‹ PoèmesChapitre 8 sur 10 · IV

IV

Car quels changements le temps n'amène-t-il pas? Les cycles des années qui reviennent peuvent délivrer mon coeur de ses craintes et apprendre à mes lèvres un chant qu'elles pussent chanter.

Avant que dans ce champ de à-bas, l'or frémissant soit rassemblé en gerbes poudreuses, avant que les feuilles écarlates de l'automne voltigent comme des oiseaux pour tomber sur l'herbe,

J'aurai peut-être parcouru la glorieuse carrière et saisi la torche encore flambante, et invoqué le nom sacré de Celui qui maintenant cache sa face.

URBS SACRA ET AETERNA

Rome! quelle page dans l'histoire a été la tienne, dans les temps d'autrefois où ton épée républicaine régit le monde entier, pendant une période de bien des siècles! Alors tu fus la reine couronnée de tes peuples,

jusqu'au jour où parut dans tes rues le Goth barbu. Et aujourd'hui, ô cité couronnée par Dieu, découronnée par l'homme, c'est l'odieux drapeau rouge, blanc et vert que les brises font flotter sur tes murs.

En quel temps étais-tu en ta gloire? Alors que tes aigles avides de pouvoir prenaient leur vol pour saluer le double soleil et que les nations tremblaient sous ton sceptre?

Non, ta gloire s'est prolongée jusqu'à ce jour, où les pèlerins s'agenouillent devant, le Saint unique, le pasteur captif de l'Eglise de Dieu.

SONNET COMPOSÉ APRÈS L'AUDITION DU DIES IRAE

CHANTÉ DANS LA CHAPELLE SIXTINE

Non, Seigneur, il n'en est pas ainsi. La blancheur du lis au printemps, les mélancoliques bois d'oliviers ou la colombe à la poitrine argentée m'apprennent plus clairement ta vie et ton amour, que ces flammes rouges et ces coups de tonnerre, avec leurs terreurs.

Les vignes empourprées m'apportent de doux souvenirs de toi: un oiseau qui, le soir, rentre à tire d'aile vers son nid, me parle de celui qui n'a aucune place pour se reposer. Je m'imagine que c'est sur toi que chante le passereau.

Viens plutôt par une soirée d'automne, quand le rouge et le brun brillent sur les feuilles et que les campagnes répètent comme un écho la chanson du passeur.

Viens quand la pleine lune en sa splendeur laisse tomber son regard sur les rangées de gerbes dorées, et alors fais ta moisson; nous avons attendu longtemps.

PAQUES

Les trompettes d'argent résonnèrent sous le Dôme, le peuple avec un respect religieux s'agenouilla sur le sol, et je vis porté sur les épaules des hommes, pareil à quelque grande divinité, le saint Maître de Rome.

Comme un prêtre, il portait une robe plus blanche que l'écume; comme un roi, il était ceint de pourpre royale. Trois couronnes d'or s'élevaient bien haut sur sa tête. Entouré de splendeur et de lumière, le Pape rentra chez lui.

Mon coeur s'enfuit bien loin dans le passé, à travers le désert des années, vers un homme qui errait au bord d'une mer solitaire, et cherchait vainement un endroit pour se reposer.

«Les renards ont leur tanière, et tout oiseau a son nid, et moi, moi seul, il me faut errer sans repos, les pieds meurtris, et boire avec le vin l'amertume des larmes.»

E TENEBRIS

Descends, ô Christ, et viens à mon aide! Tends-moi la main, car je vais me noyer dans une mer plus orageuse que ne fut pour Simon ton lac de Galilée. Le vin de la vie est répandu sur la table.

Mon coeur est pareil à une contrée ravagée par ta famine et où ont péri toutes les choses utiles. Et je sais fort bien que mon âme est destinée à l'Enfer, s'il me faut cette nuit comparaître devant le trône du Dieu.

«Il dort peut-être, ou bien il part à cheval pour la chasse, comme Baal, quand ses prophètes hurlaient son nom, de l'aurore à midi, sur la cime foudroyée du Carmel.»

Non, soyons tranquille, avant la nuit venue, je contemplerai les pieds de bronze, la robe plus blanche que la flamme, les mains meurtries, et la face empreinte d'une lassitude tout humaine.

VITA NUOVA

J'étais debout près de la mer où nul ne vendange, jusqu'à ce que les vagues humides eussent couvert de leur écume ma face et mes cheveux; les longues flammes rouges du jour mourant brûlaient à l'occident; le vent avait un sifflement triste

et les mouettes criardes fuyaient vers la terre: «Hélas! m'écriai-je, ma vie est pleine de douleur; et qui donc peut faire provision de fruit ou de grain doré sur ces plaines stériles qui s'agitent incessamment?»

Mes filets avaient ça et la bien des larges déchirures, bien des fentes; néanmoins je les jetai pour tenter ma dernière chance, dans la mer, et j'attendis la fin.

