CHAPITRE XVIII
LES PETITES RUES DE LA CITÉ
Anciennes églises et chapelles de la Cité.--Le dernier débris de l’église Saint-Aignan.--Rues, ruelles et couloirs.--Décrépitude et démolition.--Le cloître Notre-Dame.--Le port Saint-Landry et la tour Dagobert.--Juvénal des Ursins.--La maison aux pâtés de chair humaine.--Le logis d’Héloïse et Abeilard.--Les pompiers.--Théophraste Renaudot.--La Cité berceau de la Monarchie, du Parlement et de la Presse.--Les rives.--La Morgue.
[Illustration: CHAPITEAU DE SAINT-AIGNAN]
Bien malheureusement la vieille Cité d’autrefois a pour ainsi dire été supprimée et effacée de la carte de Paris; vouée aujourd’hui, à part Notre-Dame et le Palais de Justice, aux casernes et aux bâtiments administratifs, elle ne compte plus qu’un ou deux îlots de maisons, et deux ou trois rues épargnées au nord de la cathédrale.
Elle n’a plus que ses deux grands édifices religieux, Notre-Dame et la Sainte-Chapelle, jadis elle pouvait montrer dans son réseau de rues serrées au-dessous du gigantesque vaisseau de l’église mère, plus d’une douzaine et demie d’églises, fort anciennes toutes, nées toutes quand Paris se trouvait encore enfermé dans son île natale.
Il y avait, au pied du grand portail, Saint-Jean le Rond qui n’était point rond, mais remplaçait depuis le XIIIe siècle l’ancien baptistère de la cathédrale, Saint-Pierre aux Bœufs, Sainte-Marine, Saint-Aignan, Saint-Christophe; sous l’abside de Notre-Dame, Saint-Denis du Pas, puis Saint-Landry, Saint-Denis de la Chartre, Saint-Symphorien-Saint-Luc, la Magdeleine, Sainte-Geneviève des Ardents, Sainte-Croix de la Cité, Saint-Germain le Vieux, enfin Saint-Eloi et Saint-Martial, Saint-Pierre des Arcis et Saint-Barthélemy, devant le Palais. Cela fait dix-sept ou dix-huit églises ou chapelles, quelques-unes de très minime importance, mais enfin montrant à chaque détour des rues de la Cité, quelque grand pignon ouvragé, ou quelque mince clocher, dont la petite taille faisait valoir la stature colossale de la vieille cathédrale.
[Illustration: SAINT-DENIS DE LA CHARTRE]
On peut se figurer la magnificence monumentale de la Cité en ses beaux jours quand on songe que toutes ces petites églises se trouvaient serrées entre les vastes ensembles formés au levant par Notre-Dame, avec son cloître, et le palais de l’archevêché et les bâtiments de l’Hôtel-Dieu, et au couchant par l’immense agglomération du Palais, sans compter toutes les attaches de la Cité aux deux rives, attaches non moins monumentales, les ponts à maisons, les deux Châtelets et le Pont-Neuf.
La petite église Sain-Jean le Rond, défigurée par un portail classique, fut démolie en 1748 et son chapitre transféré à l’église Saint-Denis du Pas. Celle-ci s’appuyait au chevet de la cathédrale et formait un des côtés du petit cloître; c’était un simple oratoire avec un petit clocheton dominé par les pinacles des grands arcs-boutants voisins; il s’y fit quelques sacres d’évêques au XVIIe siècle. Devenu paroisse après la destruction de Saint-Jean le Rond, Saint-Denis du Pas, après avoir été à la Révolution annexé à l’Archevêché, puis comme celui-ci à l’Hôtel-Dieu, fut démoli en 1813.
Saint-Landry succédait sur le même emplacement, entre l’hôtel des Ursins et le port Saint-Landry, à une plus ancienne chapelle qui avait abrité les reliques de saint Landry pendant le siège des Normands. On y voyait les tombeaux du sculpteur Girardon et celui du conseiller Pierre Broussel, son paroissien qui habitait la rue du Port-Saint-Landry ou d’Enfer. Vendu à la Révolution, Saint-Landry servit pendant une trentaine d’années d’atelier de teinturerie et de menuiserie, puis la pioche le fit disparaître.
Saint-Denis de la Chartre près du pont Notre-Dame avait pour origine un oratoire des plus anciens, établi dès les temps mérovingiens peut-être, tout proche de la prison où saint Denis avait été incarcéré avant son martyre. Chapelle, prieuré, couvent de chanoines, Saint-Denis de la Chartre subit de grandes vicissitudes: aux XIIe et XIIIe siècles, deux communautés de chanoines établies côte à côte sur ce point se disputèrent le titre de Saint-Denis de la Chartre et le souvenir du martyr.
Sur le flanc méridional de l’église existait la chapelle Saint-Symphorien, qui prit le titre de Saint-Luc en 1704, en devenant la chapelle de la Communauté des peintres et sculpteurs. C’était, croit-on, cette chapelle Saint-Symphorien qui était l’oratoire bâti originairement sur l’emplacement de la prison dite de Glaucin, au temps de la Lutèce gallo-romaine, et dont peut-être subsistèrent jusqu’au moyen âge des débris appelés Tour Roland ou Tour Marquefas, sous les maisons de la rue de la Pelleterie.
Cependant une crypte à Saint-Denis de la Chartre passait pour la prison où saint Denis fut jeté lorsqu’il prêchait le christianisme avec ses deux compagnons Eleuthère et Rustique. Dans cette chapelle souterraine on avait réuni différents objets pour donner raison à la tradition; on y voyait des chaînes de fer, une grosse pierre, espèce de carcan, ayant été attachée au cou de saint Denis, un débris d’autel antique sur lequel, disait-on, saint Denis, sorti victorieux et intact des plus affreux supplices, avait dit la messe et sur lequel Jésus-Christ lui-même était venu lui donner la communion, la veille du jour où Denis, conduit à Montmartre, devait subir la décapitation et revenir ensuite jusqu’à Paris portant sa tête entre les mains.
Lorsque la reconstruction du pont Notre-Dame au XVIe siècle fit relever le sol de la rue de la Lanterne, Saint-Denis de la Chartre se trouva en contre-bas d’un certain nombre de marches et ne fit plus très brillante figure, ainsi enterré. Sur la grande verrière au-dessus du portail se détachait au milieu de plusieurs figures en ronde bosse, une statue de saint Denis portant sa tête; l’intérieur, à la suite d’une restauration opérée en 1665 et que l’on devait à la reine Anne d’Autriche, possédait au maître-autel une grande décoration sculptée et peinte de Michel Auguier représentant, en personnages de grandeur naturelle, la communion de saint Denis.
[Illustration: SAINTE-GENEVIÈVE DES ARDENTS]
L’église Sainte-Marie-Magdeleine située rue de la Juiverie occupait l’emplacement d’une synagogue, lorsque ce point de la Cité entre la rivière et la rue de la Juiverie était un ghetto. Philippe-Auguste en 1183 chassa les Juifs, vendit leurs maisons donnant sur la rivière aux pelletiers et convertit la synagogue en une église dédiée à sainte Magdeleine. Rebâtie dans les siècles suivants, Sainte-Magdeleine fut démolie en 93. Elle était fort irrégulière, composée de deux nefs, avec des chapelles annexes; il en subsista longtemps quelques débris, notamment, au chevet sur la rue de la Licorne, une charmante petite porte dans le style du XVe siècle. Notons qu’à Sainte-Magdeleine était installée «la Grande Confrérie de Notre-Dame aux seigneurs prêtres et bourgeois de Paris» ou plus simplement des bourgeois de Paris.
Sur la rue de la Lanterne elle montrait au-dessus de son portail ogival, un pittoresque pignon à charpente apparente, qui était sans doute une réparation du XVIe siècle, et que surmontait un petit clocher.
Dans la rue Neuve-Notre-Dame, l’église Sainte-Geneviève des Ardents rappelait une légende miraculeuse sans aucune authenticité, repoussée déjà par l’abbé Lebœuf, et aussi une de ces pestes, trop réelles malheureusement, qui désolèrent maintes fois les populations dans le cours des siècles.
L’église fort ancienne s’appela d’abord Sainte-Geneviève la Petite. On disait qu’aux environs de l’an 1000, à l’époque où l’épidémie connue sous le nom de feu sacré ou mal des Ardents causait de terribles ravages un peu partout et emportait un grand nombre de Parisiens, les malades qui se réfugiaient à la cathédrale devant les reliques de sainte Geneviève apportées de l’abbaye, se trouvaient subitement guéris après avoir fait leurs oraisons et touché ces reliques. Et en mémoire de ces miraculeuses guérisons, une chapelle à la sainte patronne de Paris aurait été élevée près de la cathédrale sous le nom de Sainte-Geneviève la Petite pour la distinguer de la grande.
Cette église fut démolie en 1742; sur son emplacement s’éleva le bâtiment des Enfants-Trouvés. En même temps et pour l’agrandissement de la place du Parvis, entre les Enfants-Trouvés et la cathédrale, tomba l’église Saint-Christophe. D’une origine très lointaine, cette petite église aurait été dès l’an 690 un monastère de femmes, converti deux siècles après en hôpital, la première maison-Dieu parisienne. Au XIIe siècle, Saint-Christophe érigé en paroisse fut séparé de l’Hôtel-Dieu et reconstruit sur le parvis en face de Saint-Jean le Rond.
De Saint-Pierre aux Bœufs, proche le bureau des Pauvres et le Parvis, il reste au moins quelque chose, mais plus au même endroit, une jolie porte aujourd’hui appliquée au bas de la tour de l’église Saint-Séverin. L’église était du XIIIe siècle, elle devait son surnom, croit-on, à ce qu’elle était la paroisse des bouchers de la Cité. Vendue à la Révolution, longtemps occupée par un tonnelier, elle ne fut démolie qu’en 1837.
Derrière cette petite église se trouvait une église minuscule, Sainte-Marine, bâtie au XIIIe siècle; c’était la paroisse la plus petite de Paris, comprenant à peine une douzaine de maisons. C’était à Sainte-Marine que se célébraient les mariages ordonnés par les tribunaux ecclésiastiques. Supprimée en 1792, elle a disparu sous quelque nouvelle maison de la rue d’Arcole, après avoir été atelier de menuiserie et théâtre.
Un peu plus haut, à l’angle de la rue de la Colombe et de la rue Basse-des-Ursins, se retrouve un reste d’une autre petite église, Saint-Aignan, fondée au XIIe siècle par Etienne de Garlande, archidiacre de Notre-Dame. Cet édifice roman dont l’entrée se trouvait rue de la Colombe n’était qu’une humble chapelle, ouverte seulement à certains jours, et que la Révolution supprima. Saint-Aignan, converti en magasins d’entrepreneur et de marchand de bois, disparut sous des constructions en partie faites avec des débris du couvent des Jacobins de la rue Saint-Jacques, de grandes arcades du XVIIe siècle appliquées à la façade sur la cour de la maison nº 9 rue Basse-des-Ursins. Le débris de Saint-Aignan qui se retrouve encore, enclavé dans cette maison à l’angle de la cour, est une simple travée de voûte servant actuellement d’écurie; les curieux chapiteaux des colonnettes qui reçoivent la voûte sont bien conservés grâce à la précaution prise par le propriétaire actuel de les enfermer dans un emboîtage de planches. Cette écurie, c’est aujourd’hui l’unique débris qui subsiste encore en place, de toutes ces petites églises de la Cité enlevées par la grande transformation.
[Illustration: CRYPTE DE SAINT-DENIS DE LA CHARTRE]
Sainte-Croix de la Cité était située rue de la Vieille-Draperie presque à l’angle de la rue de la Lanterne. D’après M. Cousin, elle dut avoir été d’abord au XIIe siècle la chapelle d’un hôpital de fous furieux sous le patronage de saint Hildevert, hospice transféré plus tard à Saint-Laurent; la chapelle fut alors érigée en paroisse, sous le titre de Sainte-Croix. L’église fut supprimée à la Révolution et démolie en 1797; le portail fut conservé comme façade à la maison nº 4 de la rue de la Vieille-Draperie démolie en 1846 pour la rue de Constantine.
Saint-Pierre des Arcis, rue de la Vieille-Draperie, était une petite église un peu plus bas dans la rue de la Vieille-Draperie, primitivement simple chapelle dépendant du monastère de Saint-Eloi son voisin. A la fin du siècle dernier, Saint-Pierre des Arcis avait pour entrée un petit portique dorique surmonté d’un petit clocheton. La Révolution fit de Saint-Pierre le dépôt des cloches enlevées des églises et destinées à la fonte pour la monnaie ou pour les canons; puis en 1812, l’édifice fut démoli.
L’église Saint-Barthélemy, dont le chevet venait presque toucher à Saint-Pierre, était plus importante. Comme toutes ces églises de la cité son origine se perdait dans l’obscurité des temps où la vieille Lutèce devenait le Paris des Mérovingiens, peut-être même avait-elle été temple païen; elle fut en tout cas l’église paroissiale du premier Palais, celui des Mérovingiens et des Carolingiens, des ducs de France et des rois, avant la fondation de la Sainte-Chapelle. C’est là, dit-on, que le roi Robert le Pieux, fils de Hugues Capet, allait chanter au lutrin et que plus tard, ayant été excommunié pour avoir épousé Berthe, sa cousine, il entendait la messe agenouillé en dehors sous le porche.
L’église Saint-Barthélemy des temps lointains ayant donné asile à un grand nombre de reliques apportées par Salvator, évêque de la cité d’Aleth en Bretagne devant les rochers de Saint-Malo, au moment d’une invasion de Richard, duc de Normandie, en 965, conserva de ce dépôt le corps de saint Magloire, évêque de Dol, en l’honneur de qui le duc de France Hugues Capet transforma l’église en abbaye sous le titre de Saint-Magloire. Les chanoines de Saint-Magloire ayant transporté leur couvent rue Saint-Denis, Saint-Barthélemy retrouva son ancien nom.
