‹ Poésies complètes,, avec préface de Paul Verlaine et notes de l'éditeurChapitre 13 sur 31 · III - IV

III - IV

Le coeur fou Robinsonne à travers les romans, --Lorsque, dans la clarté d'un pâle réverbère, Passe une demoiselle aux petits airs charmants, Sous l'ombre du faux-col effrayant de son père...

Et, comme elle vous trouve immensément naïf, Tout en faisant trotter ses petites bottines, Elle se tourne, alerte et d'un mouvement vif... --Sur vos lèvres alors meurent les cavatines...

Vous êtes amoureux. Loué jusqu'au moi d'août. Vous êtes amoureux.--Vos sonnets la font rire. Tous vos amis s'en vont, vous êtes mauvais goût. --Puis l'adorée, un soir, a daigné vous écrire...!

--Ce soir-là, ...--vous rentrez aux cafés éclatants, Vous demandez des bocks ou de la limonade... --On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans Et qu'on a des tilleuls verts sur la promenade.

23 septembre 1870.

RAGES DE CÉSARS

L'Homme pâle, le long des pelouses fleuries, Chemine, en habit noir, et le cigare aux dents: L'Homme pâle repense aux fleurs des Tuileries --Et parfois son oeil terne a des regards ardents...!

Car l'Empereur est saoûl de ses vingt ans d'orgie! Il s'était dit: «Je vais souffler la Liberté Bien délicatement, ainsi qu'une bougie!» La Liberté revit! Il se sent éreinté!

Il est pris.--Oh! quel nom sur ses lèvres muettes Tressaille? Quel regret incapable le mord? On ne le saura pas. L'Empereur a l'oeil mort.

Il repense peut-être au Compère en lunettes... --Et regarde filer de son cigare en feu, Comme aux soirs de Saint-Cloud, un fin nuage bleu

LE MAL

Tandis que les crachats rouges de la mitraille Sifflent tout le jour par l'infini du ciel bleu; Qu'écarlates ou verts, près du Roi qui les raille, Croulent les bataillons en masse dans le feu;

Tandis qu'une folie épouvantable, broie Et fait de cent milliers d'hommes un tas fumant; --Pauvres morts! dans l'été, dans l'herbe, dans ta joie, Nature! ô toi qui fis ces hommes saintement!...--

--Il est un Dieu, qui rit aux nappes damassées Des autels, à l'encens, aux grands calices d'or; Qui dans le bercement des hosannah s'endort,

Et se réveille, quand des mères, ramassées Dans l'angoisse et pleurant sous leur vieux bonnet noir, Lui donnent un gros sou lié dans leur mouchoir!

OPHÉLIE

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