‹ Petite légende dorée de la Haute-BretagneChapitre 62 sur 77 · LXII

LXII

Les aboyeuses de Josselin

Un jour des lavandières étaient réunies à la source connue aujourd'hui sous le nom de Fontaine de la Vierge, pour y essanger une lessive et en sécher les pièces sur les buissons voisins, près desquels leurs chiens vigilants faisaient bonne garde, quand tout à coup une pauvre femme en haillons, maigre et souffreteuse, s'approcha d'elles la main tendue, sollicitant un faible secours, un petit morceau de pain. Mais les lavandières, loin de prendre en pitié sa misère, la traitèrent de voleuse, et poussèrent la brutalité jusqu'à lancer leurs chiens après elle. Alors, au lieu et place de la mendiante, se dresse, pleine d'une majesté céleste, la sainte Vierge, qui dit à ces méchantes femmes:

--Je vous ai suppliées et vous m'avez outragée; je vous ai tendu la main et vous avez excité vos chiens après moi; eh bien, soyez maudites, et que votre châtiment serve d'exemple et de leçon à tous les coeurs peureux qui méprisent et insultent les pauvres! toutes les fois que vous et ceux qui descendront de vous, seront sur mes terres, au jour qui m'est spécialement consacré, vous aboierez comme des chiens, et vous vous tordrez dans des convulsions!

À ces mots la Vierge disparut, et, depuis lors, quand les descendants de ces lavandières, ignorants de leur origine, viennent assister le lundi de la Pentecôte aux offices et à la procession de Notre-Dame du Roncier, ils sont, aux abords de l'église, saisis d'affreuses convulsions, jettent des cris inarticulés et des aboiements qui ne cessent que lorsque, portés de force au tronc de Notre-Dame, ils ont touché de leurs lèvres écumantes les saintes reliques exposées à la vénération des fidèles.

(FOUQUET, Légendes du Morbihan, p. 58).

C. Jeannel a publié à Rennes, en 1855, un petit livre sur les Aboyeuses de Josselin, où il dit avoir vu lui-même des aboyeuses amenées de force à l'autel, et il décrit les scènes qui s'ensuivent. Il déclare croire à la bonne foi des malades.

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