‹ Pensées, maximes et fragmentsChapitre 10 sur 14 · I. 380.)

I. 380.)

Pour dompter les âmes barbares et les détourner de l’injustice et de la cruauté, ce n’est pas la vérité qui est utile: car ils ne peuvent la concevoir; c’est donc l’erreur, un conte, une parabole. De là la nécessité d’enseigner une foi positive.--(M. 349.)

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Les religions sont nécessaires au peuple, et sont pour lui un inestimable bienfait. Même lorsqu’elles veulent s’opposer au progrès de l’humanité dans la connaissance de la vérité, il faut les écarter avec tous les égards possibles. Mais demander qu’un grand esprit, un Gœthe, un Shakespeare, accepte avec conviction impliciter, bona fide et sensu proprio, les dogmes d’une religion quelconque, c’est demander qu’un géant chausse le soulier d’un nain.--(W. II. 185.)

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Quand on compare à la pratique des fidèles l’excellente morale que prêche la religion chrétienne et plus ou moins toute religion et que l’on se représente ce qu’il adviendrait de cette morale, si le bras séculier n’empêchait pas les crimes, et ce que nous aurions à craindre, si pour un seul jour on supprimait toutes les lois, l’on avouera que l’action de toutes les religions sur la moralité est en réalité très faible. Assurément la faute en est à la faiblesse de la foi. Théoriquement et tant qu’on s’en tient aux méditations pieuses, chacun se croit ferme dans sa foi. Mais l’acte est la dure pierre de touche de toutes nos convictions: quand on en vient aux actes et qu’il faut prouver sa foi par de grands renoncements et de durs sacrifices, c’est alors qu’on en voit apparaître toute la faiblesse. Lorsqu’un homme médite sérieusement un délit, il fait déjà une brèche à la moralité pure. La première considération qui l’arrête ensuite, c’est celle de la justice et de la police. S’il passe outre, espérant s’y soustraire, le second obstacle qui alors se présente c’est la question d’honneur. Si l’on franchit ces deux remparts, il y a beaucoup à parier qu’après avoir triomphé de ces deux résistances puissantes, un dogme religieux quelconque n’aura pas assez de force pour empêcher d’agir. Car si un danger prochain, assuré, n’effraie pas, comment se laisserait-on tenir en bride par un danger éloigné et qui ne repose que sur la foi.--(L. 23.)

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La confession fut une heureuse pensée; car vraiment chacun de nous est un juge moral parfait et compétent, connaissant exactement le bien et le mal, et même un saint, quand il aime le bien et a horreur du mal. Cela est vrai de chacun de nous, pourvu que l’enquête porte sur les actions d’autrui et non sur les nôtres propres, et qu’il s’agisse seulement d’approuver et de désapprouver, et que les autres soient chargés de l’exécution. Aussi le premier venu peut-il comme confesseur prendre absolument la place de Dieu.--(N. 433.)

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