Quand! ô surprise! quelle soudaine gloire! Et je vis monter la splendeur argentée d'un corps aux membres blancs, et cette joie me fit oublier les tourments du passé.

MADONNA MIA

Jeune fille et lys, elle n'était point faite pour la douleur de ce monde, avec sa chevelure brune et douce que ses larmes collaient en tresses, avec ses yeux pleins de désirs, à demi voilés par les larmes encore endormies, comme des eaux très bleues qu'on voit à travers les brouillards de la pluie;

des joues pâles, où nul amour n'avait laissé sa tache, sa lèvre inférieure rouge, et ramenée en dedans pour fuir l'amour, et une gorge blanche, plus blanche que la colombe argentée, et dont le marbre pâle était rayé d'une veine pourpre. Et pourtant, quoique mes lèvres ne doivent point cesser de la louer,

je ne serais point assez hardi pour lui baiser même les pieds, car je me sens sous l'ombre que font les ailes du respect,

ainsi que Dante, quand il était debout avec Béatrice, sous la poitrine enflammée du Lion, et qu'il voyait le septième ciel de cristal et l'escalier d'or.

LA CHANSON D'ITYS

La Tamise anglaise est bien plus sainte que Rome. Ces campanules, qui comme une montée soudaine de la mer, viennent envahir les bocages, avec, pour écume, la reine des prés et la blanche anémone pour tacheter les vagues bleues,--Dieu est ici plus manifeste que là où il se cache, dans l'étoile au coeur de cristal que porte un moine blême.

Ces papillons aux reflets violets qui prennent pour tente ce lis à la teinte de crème, ce sont des monsignori, et là où s'agitent les roseaux, où un brochet paresseux se laisse flotter au soleil, les yeux à demi clos,--voici un vieil évêque mitre, in partibus. Regardez donc ces brillantes écailles toutes vert et or.

Le vent, prisonnier qui s'agite sans repos dans les arbres, joue fort bien le Palestrina. On dirait que les doigts du puissant maestro sont posés sur les touches de l'orgue de Maria, et qu'ils y jouent, quand, aux premières heures d'un matin tout bleu de Pâques, le Pape, porté sur un brancard tout rouge comme le sang ou le crime, va

de sa sombre demeure sur le balcon, au-dessus des portes de bronze, et, dominant la foule serrée sur la place, ou les fontaines elles-mêmes semblent dans leur extase jeter en l'air leurs lances d'argent, étend ses faibles mains vers l'Orient, vers l'Occident, envoie une vaine paix aux pays qui ne connaissent nulle paix, le repos aux nations qui ne connaissent pas le repos.

Et ce rayonnement orangé qui s'attarde et semble vouloir taquiner la lune, n'est-il pas plus beau que les pompes les plus brillantes de Rome! Chose étrange! il y a un an, je me mis à genoux devant je ne sais quel cardinal en robe rouge, qui portait l'hostie à travers l'Esquilin!... et maintenant, ces vulgaires pavots parmi le blé me semblent deux fois aussi beaux.

Ces champs de pois, d'un vert bleu, que voici là-bas, frissonnants de la dernière averse, émettent en cette fraîche soirée des parfums plus doux que ceux des encensoirs ornés de gemmes flamboyantes que balancent les jeunes diacres, lorsque le vieux prêtre ouvre le tabernacle voilé de rideaux, et donne à Dieu un corps fait avec le fruit banal du blé et de la vigne.

Le pauvre frère Giovanni, qui braille à la messe, s'étonnerait certainement ici, car là-haut chante un petit oiseau brun, et à travers le long et frais gazon je vois cette gorge vibrante que j'entendis jadis sur les collines éclairées par les étoiles, dans l'Arcadie étoilée de fleurs, où le demi-cercle blanc de sable de la plage de Salamine rejoint la mer.

Charmante est l'hirondelle qui babille sur les toits, à la pointe du jour, quand le faucheur aiguise la faux, quand gémissent les colombes, et que la laitière, quittant son petit lit solitaire, va légère, et chantonnant, vers le troupeau aux graves mugissements, qui attend, et avance par-dessus les portes de la cour, ses vastes mufles débordants d'écume.

Et ils sont charmants les houblons sur les plaines du Kent, et doux est le vent qui agite le foin fraîchement coupé, et doux sont les essaims capricieux des bourdonnantes abeilles, et douce est la génisse qui souffle dans l'écurie, et les figues vertes près d'éclater, qui pendent par-dessus le mur de briques rouges.

Et il est doux d'entendre le coucou railler le printemps, alors que les dernières violettes flânent encore près de la source, et il est doux d'entendre le berger Daphnis chanter la chanson de Linus dans quelque vallon ensoleillé de la chaude Arcadie où le blé est de l'or, où les moissonneurs aux membres légers et sveltes dansent près du troupeau enfermé dans le parc.

