XLV
Dans un coeur qui aime vraiment, ou la jalousie tue l'amour, ou bien l'amour tue la jalousie. C'est le contraire dans la passion.
Or, c'est dans la passion que l'amant moderne s'agite presque toujours. Il y est par l'ardeur souffrante avec laquelle il poursuit l'émotion. Il y est par la demi-hystérie qu'il apporte dans ses ivresses, par les inguérissables blessures de déception et de libertinage qui saignent en lui au point de lui rendre cuisante même la légèreté du plaisir. Jugez-en par la surcharge et la tristesse de ses débauches. Il y est par le fond de haine sur lequel il roule et retombe sans fin, soupirant après la tendresse et rencontrant la rancune, après le bonheur et rencontrant le dégoût. Et puis, on aime comme on vit. Lorsqu'une société ressemble à celle du Paris d'aujourd'hui, où, d'un bout à l'autre et du haut jusqu'en bas, ce n'est que conflit, combat pour l'existence, défiance à droite, par devant, par derrière, à gauche, défiance des camarades et des inconnus, défiance de la famille et de l'étranger, --lorsque les pièces de théâtre et les romans, les journaux et la conversation ne sont qu'une école d'ironie et de misanthropie, --pourquoi un homme dressé à cet enseignement découvrirait-il soudain en lui une source de candeur confiante, et cela dans le sentiment qui remue le mieux les bas-fonds de l'animal? Ajoutez que sur vingt amants de nos jours, pour peu qu'ils appartiennent à la dure espèce des hommes à femmes, il y en a dix-neuf qui n'ont pas le souvenir d'une seule maîtresse à laquelle ils aient été fidèles. Et je poserai en passant cet autre axiome: