‹ Poésies de Charles d'OrléansChapitre 121 sur 125 · L'AMANT.

L'AMANT.

Il fault que le plus foible doncques Soit tousjours gecté soubz le pié, Ne je ne vy autrement oncques, Rendre se fault, qui n'a traictié. J'ay congneu, où j'ay peu gaingnié, Vostre court, à mont et à val, Et, soit à pié, ou à cheval, On n'y scet trouver droit chemin; Quoiqu'on y trouve bien, ou mal, Il fault tout partir à butin.

AMOURS.

Pour le present, plus n'en parlons; Puisque j'ay puissance sur tous, Quelque chose que debatons, A mon plaisir feray de vous; Ne me chault de vostre courrous, Ne de chose que l'en me dye, Se je vous ay fait courtoisie, Se vous voulez, prenez l'en gré; Car le premier vous n'estes mie Qu'ay courcié en plus grant degré.

CHANCON.

Ce May qu'amours pas ne sommeille, Mais fait amans esliesser, De riens ne me doy soussier, Car pas n'ay la pusse en l'oreille; Ce n'est mie doncques merveille Se je vueil joye demener, Ce May, etc. Mais fait, etc.

Quant je me dors, point ne m'esveille, Pour ce que n'ay à quoy penser, Sy ay vouloir de demourer En ceste vie nompareille. Ce May, etc.

CHANCON.

Tiengne soy d'amer qui pourra, Plus ne m'en pourroye tenir, Amoureux me fault devenir, Je ne scay qu'il m'en avendra; Combien que j'ay oy, pieca, Qu'en amours fault mains maulx souffrir. Tiengne soy, etc. Plus ne, etc.

Mon cueur devant yer accointa Beaulté qui tant le scet chierir, Que d'elle ne veult departir; C'est fait, il est sien et sera. Tiengne soy d'amer, etc.

CHANCON.

Quelque chose que je die D'Amour, ne de son povoir, Touteffoiz, pour dire voir, J'ay une Dame choisie, La mieulx en bien acomplie Que l'en puist jamais veoir. Quelque chose, etc. D'amour, ne, etc.

Mais à elle ne puis mie Parler, selon mon vouloir, Combien que, sans decevoir, Je suis sien toute ma vie. Quelque chose, etc.

CHANCON.

N'est elle de tous biens garnie? Celle que j'ayme loyaument; Il m'est advis, par mon serement, Que sa pareille n'a en vie. Qu'en dites vous? je vous en prie, Que vous en semble vrayement? N'est elle, etc. Celle que, etc.

Soit qu'elle dance, chante ou rie, Ou face quelque esbatement; Faictes en loyal jugement, Sans faveur ou sans flatterie. N'est elle, etc.

CHANCON.

Quant j'ay nompareille maistresse Qui a mon cueur entierement, Tenir me vueil joyeusement, En servant sa gente jeunesse. Car certes je suis en l'adresse D'avoir de tous biens largement, Quant j'ay, etc. Qui a mon, etc.

Or en ayent dueil ou tristesse Envieux, sans allegement; Il ne m'en chault, par mon serement, Car leur desplaisir m'est liesse, Quant j'ay, etc.

CHANCON.

Dieu, qu'il l'a fait bon regarder! La gracieuse, bonne et belle; Pour les grans biens qui sont en elle, Chascun est prest de la louer. Qui se pourroit d'elle lasser? Tousjours sa beaulté renouvelle. Dieu qu'il, etc. La gracieuse, etc.

Par deca, ne dela la mer, Ne scay Dame, ne Damoiselle Qui soit en tous biens parfais, telle; C'est ung songe que d'y penser. Dieu qu'il, etc.

CHANCON.

Par Dieu, mon plaisant bien joyeux, Mon cueur est si plain de leesse, Quant je voy la doulce jeunesse De vostre gent corps gracieux, Pour le regart de voz beaux yeulx Qui me met hors de tristesse. Par Dieu, etc. Mon cueur, etc.

Combien que parler envieux Souventeffoiz moult fort me blesse, Mais ne vous chaille, ma maistresse, Je n'en feray pourtant que mieulx. Par Dieu, etc.

CHANCON.

Que me conseilliez vous, mon cueur, Irai je par devers la belle? Lui dire la paine mortelle Que souffrez pour elle en doleur. Pour vostre bien et son honneur, C'est droit que vostre conseil celle. Que me, etc. Irai je, etc.

Si plaine la scay de doulceur, Que trouveray mercy en elle, Tost en aurez bonne nouvelle, Cy vois n'est ce pour le meilleur. Que me, etc.

CHANCON.

Ou regard de voz beaulx, doulx yeulx, Dont loing suis par les envieux, Me souhaide si tres souvent, Que mon penser est seulement En vostre gent corps gracieux. Savez pourquoy, mon bien joyeulx, Celle du monde qu'ayme mieulx De loyal cueur, sans changement? Ou regart, etc. Dont loing, etc. Me souhaide, etc.

Pour ce que vers moy en tous lieux J'ay trouvé plaisir ennuieux, Trop fort puis le departement Que de vous fis derrainnement, A regret merencolieux. Ou regart, etc.

CHANCON.

Qui la regarde de mes yeulx, Ma Dame, ma seule maistresse, En elle voit, à grant largesse, Plaisirs croissans de bien en mieulx. Son parler et maintien sont tieulx Qu'ilz mectent un cueur en liesse. Qui la regarde, etc. Ma Dame, etc.

Tous la suient, jeunes et vieulx, Dieu scet qu'elle n'est pas sans presse; Chascun dit: C'est une deesse Qui est descendue des cieulx. Qui la regarde, etc.

CHANCON.

Ce mois de May, nompareille Princesse, Le seul plaisir de mon joyeulx espoir, Mon cueur avez, et quanque puis avoir, Ordonnez en comme dame et maistresse. Pour ce, requier vostre doulce jeunesse Qu'en gré vueille mon present recevoir. Ce mois, etc. Le seul, etc.

Et vous supply, pour me tollir tristesse, Tres humblement, et de tout mon povoir, Qu'à m'esmayer ayez vostre vouloir, D'un reconfort bien garny de liesse. Ce mois, etc.

CHANCON.

Commandez vostre bon vouloir A vostre tres humble servant, Il vous sera obeissant D'entier cueur, et loyal povoir. Prest est de faire son devoir, Ne l'espargnez ne tant, ne quant. Commandez, etc. A vostre, etc.

Mectez le tout à nonchaloir, Sans lui estre jamais aydant. S'en riens le trouvez refusant, Essayez se je vous dy voir. Commandez, etc.

CHANCON.

Espoir, confort des maleureux, Tu m'estourdis trop les oreilles De tes promesses nompareilles, Dont trompes les cueurs doloreux, En amusant les amoureux, Et faisant baster aux corneilles. Espoir, confort, etc. Tu m'estourdis, etc.

Ne soies plus si rigoreux, Mieux vault qu'à raison te conseilles, Car chascun se donne merveilles, Que n'as pitié des langoreux. Espoir, confort, etc.

CHANCON.

Belle, se c'est vostre plaisir De me vouloir tant enrichir De reconfort et de liesse, Je vous requier, comme maistresse, Ne me laissiez dutout mourir; Car je n'ay vouloir, ne desir, Fors de vous loyaument servir, Sans espargnier dueil, ne tristesse. Belle, etc. De me, etc. De reconfort, etc.