Et il est doux d'entendre à côté de la jeune Lycoris dans quelque lointaine vallée de l'Illyrie, et sous une voûte de feuillage sur un tapis d'amaracus, nous pourrions, nous aussi, perdre dans l'extase un jour d'été, et nous divertir à qui sera le plus habile sur le chalumeau, pendant que bien loin au-dessous de nous, s'irrite la pourpre troublée de la mer.

Mais combien ce serait plus doux si le pied chaussé de sandales d'argent de quelque Dieu longtemps caché venait jamais fouler les prairies de Nuneham; si jamais Faune portant à ses lèvres la flûte de roseau pouvait lever la tête près des vertes flaques d'eau! Ah! il serait doux, en effet, de voir le céleste berger appeler à la pâture son troupeau à la blanche toison.

Aussi, chante donc pour moi, musicien harmonieux, quoique tu ne chantes, après tout, que ton propre requiem. Dis-moi ton récit, infortuné chroniqueur, conte-moi tes tragédies. Ne dédaigne point ces retraites nouvelles pour toi, cette campagne anglaise, car notre île du Nord peut donner de quoi faire bien des belles couronnes,

que ne connaissent point les prairies grecques; plus d'une rose telle que vainement un adolescent la chercherait pendant tout un jour, dans les vallons d'Eolie, croît en masses touffues sur nos haies, comme une insouciante courtisane prodigue de sa beauté; et aussi des lis tels que jamais n'en réfléchit l'Ilissus étoilent nos ruisseaux, et des nielles bleues

ponctuent le froment vert, et bien qu'elles soient pour les hirondelles un avertissement de se diriger vers le Sud, elles ne déploieraient jamais leurs pavillons d'azur parmi les vignes grecques. Et même cette petite herbe en haillons rouges, qui invite le rouge-gorge à pépier, serait une étrangère en Arcadie, et plus d'une élégie restée muette

dort dans les roseaux qui frangent notre sinueuse Tamise, et qui la réveillerait, donnerait un enchantement plus doux que celui qui fit pleurer Syrinx, et par ici se cachent des orchidées brunes semées d'abeilles, assez belles pour faire un diadème au front de Cythérée, et que Cythérée ne connaît point, et là-bas tout près de ce taureau qui paît,

il est une mignonne asphodèle jaune; le papillon peut l'apercevoir de loin, bien que la rosée d'un seul soir d'été suffise à remplir deux fois sa petite coupe, avant que l'étoile ait rappelé le berger paresseux à son parc, et sans être prodigue, chaque pétale est semé de taches d'or

comme si l'opulente maîtresse de Jupiter, Danaé, sortie toute brûlante encore de ses bras dorés, s'était penchée pour baiser les pétales tremblants, ou comme si le jeune Mercure, qui rase de son vol le gué sombre de Dis, les avait frôlés tout récemment d'une plume de ses ailes; la tige svelte qui porte la charge de ses soleils

est à peine plus épaisse que le fil de la Vierge, ou que la tapisserie argentée de la pauvre Arachné. Les hommes disent qu'elle s'épanouit sur le tombeau d'un être auquel je rendis jadis un culte, mais à moi elle semble me rappeler des souvenirs plus divins d'ombrages héliconiens hantés des Faunes et de mers bleues aimées des nymphes

d'une vallée inconnue a Tempé, où Narcisse s'étend sur le bord d'une rivière transparente, ayant dans sa chevelure le désordre de la forêt, dans ses yeux le silence du bois, courtisant cette image mobile qui à peine baisée se dissout; des souvenirs de Salmacis,

qui n'est ni jeune homme, ni jeune fille, et qui est pourtant l'un et l'autre, embrasé d'une double flamme, et jamais satisfait par leur excès même, car chacune des deux passions, dans son ardeur éprise, se refuse à se séparer de l'autre, et pourtant tue l'amour par ce refus;--des souvenirs d'oréades épiant à travers les feuilles des arbres silencieux sous le clair de lune,

d'Ariane abandonnée sur le port de Naxos, lorsqu'elle vit bien loin sur les flots le perfide équipage, qu'elle agita son écharpe rouge, et appela le trompeur Thésée, ignorant que tout près derrière elle était Dionysos sur une panthère couleur d'ambre,--des souvenirs de ce que vit

le barde aveugle de Méonie, le mur de Troie, la reine Hélène assise dans la chambre sculptée, ayant auprès d'elle un amoureux jeune homme aux lèvres rouges, arrangeant de sa main mignonne la crinière de son casque, et bien loin de là, la mêlée, les cris, les plaintes, quand Hector écartait avec son bouclier la lance et qu'Ajax lançait la pierre,

Ou c'est Persée ailé, qui, de son épée bien trempée, tranche les serpents entrelacés de la sorcière, ce sont tous ces contes fixés pour l'éternité sur les petites urnes grecques, charge plus riche que ne le fut le plus opulent galion d'Espagne à son retour des Indes. Car du moins de cette charge il arrive quelque partie

et je sais bien qu'ils ne sont point du tout morts, les anciens Dieux de la poésie grecque; ils ne sont qu'endormis, et dès qu'ils entendront ton appel, ils s'éveilleront, et se croiront en pleine Thessalie. Cette Tamise leur sera l'eau de Daulis, cette fraîche clairière la prairie semée d'iris jaunes où jadis riait et jouait le jeune Itys.

