‹ Poèmes saturniensChapitre 1 sur 1 · Poèmes saturniens

Poèmes saturniens

Paul Verlaine

Poèmes saturniens

1866

Un texte du domaine public.
Une édition libre.

Vous avez la certitude, en téléchargeant un livre sur Bibebook.com de lire un livre de qualité :
Nous apportons un soin particulier à la qualité des textes, à la mise en page, à la typographie, à la navigation à l’intérieur du livre, et à la cohérence à travers toute la collection.
Les ebooks distribués par Bibebook sont réalisés par des bénévoles de l'Association de Promotion de l'Ecriture et de la Lecture, qui a comme objectif : la promotion de l'écriture et de la lecture, la diffusion, la protection, la conservation et la restauration de l'écrit.

Aidez nous :

Erreurs :

Télécharger cet ebook :

Crédits :

Sources :

- B.N.F.
- Éfélé

Ont contribué à cette édition :

- Association de Promotion de l'Ecriture et de la Lecture

Fontes :

- David Rakowski's
- Manfred Klein
- Philipp H. Poll

Les Sages d’autrefois, qui valaient bien ceux-ci,

P. V.

Dans ces temps fabuleux, les limbes de l’histoire,

— Et sous tes cieux dorés et clairs, Hellas antique,

— Plus tard, vers des climats plus rudes, en des ères

— Aujourd’hui l’Action et le Rêve ont brisé

— Cependant, orgueilleux et doux, loin des vacarmes

— Maintenant, va, mon Livre, où le hasard te mène.

Tout enfant, j’allais rêvant Ko-Hinnor,

Mon désir créait sous des toits en or,

Aujourd’hui plus calme et non moins ardent,

Soit ! le grandiose échappe à ma dent,

Souvenir, souvenir, que me veux-tu ? L’automne

Nous étions seul à seule et marchions en rêvant,

Sa voix douce et sonore, au frais timbre angélique.

— Ah ! les premières fleurs qu’elles sont parfumées !

Ayant poussé la porte étroite qui chancelle,

Rien n’a changé. J’ai tout revu : l’humble tonnelle

Les roses comme avant palpitent ; comme avant,

Même j’ai retrouvé debout la Velléda,

Ah ! les oarystis ! les premières maîtresses !

Sont-elles assez loin toutes ces allégresses

Si que me voilà seul à présent, morne et seul,

O la femme à l’amour câlin et réchauffant,

De la douceur, de la douceur, de la douceur !

Sois langoureuse, fais ta caresse endormante,

Mais dans ton cher cœur d’or, me dis-tu, mon enfant,

Mets ton front sur mon front et ta main dans ma main,

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant

A vous ces vers, de par la grâce consolante

C’est qu’hélas ! le hideux cauchemar qui me hante

Oh ! je souffre, je souffre affreusement, si bien

Et les soucis que vous pouvez avoir sont comme

Nature, rien de toi ne m’émeut, ni les champs

Je ris de l’Art, je ris de l’Homme aussi, des chants,

Je ne crois pas en Dieu, j’abjure et je renie

Lasse de vivre, ayant peur de mourir, pareille

A François Coppée.

La lune plaquait ses teintes de zinc

Le ciel était gris, la bise pleurait

Moi, j’allais, rêvant du divin Platon

J’ai vu passer dans mon rêve

Des ballades d’Allemagne

Rouge-flamme et noir d’ébène,

Un grand feutre à longue plume

Comme l’aile d’une orfraie

Et montrait d’un air de gloire

L’Océan sonore

Tandis qu’un éclair

Et que chaque lame,

Et qu’au firmament,

La nuit. La pluie. Un ciel blafard que déchiquette

Leurs jambes pour toutes montures,

Le sage, indigné, les harangue ;

C’est qu’odieux et ridicules,

C’est que, sur leurs aigres guitares

C’est enfin que dans leurs prunelles

— Donc, allez, vagabonds sans trêves,

La nature à l’homme s’allie

Et, vengeant sur vous le blasphème

Les juins brûlent et les décembres

Tout vous repousse et tout vous navre,

Une aube affaiblie

Le Souvenir avec le Crépuscule

Le couchant dardait ses rayons suprêmes

C’est plutôt le sabbat du second Faust que l’autre.