Bien des fois refaite dans le cours des âges, l’église Saint-Barthélemy, belle nef gothique flanquée d’une petite tourelle, d’après les plans des XVIe et XVIIe siècles, dut être encore refaite de fond en comble au siècle dernier dans le style Louis XVI, avec les ordres classiques. En face du nouveau Palais de Justice s’éleva un portail à fronton et entablement de colonnes doriques, niches classiques à statues et grand écusson de France au fronton.
La nef était commencée derrière le portail lorsque la Révolution éclata et supprima la paroisse Saint-Barthélemy. On jeta bas les constructions et à la place on construisit immédiatement un théâtre, lequel après une existence assez agitée sous la Révolution, théâtre Henri IV, théâtre du Palais, théâtre de la Cité, ayant donné des pièces révolutionnaires, puis des pièces réactionnaires suivant les fluctuations des idées, se transforma sous l’empire en un établissement de plaisirs et de fêtes, le Prado, où se trouvait, à côté des salles de bal et de café, une salle réservée aux réunions de la franc-maçonnerie.
Plus tard le Prado se transforma encore, et les vieux étudiants d’il y a quarante ans se le rappellent sans doute, devenu la succursale d’hiver de la Closerie des Lilas et de la Grande Chaumière, théâtre des ébats chorégraphiques les plus risqués de tous les futurs magistrats, notaires, docteurs, et de toutes les Musette et Mimi Pinson du Quartier latin, sous la direction de Bullier et l’œil peu sévère des gardes municipaux.
Un autre monastère touchait presque à Saint-Barthélemy, c’était Saint-Eloi ou Saint-Martial dont nous avons parlé. Ce monastère occupé par des religieuses puis par des moines de l’abbaye de Saint-Maur les Fossés, fut supprimé au XVIe siècle et reconstitué plus tard pour les Barnabites. Alors une chapelle du chœur de l’église de Saint-Eloi, séparée du reste par la ruelle de la Savaterie, plus tard rue Saint-Eloi, circulant en zigzag de la rue de la Calandre à la rue de Vieille-Draperie, fut érigée en paroisse sous le titre de Saint-Martial.
L’église Saint-Eloi fut reconstruite par les Barnabites dans le style classique; supprimée à la Révolution, elle ne fut pas démolie, mais servit de dépôt pour les archives de la Cour des Comptes. Ce sont les grandes démolitions de la Cité, pour la construction des casernes et du tribunal de commerce à la place de l’antique rue de la Barillerie, qui l’ont fait disparaître en même temps que le Prado et les derniers vestiges de Saint-Barthélemy et de la ceinture Saint-Eloi. Le portail des Barnabites existe encore ayant été transporté alors à l’église des Blancs Manteaux. Quant à Saint-Martial, son état de vétusté l’avait fait abandonner et démolir dès le commencement du XVIIIe siècle et il ne restait à sa place lors des transformations définitives que l’impasse Saint-Martial, cul-de-sac de maisons noires où se cachaient des cabarets borgnes et de tristes taudis.
[Illustration: ÉGLISE DE LA MAGDELEINE, RUE DE LA LANTERNE]
Sur le Marché-Neuf devant le Petit Pont et la salle du Légat de l’Hôtel-Dieu s’élevait une dernière église des plus anciennes aussi, Saint-Germain le Vieux, d’abord baptistère de la cathédrale, croit-on, rebâti en l’honneur de Saint-Germain, évêque de Paris. Le corps du saint évêque devait y être transporté, mais les moines de l’abbaye de Saint-Vincent refusèrent de s’en dessaisir. Saint-Germain de la Cité lui donna cependant l’hospitalité au temps des Normands et garda en souvenir de ce dépôt un bras du saint.
Alors l’abbaye de Saint-Vincent rebâtie étant devenue l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, pour distinguer Saint-Germain de la Cité de cette abbaye et de l’église Saint-Germain l’Auxerrois, on lui donna le nom de Saint-Germain le Vieux.
L’église Saint-Germain le Vieux, reconstruite et agrandie plusieurs fois, était flanquée d’un clocher du XVIe siècle au-dessus d’un petit porche et de chapelles Renaissance, donnant sur le bout du Marché-Neuf devant la Poissonnerie du Petit Pont. Supprimée par la Révolution, l’église fut vendue et démolie aussitôt, mais quelques débris en restèrent dans les cours des maisons de la rue du Marché-Neuf, bâties sur des soubassements de chapelles, sur des arcades ogivales bouchées; puis la grande démolition survint et toute trace disparut à jamais.
Il y avait encore, outre toutes ces petites églises, la chapelle Saint-Michel du Palais, qui existait sur la place devant la rue de la Calandre dès le temps des rois mérovingiens, et qui fut enfermée par Philippe le Bel dans l’enceinte du Palais. C’était dans cette chapelle que l’évêque Maurice de Sully avait baptisé Philippe-Auguste en 1165, elle n’avait cependant jamais été chapelle royale, les rois ayant eu d’abord pour chapelles particulières Saint-Barthélemy hors du Palais, ainsi que Saint-Nicolas et Saint-Georges dans l’intérieur du Palais, démolies pour la construction de la Sainte-Chapelle de saint Louis.
Entre le Palais et Notre-Dame, trois carrés d’édifices et de boulevards se sont partagés la vieille cité disparue.
Le groupe formé par les casernes de la garde républicaine et des pompiers recouvre tout l’ancien monastère de Saint-Eloi, Saint-Germain le Vieux, la rue de la Calandre et les coupures étranges qui sillonnaient la masse serrée des vieilles maisons, la rue de la Savaterie, la rue aux Fèves, etc.
Le tribunal de commerce et le marché aux fleurs recouvrent Saint-Barthélemy, Saint-Pierre des Arcis, Sainte-Croix, l’ancienne Juiverie, le quartier de la Pelleterie.
Quant à ce qu’il y avait sous le nouvel Hôtel-Dieu, c’était encore plus important. Cinq ou six églises d’abord, Saint-Denis de la Chartre et Saint-Luc, la Magdeleine, Saint-Landry, Saint-Pierre aux Bœufs, Sainte-Marine, puis l’hôtel des Ursins, tout le val de Glatigny assez mal famé au moyen âge, et ce réseau de ruelles extraordinaires entrevu encore en partie par notre génération, dans leur décadence dernière et dont les noms seuls évoquent des images d’un pittoresque trop souvent sordide ou sinistre, rue des Marmousets, rue de la Licorne, rue des Trois-Canettes, rue Cocatrix, rue des Deux-Hermites, rue Basse et rue Haute-des-Ursins, rue du Chevet-Saint-Landry, etc.
Notre époque a trouvé ces quartiers tombés en misère et en décrépitude, alors que beaucoup de ces ruelles donnaient asile à des repaires de truands; mais il faut faire la part de l’âge et de l’abandon, et ne pas oublier qu’ils avaient eu leur beau temps. Il faut voir ces décors sombres et lépreux dans les eaux-fortes de quelques artistes comme Martial Potémont qui ont fixé sur le cuivre l’image de ces verrues du vieux Paris.
Culs-de-sac sinistres où le crime a l’air de guetter derrière chaque borne, carrefours où débouchent comme des corridors de noires ruelles laissant à peine entrevoir une ligne de ciel entre les vieilles lucarnes déjetées, coins de ruelles où se dissimulent d’ignobles cabarets, des bouges, des tapis francs, les murs suintent la misère, la tristesse ou l’ignominie.