Et s'il vous plaist à l'accomplir, Vueilliez tant seulement bannir D'avec vostre doulce jeunesse, Dolent refus qui trop me blesse, Dont bien vous me povez guerir, Belle, etc.

CHANCON.

Paix ou tresves, je requier desplaisance; S'en toy ne tient, pas ne tendra à moy, Que ne soyons desormais en requoy; Accordons nous, chargons en Esperance. Que gaignes tu à me faire grevence? Assez me metz en devoir sur ma foy. Paix ou tresves, etc. S'en toy ne tient, etc.

Ou combatons tellement à oultrance Que l'un die: Je me rens ou ren toy; Mieulx estre mort je vueil, s'estre le doy, Qu'ainsi languir, d'offrir premier m'avance. Paix ou tresves, etc.

CHANCON.

Rafreschissez le chastel de mon cueur D'aucuns vivres de joyeuse plaisance, Car faulx Dangier, avec son aliance, L'a assiegé tout entour de doleur. Se ne voulez le siege sans longueur Tantost lever, ou rompre par puissance, Rafreschissez, etc. D'aucuns, etc.

Ne souffrez pas que Dangier soit seigneur, En conquestant soubz son obeissance Ce que tenez en vostre gouvernance; Avancez vous, et gardez vostre honneur. Rafreschissez, etc.

CHANCON.

Se je fois loyalle requeste, Soing et Soucy, et bon vous semble, Pour Dieu, accordons nous ensemble; Qui tort a soit mis en enqueste. Quant vous, ne moy bien n'y aqueste, Pour jugier droit conseil asemble. Se je fois, etc. Soing et Soussy, etc.

Je ne requier aultre conqueste Que d'Espoir qui larron ressemble, Et sans cause de mon cueur s'emble, Dieu me secoure en cette queste! Se je fois, etc.

CHANCON.

Se ma doleur vous savies, Mon seul joyeux pensement, Je scay bien certainement Que mercy de moy auries. Du tout refus banniries, Qui me tient en ce tourment. Se ma, etc. Mon seul, etc.

Et le don me donneries, Que vous ay requis souvent, Pour avoir allegement; Ja ne m'en escondiries, Se ma, etc.

CHANCON.

Ne hurtez plus à l'uis de ma pensée, Soing et Soucy, sans tant vous traveiller, Car elle dort, et ne veult s'esveiller, Toute la nuit en paine a despensée. En dangier est, s'elle n'est bien pensée, Cessez, cessez, laissez la sommeiller. Ne hurtez plus, etc. Soing et soussy, etc.

Pour la guerir Bon espoir a pensée Medicine qu'a fait appareiller; Lever ne peut son chief de l'oreiller, Tant qu'en repos se soit recompensée. Ne hurtez plus, etc.

CHANCON.

Ma seule, plaisant, doulce joye, La maistresse de mon vouloir, J'ay tel desir de vous veoir, Que mander ne le vous sauroye. Helas! pensez que ne pourroye Aucun bien, sans vous, recevoir. Ma seule, etc. La maistresse, etc.

Car, quant desplaisir me guerroye Souventeffoiz, de son povoir, Et je vueil reconfort avoir, Esperance vers vous m'envoye. Ma seule, etc.

CHANCON.

L'un ou l'autre desconfira De mon cueur et merencolie; Auquel que fortune s'alye, L'autre je me rens lui dira. D'estre juge me suffira, Pour mectre fin en leur folye. L'un ou l'autre, etc. De mon cueur, etc.

Dieu scet comment mon cueur rira, Se gangne, menant chiere lye, Contre ceste saison jolye, On verra comment en yra. L'un ou l'autre, etc.

CHANCON.

Je ne vueil plus riens que la mort, Pource que yoy que reconfort Ne peut mon cueur eslyesser; Au moins me pourray je vanter Que je souffre doleur à tort. Car puisque n'ay d'Espoir le port, D'Amours ne puis souffrir l'effort. Ne doy je donc joye laisser? Je ne, etc, Pource que, etc. Ne peut, etc.

Au Dieu d'amours je m'en rapport Qu'en peine suis bouté si fort, Que povoir n'ay plus d'endurer, S'en ce point me fault demourer; Quant est de moy, je m'y accort. Je ne, etc.

CHANCON.

Qui? quoy? comment? à qui? pourquoi? Passez, presens, ou avenir, Quant me viennent en souvenir, Mon cueur en penser n'est pas coy. Au fort, plus avant que ne doy, Jamais je ne pense en guerir. Qui? quoy? etc. Passez, etc.

On s'en peut rapporter à moy Qui de vivre ay eu beau loisir, Pour bien aprendre et retenir, Assez ay congneu, je m'en croy. Qui? quoy? etc.

CHANCON.

Belle que je cheris et crains, En cest estat suis ordonné, Que Dangier m'a emprisonné De vostre grant beaulté loingtains; N'il ne m'a de tous biens mondains Qu'un souvenir abandonné. Belle que je, etc. En cest estat, etc.

Mais de nulle riens ne me plains, Fors qu'il ne m'a tost raenconné; Car bien lui seroit guerdonné, Si j'estoye hors de ses mains. Belle que je, etc.

CHANCON.

Je prens en mes mains voz debas Desormais, mon cueur et mes yeulx, Se longuement vous seuffre tieulx, Moy mesmes de mon tour m'abas. Pour vostre prouffit me combas, Le desirant de bien en mieulx. Je prens en, etc. Desormais, etc.

Quant voz desirs souvent rabas Desordonnez, en aulcuns lieux, Mon devoir fais, ainsi m'aid' Dieux. Passons temps en plus beaulx esbas. Je prens en, etc.

CHANCON.

Ma Dame, tant qu'il vous plaira De me faire mal endurer, Mon cueur est prest de le porter, Jamais ne le refusera. En espérant qu'il guerira, En cest estat veult demourer. Ma Dame, etc. De me, etc.

Une fois pitié vous prendra, Quant seulement vouldrez penser, Que c'est pour loyaument amer Vostre beaulté qu'il servira Ma Dame, etc.

CHANCON.

Mon cueur se combat à mon ueil, Jamais ne les trouve d'accort; Le cueur dit que l'ueil fait rapport Que tousjours lui accroist son dueil. La verité savoir j'en vueil, Que semble il qui ait le tort? Mon cueur, etc. Jamais ne les, etc.

Se je trouve que Bel acueil Ait gecté entre eulx aucun sort, Je la condampneray à mort; Doy je souffrir un tel orgueil? Mon cueur, etc.

CHANCON.

De la regarder vous gardez La belle que sers ligement, Car vous perdrez soudainement Vostre cueur, se la regardez; Se donner ne le lui voulez Clignez les yeulx hastivement, De la regarder, etc. La belle que, etc.

Les biens que Dieu lui a donnez, Emblent un cueur subtilement; Sur ce, prenez avisement, Quant devant elle vous vendrez. De la regarder, etc.

CHANCON.

Tant que Pasques soient passées, Se nous avons riens trespassé. Prions mercy du tems passé, Et pour les ames trespassées. Chascun pas à pas ses passées Face, avant que soit trespassé. Tant que, etc. Se nous, etc.

Foleur a fait grandes passées, Mains cueurs ont tout oultre passé; Pour ce, par nous soit compassé D'eschever faultes compassées. Tant que, etc.

CHANCON.