Si ce fut toi, cher oiseau, qui as fait ton berceau dans le jasmin, si ce fut toi, qui de l'immobile feuillage de ton trône, as chanté pour le merveilleux enfant jusqu'à ce qu'il entendit le cor d'Atalante retentir faiblement parmi les collines de Cumner, et que dans ses courses vagabondes par les bois de Bagley, il rencontrât, le soir, la fontaine des poètes grecs,

Ah! mignon avocat au simple costume, qui plaides pour la lune contre le jour, si c'est grâce à toi que le berger cherche sa compagne, en celle douce poursuite, alors que Proserpine oublia qu'elle n'était point en Sicile, et qu'elle s'appuya, toute émerveillée, contre cette barrière moussue de Sandfort,

Prodige du bois, à l'aile légère, aux yeux brillants, si jamais tu as consolé par ta mélodie quelqu'un de ce petit clan, de cette troupe fraternelle qui aima l'étoile matinale de la Toscane, plus que le soleil accompli de Raphaël, et qui est immortelle, chante pour moi, car je l'aime bien,

chante, chante encore! Que le morne univers redevienne jeune, que les éléments prennent des formes nouvelles, et que les antiques formes de la Beauté se promènent parmi les formes simples, parmi les petits champs sans barrières, comme au temps où le fils de Latone portait la houlette de saule, où les moelleuses brebis et les chèvres ébouriffées suivaient le Dieu presque enfant.

Chante, chante encore! et Bacchus va paraître ici, à cheval sur son magnifique trône indien, et au-dessus des tigres geignants, il agitera son bâton couronné de lierre jaune et d'un cône résineux, pendant qu'à côté de lui l'effrontée Bassaride jettera par terre le lion par sa crinière, et attrapera le faon montagnard.

Chante encore! et je porterai la peau de léopard, et je déroberai les ailes lunaires d'Astaroth, et sur son chariot glacé nous pourrons gagner le Cithéron en une heure, avant que l'écume ait débordé pardessus le pressoir, avant que le Faune ait cessé de fouler les grappes; oui, avant que la lampe clignotante du jour

ait fait fuir la hulotte criarde jusqu'en son nid, et averti la chauve-souris de reployer ses éventails membraneux, quelque jeune Ménade, aux seins couverts de feuilles de vigne, maraudera aux Pans endormis leurs fruits de faine, si doucement que le petit sansonnet ne s'éveillera point dans son nid et aussitôt lançant un rire aigu, et s'élançant d'un bond,

elle atteindra la verte vallée, où la rosée tombée se rassemble sous l'orme, et alors comptera son butin; puis les bruns satyres, bande joyeuse, fouleront la lysimachie le long du rivage, et là où leur maître cornu trône en grand appareil, apporteront des fraises et des prunes duvetées sur une claie d'osier.

Chante encore! et bientôt, la face fatiguée par la passion, apparaîtra à travers la fraîche fouillée le jeune homme serviteur d'Apollon. Le prince tyrien chassera son sanglier hérissé, parcourra les bois de châtaigniers tout fleuris, et la vierge aux membres d'ivoire, aux yeux gris, où brille la fierté, poursuivra à cheval le daim vêtu de velours.

Chante encore! et je verrai le jeune garçon mourant teindre de la pourpre de son sang la clochette de cire dont le poids fait pencher la jacinthe, et à moi Cypris éplorée viendra conter sa douleur, et je baiserai sa bouche et ses yeux ruisselants, et je la conduirai au mystérieux bosquet de myrtes où gît Adonis.

Redouble d'efforts, ô Itys! Le souvenir, frère de lait du remords et de la douleur, verse goutte à goutte le poison dans mon oreille. Oh! être libre! Brûler ses vieux vaisseaux! Se lancer encore dans la mêlée des Vagues empanachées de blanc, et livrer bataille au vieux Protée pour piller les cavernes fleuries de corail!