[Illustration: DÉBRIS DE L’ANCIENNE ÉGLISE SAINT-AIGNAN, 9, RUE BASSE-DES-URSINS]
Ces vieilles façades mornes, quand elles ne semblent pas avoir pris leur parti de l’encanaillement, ont un air de désespérance lamentable, avec les quelques traces qui restent des temps meilleurs, quelque vieille fenêtre à moulures sculptées, quelque belle lucarne, quelque enseigne entaillée dans la pierre, perdues dans les façades crevassées, parmi les loques pendant aux ouvertures.
Les curieux en quête d’émotions violentes qui osaient se risquer dans quelques-uns de ces bouges y trouvaient bien des pauvres diables mêlés à la lie des écumeurs de Paris.
Dans la rue aux Fèves exista le cabaret du Lapin blanc, le tapis franc fameux des Mystères de Paris, espèce de bouge extraordinaire, mais non authentique, créé après l’immense succès du roman d’Eugène Sue, pour réaliser une invention du romancier. La mise en scène avait été soignée, tout était arrangé de façon à donner au curieux l’idée qu’il se trouvait réellement dans le repaire de voleurs et d’assassins où le prince Rodolphe du roman, grand seigneur en tournée dans les bouges de Paris, avait rencontré le Chourineur et autres malandrins de même espèce.
[Illustration: VIEILLE COUR DE LA CITÉ, DÉMOLITIONS DE LA RUE DE LA BARILLERIE]
Les démolitions de la Cité emportèrent en 1860 le Lapin blanc avec la vieille rue au Fèves, sur laquelle jusqu’à la fin on disserta, sans pouvoir décider si son nom venait de feurre, c’est-à-dire de la paille, comme la rue du Fouarre au quartier de l’Université, des fèves que l’on pouvait vendre au Marché-Neuf, sur lequel elle aboutissait avant un agrandissement de Saint-Germain le Vieux, ou des febvres, ouvriers en draps qui purent l’habiter si la rue voisine de la Calandre tire son nom du calandrage des draps, comme d’aucuns l’ont dit.
Mais si dans beaucoup de ces ruelles de la Cité on se heurtait trop souvent à des bouges véritables, à des garnis mal famés, logis à la nuit d’une population suspecte, à de pauvres vieilles maisons lamentables, on rencontrait aussi des coins d’aspect pittoresque, de vieux logis d’allure plus respectable et parlant encore au passant des beaux jours d’autrefois, des bons bourgeois des siècles passés, des gens de robe, des magistrats du Parlement qui les avaient habités jadis, et le fureteur ne s’engageait jamais inutilement à la chasse aux souvenirs dans ces antiques quartiers. Souvenirs, traditions, légendes, se levaient à chaque pas, à chaque carrefour sans compter les petits mystères historiques sur lesquels, faute d’explication, on avait le droit d’échafauder toutes les suppositions.
De nos vieilles rues de la Cité que nous reste-t-il? Un simple échantillon, quelques ruelles moins truculentes d’aspect que celles naguère effondrées sous l’acharnement de la pioche; il ne subsiste que les rues de l’Ancien-Cloître-Notre-Dame, dans l’ombre de la façade nord de la cathédrale.
[Illustration: INCENDIE DE L’HÔTEL-DIEU, 1772
Imp. Draeger & Lesieur, Paris]
[Illustration: CUL-DE-SAC SAINT-ÉLOI, D’APRÈS MARTIAL POTÉMONT, 1850]
On entrait dans ce cloître par trois portes, la principale sous un petit pavillon appuyé à la petite église Saint-Jean le Rond, au pied de la tour du nord de la cathédrale, la seconde à l’intersection des rues de la Colombe et Chanoinesse, en face de la rue des Marmousets, et la troisième au port Saint-Landry, près d’une maison qui existe encore, sur le quai maintenant, à l’angle de la rue des Chantres.
Les rues Chanoinesse, Massillon et des Chantres, qui ont un air de vieux quartier de province, ont été peu touchées, sauf pour l’alignement dans le haut de la rue Chanoinesse; mais presque tous les vieux logis des chanoines peu à peu se sont trouvés modifiés par leurs nouveaux habitants, agrandis ou surélevés. Il se dissimule cependant des cours curieuses dans cet ensemble de maisons qui du haut des tours de Notre-Dame apparaît si serré et si tassé, parmi tous ces toits qui s’enchevêtrent dans un désordre si pittoresque, à côté des grands cubes de l’Hôtel-Dieu.
[Illustration: LA TOUR DAGOBERT RUE CHANOINESSE]
On rencontre donc encore quelques entrées de maisons intéressantes, quelques balcons rue du Cloître ou rue Chanoinesse, des lignes de façades s’arrangeant bien sur quelque tournant de la rue. Le coin le plus intéressant est rue Chanoinesse, au numéro 18; la cour est tout à fait curieuse, mais cachée malheureusement dans sa partie inférieure, par son utilisation en magasins de la quincaillerie Allez. On se heurte là à l’une de ces énigmes sur lesquelles Edouard Fournier aimait à exercer son érudition et sa sagacité. Dans un angle de la cour monte une haute tour d’escalier terminée en terrasse, connue par tradition sous le nom de tour Dagobert. On ne la voit plus que des étages supérieurs de la maison ou du haut de Notre-Dame.
Cette tour paraît dater du XVe siècle. Elle a pris son nom sans doute d’un édifice antérieur, peut-être d’une autre tour de la même maison disparue, dit-on, depuis longtemps. Toutes les conjectures sur cet édifice sont permises. M. Edouard Fournier suppose que la tour Dagobert a pu servir à porter un fanal destiné à éclairer le port Saint-Landry.
On aperçoit dans les anciennes vues de Paris, notamment dans la planche d’Israël Silvestre représentant le pont Rouge et le port Saint-Landry, une tour qui dépasse de beaucoup les toits environnants; si c’est bien notre tour Dagobert celle-ci a donc perdu de sa hauteur? Cela semble difficile à expliquer autrement, à moins que vraiment il y ait eu à côté une autre tour plus haute, dont le nom soit passé à celle-ci après sa disparition.
La face du cloître bordant la Seine est tout à fait changée. Sur le quai une ligne de maisons neuves a remplacé les anciennes maisons canoniales, avec leurs jardins en terrasse au tournant de l’île, en face des prairies de l’île Notre-Dame, ou plus tard des maisons surgies à la création du quartier Saint-Louis en l’île. Ces terrasses et ces paisibles jardinets d’où les chanoines pouvaient contempler les horizons du levant et l’entrée de la Seine dans Paris, allaient jusqu’au terrain Notre-Dame, la vieille motte aux Papelards, butte faite avec les déblais de la construction de la cathédrale, avec son abreuvoir pour les chevaux et les mulets du quartier clérical, sous l’abside de Notre-Dame, à côté de la minuscule église Saint-Denis du Pas encastrée dans les contreforts de cette abside.