Puisque je ne puis eschapper De vous, courroux, dueil et tristesse, Il me convient suir l'adresse Telle que me vouldrez donner. Povoir n'ay pas de l'amender, Car douleur est de moy maistresse. Puisque je ne, etc. De vous, etc.

Si manderay par ung penser A mon las cueur vuit de liesse, Qu'il prengne en gré sa grant destresse, Car il lui fault tout endurer. Puisque je ne, etc.

CHANCON.

Sans ce, le demourant n'est rien; Qu'esse? je le vous ay à dire, N'enquerez plus, il doit suffire, C'est conseil que tres segret tien. Pourtant n'y entendez que bien, Autrement je ne le desire. Sans ce, etc. Qu'esse? etc.

S'ainsi m'esbas ou penser mien, Et mainte chose faiz escripre En mon cueur, pour le faire rire; Tout ung est mon fait, et le sien. Sans ce, etc.

CHANCON.

C'est fait, il n'en fault plus parler, Mon cueur s'est de moy departy; Pour tenir l'amoureux party, Il m'a voulu abandonner. Riens ne vault m'en desconforter, Ne d'estre dolent ou marry. C'est fait, etc. Mon cueur, etc.

De moy ne se fait que mocquer; Quant piteusement je lui dy, Que je ne puis vivre sans luy, A paine me veult escouter. C'est fait, etc.

CHANCON.

Assez pourveu, pour de cy à grant piece, Et plus qu'assez, de penser et anuy, Je me treuve sans congnoistre nulluy. Qui se vente d'en avoir telle piece. Fortune dit, qui tout mon fait despiece, Que j'endure comme maint aujourduy. Assez pourveu, etc. Et plus qu'assez, etc.

Pourquoy souvent je mets soubz mon pié ce, Prenant confort d'espoir, comme celluy Qui me fye parfaitement en luy, Ainsi remains qui le croiroit en piece. Assez pourveu, etc.

RONDEL.

Puisqu'Amour veult que banny soye De son hostel, sans revenir, Je voy bien qu'il m'en fault partir, Effacé du livre de Joye. Plus demourer je n'y pourroye, Car pas ne doy ce mois servir. Puisqu'Amour, etc. De son hostel, etc.

De Confort ay perdu la voye, Et ne me veult on plus ouvrir La barriere de Doulx plaisir, Par desespoir qui me guerroye. Puisqu'Amour, etc.

CHANCON.

Ca, venez avant, Esperance, Or y perra que respondrez, Et comment vous vous deffendrez; On se plaint de vous à oultrance. L'un dit que promectez de loing, Et qu'en estes bonne maistresse, L'aultre que faillez au besoing, En ne tenant gueres promesse. Quoique tardez, c'est la fiance Qu'aux faiz de chascun entendrez Et au derrain guerdon rendrez; Dy je bien, ou se trop m'avance? Ca, venez, etc.

RONDEL.

Pour le don que m'avez donné, Dont tres grant gré vous doy savoir, J'ay congneu vostre bon vouloir, Qui vous sera bien guerdonné. Raison l'a ainsi ordonné, Bienfait doit plaisir recevoir. Pour le don, etc. Dont tres, etc.

Mon cueur se tient emprisonné, Et obligé, pour dire voir, Jusqu'à tant qu'ait fait son devoir Vers vous, et se soit raenconné, Pour le don, etc.

CHANCON.

Mon cueur, estouppe tes oreilles, Pour le vent de Merencolie; S'il y entre, ne doubte mye, Il est dangereux à merveilles; Soit que tu dormes ou tu veilles, Fays ainsi que dy, je t'en prie. Mon cueur, etc. Pour le vent, etc.

Il cause doleurs nompareilles, Dont s'engendre la maladie Qui n'est pas de legier guerie; Croy moy, s'à raison te conseilles. Mon cueur, etc.

CHANCON.

Se j'eusse ma part de tous biens, Autant que j'ay de loyaulté, J'en auroye si grant planté Qu'il ne me fauldroit jamais riens. Et si gaingneroye des miens, Ma Dame, vostre voulenté. Se j'eusse, etc. Autant que, etc.

Car pour asseuré je me tiens Que vostre tres plaisant beaulté, De s'amour me feroit rente, Maugré Dangier et tous les siens. Se j'eusse, etc.

CHANCON.

(Philippe de Boulainvilliers.)

Hola, hola, souspir, on vous hoit bien, Vous vous cuidez embler trop coyement, Contrefaisant ung peu le cayement; Grant fain avez qu'on vous die tien, Vous ne querez que d'ung cueur le soustien, C'est de tieulx gens tousjours l'esbatement. Hola, hola, etc. Vous vous, etc.

Trop vous hastez, de vray, comme je tien, Car l'on congnoist vostre fait clerement, Une autreffoiz faictes plus saigement, Car maintenant vous n'y gangnerez rien. Hola, hola, etc.

CHANCON.

Pour les grans biens de vostre renommée, Dont j'oy parler à vostre grant honneur, Je desire que vous ayez mon cueur, Comme de moy, tres loyaument amée. Tresoriere, je vous voy ordonnée A le garder en plaisance et doulceur. Pour les, etc. Dont j'oy, etc.

Recevez le, s'il vous plaist, et agrée, Du mien ne puis vous donner don meilleur; C'est mon vaillant, c'est mon tresor greigneur, A vous l'offre de loyalle pensée. Pour les, etc.

CHANCON.

(Gilles des Ourmes.)

Hola, hola, souspir, on vous oyt bien, C'est à ung sourt à qui il le fault faire, Retrayez vous, et pensez de vous taire, Car Dangier oit si cler qu'il n'y fault rien; Se d'aventure il vous oyt, je vous tien Pour rué jus, car c'est vostre adversaire. Hola, hola, etc. C'est à ung, etc.

Ne saillez plus, actendez aucun bien, Vous voulez vous, de vous mesmes deffaire? Prenez conseil, quant c'est pour vostre affaire, Et pour le mieulx, croyez sans plus le mien. Hola, hola, etc.

CHANCON.

En songe, souhaid et pensée Vous voy chascun jour de sepmaine, Combien qu'estes de moy loingtaine, Belle, tres loyaument amée, Pour ce qu'estes la mieulx parée De toute plaisance mondaine. En songe, etc. Vous voy, etc.

Dutout vous ay m'amour donnée, Vous en povez estre certaine, Ma seule Dame, souveraine, De mon las cueur moult desirée. En songe, etc.

CHANCON.

Aidez ce povre cayement Souspir, je le vous recommande; De vous, quant ausmone demande, Ne se parte meschantement. Son cas monstre piteusement, Il semble que la mort actende. Aidez ce povre, etc. Souspir, je le, etc.

Donnez lui assez largement, Qu'il ne meure, Dieu l'en deffende, Affin que n'en faictes amende, Au jour d'amoureux jugement. Aidez, etc.

CHANCON.

De leal cueur, content de joye, Ma maistresse, mon seul desir, Plus qu'oncques vous vueil servir, En quelque place que je soye; Tout prest en ce que je pourroye, Pour vostre vouloir acomplir. De leal, etc. Ma maistresse, etc.

En desirant que je vous voye, A vostre honneur, et mon plaisir Qui seroit briefment, sans mentir, S'il fust ce que souhaideroye. De leal, etc.

CHANCON.

En faulte du logeis de Joye, L'ostellerie de Pensée M'est par les fourriers ordonnée, Ne scay combien fault que je y soye. Autre part ne me bouteroye, Content m'en tien, et bien m'agrée. En faulte, etc. L'ostellerie, etc.

