L’HÔTEL DE CLUNY]
Plus tard l’instrument de cette mort, le conseiller Genti, devenu président au parlement, se trouva poursuivi pour faits de concussion et fut condamné par le parlement même. A son tour, après dégradation, il vint à Montfaucon finir où avait fini sa victime.
Presque en même temps se terminait un autre procès fameux, celui du connétable de Bourbon, autre victime de la duchesse d’Angoulême et du cardinal chancelier Duprat, poussé à la trahison par leurs persécutions. Jeune et beau, magnifique seigneur et capitaine renommé, il n’eût tenu qu’au connétable de devenir le beau-père de François Ier en épousant en secondes noces Louise de Savoie, mais il repoussa les avances de la duchesse et les propositions directes qui lui furent faites. Il se créa ainsi une vindicative et cruelle ennemie qui, liguée avec le chancelier, autre ennemi de Bourbon, jura sa perte.
L’attaque ne se fit pas attendre. Charles de Bourbon, veuf de Suzanne de Bourbon sa cousine germaine, étant par contrat de mariage héritier de tous ses biens, la duchesse alors régente du royaume fit intenter au connétable un procès en Parlement pour obtenir la nullité de la donation.
Il s’agissait pour le connétable de la presque totalité de ses biens qui devaient, s’il perdait sa cause, revenir les uns à d’autres héritiers, les autres à la couronne. Une première partie du procès fut perdue, le comté de la Marche fut enlevé au connétable et Duprat obtint la mise sous séquestre du reste des biens.
Le cœur ulcéré, se voyant déjà ruiné, le connétable ne respira plus que vengeance. Travaillé par des émissaires de Charles-Quint, il rêva de concert avec l’Empereur l’écrasement de François Ier. Dans le démembrement de la France qui devait s’ensuivre, une part devait lui être faite qui viendrait s’ajouter à ses possessions territoriales, pour constituer à son profit un royaume indépendant, ressuscitant l’antique royaume d’Arles.
Pendant que François Ier s’acheminait avec son armée vers l’Italie où son connétable devait venir le rejoindre, celui-ci tout à coup levait le masque et, pour s’en aller se mettre à la tête des armées de Charles-Quint, s’enfuyait déguisé en valet, seul avec un gentilhomme; montés sur des chevaux ferrés à l’envers, ils gagnaient la frontière par une chevauchée haletante à travers l’Auvergne et le Dauphiné. L’an d’après, sur le champ de bataille de Pavie, le roi et le connétable devaient se retrouver.
Le procès de Bourbon dura des années: on jugea d’abord à Loches ses confidents qui furent condamnés à mort, mais non exécutés. Parmi eux se trouvait le sire de Saint-Vallier, père de Diane de Poitiers.
Condamné à mort par le parlement, le comte de Saint-Vallier fut tiré de la Conciergerie un matin, et conduit à la Table de marbre pour y entendre la lecture de son arrêt. Mis sur un cheval avec un archer en croupe derrière lui, on le conduisit en Grève pour y subir sa peine. Déjà il avait la tête sur le billot, lorsqu’un courrier de Blois apportant sa grâce, put fendre la foule assez à temps pour arrêter la hache déjà levée. La légende qui lui fait devoir sa grâce à la beauté de sa fille est détruite par ce fait que Diane était alors toute jeune enfant.
Quelques pairs réunis au Parlement et présidés par le roi lui-même commencèrent le procès de Bourbon en 1523, mais la défaite de Pavie vint bientôt l’interrompre, et dans le traité de Madrid qui termina la captivité de François Ier, il fut stipulé que le connétable rentrerait dans tous ses biens et honneurs.
Ce traité, François Ier n’avait pas l’intention de l’exécuter; aussitôt de retour en sa capitale, il réunit au Palais en séance solennelle le Parlement, les grands du royaume, les cardinaux, des archevêques et évêques, des députés des Parlements de province et le corps de ville de Paris pour s’en faire imposer en quelque sorte la non-exécution. La guerre allait se rallumer. Le 5 mai 1527, à la prise de Rome, un coup d’arquebuse, bientôt vengé dans l’effroyable sac de la ville éternelle, renversait dans le fossé le connétable de Bourbon, connétable de Charles-Quint, maintenant chef d’une armée de routiers féroces, et achevait misérablement ses destins si brillamment commencés.
Le procès du connétable défunt était aussitôt repris à la Grande chambre du Parlement et, le 16 juillet suivant, le roi, les pairs et les Parlements réunis rendaient un arrêt qui condamnait et abolissait sa mémoire à perpétuité et prononçait la confiscation de tous ses biens.
A défaut du prince, l’hôtel de Bourbon, voisin du Louvre sur la berge de la Seine, paya pour lui et subit symboliquement la peine réservée aux traîtres et rebelles; on décapita ses tourelles à «hauteur d’infamie» et les écussons et armoiries, les sculptures des portes et fenêtres furent barbouillés d’ocre jaune par la main du bourreau.