Une des maisons neuves du quai, tout près de la rue des Chantres, est construite sur l’emplacement du logis du chanoine Fulbert, ou du moins de la maison qui avait succédé à ce logis vers le XVIe siècle. Il y avait là une vieille cour sur laquelle donnaient des fenêtres à croisillons de pierre en partie bouchées, à vitrages ébréchés, où pendaient des hardes et des linges, parmi quelques pauvres pots de fleurs. Deux figures grossièrement sculptées sur le mur et un distique tout aussi médiocre rappelaient l’illustration de la maison:
Héloïse, Abeilard, habitèrent ces lieux Des sincères amants modèles précieux.
En même temps que les démolitions emportaient la maison du chanoine Fulbert, la pioche faisait disparaître la rue des Marmousets qui continuait la rue Chanoinesse. Quelques curieuses maisons tombaient et avec elles s’en allait la légende du barbier assassin associé à un charcutier, son voisin, confectionneur de pâtés de chair humaine, faisant consommer à ses clients les cadavres à lui envoyés par le rasoir du barbier.
Le dict des rues de Paris de Guillot au XIIIe siècle nomme déjà la rue du Marmouzet, qui devait tirer son nom de quelque figurine sculptée à quelque maison, de quelque enseigne, comme plusieurs des rues voisines, les Trois-Canettes, les Deux-Hermites, la Licorne, l’Ymage, la Colombe, et autres.
Il paraît donc qu’en cette rue des Marmouzets, à une époque indéterminée, vivait un certain barbier qui s’était entendu avec son voisin, pâtissier charcutier, pour lui fournir à bon compte l’élément indispensable de sa charcuterie. Lorsqu’un client étranger au quartier s’aventurait à se faire tondre les cheveux ou tailler la barbe chez le barbier, celui-ci à un moment lui tranchait simplement le cou et faisait tomber le corps dans sa cave, d’où il passait dans celle du charcutier qui le détaillait et en confectionnait des pâtés friands, pour lesquels son officine avait acquis une renommée parmi les bonnes maisons de la ville, jusque par delà les ponts. Les amateurs les plus difficiles, les fines bouches trouvaient ces pâtés délicieux et le charcutier ne suffisait pas aux commandes.
Sur la façon dont la chose se découvrit, les légendes ne sont pas d’accord. Suivant les unes, un jeune étudiant étranger étant venu se faire barbifier rue des Marmouzets, subit sous le rasoir du barbier le sort de bien d’autres et s’en alla dans la cave du charcutier; mais il avait laissé un chien à la porte, et le chien, fatigué d’attendre et aboyant furieusement à la porte, finit par ameuter le voisinage, tout surpris de le voir se précipiter vers une trappe où se distinguaient quelques traces de sang mal lavé. On n’eut alors qu’à lever la trappe pour trouver la preuve du crime et surprendre le pâtissier dans ses monstrueuses opérations.
D’autres légendes compliquent l’événement: l’écolier n’ayant été que blessé par un coup de rasoir mal assuré, s’était défendu victorieusement, et avait réussi à précipiter le barbier par la trappe dans la cave où son complice, averti par le bruit de la lutte, s’était hâté de l’égorger sans le reconnaître. Pour le reste, on revient à la première version, les voisins attirés par le chien pénètrent dans la cave et surprennent le pâtissier en train de découper le cadavre de son complice.
Ce crime effroyable ou plutôt cette succession de crimes effroyables, révélés tout à coup, causèrent une telle horreur que par arrêt de la justice, après la punition du complice survivant, la maison dut être rasée et qu’il fut semé du sel sur la place maudite, marquée d’une pierre commémorative où se lisait aussi l’interdiction à tout jamais d’y rebâtir aucun logis.
Cependant il paraît qu’en 1536 un sieur Pierre Bélut, conseiller au Parlement, obtint du roi François Ier des lettres patentes l’autorisant à contrevenir à l’arrêt et à bâtir une maison sur la place vide. Ce serait cette maison que, vers 1860, les démolitions emportèrent avec toute la rue et tout le quartier. On y voyait sur la cour une de ces tours d’escalier d’autrefois, comme il y en avait de nombreuses dans la Cité.
Ce qu’on appelle maintenant rue Basse-des-Ursins n’est qu’un débris de la rue Basse-des-Ursins d’avant la démolition, et s’appelait autrefois Grand-Rue Saint-Landry sur l’Yaue, puis rue du Port-Saint-Landry, puis rue d’Enfer. C’est dans la partie de la rue Basse-des-Ursins disparue sous le nouvel Hôtel-Dieu, que s’élevait au moyen âge l’hôtel de la célèbre famille des Ursins. Il occupait la berge de la Seine entre l’église Saint-Landry et le val de Glatigny, dit Val d’Amour assez mal habité dès le XIIIe siècle, puisque Guillot dans le Dict des rues de Paris y signale les ribaudes.
Jean Jouvenel ou Juvénal des Ursins qui commença l’illustration de la famille était venu de Troyes se fixer à Paris vers la fin du XIVe siècle, à l’époque si troublée du règne de Charles VI. Avocat, bon clerc et noble homme, conseiller au Châtelet, il avait été créé garde de la Prévôté des marchands alors que, la prévôté des marchands ayant été supprimée depuis 1382 en punition de la révolte des Maillotins, les fonctions de l’ancienne magistrature municipale se trouvaient remises entre les mains du prévôt de Paris, fonctionnaire royal.
Jean Jouvenel en ces temps difficiles fut un magistrat vigoureux et intègre, que souvent les oncles du roi dément trouvèrent en face d’eux, avec quelques fonctionnaires ou seigneurs restés autour de Charles VI, ceux que les princes appelaient dédaigneusement des Marmousets. En butte à l’inimitié du duc de Bourgogne, il faillit être victime d’une intrigue à laquelle il n’échappa que par un curieux hasard.
Les partisans de Bourgogne avaient fait ouvrir secrètement une information contre Jouvenel, dans laquelle une trentaine de gens subornés étaient venus témoigner sur toutes les accusations propres à le perdre.
L’information faite, il s’agissait de trouver un avocat qui se chargeât de porter l’affaire au Parlement; les commissaires du Châtelet qui avaient recueilli les dépositions des faux témoins ayant trouvé cet avocat, s’en furent prendre les dernières instructions du duc de Bourgogne. Grassement payés de leur besogne, ils s’en allèrent souper à la taverne de l’Echiquier en la cité, avec quelques-uns des complices de la trame, et là fêtèrent si bien les écus du duc de Bourgogne qu’ils en oublièrent en sortant leur rouleau de procédures.
[Illustration: COUR DE LA MAISON DITE D’HÉLOÏSE ET ABEILARD, RUE DES CHANTRES, Nº 1 (1840)]
Après leur départ, l’hôte de l’Echiquier trouva les pièces, y jeta un coup d’œil et vit de quoi il s’agissait. Tout effrayé pour Jouvenel des Ursins, l’hôte courut au milieu de la nuit à l’hôtel de ville pour le prévenir du danger. Jouvenel, dès le lendemain matin d’ailleurs, reçut assignation de comparaître devant le conseil du roi au château de Vincennes, où déjà une bonne prison lui était préparée, en attendant qu’on lui fît couper la tête, selon le bruit public et la résolution des partisans de Bourgogne.