Je parle tout bas, qu'on ne l'oye, Pensant de veoir, quelque année, Quelle sera ma destinée, Et en quel lieu demeurer doye. En faulte, etc.

RONDEL.

Se mon propos vient à contraire, Certes, je l'ay bien desservy, Car je congnois que j'ay failly Envers ce que devoye plaire. Mais j'espoire que debonnaire Trouveray sa grace et mercy. Se mon, etc. Certes, etc.

Je vueil endurer et me taire, Quant cause suy de mon soucy; Las! je me sens en tel party Que je ne scay que pourray faire. Se mon, etc.

CHANCON.

Et bien, de par Dieu, Esperance, Esse doncques vostre plaisir? Me voulez vous ainsi tenir Hors, et ens toujours en balance? Ung jour j'ay vostre bienveillance, L'autre ne la scay où querir. Et bien, etc. Esse doncques, etc.

Au fort, puisque suis en la dance, Bon gré maugré, m'y fault fournir, Et n'y scay de quel pié saillir, Je reculle, puis je m'avance. Et bien, etc.

RONDEL.

Par le pourchas du regart de mes yeulx, En vous servant, ma tres belle maistresse, J'ay essayé qu'est plaisir et tristesse, Dont j'ay trouvé maint penser ennuyeux. Mais de cellui que j'amoye le mieulx, N'ay peu avoir qu'à petite largesse. Par le pourchas, etc. En vous, etc.

Car pour ung jour qui m'a esté joyeux, J'ay eu trois moys la fievre de destresse; Mais Bon espoir m'a guery de liesse, Qui m'a promis de ses biens gracieux. Par le pourchas, etc.

CHANCON.

Armez vous de joyeux confort, Je vous en pry, mon povre cueur, Que destresse, par sa rigueur, Ne vous navre jusqu'à la mort; Vous couvrant d'ung pavaiz, au fort, Tant qu'aurez passé sa chaleur, Armez vous, etc. Je vous, etc.

Faictes bon guet, tant qu'elle dort; Espoir dit qu'il sera seigneur, Et fera vostre fait meilleur, Contre Dangier qui vous fait tort. Armez vous, etc.

CHANCON.

Pour vous monstrer que point ne vous oublie, Comme vostre que suis où que je soye, Presentement ma chancon vous envoye. Or la prenez en gré, je vous en prie. En passant temps, plain de merencolie, L'autrier la fis ainsi que je pensoye; Pour vous, etc. Comme, etc.

Mon cueur tousjours si vous tient compaignie, Dieu doint que brief vous puisse veoir à joye! Et, en briefz motz, en ce que je pourroye, A vous m'offre du tout à chiere lye. Pour vous, etc.

CHANCON.

Tousjours dictes: Je vien, je vien; Espoir! je vous congnois assez, De voz promesses me lassez, Dont peu à vous tenu me tien. Se vous requier au besoin mien. Legierement vous en passez. Tousjours, etc. Espoir, etc.

Vous ne vous acquictez pas bien Vers moy, quant ung peu ne cassez Les soussiz que j'ay amassez En me contentant d'un beau rien. Tousjours, etc.

CHANCON.

Loingtain de joyeuse sente, Où l'en peut tous biens avoir. Sans nul confort recevoir, Mon cueur en tristesse s'ente. Par quoy convient que je sente Mains griefz maulx, pour dire voir. Loingtain, etc. Où l'en peut, etc..

En dueil a fait sa descente De tous poins, sans s'en mouvoir; Et s'il fault qu'à mon savoir Maugré mien je m'y consente. Loingtain, etc.

CHANCON.

Vivre et mourir soubz son dangier Me veult faire Merencolie; Jamais vers moy ne s'amolye, Mais plaisir me faist estranger. D'ainsi demourer, sans changer, Se me seroit trop grant folie. Vivre et, etc. Me veult, etc.

Pour d'elle plus tost me venger, Force m'est qu'à Confort m'alye, Acompaigné de Chiere lye; A le suir me vueil ranger. Vivre et, etc.

CHANCON.

Je ne prise point telz baisiers Qui sont donnez par contenance, Ou par maniere d'accointance; Trop de gens en sont parconniers. On en peut avoir par milliers, A bon marchié, grant habondance. Je ne prise, etc. Qui sont, etc.

Mais savez vous lesquelz sont chiers? Les privez venans par plaisance; Tous autres ne sont, sans doubtance, Que pour festiers estrangiers, Je ne prise, etc.

CHANCON.

Pourtant, s'avale soussiz mains, Sans macher, en peine confiz; Si ne seront ja desconfiz Les pensées qui m'ont en leurs mains. En ce propos seurement mains, Qu'il vendront à aucuns prouffiz. Pourtant, etc. Sans macher, etc.

Travail mectray, et soirs, et mains, Autant ou plus quanques je fiz, S'a les achever ne souffiz, D'en faire quelque chose au mains. Pourtant, etc.

CHANCON.

Ma seule amour, ma joye et ma maistresse, Puisqu'il me fault loing de vous demourer, Je n'ay plus riens à me reconforter, Qu'un souvenir pour retenir lyesse. En allegant, par espoir, ma destresse, Me conviendra le temps ainsi passer. Ma seule, etc. Puisqu'il, etc.

Car mon las cueur, bien garny de tristesse, S'en est voulu avecques vous aler, Ne je ne puis jamais le recouvrer, Jusques verray vostre belle jeunesse. Ma seule, etc.

CHANCON.

Trop entré en la haulte game, Mon cueur, d'ut, ré, mi, fa, sol, la, Fut ja pieca, quant l'afola Le trait du regart de ma Dame. Fors lui, on n'en doit blasmer ame, Puisqu'ainsi fait comme fol l'a. Trop entré, etc. Mon cueur, etc.

Mieux l'eust valu estre soubz lame, Car sotement s'en afola; Si, lui dis je, mon cueur, hola! Mais conte n'en tint, sur mon ame. Trop entré, etc.

CHANCON.

Se desplaire ne vous doubtoye, Voulentiers je vous embleroye Ung doulx baisier priveement, Et garderoye seurement Dedens le tresor de ma joye. Mais que Dangier soit hors de voye, Et que sans presse je vous voye, Belle que j'ayme loyaument. Se desplaire, etc. Voulentiers, etc. Ung doulx, etc.

Jamais ne m'en confesseroye, Ne pour larrecin le tendroye, Mais grant aumosne vrayement; Car à mon cueur joyeusement, De par vous le presenteroye, Se desplaire, etc.

CHANCON.

Pour nous contenter, vous et moy, De bon cueur et entier povoir, Ne s'espargne Leal vouloir; Viengne avant sans se tenir quoy. Commandez moy je ne scay quoy, Vous verrez se feray devoir, Pour nous, etc. De bon cueur, etc.

Se faulx, par l'amoureuse loy Mis en fossé de Nonchaloir, Soye sans grace recevoir; Baillez la main, prenez ma foy, Pour nous, etc.

CHANCON.

Malade de mal ennuieux, Faisant la peneuse sepmaine, Vous envoye, ma souveraine, Un souspir merencolieux. Par lui saurez, mon bien joyeulx, Comment desplaisir me demaine. Malade, etc. Faisant, etc.

Car aler ne pevent mes yeulx, Vers la beaulté dont estes plaine, Mais au fort, ma joye mondaine, J'endureray pour avoir mieulx; Malade, etc.