Le vieux Palais fut peu de jours après témoin d’une étrange scène, d’un curieux épisode du grand drame aux tragiques péripéties, joué de champ de bataille en champ de bataille par les deux souverains qui se disputaient la suprématie européenne, le roi et l’empereur. Ce refus d’exécuter le traité, ce manquement à la parole jurée que François se faisait imposer par ses sujets, avait exaspéré Charles-Quint qui déclarait le roi traître et parjure. Les deux souverains, faisant une querelle personnelle de la lutte engagée entre les nations, échangeaient par hérauts d’armes, comme aux temps chevaleresques, des défis solennels.
François Ier chargea son héraut Guyenne de porter son défi en Espagne à Charles-Quint, lequel en retour, envoya le héraut Bourgogne remettre son cartel à Paris. François Ier voulut le recevoir dans la Grande salle du Palais avec un grand cérémonial. On avait préparé pour le roi, devant la Table de marbre, un trône élevé de quinze marches. A la droite du roi étaient assis le roi de Navarre, le duc d’Alençon, le comte de Foix, le duc de Vendôme et autres princes, à sa gauche le légat du pape, le chancelier, quelques cardinaux et archevêques. Les membres du Parlement avaient pris place plus bas, sous les princes, et les ambassadeurs des diverses puissances sous les sièges des prélats. On ne pouvait apporter plus de solennité à cette réception.
Le héraut Bourgogne, qu’une garde d’archers et de gentilshommes avait été chercher au logis à lui assigné dans le cloître Notre-Dame, fut introduit au Palais et conduit devant le trône royal. Aussitôt qu’il eut salué le roi et la noble assemblée, il voulut commencer son harangue: «Sire, dit-il, la très sacrée majesté de l’empereur...» Mais François Ier, l’interrompant brusquement, lui déclara d’un ton de colère qu’il n’avait point à haranguer, mais à remettre tout simplement la sûreté du champ, c’est-à-dire l’indication du champ clos avec les conditions du combat.
Le héraut prétendait, avant toute chose, dire ce que l’empereur l’avait chargé de dire, exposer les sujets de plainte de Charles-Quint et les motifs du combat personnel entre les deux princes, avant d’en venir au cartel lui-même. Le roi transporté de colère ne le laissa pas parler; par des sorties violentes il lui imposait silence chaque fois qu’il essayait de remplir sa mission comme on le lui avait ordonné, si bien que le héraut dut se retirer en remportant son cartel.
Une autre fois, une dizaine d’années plus tard, François Ier étant encore en guerre avec Charles-Quint, fit citer l’empereur à comparaître à sa chambre des pairs, comme son vassal pour les comtés de Flandre et d’Artois; ce fut l’occasion d’une nouvelle cérémonie. Le roi vint avec les pairs au Palais du Parlement, requit contre l’empereur et décida qu’on l’ajournerait à son de trompe à la frontière, ce qui fut fait dans les formes anciennes par des huissiers du Palais. Ensuite, l’empereur n’ayant naturellement point comparu, un arrêt du Parlement prononça la confiscation de la Flandre et de l’Artois, lesquelles provinces, malgré cet arrêt tout platonique, restèrent entre les mains de l’empereur.
[Illustration: L’ARC DE NAZARETH AU PALAIS (RÉÉDIFIÉ A CARNAVALET)]
Ceci se passait en 1537; trois ans après, en 1540, la paix étant faite, cet empereur inutilement cité à comparoir fit pourtant sa visite au Parlement, mais ce fut en souverain ami, reçu avec force cérémonies, arcs triomphaux, décorations de fleurs, draperies et tapisseries, riches présents et belles harangues. L’empereur traversait Paris pour aller rétablir son autorité sur les Gantois révoltés.
Il fit son entrée le 1er janvier en grand cérémonial par l’abbaye et la porte Saint-Antoine, accompagné par l’université, des délégations des corporations, les prévôts et le corps de ville, le Parlement, les grands officiers de la couronne, les gentilshommes de la maison royale et les princes, sous l’escorte des lansquenets suisses marchant enseignes déployées.
Le Parlement s’était assemblé dans la cour du may d’où il était parti à cheval pour recevoir l’empereur, les présidents en robes et manteaux d’écarlate, coiffés du chapeau de velours brodé d’or, les conseillers en robes écarlates et chaperons. Les présidents furent admis à faire leur compliment à l’empereur, après quoi tous prirent leur place dans le cortège.
En route on eut le divertissement des mystères joués sur des échafauds dressés aux Tournelles, à la porte Baudoyer et ailleurs, pendant qu’incessamment tonnait le canon de la Bastille. Charles-Quint fit une station en l’église Notre-Dame où l’on chanta un Te Deum, puis se dirigea vers le Palais où François Ier, entouré d’une cour brillante, le reçut en bas du grand perron.
