‹ Poésies Complètes - Tome 2Chapitre 17 sur 50 · II

II

Qu'est devenu ce temps où, dans leur gloire étrange, Le jeune Raphaël et le vieux Michel-Ange Éblouissaient l'époque à genoux devant eux, Où, comme les autels, la peinture était sainte? L'artiste conservait à son front une teinte Du nimbe de ses bienheureux.

Et Jules-Deux régnait, nature riche et large Qui portait tout un siècle et jouait sous la charge; Il ployait Michel-Ange avec son bras de fer, Et, le voyant trembler, sachant qu'il n'était qu'homme, Au dôme colossal de Saint-Pierre de Rome Le traînait, en jurant, allumer son enfer.

Tout était grand alors comme l'âme du maître; Car il avait au cœur--ce Bonaparte prêtre-- Des choses que n'ont point les rois de ce temps-ci; De tout homme ici-bas il pressentait le rôle, Et disait à chacun, lui frappant sur l'épaule: «Marche! ta gloire est par ici!»