CHANCON.

Tousjours dictes: Actendez, actendez, Pas ne payez vos reconfors contens, Joyeulx espoir, dont maints sont malcontens, Qui ne scevent comment vous l'entendez; De Fortune, pour Dieu, l'arc destendez, Ne souffrez plus qu'elle face contens. Tousjours, etc. Pas ne payez, etc.

Vostre grace tost sur moy estandez, Vous congnoissez assez à quoy contens; Plus ne perdray ung tel tresor com temps, Ainsi que fait qui son eur met en dez. Tousjours, etc.

RONDEL.

Prenez tost ce baisier, mon cueur, Que ma maistresse vous presente, La belle, bonne, jeune et gente, Par sa tres grant grace, et doulceur; Bon guet feray, sus mon honneur, Afin que Dangier riens n'en sente. Prenez tost, etc. Que ma, etc.

Dangier toute nuit en labeur A fait guet, or gist en sa tente; Accomplissez brief vostre entente Tant dis qu'il dort, c'est le meilleur. Prenez tost, etc.

CHANCON.

Resjouissez plus ung peu ma pensée, Leal espoir, et me donnez secours; Tousjours fuyez, et apres vous je cours, Où j'ay assez de paine despensée; La verray je jamais recompensée? Quelque office lui donnent en vos cours. Resjouissez, etc. Leal espoir, etc.

La penance soit par vous dispensée, Car desormais mes temps deviennent cours; Ne souffrez plus son plaisirs en decours, Veu que vers vous n'a faulte pourpensée, Resjouissez, etc.

CHANCON.

Comment vous puis je tant amer Et mon cueur si tres fort hair? Qu'il ne me chault de desplaisir Qu'il puisse pour vous endurer. Son mal m'est joyeux à porter, Mais qu'il vous puisse bien servir. Comment vous, etc. Et mon cueur, etc.

Las! or ne deusse je penser Qu'à le garder et chier tenir, Et non pourtant, mon seul desir, Pour vous le vueil abandonner. Comment, etc.

CHANCON.

M'amye Esperance, Pourquoy ne s'avance Joyeulx Reconfort? Ay je droit ou tort, S'en lui j'ay fiance? Peu de desplaisance Prent en ma grevance, Il semble qu'il dort. M'amye, etc. Pourquoy, etc. Joyeulx, etc.

Quoy qu'à lui je tence, Pour sa bienvueillance Acquerir; au fort, Je suis bien d'accort D'actendre allegance: M'amye, etc.

CHANCON.

Dedens mon sein, pres de mon cueur J'ay mussié ung privé baisier Que j'ay emblé, maugré Dangier; Dont il meurt en paine et langueur. Mais ne me chault de sa douleur, Et en deust il vif enragier, Dedens mon, etc. J'ay mussié, etc.

Se ma Dame, par sa doulceur, Le veult souffrir, sans m'empeschier, Je pense d'en plus pourchassier, Et en feray tresor greigneur. Dedens mon, etc.

CHANCON.

D'Espoir, et que vous en diroye? C'est ung beau bailleur de parolles, Il ne parle qu'en parabolles, Dont ung grant livre j'escriroye. En le lisant, je me riroye, Tant auroit de choses frivolles. D'Espoir, etc. C'est ung, etc.

Par tout ung an ne le liroye. Ce ne sont que promesses folles, Dont il tient chascun jour escolles; Telles estudes n'esliroye. D'Espoir, etc.

RONDEL.

De vostre beaulté regarder, Ma tres belle, gente maistresse, Ce m'est certes tant de lyesse Que ne le sauriez penser. Je ne m'en pourroye lasser. Car j'oublie toute tristesse. De vostre, etc. Ma tres belle, etc.

Mais, pour mesdisans destourber De parler sus vostre jeunesse, Il fault que souvent m'en delaisse, Combien que ne m'en puis garder. De vostre, etc.

CHANCON.

Passez oultre, decevant Vueil, Où portez vous cest estendart De plaisant, actrayant regart, Soubz l'emprise de Bel acueil? De ma maison n'entrez le sueil Plus avant, tirez autre part. Passez oultre, etc. Où portez, etc.

Vous taschez à croistre mon dueil, Et gens engigner par votre art; A! a! maistre sebelin regnart, On vous congnoist tout cler à l'ueil. Passez oultre, etc.

CHANCON.

Trop estes vers moy endebtée, Vous me devez plusieurs baisiers, Je vouldroye moult voulentiers Que la debte fust acquictée; Quoyque vous soyez excusée Que n'osez pour les faulx Dangiers. Trop estes, etc. Vous me, etc.

J'en ay bonne lectre scellée, Paiez les, sans tenir si chiers; Autrement, par les officiers D'Amours, vous serez arrestée. Trop estes, etc.

CHANCON.

Ma plus chier tenue richesse, Ou parfont tresor de pensée, Est soubz clef, seurement gardée, Par Esperance ma Déesse. Se vous me demandez et qu'esse? N'enquerez plus, elle est mussée. Ma plus, etc. Ou parfont, etc.

Avecques elle, seul, sans presse, Je m'esbas soir et matinée, Ainsi passe temps et journée, Au partir dy: Adieu maistresse. Ma plus, etc.

CHANCON.

Vostre bouche dit: Baisiez moy, Se m'est avis quant la regarde; Mais Dangier de trop pres la garde, Dont mainte doleur je reçoy. Laissez m'avoir, par vostre foy, Ung doux baisier, sans que plus tarde. Vostre, etc. Se m'est, etc.

Dangier me heit, ne scay pourquoy? Et tousjours destourbier me darde, Je prie à Dieu que mal feu l'arde! Il fust temps qu'il se teinst coy. Vostre bouche, etc.

CHANCON.

Va tost, mon amoureux desir, Sur quanque me veulx obeir, Tout droit vers le manoir de Joye; Et pour plus abregier ta voye, Prens ta guide doulx souvenir. Metz peine de me bien servir, Et de ton messaige accomplir, Tu congnois ce que je vouldroye. Va tost, etc. Sur, etc. Tout, etc.

Recommandes moy à Plaisir; Et se brief ne peuz revenir, Fay que de toy nouvelles oye, Et par Bon espoir les m'envoye; Ne vueilles au besoing faillir. Va tost, etc.

CHANCON.

Ou puis parfont de ma merencolie L'eaue d'Espoir que ne cesse de tirer. Soif de confort la me fait desirer, Quoy que souvent je la trouve tarie. Necte la voy ung temps et esclercie, Et puis apres troubler et empirer. Ou puis, etc. L'eaue, etc.

D'elle trempe mon ancre d'estudie; Quant j'en escrips, mais pour mon cueur irer, Fortune vient mon pappier dessirer, Et tout gecte par sa grant felonnie. Ou puis, etc.

CHANCON.

Je me metz en vostre mercy; Tres belle, bonne, jeune et gente, On m'a dit qu'estes mal contente De moy, ne scay s'il est ainsi. De toute nuit je n'ay dormy, Ne pensez pas que je vous mente. Je me, etc. Tres belle, etc.

Pour ce, tres humblement vous pry, Que vous me dictes vostre entente; Car d'une chose je me vante, Qu'en loyaulté n'ay point failly. Je me, etc.

CHANCON.