A la Grande salle l’attendait le festin traditionnel à la Table de marbre, après quoi la reine Marguerite, fille du roi, arriva avec les princesses, pour terminer la fête par danses et divertissements. A l’occasion de son entrée Charles-Quint, de par l’antique privilège des souverains, délivra des prisonniers de la Conciergerie, fort probablement des gens choisis, retenus seulement pour affaires de peu d’importance.
[Illustration: ANCIEN HÔTEL DU PREMIER PRÉSIDENT (PRÉFECTURE DE POLICE, 1840)]
En ces temps venait de s’allumer la grande querelle religieuse qui devait gorger ce siècle d’horreurs et de sang, et pendant si longtemps partager le pays en deux camps ennemis aux passions surexcitées. Les premiers troubles avaient commencé, et Paris venait d’assister à quelques premiers brûlements d’hérétiques. On avait jeté au bûcher d’abord des livres, on commençait à y envoyer des hommes.
Dans leur ardeur pour les nouvelles doctrines, les protestants s’attaquaient parfois aux images, faisaient une guerre incompréhensible aux statues révérées par les catholiques, et ceux de ces iconoclastes qui étaient pris payaient cher leur audace. La mutilation d’une image de la Vierge placée sur une maison de la rue des Rosiers, excita particulièrement la fureur des Parisiens contre les réformés.
Pour racheter le sacrilège, François Ier fit faire une vierge en argent qu’il alla lui-même placer en grande cérémonie dans une niche grillée. Une immense procession se déroula dans les rues de Paris à cette occasion; on vit défiler tout le clergé des paroisses, tous les moines des couvents, les chanoines de Notre-Dame et de la Sainte-Chapelle, des évêques en nombre. Après eux des trompettes et des hérauts d’armes annonçaient la Cour, une foule de nobles personnages le cierge à la main escortant la Vierge d’argent portée par l’évêque de Lisieux en habits sacerdotaux, puis le roi seul, avec un grand cierge, ensuite d’autres seigneurs, les ambassadeurs, les présidents et conseillers du Parlement avec leurs greffiers, le prévôt des marchands, les échevins et les notables...
La Vierge d’argent si solennellement mise en place ne resta pas longtemps dans sa niche, elle fut volée quelques années plus tard, remplacée encore, par une vierge en bois cette fois, que les protestants brûlèrent une nuit.
A la suite des imprudences de quelques luthériens qui, emportés par leur zèle, avaient affiché des placards attaquant l’Eucharistie, une autre procession, plus solennelle encore, eut lieu en 1535, en expiation des nouvelles doctrines. On revit un cortège semblable marcher lentement à travers la ville, portant les châsses et toutes les reliques des églises.
Toute la ville était en rumeur, on avait fermé de barrières gardées par des archers les carrefours où devait passer cette procession.
Le clergé des paroisses s’était réuni à Notre-Dame pour aller de là chercher le roi et la cour à Saint-Germain l’Auxerrois. La reine prit la tête de la procession montée sur une haquenée blanche, suivie de toutes les princesses et des dames de la cour, avec un grand nombre de gentilshommes, de pages et d’écuyers à pied ou à cheval. Le clergé des paroisses et les ordres religieux, les suisses et les archers marchant à grand bruit de tambours, trompettes et fifres, le chapitre de la Sainte-Chapelle et sa musique, l’évêque de Paris, sous un dais porté par des princes, précédaient le roi vêtu de noir, un cierge à la main, suivi des archers de sa garde et des officiers de la couronne, des membres du Parlement et de la Chambre des comptes, des prévôts et des échevins.
Le roi entendit une messe solennelle à Notre-Dame, puis il s’en alla dîner à l’évêché. Après le dîner, la cour, les échevins et les membres du Parlement étant assemblés dans la grande salle de l’évêché, François Ier leur fit un grand discours pour démontrer la nécessité de procéder avec énergie à l’extirpation de la dangereuse hérésie. Après ce discours et les réponses du Parlement et des prévôts, proclamant leur zèle pour la défense de la religion attaquée, l’assistance rentra à Notre-Dame. Le roi et la cour s’avancèrent sous le portail où, pour conclusion, six malheureux réformés venaient d’être amenés en charrette, pieds nus et une torche à la main pour faire amende honorable sur le parvis.
Six bûchers avaient été préparés, à côté des reposoirs, en six endroits différents déjà parcourus par la procession, pour l’édification des divers quartiers de la ville. On y mena les condamnés. Au-dessus de chaque bûcher se dressait une sorte de potence compliquée, munie d’une poutre supérieure mobile formant bascule. C’était l’estrapade; on attachait le patient par les bras à cette poutre supérieure, le malheureux hissé à une certaine hauteur était aussitôt descendu dans la flamme du bûcher, d’où on l’enlevait pour le laisser retomber encore. C’était le bûcher lent, cruelle aggravation du supplice du feu. Ainsi périrent ces six malheureux, estrapadés et brûlés à la Croix du Trahoir, au cimetière Saint-Jean, à la Grève et aux Halles.
