades,
Je fus hué manifestement
Je rentre : une voix à mon oreille,
Attigny (Ardennes), 31 mai — 1er juillet 1885.
La misère et le mauvais œil,
Oui, jettatore, oui, le dernier
Son regard mûrit les enfants.
Beautés passant, au lieu de sous,
Rôdeur vanné, ton œil fané
Ton blaire flaire, âpre et subtil,
Vieux faune en l’air guettant ton dû,
Quoi, malgré ces reins fricassés,
Sucrés et doux comme le miel,
Les nez te plaisent, gracieux
Longs baisers plus clairs que des chants,
Baisers mangeurs, baisers mangés,
Les corps enfin sont de ton goût,
Pour que ce goût les acclamât
Ça tombe, longs, bouclés ou ras, —
Nenni dà ! Vous, soyez témoins,
C’est ainsi que les choses vont
Et tu réponds, un peu lassé
Si nous sommes cet amiteux ? »
Eh quoi ! Dans cette ville d’eaux,
L’aigle t’emporte, on dirait comme
Que chez ce Jupin tyrannique,
Bah ! reste avec nous, bon garçon,
Mes femmes, toutes ! et ce n’est pas effrayant !
Neuf environ ! Sans m’occuper du casuel,
Je vous évoque, corps si choyés, chères chairs,
Toi qui fus blondinette et mignarde aux yeux bleus ;
Et ô rouquine en fleur qui mis ton rose et blanc
Et vous autres, Parisiennes à l’excès,
Et saine de la femme seule que l’on eut
Je vous atteste, sœurs aimables de mon corps,
Au gouffre où les malins, les matois, les « peinards »
O mes chères, soyez mes muses, en ce nid
Donnez force et virilité, par le bonheur
En quelque sorte à la Vigueur, non celle-là
O mes femmes, soyez mes muses, voulez-vous ?
Telle contemporaine et tel contemporain
Mes vers seront méchants, du moins je m’en prévaux,
24 septembre 91.
Aussi la créature était par trop toujours la même
Et j’ai ri, car je tiens la solution du problème :
C’est le comte d’Hoffmann avec la bêtise en marge,
Si, par malheur, puisse d’ailleurs l’augure aller au diable !
Le pauvre du chemin creux chante et parle.
Et le pauvre sait très bien qu’il priera,
L’un toujours vit la vie en rose,
L’autre ratiocine et glose
Lui, cet autre alentour il ose
Prince et princesse, allez, élus,
Ce ne sont pas des mains d’altesse,
Ce ne sont pas des mains d’artiste,
Car les mains ont leur caractère,
Les météores de la tête
Ce ne sont pas non plus les palmes
Elles sont maigres, longues, grises,
Ou tels quelques vieux militaires
Ce soir elles ont, ces mains sèches,
Le noir souci qui les agace,
J’ai peur à les voir sur la table
La main droite est bien à ma droite,
Dehors le vent hurle sans trêve,
Les morts que l’on fait saigner dans leur tombe
Les vivants qu’on fait pleurer comme on saigne
O toi, persécuteur, crains le vampire
Le Point du Jour, le Point blanc de Paris,
Le bonneteau fleurit « dessur » la berge,
Il a raison, le vieux, car voyez donc
Puis la verdure et le ciel et les types
Ce n’est pas Pierrot en herbe
Bien qu’un rien plus haut qu’un mètre,
Lèvres rouge-de-blessure
Corps fluet et non pas maigre,
Va, frère, va, camarade,
Grandis, car c’est la coutume,
Ces passions qu’eux seuls nomment encore amours
Même plus qu’elles et mieux qu’elles héroïques,
Que vains proverbes, que riens d’enfants trop gâtés,
— Peuvent dire ceux-là que sacre le haut Rite,
La plénitude ! Ils l’ont superlativement :
Comme ce sont les forts et les forts, l’habitude
Et pour combler leur vœux, chacun d’eux tour à tour
Leurs beaux ébats sont grands et gais. Pas de ces crises :
Dormez, les amoureux ! Tandis qu’autour de vous
Et ces réveils francs, clairs, riants, vers l’aventure
Les courses furent intrépides
Nous allions, — vous en souvient-il,
Car les passions satisfaites
Tout, la jeunesse, l’amitié,
Laissant la crainte de l’origine
Entre autres blâmables excès,
En passant par les eaux-de-vie
Des paysages, des cités
Fleuves et monts, bronzes et marbres,
La mer, terrible et douce au point, —
Le roman de vivre à deux hommes
L’envie aux yeux de basilic
La misère aussi faisait rage
Scandaleux sans savoir pourquoi
Cois dans l’orgueil d’être plus libres
Nous avions laissé sans émoi
Une sotte qui tourna pire…
Mais déchus volontairement !
Permission sous nos semelles,
Assez toutefois pour souffrir.
On vous dit mort, vous. Que le diable
Je n’y veux rien croire. Mort, vous,
Tout ce passé brûlant encore
Mort tout ce triomphe inouï
Quoi, le miraculeux poème
Il eut des temps quelques argents
Sous ses lambris, c’étaient des chants
L’aube pointait et ces méchants
Prince, ô très haut marquis de Sade,
O poète, faux pauvre et faux riche, homme vrai,
Un bouton manque. Un fil dépasse. D’où venue
Gueux, mais pas comme ça, l’homme vrai, le seul vrai,
Pauvres cœurs mal tombés, trop bons et très fiers certes !
Ma douce main de maîtresse et d’amant
Laisse ma tête errant et s’abîmant
Je presse alors tout ton corps goulûment,
Prince ou princesse, honnête ou malhonnête,
1.Montagnes aux environs d’Aix-les-Bains.
2.Voir Louise Leclercq, nouvelles par l’auteur.
Une édition
Achevé d'imprimer en France le 5 Novembre 2016.