Monstrez les moy, ces povres yeulx, Tous batuz et deffigurez, Certes ilz sont fort empirez Depuis hier, qu'ilz valloient mieulx. Ne se congnoissent ilz pas tieulx; Mal se sont au matin mirez. Monstrez les moy, etc. Tous batuz, etc.

Ont ilz pleuré devant leurs Dieux? Comme de leur grace inspirez, Ou s'ilz ont mains travaulx tirez, Priveement en aucuns lieux. Monstrez les, etc.

CHANCON.

S'il vous plaist vendre voz baisiers, J'en achecteray voulentiers, Et en aurez mon cueur en gaige, Pour les prendre par heritaige, Par douzaines, cens ou milliers. Ne les me vendez pas si chiers, Que vous feriez à estrangiers, En me recevant en hommaige. S'il vous, etc. J'en achecteray, etc. Et en aurez, etc.

Mon vueil et mon desir entiers Sont vostres, maugré tous dangiers; Faictes comme loyalle et saige, Que pour mon guerdon et partaige, Je soye servy des premiers. S'il vous, etc.

CHANCON.

Traitre regart, et que fais tu? Quant tu vas souvent _in questu_; Tu fiers sans dire: garde toy. Et ne sces la raison pourquoy, N'il ne t'en chault pas ung festu. Tu es de couraige testu, Et de fureur trop _in estu_ , Change ton propos, et me croy. Traitre, etc. Quant, etc. Tu fiers, etc.

On te deust batre devestu Parmi les rues _cum mestu_ , Par l'ordonnance de la loy; Car tu n'as leaulté, ne foy, On le voit _in tuo gestu_ . Traitre, etc.

CHANCON.

Ma seule amour, que tant desire, Mon reconfort, mon doulx penser, Belle, nompareille, sans per, Il me desplaist de vous escrire; Car j'aymasse mieulx à le dire De bouche, sans le vous mander. Ma seule, etc. Mon reconfort, etc.

Las! or n'y puis je contredire; Mais Espoir me fait endurer, Qui m'as promis de retourner En liesse, mon grief martire. Ma seule, etc.

CHANCON.

Anuy, Soussy, Soing et Merencolie, Se vous prenez desplaisir à ma vie, Et desirez tost avancer ma mort, Tourmentez moy de plus fort en plus fort, Pour en passer tout à cop vostre envye. Ay je bien dit? Nennil, je le renye; Et, par conseil de Bon espoir, vous prie Que m'espargnez, ou vous me ferez tort. Anuy, Soussy, etc. Se vous prenez, etc. Et desirez, etc.

Et qu'esse cy? je suis en resverie, Il semble bien que ne scay que je dye; Je dy puis l'un, puis l'autre, sans accort; Suis je enchanté? veille mon cueur ou dort? Vuidez, vuidez de moy telle folie. Anuy, Soussy, etc.

CHANCON.

Logiez moy entre voz bras, Et m'envoyez doulx baisier Qui me viengne festier, D'aucun amoureux soulas. Tandis que Dangier est las, Et le voyez sommeillier, Logiez, etc. Et m'envoyez, etc.

Pour Dieu, ne l'esveillez pas Ce faulx, envieux Dangier; Jamais ne puist s'esveillier! Faictes tost, et parlez bas. Logiez moy, etc.

CHANCON.

Se Dangier me tolt le parler A vous, mon bel amy, sans per; Par le pourchas des envieux, Non plus qu'on toucheroit aux cieulx, Ne me tendray de vous amer, Car mon cueur m'a voulu laissier Pour soy du tout à vous donner, Et pour estre vostre en tous lieux. Se Dangier, etc. A vous, etc. Par le, etc.

Tout son povoir ne peut garder, Que, sur tous autres, n'aye chier Vostre gent corps, tres gracieux; Et se ne vous voy de mes yeulx, Pourtant ne vous veuil je changier. Se Dangier, etc.

CHANCON.

Fault il aveugle devenir? N'ose l'en plus les yeulx ouvrir, Pour regarder ce qu'on desire? Dangier est bien estrange sire, Qui tant veult amans asservir. Vous lerrez vous aneantir. Amours, sans remede querir, Ne peut nul Dangier contredire? Faut il, etc. N'ose l'en, etc. Pour, etc.

Les yeulx si sont faiz pour servir, Et pour raporter tout plaisir Aux cueurs, quand ilz sont en martire; A les en garder, Dangier tire, Est ce bien fait de le souffrir? Faut il, etc.

CHANCON.

Riens ne valent ses mirlifiques, Et ses menues oberliques; D'où venez vous? petit mercier, Gueres ne vault vostre mestier, Se me semble, ne voz pratiques. Chier les tenez comme reliques, Les voulez vous mectre en croniques, Vous n'y gangnerez ja denier. Riens ne valent, etc. Et ses menues, etc. D'où venez vous, etc.

En plusieurs lieux sont trop publiques, Et pour ce, sans faire repliques, Desploiez tout vostre pannier; Affin qu'on y puisse serchier Quelques bagues plus auctentiques. Riens ne valent, etc.

CHANCON.

Regardez moy sa contenance, Lui siet il bien à soy jouer? Certes, c'est le vray mirouer De toute joyeuse plaisance. Entre les parfaictes de France Se peut elle l'une advouer? Regardez, etc. Lui siet, etc.

Pour fol me tien, quant je m'avance De vouloir les grans biens louer, Dont Dieu l'a voulu douer; Ses faiz en font la demonstrance.

CHANCON.

Petit mercier, petit pannier; Pourtant se je n'ay marchandise Qui soit du tout à vostre guise, Ne blasmez, pour ce, mon mestier. Je gangne denier à denier, C'est loings du tresor de Venise. Petit mercier, etc. Pourtant, etc.

Et tandiz qu'il est jour ouvrier, Le temps pers quant à vous devise; Je voys parfaire mon emprise, El parmi les rues crier: Petit mercier, etc.

CHANCON.

Reprenez ce larron souspir Qui s'est emblé soudainement, Sans congié, ou commandement, Hors de la prison de Desir. Mesdisans l'ont ouy partir, Dont ilz tiennent leur parlement. Reprenez, etc. Qui s'est, etc.

Se le meschant eust sceu saillir Sans noyse, tout priveement, N'en peult chaloir, mais sotement L'a fait; pour ce, l'en fault pugnir. Reprenez, etc.

CHANCON.

L'ostellerie de Pensée Plaine de venans et alans, Soussiz soient petitz ou grans, A chascun est habandonnée; Elle n'est à nul reffusée, Mais preste pour tout les passans, L'ostellerie, etc. Plaine de, etc.

Plaisance chierement amée S'y loge souvent, mais nuisans Lui sont ennuiz gros et puissans, Quand ilz la tiennent empeschée. L'ostellerie, etc.

CHANCON

Fuyez le trait de doulx regard, Cueur, qui ne vous savez deffendre, Veu qu'estes desarmé et tendre, Nul ne vous doit tenir couard. Vous serez pris ou tost, ou tard, S'Amour le veult bien entreprendre. Fuyez le, etc. Cueur, etc.

Retrayez vous sous l'estendart De Nonchaloir, sans plus actendre; S'a Plaisance vous laissiez rendre, Vous estes mort, Dieu vous en gard! Fuyez le trait, etc.

CHANCON.

Yver, vous n'estes qu'un villain, Esté est plaisant et gentil, En tesmoing de May et d'Avril, Qui l'accompaignent soir et main. Esté revest champs, bois et fleurs, De sa livrée de verdure, Et de maintes autres couleurs, Par l'ordonnance de Nature. Mais vous, Yver, trop estes plain De neige, vent, pluye et grezil; On vous deust bannir en exil, Sans point flater, je parle plain. Yver, etc.