Oh! pour Médée et ses parents magiques! pour le secret du sanctuaire de Colchide! Oh! pour une feuille de cette pâle asphodèle qui entoure le front las de Proserpine, et verse le soir des rosées si merveilleuses, qu'elle rêve des campagnes d'Enna, près de la lointaine mer de Sicile,

où souvent elle pourchassa l'abeille à la ceinture d'or, de lis en lis, dans la prairie unie, avant que son ténébreux maître lui eût fait goûter au fruit fatal, à ce grain de grenade, avant que les noirs coursiers l'eussent emportée au loin, jusque dans le pays vague et sans fleurs, au jour languissant et sans soleil.

Oh! pour une heure de minuit, avoir pour maîtresse la Vénus de la petite ferme de Mélos! Oh! si pour une heure seulement quelque antique statue s'éveillait à la passion; et que je pusse faire oublier à l'Aurore de Florence son muet désespoir, m'accoler à ces membres puissants et faire mon oreiller de cette poitrine géante!

Chante, chante encore! Je voudrais être ivre de vie, ivre de la vendange foulée sous le pressoir, de ma jeunesse; j'oublierais les luttes d'un labeur stérile, la vallée déchirée, les yeux de Gorgone de la Vérité, la veillée sans prière, et le cri qui implore la prière, les dons inféconds, les bras levés, l'air morne et insensible.

Chante, chante encore! O Niobé emplumée, tu peux donner de la beauté à la douleur, et dérober à la joie ses accents les plus mélodieux, tandis que nous autres, nous n'avons que le silence mort et sans voix pour guérir nos plaies trop découvertes, et ne savons que tenir la souffrance emprisonnée en nos coeurs, que tuer le sommeil sur l'oreiller.

Chante encore plus fort, pourquoi faut-il que je revoie la face lasse et pâle de ce Christ abandonné, dont jadis mes mains ont tenu les mains sanglantes, dont si souvent mes lèvres ont baisé les lèvres meurtries, et qui maintenant muet, misérable en son marbre, reste seul dans sa demeure déshonorée, et pleure, sur moi peut-être.

O mémoire, dépouille ton enveloppe enguirlandée, brise ton luth aux sons rauques, ô triste Melpomène; ô souffrance, souffrance, reste close en ta cellule fermée; et ne double point de tes larmes cette limpide Castalie! Tais-toi, tais-toi, triste oiseau, tu offenses la forêt en tourmentant son calme champêtre de ton chant si ardemment passionné!

Silence, silence, ou s'il est angoissant de se taire, emprunte au sansonnet des champs son air plus simple, à lui dont la joyeuse insouciance est mieux faite pour ces forêts anglaises que ton cri aigu de désespoir. Ah! tais-toi, et que le vent du Nord remporte ton lai aux collines rocheuses de la Thrace, à la baie orageuse de Daulis.

Un instant encore! Les feuilles effarouchées seront agitées: peut-être Endymion aura traversé la prairie, épris d'amour pour la lune, et cette tranquille Tamise aura entendu Pan battre et faire voler l'eau, en cherchant à tâtons un roseau, pour attirer hors de sa caverne bleue quelque innocente Naïade, qui, partagée entre la joie et la peur, prête l'oreille à sa flûte.

Un instant encore! La tourterelle réveillée a roucoulé; la fille argentée de la mer argentée a enchaîné, de ses mains amoureuses, son inconstant qui allait chasser, et Dryopé a écarté les branches de son chêne pour voir le rétif adolescent aux cheveux dorés se révolter sous son joug.

Un instant encore! Les arbres se sont inclinés pour baiser la pâle Daphné qui sort à peine de la langueur des lauriers tremblants, et Salmacis, dans son isolement, a mis à nu sa stérile beauté devant la lune, et à travers la vallée, avec un triste et voluptueux sourire, est passé Antinoüs; le rouge lotus du Nil

sort à demi fléchi des boucles noires de sa chevelure, pour voiler le charme enfoui sous ces paupières endormies; ou bien c'est, là-bas, sur cette pente couverte de gazon, l'intangible Artémis aux membres nus sous sa tunique relevée haut, qui a commandé à ses chiens de donner de la voix, qui a débusqué le daim de sa verte reposée par ses cris aigus et la piqûre de son épée.

Reste calme, reste calme, ô coeur passionné, reste calme! Oh Mélancolie, ferme ton aile de corbeau, O Dryade qui sanglotes, ne quitte point le creux de ta colline pour venir apporter une réponse aussi découragée. O Marsyas ailé, cesse de te plaindre. Apollon n'aime point entendre des chants ainsi troublés par la souffrance.

C'était un rêve: la clairière est déserte. Nul doux rire de l'Ionie n'agite l'air. La Tamise rampe, paresseuse et plombée, et du bois épais, redevenu désolé, désert, a fui le jeune Bacohus avec son bruyant cortège. Et pourtant du bois de Nuneham vient toujours cette vibrante mélodie,

si triste, qu'on croirait entendre un coeur humain se briser dans chaque note distincte. C'est une qualité que possède parfois la musique, car elle est l'art qui tient de plus prés aux larmes et au souvenir. Pauvre Philomèle en deuil, que crains-tu donc? Ta soeur ne hante point ces campagnes, Pandion n'est pas ici.

