‹ Paris, capitale du dix-neuvième siècleChapitre 7 sur 13 · III

III

La liquidation de l’intérieur eut lieu dans les derniers lustres du siècle par le « modern style », mais elle était préparée de longue date. L’art de l’intérieur était un art de genre. Le « modern style » sonne le glas du genre. Il s’élève contre l’infatuation du genre au nom d’un mal du siècle, d’une aspiration aux bras toujours ouverts. Le « modern style » fait entrer pour la première fois en ligne de compte certaines formes tectoniques. Il s’efforce en même temps de les détacher de leurs rapports fonctionnels et de les présenter comme des constantes naturelles : il s’efforce en somme de les styliser. Les nouveaux éléments de la construction en fer et en particulier la forme « support » retiennent l’attention du « modern style ». Dans le domaine de l’ornementation il cherche à intégrer ces formes à l’art. Le béton met à sa disposition de nouvelles virtualités en architecture. Chez Van de Velde la maison se présente comme l’expression plastique de la personnalité. Le motif ornemental joue dans cette maison le rôle de la signature sous un tableau. Il se complaît à parler un langage linéaire à caractère médiumnique où la fleur, symbole de la vie végétative, s’insinue dans les lignes mêmes de la construction. (La ligne courbe du « modern style » fait son apparition dès le titre des Fleurs du Mal. Une sorte de guirlande marque le lien des Fleurs du Mal, en passant par les « âmes des fleurs » d’Odilon Redon, au « faire catleya » de Swann). – Ainsi que Fourier l’avait prévu, c’est de plus en plus dans les bureaux et les centres d’affaires qu’il faut chercher le véritable cadre de la vie du citoyen. Le cadre fictif de sa vie se constitue dans la maison privée. C’est ainsi que L’architecte Solness fait le compte du « modern style » ; l’essai de l’individu de se mesurer avec la technique en s’appuyant sur son essor intime le mène à sa perte : l’architecte Solness se tue en tombant du haut de sa tour.

D. Baudelaire ou les rues de Paris

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