CHANCON.

Mon seul amy, mon bien, ma joye, Cellui que sur tous amer veulx, Je vous pry que soyez joyeux, En esperant que brief vous voye. Car je ne fais que querir voye De venir vers vous, se m'aist Dieux. Mon seul, etc. Cellui. etc.

Et se par souhaidier povoye Estre empres vous, un jour ou deux, Pour quanqu'il a dessoubz les cieulx, Outre rien ne souhaideroye. Mon seul, etc.

CHANCON.

Je le retiens pour ma plaisance, Espoir, mais que leal me soit, Et, se jamais il me décoit, Je renie son acointance. Nous deux avons fait aliance, Tant que mon cueur tel l'aparcoit. Je le retiens, etc. Espoir, etc.

Monstrer me puisse bienvueillance, Ainsi que mon penser concoit, Dont mainte liesse recoit; Quand à moy, j'ay en lui fiance. Je le retiens, etc.

CHANCON.

Je ne les prise pas deux blancs Tous les biens qui sont en amer, Car il n'y a que tout amer, Et grant foison de faulx semblans; Pour les maulx qui y sont doublans, Pire que les perils de mer. Je ne les, etc. Tous les, etc.

Ilz ne sont à riens ressemblans, Car ung jour viennent entamer Le cueur, et apres embasmer; Ce sont amouretes tremblans. Je ne les, etc.

CHANCON.

Hors du propos si baille gaige, Ce n'est que du jeu la maniere, Nulle excusacion n'y quiere, Quoyque soit prouffit ou dommaige. Tousjours parle plus fol que saige, C'est une chose coustumiere. Hors du propos, etc. Ce n'est que, etc.

Se l'en me dit: Vous contez raige; Blasmez ma langue trop legere, Raison de Secret tresoriere La tance, quant despent langaige. Hors du propos, etc.

CHANCON.

Au besoing congnoist on l'amy Qui loyaument aidier desire, Pour vous je puis bien cecy dire, Car vous, ne m'avez pas failly; Mais avez, la vostre mercy, Tant fait qu'il me doit suffire. Au besoing, etc. Qui loyaument, etc.

Bien brief pense partir de cy, Pour m'en aler vers vous de tire; Loisir n'ay pas de vous escrire, Et pour ce, plus avant ne dy. Au besoing, etc.

CHANCON.

O tres devotes creatures, En ypocrisies d'amours Que vous querez d'estranges tours! Pour venir à voz aventures. Vous cuidez bien par voz paintures, Faire sotz, aveugles et sours. O tres devotes, etc. En ypocrisies, etc.

On ne peut desservir deux cures, Ne prendre gaiges en deux cours; Prenez les champs, ou les faulbourgs, Ilz sont de diverses natures. O tres devotes, etc.

CHANCON.

Que c'est estrange compaignie De Penser joint avec Espoir; Aidier scevent, et decevoir Ung cueur qui tout en eulx se fie. Il ne fault ja que je le dye, Chascun le peut en soy savoir. Que c'est, etc. De Penser, etc.

D'eulx me plains et ne m'en plains mye, Car mal et bien m'ont fait avoir; Menty m'ont, et aussi dit voir, Je l'aveu et si le renye. Que c'est, etc.

CHANCON.

(Orléans.)

Sera elle point jamais trouvée? Celle qui ayme loyaulté, Et qui a ferme voulenté, Sans avoir legiere pensée. Il convient qu'elle soit criée, Pour en savoir la verité. Sera elle point, etc. Celle qui, etc.

Je crois bien qu'elle est deffiée Des aliez de faulceté, Dont il y a si grant planté, Que de paour elle s'est mussiée. Sera elle, etc.

CHANCON.

(Responce du duc Jehan de Bourbon,)

DUC D'ORLÉANS, je l'ay trouvée Celle qui ayme loyaulté, Et qui a ferme voulenté, Sans avoir legiere pensée. Ja ne fault qu'elle soit criée, J'en scay assez la vérité. DUC D'ORLÉANS, etc. Celle qui, etc.

C'est ma Dame tres bien amée, Qui a des biens si grant planté, Qu'el ne craint vostre faulceté, Ne de ceulx de vostre livrée. DUC D'ORLÉANS, etc.

CHANCON.

Puis ça, puis là, Et sus, et jus, De plus en plus, Tout vient et va. Tous on verra Grans et menus, Puis ça, etc. Et sus, etc.

Vieulx temps desja, S'en sont courus, Et neufz venus, Que dea! que dea! Puis ca, etc.

CHANCON.

Dieu vous conduie, Doulx penser, Et vous doint faire bon voyage, Rapportez tost joyeulx message Vers le cueur pour le conforter; Ne vueillez gueres demourer, Exploictez comme bon et sage. Dieu vous, etc. Et vous, etc.

Riens ne vous convient ordonner, Les secrez savez du courage, Besongnez à son avantage, Et pensez de brief retourner. Dieu vous, etc.

CHANCON.

Puisque par deca demourons, Nous Saulongnois et Beausserons, En la maison de Savonnieres, Souhaidez nous des bonnes chieres Des Bourbonnois et Bourguignons. Aux champs, par hayes et buissons, Perdrix et lyevres nous prendrons, Et yrons pescher sur rivieres. Puisque, etc. Nous, etc. En la maison, etc.

Vivres, tabliers, cartes aurons Où souvent nous estudirons; Vins, mangers de plusieurs manieres, Galerons, sans faire prieres, Et de dormir ne nous faindrons. Puisque, etc.

CHANCON.

Les fourriers d'Amours m'ont logé En ung lieu bien à ma plaisance, Dont les mercy de ma puissance, Et m'en tiens à eulx obligé. Afin que tost soit abregé Le mal qui me porte grevance, Les fourriers, etc. En ung lieu, etc.

Desja je me sens alegé, Car acointié m'a Esperance, Et croy qu'amoureux n'a en France Qui soit mieulx que moy hebergé. Les fourriers, etc.

CHANCON.

Penser, qui te fait si hardy, De mectre en ton hostellerie La tres diverse compaignie D'Ennuy, Desplaisir et Soussy. Se congié en as, si le dy, Ou se le fais par ta folie. Penser, qui, etc. De mectre, etc.

Nul ne repose pour leur cry, Boute les hors, et je t'en prie, Ou il faut qu'on y remedie; Veulx tu estre à tous ennemy? Penser, qui, etc.

CHANCON.

Dont vient ce souleil de plaisance Qui ainsi m'esbluyst les yeulx? Beaulté, doulceur, et encor mieulx Y sont à trop grant habondance; Soudainement luyst par semblance, Comme un escler venant des cieulx. Dont vient, etc. Qui ainsi, etc.

Il fait perdre la contenance A toutes gens, jeunes et vieulx; N'il n'est eclipse, se m'aist Dieux, Qui de l'obscurcir ait puissance. Dont vient, etc.

CHANCON.

(Fraigne.)

Et où vas tu? petit souspir, Que j'ay ouy si doulcement; T'en vas tu mectre à saquement Quelque povre amoureux martir? Viens ca, dy moy tost, sans mentir, Ce que tu as en pensement. Et où vas tu, etc. Que j'ay, etc.