Ici jamais on ne voit un maître cruel, armé de la lame meurtrière, point de tissu formé de sanglants insignes; ce ne sont que vallées moussues, faites pour les camarades qui vont à l'aventure, de chauds vallons où se repose l'étudiant fatigué, son livre à moitié fermé, et bien des allées sinueuses, où le soir, les rustiques amants sont heureux d'échanger leurs naïfs propos.

L'inoffensif lapin gambade avec ses petits sur le sentier tracé par le halage, où récemment encore, une troupe de joyeux gars, se bousculant à l'envi, encourageait de ses cris bruyants les équipes de rameurs; l'araignée avec ses fils d'argent travaille à son petit métier, et des sombres murailles à crêtes de buées rouges

de la ferme isolée part une lueur clignotante. C'est là que le berger accablé de fatigue pousse son troupeau bêlant, et le renferme dans le pare formé de claies. Une clameur assourdie vient de quelque bateau d'Oxford, arrêté à la barrière de Sandford, et fait lever en sursaut la poule d'eau de son abri dans les roseaux; et les ombres obscures s'allongent sur la colline en voltigeant comme des hirondelles.

Le héron passe, revenant au lac, sa demeure. Le brouillard bleu se glisse à travers les arbres frissonnants. Les étoiles silencieuses, mondes d'or, apparaissent une à une, et pareille à une fleur que chasse la brise, une lune étincelante parcourt le ciel brillant. C'est l'arbitre muet de toute ta plainte mélancolique, enchanteresse.

Elle ne se soucie point de toi; pourquoi s'en soucierait-elle? Endymion, elle le sait, n'est pas loin. C'est moi, c'est moi, dont l'âme est comme le roseau, qui ne saurait jouer de lui-même aucun message, mais qui chante sur l'ordre d'autrui; c'est moi qui vais poussé par tous les vents sur le vaste Océan de la souffrance.

Ah! cet oiseau brun s'est tu; un trille exquis semble être resté dans le sombre feuillage, et mourir en accents musicaux. À cela près, l'air est silencieux, silencieux au point qu'on entendrait la chauve-souris, aux courtes ailes, errer et tourner au-dessus des pins, qu'on pourrait compter une à une chaque gouttelette de rosée qui tombe du calice débordant de la campanule.

Et bien loin, par la plaine qui s'étale, à travers les saules groupés, et les buissons bruns, la haute tour de Magdalen, terminée par une girouette d'or, masque la longue Grand'Rue de la petite ville! Attention! voilà que la cloche de la porte de Christ-Church annonce d'une voix retentissante le couvre-feu.

IMPRESSION DU MATIN

Le nocturne bleu et or de la Tamise a fait place à une symphonie en gris. Une barque chargée de foin couleur d'ocre s'est détachée du quai. Glacial dans sa froideur,

le brouillard jaune est descendu suivant les ponts, si bien que les murs des maisons ont pris l'air d'ombres, et que saint Paul plane comme une bulle au-dessus de la ville.

Puis soudain s'est éveillé le tapage de la ville, les rues se sont remplies de charrettes campagnardes et un oiseau s'est envolé vers les toits luisants et a chanté.

Mais une femme pâle, et toute seule, dont le jour baise la chevelure décolorée, allait et venait sous la clarté crue des becs de gaz, la flamme aux lèvres et le coeur pétrifié.

PROMENADES DE MAGDALEN

Les petits nuages blancs luttent à la course à travers le ciel, et les champs sont parsemés de l'or de la fleur de Mars. L'asphodèle surgit sous les pieds, et le mélèze orné de franges oscille et se balance quand le sansonnet pressé passe tout près.

Une délicate odeur se dissémine sur les ailes de la brise matinale, odeur de feuilles, et de gazon, et de terra fraîchement retournée. Les oiseaux chantent gaiement l'heureuse naissance du Printemps, et sautillent de branche en branche sur les arbres qui se balancent.

Et partout les bois sont animés par le murmure et les bruits du printemps, et le bourgeon de rose éclate sur l'églantine grimpante, et la masse des crocus est une frissonnante lune de feu, bordée de toutes parts d'un anneau d'améthyste.

Et le platane dit à demi-voix au pin quelque conte d'amour, si bien que celui-ci, sans sourire, s'agite et secoue son manteau vert, et l'obscurité, dans le creux de l'orme des montagnes, s'illumine de l'éclat irisé que jette l'arc-en-ciel brillant sur la gorge et la poitrine argentée de la colombe.

Voyez, là-bas, l'alouette quitte brusquement son lit dans la prairie en brisant les fils de la Vierge et les réseaux de la rosée, et filant au cours de la rivière, pareil à une flamme bleue, le martin-pêcheur vole comme une flèche et fend l'air.