Et plus d’une fois ensuite se renouvelèrent ces processions solennelles accompagnant des supplices d’hérétiques, horribles fêtes pendant lesquelles les métiers chômaient, les boutiques se fermaient, chacun courant au spectacle des superbes défilés, avec leur affreux épilogue aux bûchers des endroits consacrés.
Deux chambres du Parlement, avaient été chargées de connaître des crimes d’hérésie, la Grande Chambre et la Tournelle. De temps en temps quelques malheureux s’en allaient périr sur le bûcher pour l’intimidation des réformés; d’autres pourrissaient dans les cachots, et cela n’empêchait pas les nouvelles doctrines de progresser, et de recruter dans toutes les classes de la société des adhérents qui bravaient les persécutions. Le trouble était profond, les haines et les fureurs s’aiguisaient, qui devaient aboutir avant peu aux longues guerres civiles.
Le Parlement parut gagné même; quelques membres osèrent montrer l’indignation que leur causaient ces supplices et dans une délibération pour l’enregistrement d’un édit d’Henri II prononçant la peine de mort contre les protestants et leurs complices, ils parlèrent contre ces cruautés et firent appel à la modération.
Leur opposition fut dénoncée au roi. Le lendemain, au moment où l’on s’y attendait le moins, Henri II arriva au Palais accompagné de son chancelier et de quelques grands officiers de la couronne. Le Parlement délibérait au sujet de l’édit, le roi voulut que l’on continuât et des conseillers osèrent exposer la nécessité de la réforme des mœurs et de la tolérance religieuse; le conseiller Anne du Bourg fut plus hardi encore, il attaqua devant le roi les mœurs de la cour, y montra le scandale et la licence régnant parmi les grands, le vice et le crime tout-puissants et honorés, tandis qu’on livrait aux bourreaux des hommes qui servaient leur roi selon les lois du royaume et Dieu selon leur conscience.
Ainsi bravé en face, Henri II ordonna au connétable de faire saisir sur-le-champ Anne du Bourg et les autres conseillers qui avaient montré leur sympathie pour les réformés. Anne du Bourg, jeté à la Bastille, fut traité avec la plus grande sévérité et l’on mena vivement son procès.
Il avait demandé, en vertu du privilège des membres du Parlement, à être jugé par les chambres, mais le Parlement par zèle catholique ne le réclama pas. Les juges ecclésiastiques le condamnèrent à être «pendu et guindé à une potence plantée en la place de Grève devant l’hôtel de ville de Paris, au dessoubz de laquelle sera fait un feu dedans lequel le dit Dubourg sera gecté, ars, brûlé et consumé en cendres».
[Illustration: RESTES DE L’ANCIEN PALAIS (ÉTAT ACTUEL)]
Toutes ces persécutions et ces supplices n’empêchaient point la Réforme de faire de grands progrès. Peu à peu les réformés constituèrent un parti puissant et nombreux, serré autour de quelques princes, comme les catholiques se serraient autour des princes de la maison de Lorraine, et bientôt d’échauffourée en échauffourée, les guerres civiles commencèrent.
Paris depuis longtemps voyait sans cesse les querelles éclater entre protestants et catholiques, des bagarres et des désordres se produire, et le sang couler dans des petits égorgements qui pouvaient faire présager les terribles excès prochains. Les politiques qui s’efforçaient de tenir la balance entre les deux partis, les modérés qu’indignaient tant de supplices, de bûchers et de bannissements, devaient fatalement se trouver débordés par le parti de la violence.
[Illustration: LES CORPS DU PRÉSIDENT BRISSON ET DES CONSEILLERS TARDIF ET LARCHER PORTÉS EN GRÈVE
Imp. Draeger & Lesieur Paris]
[Illustration: MONTGOMMERY EMPRISONNÉ AU DONJON DU PALAIS]
La nuit de la Saint-Barthélemy, quand on en vint au massacre général depuis longtemps rêvé, prédit, prêché, le signal devait partir du Palais. C’était la cloche de la tour de l’Horloge qui devait lancer sur la ville endormie tous les massacreurs réunis par les soins de Guise, de la reine Catherine et des échevins de la ville. Mais dans l’impatience que donnaient aux meneurs les irrésolutions de Charles IX, Catherine de Médicis fit hâter le moment et envoya au plus près, à Saint-Germain l’Auxerrois, mettre en branle le tocsin. Celui du Palais lui répondit aussitôt, pendant que le massacre commençait dans le Louvre même. Les égorgeurs recrutés se mirent à la besogne, bientôt rejoints par la populace fanatisée, et par les misérables qu’à toutes les commotions on trouve toujours disposés pour les sanglantes boucheries, comme pour les pillages qui s’ensuivent.