Mais Jouvenel se présenta à Vincennes suivi de trois à quatre cents notables bourgeois, et, bien averti des accusations sous lesquelles on comptait l’accabler, n’eut pas de peine à réfuter le réquisitoire de ses ennemis, d’autant plus qu’ils ne purent apporter l’information du Châtelet contenant les faux témoignages, procédure perdue à l’Echiquier et parvenue entre les mains du prévôt.
Vers la Pâque suivante, quelques-uns des faux témoins s’étant repentis et confessés de leur mauvaise action, ne purent avoir absolution de leur confesseur qui les envoya au pénitencier de Notre-Dame auquel on avait recours pour les fautes graves. Renvoyés du pénitencier à l’évêque de Paris, de l’évêque à un légat du Pape alors à Paris, les faux témoins n’obtinrent l’absolution qu’à condition de faire publiquement amende honorable à la porte du prévôt.
Le matin des Rameaux, comme Jean Jouvenel sortait de son logis pour se rendre à l’église, il trouva devant sa porte quelques hommes pieds et jambes nus, la figure couverte d’un grand voile noir. Tout ébahi, le prévôt leur demanda ce qu’ils lui voulaient, alors ils firent en pleurant confession de leur faute sans se nommer, et requirent son pardon.
Jouvenel pleurait aussi avec ses serviteurs accourus, mais se souvenant de l’information du Châtelet, «il les nomma chacun par leur nom tellement qu’il n’en oublia nul et leur dit: Vous êtes tel et tel... Puis bien doucement leur pardonna, dont ils le remercièrent humblement en baisant la terre et en pleurant abondamment...»
Mêlé à tous ces événements, «bien noble homme de haut courage, sage et prudent, dit son fils Jean Juvénal dans son Histoire de Charles VI, qui avait gouverné la ville de Paris douze ou treize ans, en bonne paix, amour et concorde,» Jean Jouvenel eut à traverser bien des périls pendant les séditions cabochiennes. Il fut emprisonné au petit Châtelet en 1413, mis par les cabochiens à une rançon de deux mille écus. Ce fut lui alors qui réveilla le courage des bourgeois de Paris opprimés par les factions cabochiennes, et qui, de concert avec le dauphin et le duc de Berry, put arracher pour un temps la ville à la tyrannie anarchique des bouchers et des partisans de Bourgogne. Mais plus tard le retour des Bourguignons le remit en plus grand péril; heureux encore d’échapper aux massacres, Jean Jouvenel dut fuir Paris avec sa femme et ses onze enfants, pieds nus, à peine vêtus, ayant tout perdu, meubles et maisons.
Jean Jouvenel, seigneur de Traisnel en Champagne, avait épousé Michelle de Vitry, vertueuse dame qui lui donna seize enfants sur lesquels onze vécurent, qui furent tous gens de bien et occupèrent d’importantes situations, l’aîné était Jean Juvénal des Ursins, auteur d’une Histoire du règne de Charles VI que nous venons de citer. Entré dans l’Eglise, il fut, en 1432, nommé à l’évêché de Beauvais où il succédait à Pierre Cauchon, l’instrument des Anglais dans le procès de Jeanne d’Arc. Evêque de Laon en 1444, il succéda, en 1449, sur le trône archiépiscopal de Reims à son frère Jacques Juvénal.
L’hôtel des Juvénal des Ursins était une très importante demeure qui faisait très belle figure avec ses tourelles encorbellées sur la Seine et ses grands toits dominés en arrière par l’imposante masse de la cathédrale. A la fin du XVIe siècle l’hôtel avait été en partie reconstruit, les deux tourelles sur la Seine encadraient une petite cour à galerie, d’où la vue donnait par un portique ouvert sur le mouvement de la rivière, sur la place de Grève et sur cet hôtel de Ville, la vieille maison aux piliers où le garde de la prévôté des marchands pour le roi avait siégé en des temps si difficiles.
[Illustration: LA MAISON DU FABRICANT DE PATÉS DE CHAIR HUMAINE, RUE DES MARMOUZETS. 1850]
Sur les dépendances du premier hôtel des Ursins, on avait ouvert deux rues, la rue Basse-des-Ursins et la rue Haute-des-Ursins réunies par une rue transversale dite rue du Milieu-des-Ursins. Dans la rue Basse-des-Ursins, Racine habita, croit-on, la maison qui portait lors de la démolition le nº 9.
[Illustration: L’HÔTEL DES URSINS AU XVIe SIÈCLE]
Nous avons vu combien de choses sont nées dans cette petite île de la Cité, berceau de Paris, berceau des premiers rois et aussi de ce qui leur a succédé, et berceau de bien des choses par une sorte de prédestination. La monarchie française est née là, le pouvoir royal a grandi et s’est fortifié d’abord, dans ce vieux Palais des ducs de France; puis est né dans le même palais, dans le même lit, sous les mêmes courtines pour ainsi dire, le pouvoir législatif, lequel, grandi et fortifié à son tour, devait un jour étrangler son aîné le pouvoir royal, et, de petit parlement soumis devenir l’Assemblée Nationale, la Convention, puis la Chambre des représentants ou des députés, ruche bourdonnante où cinq cents souverains momentanés, suivant la conception moderne du pouvoir, confectionnent et reconfectionnent sans arrêt, au hasard de l’opinion du jour, des lois définitives, valables pour une législature ou une saison.
Ce n’était pas assez de ces deux naissances dans le même berceau, un troisième pouvoir est né aussi dans cette Cité, sur le même point, non dans le même palais, mais pauvrement dans un logis populaire à côté, un troisième frère de beaucoup le plus jeune, mais qui, encore en pleine croissance, ayant fait éclater toutes les lisières dont on l’avait chargé, grandit, prospère, se développe, et menace de prendre la première place, peut être très capable à son tour d’étrangler un matin le pouvoir législatif, comme celui-ci étrangla le pouvoir royal et, pour occuper la place, d’inventer quelque nouveauté ou de ressusciter quelque fantôme mal tué.
Ce pouvoir nouveau, c’est le journal; cette puissance qui monte, c’est la presse manipulatrice et distributrice de la pensée. C’est une bien étrange indication tout de même que le Journal soit venu éclore juste où le pouvoir royal et le pouvoir législatif sont nés.
Rue de la Calandre, entre le Marché Neuf et le Palais, dans une maison à l’enseigne du Grand Coq, un jour de 1631, parut le premier numéro de la Gazette, un humble carré de papier du format d’un de nos petits volumes, donnant les nouvelles politiques de France et de l’étranger, signalant les événements et les commentant de courtes réflexions.
Commencements bien humbles. Le fondateur était Théophraste Renaudot, né à Loudun, protégé du cardinal de Richelieu, médecin, homme à idées, créateur en cette même maison du Grand Coq du bureau d’adresses et de rencontre pour les ventes, locations, échanges, demandes ou offres quelconques, fonctionnant depuis 1612, et amenant peu à peu, après l’avis manuscrit, la fondation d’une feuille imprimée, les Petites Affiches.
Tout en publiant sa gazette, ou en s’occupant de son bureau d’adresses, Renaudot continuait l’exercice de la médecine et ouvrait, toujours dans la maison du Grand Coq, une salle de consultations gratuites pour malades pauvres où les clients affluaient, soignés par le gazetier et par des médecins associés de Renaudot, lesquels malades étaient souvent fournis aussi gratuitement des médicaments nécessaires.
Cette innovation lui suscita une formidable armée d’ennemis, la Faculté bondit, mais Renaudot tint courageusement tête à toutes les attaques et fit durer sa création jusqu’à ce que la Faculté elle-même se décidât à la reprendre à son compte.
Quant à la vieille Gazette, devenue la Gazette de France elle vit toujours, et du petit œuf couvé dans la maison du Grand Coq, on sait quelle innombrable couvée est sortie. Le vénérable logis où la presse a pris naissance a depuis longtemps disparu, il tombait obscurément bien avant les démolitions de la Cité; la caserne des pompiers recouvre sa place.
Depuis quelques années Théophraste Renaudot a sa statue sur le marché aux fleurs, à peu de distance de l’endroit où cet homme de chétive mine, ce lutteur obstiné, s’acharna à ses œuvres diverses malgré détracteurs et envieux, et finit par triompher beaucoup plus qu’il ne l’avait rêvé.
[Illustration: THÉOPHRASTE RENAUDOT.--LA MAISON DU GRAND COQ, BUREAU D’ADRESSES ET DE LA GAZETTE, 1631]
Cette caserne de l’état-major des pompiers nous fait souvenir des premiers pompiers de Paris, des pompiers en frocs qui pendant si longtemps se chargèrent de combattre le feu. Les capucins, à Paris et ailleurs, avaient cette spécialité: ils étaient pompiers volontaires; à eux était dévolu le service de l’extinction des incendies; ces frocards avaient du bon, quand le feu éclatait quelque part, ils accouraient, au premier rang des travailleurs, luttant courageusement contre les flammes, avec de bien faibles moyens il est vrai. Plus d’un périt victime de son dévouement, on l’a vu aux grands incendies de l’Hôtel-Dieu ou du Palais de Justice.
Des moines de tous les ordres si nombreux et si divers qui pullulaient dans la grande ville les capucins étaient l’un des ordres les plus connus, et sur lequel aussi s’est exercé le plus volontiers la verve des railleurs. Ils possédaient quatre couvents à Paris; celui de la rue Saint-Honoré, s’il manquait des beautés architecturales des monastères plus anciens, était le plus important. Rameau de l’ordre de Saint-François, les capucins, nommés ainsi de leur capuchon pointu, étaient venus en France sous Charles IX, au moment le plus chaud des querelles religieuses, et s’étaient jetés aussitôt dans la mêlée où s’agitaient déjà tant de prêtres et de religieux.
Ces frocards furent bientôt populaires parmi les gens de la Ligue qu’enflammaient leurs prédications, leur zèle plein de faconde, en dépit des moqueries des politiques et des gens de sens plus rassis. Leur premier couvent était situé à l’endroit où fut depuis l’hôtel de César de Vendôme, puis la place Vendôme. Expropriés au commencement du XVIIe siècle, ils s’établirent en face de cet hôtel de Vendôme, rue du Faubourg-Saint-Honoré, à côté des Feuillants, moines de l’abbaye de Feuillant en Languedoc, venus à Paris presque en même temps que les capucins et comme ceux-ci enragés ligueurs.
[Illustration: LA MORGUE AUX JOURNÉES DE 1830.--QUAI DU MARCHÉ-NEUF]
Deux figures de capucins de la grande époque méritent bien quelques mots, leurs tombeaux d’ailleurs étaient voisins dans l’église des Capucins. C’est d’abord le père Ange, précédemment Henri comte du Bouchage et plus tard duc de Joyeuse, qui avait pris le froc par désespoir de la mort de sa femme. Après la journée des Barricades le père Ange, pieds nus, conduisit à Chartres où était le roi, dans le but d’entrer en négociations au nom de la Ligue, la fameuse procession de capucins chantant des psaumes et se fouettant à tour de bras. Il fut d’ailleurs assez mal reçu.--Fouettez tout de bon, disait Crillon sur son passage, c’est un lâche qui a quitté la cour par peur des coups!...
Ses frères Joyeuse et Saint-Sauveur ayant été tués tous deux à Coutras, son troisième frère étant mort aussi peu après, le père Ange laissa le froc pour reprendre, avec le titre de duc de Joyeuse, le morion et l’épée, et se jeter à son tour dans la mêlée des guerres civiles.
Au triomphe définitif d’Henri IV, il fit sa soumission, récompensée par le bâton de maréchal de France. Un jour, sur une plaisanterie d’Henri IV qui lui rappelait sa capucinade, le maréchal duc de Joyeuse changea encore brusquement, il abandonna la cour, jetant aux orties le bâton de maréchal pour reprendre le froc et redevenir le père Ange, simple capucin cherchant par de dures pénitences à obtenir du ciel le pardon de sa fugue, et finissant par mourir au cours d’un pèlerinage entrepris pieds nus vers la ville éternelle.
Voltaire a résumé cette existence bizarre dans un vers de la Henriade:
Il prit, quitta, reprit la cuirasse et la haire.
L’autre capucin fut un autre personnage que ce pauvre père Ange. Ce n’est rien moins que le père Joseph, l’Eminence grise, le conseiller, l’ami fidèle de l’Eminence rouge, le cardinal de Richelieu. On sait quel fut son rôle auprès du terrible politique. Cette robe de bure cachait une âme austère et dure: le père Joseph né gentilhomme, mais sans la moindre ambition personnelle, simple moine redouté autant que le ministre, tenant en main les fils de toutes les intrigues secrètes, de toutes les trames compliquées de la politique du cardinal, mêlé à toutes les affaires, travaillant à tous les grands projets, diplomate et négociateur, fut le plus infatigable et le plus désintéressé des collaborateurs et il mourut à la peine, usé autant que son ami et peu avant lui.
Après avoir fortement soufflé sur le feu des guerres civiles, et figuré brillamment à la fameuse Revue des moines de la Ligue défilant casque en tête et mèche allumée de Notre-Dame à l’Hôtel de Ville, les capucins, redevenus d’humbles moines mendiants, éteignaient donc les incendies. Mme de Sévigné raconte dans une de ses lettres l’incendie de la maison de M. de Guitaut, son voisin de la rue Saint-Claude, et les montre dans leur mission de dévouement.
Ceux-ci étaient des capucins du Marais, car dès les premières années du XVIIe siècle, d’autres maisons de cet ordre s’étaient fondées, les capucins du faubourg Saint-Jacques en 1613,--leur couvent est devenu l’hôpital du Midi,--et les capucins du Marais un peu plus tard. Les capucins du faubourg Saint-Jacques émigrèrent en 1782 et devinrent les capucins de la Chaussée d’Antin, on leur avait construit une église et un couvent nouveaux, ils n’eurent guère le temps de s’installer, car la Révolution vint les chasser; leur église s’appelle aujourd’hui Saint-Louis d’Antin et leur couvent Lycée Condorcet, après avoir été lycée Bonaparte, Bourbon, Fontanes.