ATHANASIA

Dans cette grande et maigre demeure de l'Art, où ne manque aucune des grandes choses que les hommes ont sauvées du Temps, on apporta le corps flétri d'une jeune fille morte avant que l'heureuse jeunesse du monde eût atteint sa floraison. Elle avait été aperçue par des Arabes isolés, bien cachée dans le sein ténébreux d'une noire pyramide.

Mais quand on eut déroulé les bandes de lin qui enveloppaient le corps de l'Égyptienne, voici qu'on trouva, dans le creux de sa main, une petite graine qu'on sema dans la terre anglaise, et qui produisit une merveilleuse neige de fleurs étoilées, et répandit de riches parfums dans notre air printanier.

Cette fleur attirait par des charmes si étranges, qu'elle fit entièrement oublier l'asphodèle, et que la brune abeille, l'amante du lys, délaissa la coupe dont elle faisait son séjour ordinaire, car on n'eût point cru que c'était là quelque chose de terrestre, mais plutôt qu'elle avait été dérobée dans quelque Arcadie du ciel.

En vain le triste Narcisse, languissant et pâli par la contemplation de sa propre beauté, se penchait par-dessus le ruisseau; la libellule pourpre ne trouvait plus d'attrait à lustrer ses ailes de l'or de sa poussière, plus de plaisir à baiser la fleur du jasmin, ou à faire tomber de l'eucharis les perles de rosée.

Par amour d'elle, le passionné rossignol oublia les montagnes de Thrace et le roi cruel; et la pâle tourterelle ne songea plus à faire voile à travers les temps humides, au temps de la floraison. Elle cherchait à planer autour de cette fleur d'Égypte, avec son aile d'argent et sa gorge d'améthyste.

Pendant que l'ardent soleil flamboyait au haut de sa tour bleue, un vent rafraîchissant vint furtivement du pays des neiges, et le chaud vent du sud arriva avec de tendres larmes de rosée, et humecta ses feuilles blanches, lorsque Hespérus surgit dans ces prairies du ciel à la teinte d'algue marine sur lesquelles s'allongent les bandes écarlates du couchant.

Mais quand les oiseaux fatigués eurent cessé leurs chansons amoureuses par les champs déserts que hantent les lis, quand, large et resplendissante comme un bouclier d'argent, la lune se balança dans la hauteur du ciel de saphir, est-ce qu'un rêve étrange, un mauvais souvenir ne vint point agiter tous les pétales tremblants de ses fleurs?

Oh! non, à cette fleur magnifique, un millier d'années ne semblait que la prolongation d'un beau jour d'été. Elle ne connaissait rien de la marée des craintes rongeantes, qui changent en un gris terne l'or de la chevelure chez un jeune homme. Elle ne connut jamais la terrible aspiration après la mort, ni le regret que doivent éprouver tous les mortels d'être nés.

Car nous allons à la mort en jouant de la flûte, en dansant, et nous ne voudrions point repasser par la porte d'ivoire, ainsi qu'un fleuve mélancolique, las de couler, s'élance comme un amant, dans la terrible mer, et trouve qu'il y a profit à mourir si glorieusement.

Nous gaspillons notre force majestueuse en luttes infécondes contre les légions du monde conduites par le bruyant souci; jamais elle ne sent la décadence, mais elle puise de la vie dans la pure lumière du soleil, et dans l'air sublime; nous vivons sous la puissance ravageuse du Temps; elle est l'enfant de toute éternité.

SÉRÉNADE

Le vent d'occident souffle fort à travers la sombre mer Égée, et au pied du secret escalier de marbre, ma galère tyrienne t'attend. Descends, la voile de pourpre est déployée. Le veilleur dort dans la ville. Oh! quitte ton lit brodé de fleurs de lys, ô ma Dame, descends, descends.

Elle ne viendra pas, je la connais bien; elle n'a aucun souci des voeux d'un amant, et un homme n'aurait guère de bien à dire d'une créature si cruelle et si belle. Le véritable amour n'est qu'un joujou de femme; elle n'ont jamais connu la douleur d'un amant, et moi qui aimais autant qu'aimé un jeune homme, il faut que j'aime en vain, que j'aime en vain.

O noble pilote, dis-moi la vérité. Est-ce là le brillant d'une chevelure dorée, ou n'est-ce que le réseau de la rosée dans ces fleurs de la passion que voici? Bon marin, viens et dis-moi maintenant: est-ce là la main de ma Dame? ou n'est-ce que le reflet de la proue, où n'est-ce encore que le sable argenté.

Non, non, ce n'est point le réseau de la rosée, ce n'est point le sable bordé d'argent, c'est vraiment ma chère Dame, avec sa chevelure d'or et sa main de lys. O noble pilote, gouverne du côté de Troie Bon marin, joue de la lourde rame. C'est la Reine de vie et de joie que nous devons enlever au rivage grec.