Des ronds-points ; au milieu, des jets d’eau ; des allées

Des châtaigniers ; des plants de fleurs formant la dune ;

Minuit sonne, et réveille au fond du parc aulique

Des chants voilés de cors lointains où la tendresse

S’entrelacent soudain des formes toutes blanches,

S’entrelacent parmi l’ombre verte des arbres

— Ces spectres agités, sont-ce donc la pensée

Sont-ce donc ton remords, ô rêvasseur qu’invite

N’importe ! ils vont toujours, les fébriles fantômes,

Humide et blême où l’aube éteint l’un après l’autre

Les sanglots longs

Tout suffocant

Et je m’en vais

La lune est rouge au brumeux horizon ;

Les fleurs des eaux referment leurs corolles,

Les chats-huants s’éveillent, et sans bruit

Comme un vol criard d’oiseaux en émoi,

Elle jouait avec sa chatte ;

Elle cachait — la scélérate ! —

L’autre aussi faisait la sucrée

Et dans le boudoir où, sonore,

Le chagrin qui me tue est ironique, et joint

Nous sommes les Ingénues

Nous allons entrelacées,

Et nous courons par les prés

Et des chapeaux de bergères

Les Richelieux, les Caussades

Mais en vain, et leurs mimiques

Et notre candeur se raille

Battre nos cœurs sous nos mantes

Belle « à damner les saints », à troubler sous l’aumusse

Ses yeux froids où l’émail sertit le bleu de Prusse

Cléopâtre la lynce ou la chatte Ninon,

Il faut — pas de milieu ! — l’adorer à genoux.

Il est grave : il est maire et père de famille.

Que lui fait l’astre d’or, que lui fait la charmille

Avec monsieur Machin, un jeune homme cossu.

Ces fainéants barbus, mal peignés, il les a

Les violons mêlaient leur rire au chant des flûtes,

Cependant elle allait, et la mazurque lente

Et depuis, ma Pensée — immobile — contemple

Et je crois que voici venir la Passion.

Pour sauver son époux, Çavitri fit le vœu

Ni, Curya, tes rais cruels, ni la langueur

— Que nous cerne l’Oubli, noir et morne assassin,

Les petits ifs du cimetière

Avec des bruits sourds qui font mal,

Silencieux comme les fleuves,

Par les détours du triste enclos,

Le sol sous les pieds glisse et crie,

Pénétrant comme le remords,

Chez les pauvres morts, à toute heure

Ah ! vienne vite le Printemps,

Refleurisse l’enchanteresse

Et que, — des levers aux couchants,

Chers endormis, vos sommeils mornes !

Comme la voix d’un mort qui chanterait

Ouvre ton âme et ton oreille au son

Je chanterai tes yeux d’or et d’onyx

Comme la voix d’un mort qui chanterait

Puis je louerai beaucoup, comme il convient,

Et pour finir, je dirai le baiser

Ouvre ton âme et ton oreille au son

Courtisane au sein dur, à l’œil opaque et brun

Fleur grasse et riche, autour de toi ne flotte aucun

Tu ne sens même pas la chair, ce goût qu’au moins

— Ainsi le Dahlia, roi vêtu de splendeur,

Allons, mon pauvre cœur, allons, mon vieux complice,

Pousse à Dieu ton cantique, ô chantre rajeuni ;

Sonnez, grelots ; sonnez, clochettes ; sonnez, cloches !

Le Bonheur a marché côte à côte avec moi ;

Baiser ! rose trémière au jardin des caresses !

Sonore et gracieux Baiser, divin Baiser !

Comme le vin du Rhin et comme la musique,

Moi, je ne puis, chétif trouvère de Paris,

D’autres, — des innocents ou bien des lymphatiques, —

Ils sont heureux ! Pour moi, nerveux, et qu’un remords

Ces grands rameaux jamais apaisés, comme l’onde.

Surtout les soirs d’été : la rougeur du couchant

Le vent se lève chaud et lourd, un frisson passe

La nuit vient. Le hibou s’envole. C’est l’instant

Roule, roule ton flot indolent, morne Seine, —

Le Tibre a sur ses bords des ruines qui font

— Toi, Seine, tu n’as rien. Deux quais, et voilà tout,

— Et puis l’orgue s’éloigne, et puis c’est le silence,

— Sinistre trinité ! De l’ombre dures portes !