Le troisième jour de ce massacre qui dura toute une semaine, quand la terreur dominait la ville parcourue par les tueurs cherchant leur proie, le roi accompagné de la reine-mère, de ses frères et de toute la cour, se rendit au Palais et vint déclarer au Parlement réuni qu’une grande conspiration de l’amiral Coligny et d’autres scélérats huguenots avait été découverte, dont le but était de le tuer, avec la reine sa mère, ses frères et même le roi de Navarre, pour donner la couronne au prince de Condé, et qu’en ce péril imminent il n’avait pas trouvé d’autre remède que de «prévenir l’attaque des huguenots et d’en finir avec ceux qui troublaient l’État depuis si longtemps, et qu’ainsi la chose s’était faite par son ordre».
On fit semblant de trouver le prétexte plausible; le premier président «loua en public la sagesse du roi qui avait pu cacher un si grand dessein; mais en particulier, il remontra fortement au roi que si cette conspiration était véritable il fallait commencer par en faire convaincre les auteurs, pour ensuite les punir dans les formes, et non pas mettre les armes entre les mains des furieux ni faire un si grand carnage dans lequel se trouvaient enveloppés indifféremment les innocents et les coupables».
Le roi commanda alors qu’on fît cesser le massacre, mais il ne fut pas possible d’arrêter si vite les égorgeurs qu’on avait lancés, et la tuerie, les violences et le pillage continuèrent encore quelques jours.
Le mois suivant Coligny que l’on s’acharnait à transformer en conspirateur fut, quoique mort depuis plusieurs semaines, condamné à être traîné sur la claie et accroché aux fourches de Montfaucon.
En 1574 Catherine de Médicis put enfin assouvir la haine qu’elle avait vouée au meurtrier involontaire de son mari Henri II, au fatal tournoi des Tournelles. Gabriel de Lorges, comte de Montgommery, depuis le commencement des guerres civiles, était devenu un redoutable chef de bandes huguenotes, courant les campagnes de Normandie, enlevant villes et châteaux, battu parfois, se réfugiant en Angleterre, reparaissant toujours, rendant tuerie pour tuerie, saccage pour saccage, du mont Saint-Michel à Cherbourg. Finalement cerné avec les débris de ses bandes dans la petite forteresse de Domfront, il fut après maints assauts acculé au donjon et forcé par le manque de vivres et de munitions de se rendre aux troupes royales. Livré, malgré la capitulation, à la haine de Catherine de Médicis, on l’amena à Paris pour l’enfermer à la Conciergerie, dans le gros donjon qui garda ensuite son nom et s’appela la tour Montgommery.
Catherine ne le fit pas languir. Un arrêt du Parlement condamna Montgommery atteint et convaincu du crime de lèse-majesté à avoir la tête tranchée, confisquant ses biens, le dégradant de sa noblesse, déclarant vilains intestables et non capables d’offices les neuf garçons et les deux filles du condamné.
Après avoir souffert la question extraordinaire, Montgommery fut, le 26 Juin, tiré de la Conciergerie, mis en un tombereau, les mains attachées derrière le dos et conduit à la Grève. Il n’avait pas voulu se confesser à l’archevêque de Narbonne qui s’était présenté à lui en son cachot; il ne voulut pas davantage entendre le prêtre, qui le suivit, malgré lui, jusque sur l’échafaud. Avant de poser la tête sur le billot, Montgommery, d’après d’Aubigné, dit aux assistants: «Je requiers deux choses de vous: l’une de faire savoir à mes enfants qui ont été déclarés roturiers, que s’ils n’ont la vertu des nobles pour s’en relever, je consens à l’arrêt; l’autre point plus important, dont je vous conjure sur la révérence qu’on doit aux mourants, c’est que, quand on vous demandera pourquoi on a tranché la tête à Montgommery, vous n’alléguiez ni ses guerres ni ses armes, ni tant d’enseignes arborées, mentionnées en mon arrêt, qui seraient louanges frivoles aux hommes de vanité; mais faites-moi compagnon en cause et en mort de tant de simples personnes selon le monde, vieux et jeunes, et pauvres femmelettes qui, en cette même place, ont enduré les feux et les couteaux.»
Il récita ensuite le symbole des apôtres, fit sa prière, dit adieu à l’un de ses amis, Fervacques, qu’il aperçut dans la foule, et se remit au bourreau sans vouloir qu’on lui bandât les yeux.
Sa tête resta suspendue, pour quelques jours, à un poteau de la place, «par le commandement de la reine, qui assista à l’exécution, dit l’Estoile, et fut à la fin vengée comme dès longtemps elle le désirait, de la mort du roy Henry son mary, encore que le pauvre comte n’en pût mais».