Le ciel décoloré prend une teinte vaguement bleue; une heure encore, et il fera jour. A bord! à bord! mon vaillant équipage. O ma Dame, fuyons! fuyons! O noble Pilote, tourne la proue vers Troie. Bon matelot, joue activement de la lourde rame. O toi que j'aime comme n'aime qu'un jeune homme, ô toi que j'aimerai d'un amour éternel.

ENDYMION

Aux pommiers pendent des fruits d'or, et en Arcadie, les oiseaux chantent à tue-tête; les brebis couchées bêlent dans le parc; la chèvre sauvage court par la forêt. Mais hier il a conté son amour, je sais qu'il me reviendra. O lune qui surgissez, ô Dame la lune, soyez une sentinelle pour mon amant. Il est impossible que vous ne le connaissiez pas très bien, car il porte des chaussures de pourpre; il est impossible que vous ne le connaissiez pas très bien, car il est armé de la houlette pastorale, et il est aussi doux qu'une colombe, et sa chevelure est brune et frisée.

Maintenant la tourterelle a cessé les appels qu'elle adressait à son serviteur aux pieds rouges. Le loup gris rôde autour de l'étable. Le sénéchal chanteur du lis est endormi dans la corolle du lis. et partout les collines violettes sont ensevelies dans les ténèbres. O lune qui surgissez, ô sainte lune, arrêtez-vous sur le sommet d'Hélicé, et s'il vous est agréable d'être témoin de mon fidèle amour, ah! si vous voyez la chaussure de pourpre, la houlette et le coudrier, la chevelure brune du jeune homme, et la peau de chèvre enroulée autour de son bras, dites-lui que je l'attends ici, dans la ferme où brille la mèche de roseau.

La rosée qui tombe est froide, glaciale, et nul oiseau ne chante dans l'Arcadie. Les petits Faunes ont abandonné la colline, et même l'asphodèle fatiguée a clos ses portes d'or, et pourtant mon amant ne revient point près de moi. Lune trompeuse, lune trompeuse! O lune qui pâlissez! où donc est allé mon fidèle amant? Où sont les lèvres de vermillon, la houlette de berger, les chaussures de pourpre? Pourquoi déployer cet étendard d'argent? Pourquoi prendre ce voile de brouillards mobiles? Ah! c'est toi qui possèdes le jeune Endymion, c'est toi qui possèdes ces lèvres destinées au baiser.

LA BELLA DONNA DELLA MIA MENTE

Mes membres sont rongés par une flamme. Mes pieds sont las de voyager, et à force d'invoquer le nom de ma Dame, mes lèvres ont maintenant désappris à chanter.

O linotte, dans le buisson de roses sauvages, déploie ta mélodie sur mon amour. O alouette, chante plus haut, en l'honneur de l'amour: une dame passe tout près.

Elle est trop belle pour qu'un homme, quel qu'il soit, puisse voir ou posséder celle qui charmait son coeur; plus belle qu'une Reine, qu'une courtisane, ou que l'eau où la nuit se reflète la lune.

Sa chevelure est retenue par des feuilles de myrte (feuilles vertes sur sa chevelure dorée). Les herbes vertes parmi les gerbes jaunes de la moisson d'automne ne sont pas plus belles.

Ses lèvres, petites, plus faites pour le baiser que pour exhaler la plainte amère de la douleur, tremblotent comme fait l'eau du ruisseau, ou comme les roses après la pluie du soir.

Son cou a la blancheur du mélilot, qui rougit de plaisir au soleil; la palpitation de la gorge de la linotte n'est pas plus charmante à contempler.

Ainsi qu'une grenade coupée en deux, avec ses grains blancs, telle est sa bouche écarlate; ses joues sont comme la nuance fondue qu'offre la pêche qui rougit du côté du sud.

O mains entrelacées! O corps délicat et blanc, fait pour l'amour et la souffrance! O Demeure d'amour! Opale fleur désolée et battue par la pluie!

CHANSON

Un anneau d'or et une colombe blanche comme le lait, tels sont les présents qui te conviennent; puis une corde de chanvre pour votre amour à vous, pour le pendre à quelque arbre.

Pour vous, une demeure d'ivoire (les roses sont blanches dans la tonnelle de roses), et pour moi, un petit lit pour m'étendre (blanche, oh! qu'elle est blanche la fleur de la ciguë)!

Le myrte et le jasmin pour vous (oh! qu'elle est belle à voir, la rose rouge!), et pour moi, le cyprès et la rue (le plus beau de tous est le romarin).

Pour toi, trois amants, aspirants à ta main (l'herbe verdit sur la tombe d'un mort), pour moi, l'espace de trois pas dans le sable (qu'on plante des lis du côté de ma tête)!

IMPRESSIONS

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