— Et tu coules toujours, Seine, et, tout en rampant,

Quand Marco passait, tous les jeunes hommes

Quand Marco chantait, ses mains, sur l’ivoire,

Quand Marco pleurait, ses terribles larmes

Quand Marco dansait, sa jupe moirée

Quand Marco dormait, oh ! quels parfums d’ambre

Mais quand elle aimait, des flots de luxure

Sur fond sombre noyant un riche vestibule

Le coucher d’un soleil de septembre ensanglante

Le Guadarrama pousse entre les sables ras

Le grand vol anguleux des éperviers rapaces

Despotique, et dressant au-devant du zénith

Les murs carrés, percés de vitraux monotones,

Avec des bruits pareils aux rudes hurlements

Torrent de cris roulant ses ondes sur les roches,

Par les cours du palais, où l’ombre met ses plombs,

Qui marchent un par un, suivant l’ordre ascétique,

— Qui donc ici se meurt ? Pour qui sur le chemin

La chambre est haute, vaste et sombre. Niellées,

Une vague rougeur plus triste que la nuit

Et fait papilloter sur les architectures,

Parmi le clair-obscur transparent et profond

Riches, les vêtements des seigneurs et des dames

Et, trouant par éclairs distancés avec art

Un homme en robe noire, à visage de guivre,

Des rideaux de drap d’or roides comme des murs

Dans le lit, un vieillard d’une maigreur insigne

Ses lèvres font ce sourd et long marmottement,

Dans sa barbe couleur d’amarante ternie,

Avides, empressés, fourmillants, et jaloux

C’est le Roi, ce mourant qu’assiste un mire chauve,

Et de grands écussons, aux murailles cloués,

— La porte s’ouvre. Un flot de lumière brutale

Porteurs de torches, roux, et que l’extase emplit,

Il est grand, jeune et maigre, et son pas est de pierre,

Son pied ferme et pesant et lourd, comme la Loi,

Et tous sur son trajet dans un geste extatique

Du lit s’écarte avec respect le matassin,

La figure du Roi, qu’étire la souffrance,

Le moine, cette fois, ouvrant son œil de feu,

— Sinistrement dans l’air du soir tintent les cloches.

Et la Confession commence. Sur le flanc

— « Vous repentiriez-vous par hasard de ce zèle ?

Et, se pétrifiant dans l’exaltation,

Ayant repris haleine, et d’une voix cassée,

Le Roi, dont la lueur tragique des flambeaux

— « Les Flamands, révoltés contre l’Église même,

« Poursuivez. » — Et le roi parla de don Carlos.

— « Vous déplorez cet acte, et moi je vous en loue !

« De l’hérésie anglaise, et de plus n’ayant point

Le moine ensuite dit les formules sacrées

Sur la langue du Roi la déposa. Tous bruits

Si sa prière fut sincère ou bien traîtresse.

Ayant communié, le Roi se replongea

L’œil de son âme au jour clair de la certitude,

Et tandis qu’alentour ducs, comtes et marquis,

Puis le râle des morts hurla dans la poitrine

Et puis, plus rien ; et puis, sortant par mille trous,

— Philippe Deux était à la droite du Père.

Le soleil, moins ardent, luit clair au ciel moins dense.

La Nature a quitté pour cette fois son trône

Du pan de son manteau que l’abîme constelle,

Le frais balancement des ramures chenues,

Donc, c’en est fait. Ce livre est clos. Chères Idées

Et toi, Vers qui tintais, et toi, Rime sonore,

Il faut nous séparer. Jusqu’aux jours plus propices

Aussi bien, nous avons fourni notre carrière

— Car toujours nous t’avons fixée, ô Poésie,

Ah ! l’Inspiration superbe et souveraine,

La Muse, dont la voix est puissante sans doute,

La Colombe, le Saint-Esprit, le saint délire,

Ce qu’il nous faut à nous, les Suprêmes Poètes

A nous qui ciselons les mots comme des coupes

Ce qu’il nous faut, à nous, c’est, aux lueurs des lampes,

C’est la Volonté sainte, absolue, éternelle,

Ce qu’il nous faut à nous, c’est l’étude sans trêve,

Libre à nos Inspirés, cœurs qu’une œillade enflamme.

Nous donc, sculptons avec le ciseau des Pensées

Afin qu’un jour, frappant de rayons gris et roses

1.L’auteur prévient que le rythme et le dessin de cette ritournelle sont empruntés à un poème faisant partie du recueil de M. J.-T. de Saint-Germain : les Roses de Noël (Mignon). Il a cru intéressant d’exploiter au profit d’un tout autre ordre d’idées une forme lyrique un peu naïve peut-être, mais assez harmonieuse toutefois dans sa maladresse même, et qui n’a point trop mal réussi, ce semble, à son inventeur, poète aimable.

Une édition

Achevé d'imprimer en France le 5 Novembre 2016.

Page 1