De secousse en secousse, de guerre civile en guerre civile, après de courtes pacifications, les grandes journées de la Ligue arrivent, l’entrée du duc de Guise à Paris, la journée des Barricades, la fuite du roi, puis le coup de vengeance d’Henri III à Blois.
Dès que se répand à Paris la nouvelle du meurtre d’Henri de Guise et de son frère le cardinal, c’en est fini du peu qui restait encore de respect apparent pour l’autorité royale. Paris est en pleine révolution. On emprisonne les royaux et les politiques. Le Parlement est saisi d’une requête de la mère des Guises contre les assassins.
Le 1er janvier 1589, le curé Lincestre, dans l’église Saint-Barthélemy, en face du Palais, monta en chaire et réclama de ses paroissiens le serment d’employer jusqu’à la dernière goutte de leur sang pour venger la mort des princes lorrains. Le président de Harlay, suspect aux Seize et à la populace, était assis au banc d’œuvre, le curé Lincestre l’interpella particulièrement: «Levez la main, monsieur le président, levez-la bien haut; encore plus haut, s’il vous plaît, afin que le peuple vous voie!»
A la journée des Barricades, le président avait tenu tête au duc de Guise, qui essayait de le gagner ou de l’intimider, et lui avait dit: «C’est grand pitié quand le valet chasse le maître; au reste, mon âme est à Dieu, mon cœur est au roi et mon corps entre les mains des méchants.» Mais là, au milieu de ce peuple forcené, il dut céder et jurer comme les autres.
[Illustration: LE PETIT PONT ET LA VOUTE DU PETIT CHATELET]
Il y avait encore au Parlement, outre le président de Harlay, un certain nombre de membres douteux, politiques modérés; le parti violent allait procéder à l’épuration. Le 16 janvier au matin, comme le Parlement, toutes chambres assemblées, délibérait, la grande chambre fut envahie par Jean le Clerc, dit Bussy le Clerc, ex-procureur de la cour du Parlement, enragé ligueur, devenu capitaine de son quartier et gouverneur de la Bastille pour les Seize.
Bussy le Clerc marchait à la tête d’une trentaine d’hommes cuirassés, le pistolet en main. Il interpella le premier président de Harlay, les présidents de Thou et Pothier et leur ordonna de se lever: «Suivez-moi à l’Hôtel de Ville, on y a quelque chose à vous dire!» Comme le président de Harlay lui demandait «de par qui il faisoit cet exploit», Bussy lui répondit de se hâter d’obéir sans le contraindre à user de la force, dont il pourrait se mal trouver.
Les trois présidents, avec cinquante ou soixante conseillers suspects, furent ainsi enlevés. A la sortie du Palais, ils prirent par le pont au Change, enfermés entre deux haies de hallebardes par les hommes de Bussy le Clerc. Il était six heures du matin. Bussy mena ses prisonniers, en robes rouges et faisant bonne contenance, à travers des rues aux boutiques fermées, ayant l’aspect des mauvais jours, remplies de peuple en armes, qui invectivait les parlementaires et «les lardait de mille brocards et villenies».
Les prisonniers voulurent s’arrêter à l’Hôtel de Ville, mais Bussy les força à passer outre et les conduisit à la Bastille. Après les avoir écroués, il repartit encore chercher dans leurs maisons les membres du Parlement qu’il n’avait pas trouvés au Palais.
Ce Bussy le Clerc, qui était devenu une puissance, s’entendait à tirer de l’argent de ses prisonniers à la Bastille dont il était gouverneur, et il avait ce goût des perquisitions fructueuses, qu’ont eu bien des personnages de sa sorte dans toutes les révolutions. Il aimait, nous dit l’Estoile en son journal, à fourrager les meilleures maisons de la ville, principalement celles où il savait qu’il y avait des écus, «tous de bonne prise, parce qu’ils étaient royaux».
Le Parlement comptait alors environ cent quatre-vingts membres. Sur ce nombre il y en eut cent vingt-six qui prêtèrent serment à la Ligue et jurèrent de poursuivre la vengeance de la mort des Guises. Le même serment fut exigé des greffiers, avocats, procureurs et notaires au nombre de trois cent vingt-six.
[Illustration: LE PETIT PONT ET LE PETIT CHATELET AU XVe SIÈCLE]
Ainsi épuré, le Parlement continua l’exercice de la justice. Le président Barnabé Brisson fut contraint de remplir les fonctions de premier président. Pour se couvrir en cas de triomphe des royaux, il fit dresser par deux notaires une protestation secrète contre tout ce qu’il pourrait faire ou dire contre les intérêts du roi. Et le 30 janvier, de concert avec l’Université, aussi violemment ligueuse que lui, le Parlement prononçait la déchéance d’Henri III et relevait le peuple du royaume du serment de fidélité et obéissance.
