‹ Poésies choisies d'André ChénierChapitre 10 sur 132 · VIII

VIII

PASIPHAÉ

Tu gémis sur l'Ida, mourante, échevelée, O reine! ô de Minos épouse désolée! Heureuse si jamais, dans ses riches travaux, Cérès n'eût pour le joug élevé des troupeaux!... Tu voles épier sous quelle yeuse obscure, 5 Tranquille, il ruminait son antique pâture, Quel lit de fleurs reçut ses membres nonchalants, Quelle onde a ranimé l'albâtre de ses flancs. 'O nymphes, entourez, fermez, nymphes de Crète, De ces vallons, fermez, entourez la retraite, 10 Si peut-être vers lui des vestiges épars Ne viendront point guider mes pas et mes regards.' Insensée! à travers ronces, forêts, montagnes, Elle court. O fureur! dans les vertes campagnes, Une belle génisse à son superbe amant 15 Adressait devant elle un doux mugissement. 'La perfide mourra. Jupiter la demande.' Elle-même à son front attache la guirlande, L'entraîne, et sur l'autel prenant le fer vengeur: 'Sois belle maintenant, et plais à mon vainqueur.' 20 Elle frappe, et sa haine, à la flamme lustrale, Rit de voir palpiter le coeur de sa rivale.

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