[Illustration: ANCIEN DORTOIR DES BERNARDINS, RUE DE POISSY]
Les Capucins restèrent les seuls pompiers de Paris jusqu’à l’organisation d’un service spécial. Les pompes furent, paraît-il, employées pour la première fois en 1705, à l’incendie du petit Saint-Antoine. C’était une importation d’Allemagne; on acheta, au moyen d’une loterie, une vingtaine de pompes dont il ne paraît pas que l’on sut bien se servir tout d’abord. En 1722, un corps spécial de pompiers fut organisé, ce fut l’embryon de notre courageux régiment des sapeurs-pompiers dont l’état-major habite la Cité.
De la pointe de l’archevêché, on peut voir sur la rive gauche de la Seine une autre caserne de pompiers installée dans un des rares débris des couvents du moyen âge arrivés jusqu’à notre époque, dans l’ancien réfectoire et dortoir des Bernardins subsistant rue de Poissy, magnifique bâtiment à vingt arcades ogivales.
De ces quais de la Cité, la vieille Lutèce, comme accoudée aux bordages de son navire, pouvait regarder d’âge en âge Paris grandir et se développer, et suivre les spectacles changeants et variés, qui se déroulaient par-dessus l’animation des ports, le mouvement perpétuel de la rivière.
Au sud, devant l’Université et la Montagne où s’effile si haut, au milieu de tant de clochers inférieurs, la flèche de Sainte-Geneviève, dont la tour nous est restée, c’est la rive de la Tournelle avec la tour des galériens, le port du Mulet, les bateaux de bois, les maisons de la rue de la Huchette que remplacent au XVIIe siècle, les bâtiments de l’annexe du vieil Hôtel-Dieu subsistant encore sous saint Julien le Pauvre, les maisons serrées au-dessus de la rivière sans quai ni berge entre le petit Châtelet et le pont Saint-Michel, avec de simples ruelles et des escaliers descendant à la Seine, la rue du Chat-qui-Pêche et la rue des Trois-Chandelles, aujourd’hui Zacharie...
Après le pont Saint-Michel jusqu’au Château-Gaillard, c’est le quai des Augustins, le plus ancien de Paris. C’était jusqu’au XIIIe siècle une saulaie et une prairie basse inondée à la moindre crue de la Seine. En 1312, comme le quartier se bâtissait autour du couvent et de l’église des grands Augustins, qui venaient de remplacer le pauvre monastère des frères Sachets, Philippe le Bel ordonna la construction d’un quai de pierre de taille pour en finir avec les envahissements de la Seine.
Du pont Saint-Michel, alors Pont-Neuf, à la tour de Nesle, il y eut ainsi un mur solide avec quelques escaliers entre des espèces de demi-tours. C’était au XVIe siècle la promenade des parlementaires; les graves magistrats après les journées au palais y venaient prendre l’air au milieu du populaire. Au XVIIIe siècle, c’était le quai aux marchands de volaille, on l’appelait la Vallée en souvenir de la prairie depuis longtemps disparue, et quand le couvent des grands Augustins tomba après la Révolution, l’Empire construisit sur son emplacement le marché à la volaille et au gibier, dit aussi de la Vallée, tant les vieilles appellations ont de peine à disparaître.
Ce petit bras de la Seine par les temps de sécheresse était souvent presque à sec: le Bourgeois de Paris rapporte qu’en 1448 «la Seine était si petite qu’à la Toussaint on venait de la place Maubert tout droit à Notre-Dame, à l’aide de quatre petites pierres, et hommes, femmes et petits enfants sans mouiller leurs pieds, et devant les Augustins jusqu’au pont Saint-Michel et quatre ou cinq lieux en telle manière pour venir au Palais du roy par la porte de derrière».
[Illustration: RESTES DE L’ÉGLISE SAINTE-MARINE, 1840]
Au nord de la Cité, du pont Notre-Dame au port Saint-Landry, c’étaient les ports de la rive droite, les innombrables bateaux du port au foin, du port aux vins, c’était la Grève, l’antique port de la Hanse des Marchands, puis en descendant la Seine une autre vallée, la Vallée de Misère avec ses étroites ruelles des boucheries et écorcheries, cloaques aux ruisseaux rouges débouchant à la Seine au pied des murailles du grand Châtelet.
Le quai de l’Ecole et le quai de la Mégisserie ou de la Ferraille, construits au XIVe siècle et refaits sous François Ier, pittoresque bordure du Paris de la rive droite, étaient aussi coupés de distance en distance par des arches donnant accès à la rivière pour les lavandières ou les chevaux; il y avait l’arche Popin, aux lavandières Sainte-Opportune, l’arche Marion prolongeant la rue Thibeautodé, l’arche Bourbon sous l’hôtel de Bourbon, l’arche d’Autriche au Louvre; l’arche Popin est restée la dernière jusqu’en 1840.
La pointe orientale de la Cité faisant face à l’entrée de la Seine dans Paris, au bout du jardin de l’Archevêché qui recouvre le cloître et la petite église de Saint-Denis du Pas, ainsi que le terrain Notre-Dame, est attristée aujourd’hui par un funèbre établissement qui occupe ainsi la plus magnifique situation à la pointe du vaisseau de Lutèce.
C’est la Morgue, ainsi placée comme frontispice au Paris historique, comme premier plan pour les splendeurs architecturales de l’abside de Notre-Dame.
La Morgue primitive, l’endroit sinistre où, selon l’ancienne signification du mot Morgue, regarder au visage, étaient exposés pour qu’on les vint reconnaître, les cadavres ramassés sur la voie publique, était jadis cachée dans la Basse geôle du Grand Châtelet, petite salle donnant sur une des cours intérieures de cet édifice. Jusqu’en 1804, la morgue, dont on ignore les commencements, resta à la Basse geôle. Comme le Châtelet allait disparaître on éleva sur le quai du Marché-Neuf, près du pont Saint-Michel, un bâtiment destiné à recevoir tous les cadavres trouvés dans le fleuve ou par les rues.
Cette morgue eut des journées bien chargées dans les temps d’émeute ou de révolution de notre siècle, comme en juillet 1830 où le trop-plein des cadavres était évacué par bateaux vers les lieux de sépulture. Elle dura jusqu’en 1862.
Alors s’opérait le grand travail de transformation de la Cité. La morgue du pont Saint-Michel était déjà assez visible, ce service que l’on peut considérer comme une des plus hideuses verrues de la grande ville, comme une de ces tristes nécessités qui se doivent soigneusement dissimuler, on le transporta pourtant au point le plus admirable de la Cité, en façon de pendant à la statue d’Henri IV de l’autre côté, comme pour en faire un ornement de plus à la cathédrale qui semble faire jaillir de ce lugubre soubassement les superbes arcs-boutants de son abside.
Emplacement merveilleux, par la splendeur du grandiose paysage de pierres auréolées de toutes les poésies du passé, situation superbe, d’où elle partira un jour prochain, il faut l’espérer, et où, pour couronner dignement la poupe de la vieille nef parisienne, devrait bien s’élever quelque monument à la gloire du vieux Paris de l’histoire.
[Illustration]
[Illustration: L’ILE LOUVIERS, XIIIe SIÈCLE]
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