Les passions étaient si montées alors, que nombre de ligueurs frénétiques se tiraient du sang pour en signer le serment de poursuivre implacablement la vengeance de la mort des Guises; un conseiller du Parlement nommé Baston demeura estropié de la main qu’il avait saignée pour cela.
Toute l’année 1589 se passa dans les troubles, on poursuivait, on emprisonnait, on pendait les gens soupçonnés d’être du parti royal. Les Seize trouvèrent bientôt le Parlement trop tiède, trop modéré.
Le président Brisson, qui essayait de tenir la balance entre les deux partis et de se prémunir pour le cas où la cause royale reprendrait le dessus, devint bientôt suspect. Une affaire où il refusa de condamner le procureur Brigard, accusé de correspondre avec les troupes royales courant alors les environs de Paris, décida sa perte.
C’était pendant une absence du duc de Mayenne; les tendances démagogiques des Seize se dessinaient. Poussés par les assemblées réunies chez les curés, ou même dans les églises, qui furent les clubs de cette Révolution, comme les processions faites à tout propos, et même la nuit, furent les manifestations, les meneurs venaient de créer une sorte de comité de salut public chargé des mesures violentes, en tête duquel se trouvait un Sainct-Yon, de la famille de ces bouchers fameux dans les troubles des siècles précédents.
Le 15 novembre, ce conseil vota la mort du président Brisson et de deux conseillers modérés: Tardif et Larcher. Immédiatement, Bussy le Clerc et Hamilton, curé de Saint-Côme, se partagèrent la besogne. Bussy le Clerc arrêta Brisson sur le pont Saint-Michel comme il s’en allait au Parlement; le curé de Saint-Cosme, à la tête d’une troupe armée, s’en alla saisir dans son lit le conseiller Tardif, alors malade et qui venait d’être saigné.
Brisson fut conduit au Petit Châtelet, que gardaient des affidés du parti violent, et aussitôt arrivèrent quelques-uns des Seize, tous armés et cuirassés. Ces gens aux façons expéditives forcèrent le président à se mettre à genoux et lui lurent, sans autre forme de procès, la sentence qui le condamnait à mort.
Le légiste se réveilla dans le président épouvanté; il voulut batailler, protestant contre cette condamnation sans formes, demandant à discuter les accusations et à être confronté avec ses accusateurs, mais on ne lui répondit que par un grand éclat de rire. Alors, renonçant à discuter, il implora longuement ses assassins, suppliant que l’on différât l’exécution, consentant à ce qu’on le mît entre quatre murs, au pain et à l’eau jusqu’à ce qu’au moins il eût terminé un ouvrage de jurisprudence qu’il avait commencé. Les Seize rirent davantage, et pour toute réponse, firent entrer le bourreau mis en réquisition.
Comme celui-ci ne voulait rien faire sans ordonnance de justice, on le menaça de le pendre lui-même. Pour s’échapper, le bourreau prétexta alors qu’il n’avait pas de corde; on en envoya acheter. Le pauvre Brisson se lamentait pendant ces discussions; quand enfin l’exécuteur lui eut attaché les mains, sa dernière pensée fut pour son livre; il pria que l’on fît dire à un avocat, son secrétaire, d’avoir soin de ne pas brouiller son œuvre, puis la corde lui fut passée au cou, et son cadavre se balança à une poutre du plafond.
A ce moment arrivait le conseiller Larcher, vieillard septuagénaire que l’on avait arrêté au Palais même. Quand il aperçut le corps de Brisson accroché à la poutre, il vint de lui-même, sans lamentations inutiles avec ces scélérats, se placer au-dessous, et fut aussitôt pendu à côté. Le curé de Saint-Cosme amenait, ou plutôt traînait le conseiller Tardif malade; sans plus de formalités, un troisième cadavre alla bientôt rejoindre les deux autres à la même poutre.
Le lendemain, les trois victimes dépendues furent portées en place de Grève. Ce fut une scène macabre. A quatre heures du matin, deux cents hommes des bataillons organisés par les Seize s’en vinrent au Châtelet. Ils avaient avec eux trois crocheteurs avec leurs crochets; on attacha debout, sur ces crochets, les cadavres des suppliciés, en chemise, chacun avec un écriteau au col, et le funèbre cortège se mit en marche.
En avant venaient plusieurs centaines d’hommes armés d’arquebuses et de hallebardes, le nez enfoncé dans leurs manteaux et portant des lanternes. A quinze pas derrière ceux-ci marchaient les crocheteurs avec leur fardeau sinistre, ces trois corps blancs et raides qui se balançaient au-dessus de la foule. Venaient ensuite l’exécuteur et ses valets, et à quinze pas encore en arrière, une seconde troupe des milices parisiennes, avec des lanternes qui faisaient briller dans le noir des rues l’acier des hallebardes et des arquebuses. Des postes gardaient tous les carrefours du Petit Châtelet à la Grève; le peuple, réveillé par le bruit, se mettait aux fenêtres ou descendait troublé, mais ne disait mot, effrayé ou désapprouvant. Et, devant l’hôtel de ville, l’exécuteur rependit les trois cadavres aux potences plantées à demeure sur la Grève, où ils restèrent suspendus deux jours.
Bien d’autres exécutions devaient suivre, le conseil des Seize avait dressé ses listes de suspects, où les noms étaient marqués d’un C, d’un D ou d’un P, ce qui signifiait: chassé, dagué, pendu. Heureusement, les chefs de la garnison étrangère, des troupes du roi d’Espagne alliées de la très sainte Ligue, s’opposèrent au massacre et Mayenne prévenu revint à Paris.
Il se hâta de prendre ses mesures pour empêcher cette révolution d’aller plus loin qu’il ne l’entendait. Rapidement, il cassa le conseil des Seize et enleva le gouvernement de la Bastille à ce misérable Bussy le Clerc, qui put se mettre à l’abri ou qu’on laissa échapper de Paris. Ensuite Mayenne envoya saisir chez eux quatre des plus enragés parmi les Seize, de ceux qui avaient trempé dans l’assassinat du président Brisson. Amenés au Louvre, ces hommes furent traités comme ils avaient traité Brisson et immédiatement pendus par le bourreau même qu’ils avaient forcé d’exécuter les trois conseillers; en outre un certain nombre de leurs complices, recherchés aussi, étaient dépêchés sans plus de cérémonie et quand tout fut fini, quand le bourreau eut cessé d’opérer, on le pendit lui-même à son tour.
Si la Ligue avait son Parlement, dont ces exécutions assuraient la docilité, le parti royaliste avait aussi le sien qui rendait arrêts et décrets opposés à ceux du Parlement de la Ligue. Chacun de ces Parlements faisait brûler par la main du bourreau les arrêts de l’autre. Ainsi fut-il fait à Paris au bas du perron de la cour du May pour certains actes des Parlementaires de Tours.
Pendant le siège, quand les Parisiens affamés n’avaient pour se nourrir que les chaudières de mauvaise bouillie que l’ambassadeur d’Espagne mettait au coin des rues, que des herbes recueillies où il en pouvait pousser, ou bien le pain de madame de Montpensier fait de poussière d’os et de son, alors que les sermons, dit l’Estoile, étaient la seule chose qui fût à bon marché dans Paris, il y eut quelques émeutes de misère devant le palais. On y venait réclamer la paix et du pain.
[Illustration: LA SOUPE DE L’AMBASSADEUR D’ESPAGNE]
L’une de ces émeutes occasionna un tumulte plus grave. Comme les milices du quartier cherchaient à dissoudre le rassemblement, le quartenier Le Gois qui les commandait, reçut une blessure mortelle. Aussitôt, comme on craignait que la sédition ne cachât une entreprise des royalistes, des forces arrivèrent, on ferma les portes du Palais et l’on saisit tous ceux que l’on trouva en armes, sur lesquels quelques-uns pour l’exemple furent pendus le lendemain.
Les États généraux, convoqués en 1593 par la Ligue ne se tinrent pas au Palais, mais dans une salle du Louvre. Le Parlement avait émis la prétention d’y paraître et d’opiner avec les trois ordres, mais sa prétention fut repoussée. Les Etats siégèrent pendant six mois, cherchant un roi au milieu de mille intrigues, de pourparlers et de négociations de toutes sortes. Ils étaient, pour en finir, sur le point de donner la couronne à l’un des princes lorrains, sous l’obligation pour celui-ci d’épouser une infante d’Espagne, ce qui donna lieu à un arrêt de protestation du Parlement, déclarant de nul effet et sans valeur toute élection de princesse ou prince étrangers.
Henri IV agissait et négociait aussi de son côté. Ayant retiré par son abjuration tout prétexte à l’opposition des catholiques, son triomphe définitif ne fut plus qu’une affaire de temps et l’an 1594 vit enfin le terme de cette longue et sanglante période des guerres religieuses.
Henri IV, maître de Paris, assis enfin sur ce trône qu’il avait mis quatre années à conquérir, ayant au jour de son triomphe proclamé une amnistie générale et voyant venir à lui, gagnés, résignés ou achetés, les grands seigneurs de la Ligue, reçut la soumission de cette Université qui avait tant travaillé contre lui, et celle du Parlement qui maintenant révoquait, cassait, annulait tous les édits, tous les arrêts rendus pendant les mauvais jours pour la très sainte Ligue.
[Illustration: ARCATURES DE LA SAINTE-CHAPELLE
A DROITE PLACE DU ROI, A GAUCHE PORTE DONNANT DANS L’ORATOIRE DE LOUIS