Dieu te conduye à ton désir, Et te remaine à sauvement; Mais je te requier humblement Que ne faces ame mourir. Et où vas tu, etc.

CHANCON.

Laissez moy penser à mon aise, Helas! donnez m'en le loisir, Je devise avecques Plaisir, Combien que ma bouche se taise. Quant merencolie mauvaise Me vient maintes foiz assaillir, Laissez moy, etc. Helas! donnez, etc.

Car affin que mon cueur rapaise, J'appelle plaisant souvenir, Qui tantost me vient resjouir; Pour ce, pour Dieu, ne vous desplaise. Laissez moy, etc.

CHANCON.

As tu ja fait? petit souspir, Est il sur son trespassement? Le cueur qu'as mis à saquement; A il remede de guerir? Tu as mal fait de le ferir En haste, si piteusement. As tu ja, etc. Est il sur, etc.

Amours qui t'en doit bien pugnir, A fait de toy son jugement; Pren franchise hastivement, Sauve toy, quant tu as loisir. As tu ja, etc.

CHANCON.

Levez ces cuevrechiefz plus hault Qui trop cuevrent ces beaulx visaiges; De riens ne servent telz umbraiges, Quant il ne fait hale, ne chault. On fait à beaulté qui tant vault, De la musser, tort et oultraiges: Levez ces, etc. Qui trop, etc.

Je scay bien qu'à Dangier n'en chault, Et pense qu'il ait donné gaiges, Pour entretenir telz usaiges; Mais l'ordonnance rompre fault. Levez ces, etc.

CHANCON.

Deux ou trois couples d'ennuys J'ay tousjours en ma maison, Desencombrer ne m'en puis, Quoyqu'à mon povoir les fuis, Par le conseil de raison. Deux ou trois, etc.

Je les chasse d'où je suis, Mais en chascune saison, Ilz rentrent par un autre huis. Deux ou trois, etc.

CHANCON.

Entre les amoureux fourrez, Non pas entre les decoppez, Suis, car le temps sans refroidy, Et le cueur de moy l'est aussi; Tel me veez, tel me prenez. Jeunes gens qui Amours servez, Pour Dieu, de moy ne vous mocquez, Il est ainsi que je vous dy. Entre les, etc. Non pas, etc.

Car, quant Amours servy aurez Autant que j'ay, vous devendrez Pareillement en mon party; Et quant vous trouverez ainsy, Comme je suis, lors vous serez. Entre les, etc.

CAROLE.

Las! Merencolie, Me tendrez vous longuement, Es maulx dont j'ay plus de cent, Sans pensée lie. Je l'ay souffert main et soir, Loingtain de joyeulx confort; Mais nul bien n'en puis avoir, Dont mon cueur est presque mort. Au moins, je vous en prie, Que me laissiez seulement, Aucun peu d'alegement, Sans m'oster la vie Las! etc.

Esperance d'avoir mieulx Dist qu'elle me veult aidier; Mais tousjours maugracieux Je trouve le faulx Dangier, Qui tant me guerrie. Si, vous requier humblement, Qu'en ce douloureux tourment Ne me laissiez mie, Las! Merencolie.

CAROLE.

Avancez vous, Esperance, Venez mon cueur conforter, Car il ne peut plus porter Sa tres greveuse penance. Pieca, Joyeuse pensée S'esbatoit avecques lui, Mais elle s'en est alée, Tant a pourchassié Ennuy. Se vous n'avez la puissance De tout son mal lui oster, Plaise vous à alegier Au moins un peu sa grevance. Avancez, etc.

Vous lui avez fait promesse De le venir secourir, Et de lui tollir tristesse, Mais trop le faictes languir. Ayez de lui souvenance, Et le venez deslogier De la prison de Dangier, Où il meurt en desplaisance, Avancez, etc.

CAROLE.

M'avez vous point mis en oubly? Par Dieu, je double fort, oy, Ma seule maistresse et ma joye; Non pourtant, quelque part que soye, Je m'actens à vostre mercy. Espoir m'a dit que Leauté Vous fera souvenir de moy, Car vostre bonne voulenté Ne peult faillir, comme je croy. Quant est à moy, je vous supply, Pensez que l'amoureux party, Que j'ay prins, changier ne pourroye; Certes avant mourir vouldroye, Je vous prometz qu'il est ainsi. M'avez vous, etc.

Amour a tort, ce m'est advis, Qu'il ne fait aux dames sentir Les maulx, où leurs servans sont mis, Pour les tres loyaument servir. Pour vous, ma Dame, je le dy, Car se vous saviez le soussy, Qu'Amours, pour vous servir, m'envoye, Vous diriez bien que j'auroye, De droit, gaingné le don d'amy. M'avez vous, etc.

RONDEL.

Et ne cesserez vous jamais? Tousjours est à recommencer; C'est folie d'y plus penser, Ne s'en soussier desormais. Plus avant j'en diroye, mais Rien n'y vault flater, ne tanser. Et ne cesserez, etc. Tousjours, etc.

Passez a plusieurs moys des Mays Qu'Amour vous vouldrent avanser; Mal les voulez recompenser, En servant de telz entremais. Et ne cesserez vous, etc.

RONDEL.

(Orleans à Nevers.)

Pour paier vostre belle chiere, Laissez en gaige vostre cueur, Nous le garderons en doulceur Tant que vous retournez arriere. Contentez, car c'est la maniere, Vostre hostesse pour vostre honneur. Pour paier, etc. Laissez en, etc.

Et se voiez nostre priere Estre trop plaine de rigueur, Changons de cueur, c'est le meilleur, De voulenté bonne et entiere. Pour paier, etc.

RONDEL.

(Responce de Nevers.)

Mon tres bon hoste, et ma tres doulce hostesse, Tres humblement et plus vous remercie Des biens, honneurs, bonté et courtoisie, Que m'avez faiz tous deux, par vostre humblesse. Aussi fais je de vostre grant largesse Et tres soingneuse et bonne compaignie. Mon tres bon hoste, etc. Tres humblement, etc. Mon povre cueur pour paiement vous laisse, Prenez en gré, et je vous supplie, Et oultre plus, tant que je puis vous prie, Que m'octroyez estre maistre et maistresse. Mon tres bon, etc.

RONDEL.

Qu'il ne le me font, Pour veoir que feroye, Et se je sauroye Leur donner le bont. Puisque telz ilz sont Affin qu'on les voye Qu'il ne, etc. Pour veoir, etc.

Droit à droit respont, Paier les vouldroye De telle monnoye Qu'il desserviront. Qu'il ne, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

A ce jour de saint Valentin, Que chascun doit choisir son per, Amours, demourray je non per? Sans partir à vostre butin. A mon resveillier au matin, Je n'y ai cessé de penser, A ce jour, etc. Que chascun, etc.

Mais Nonchaloir, mon medicin, M'est venu le pousse taster, Qui ma conseillié reposer, Et rendormir sur mon coussin. A ce jour, etc.

RONDEL.

J'ay esté Poursuivant d'Amours, Mais maintenant je suis Herault; Monter me fault en l'eschaffault, Pour jugier des amoureux tours. Quant je verray riens à rebours Dieu scet se je crieray bien hault. J'ay esté, etc. Mais, etc.

Et s'amans vont faisant les lours, Tantost congnoistray leur deffault; Ja devant moy, clochier ne fault, D'amer scay par cueur le droit cours. J'ay esté, etc.

RONDEL.

(Secile.)

Apres une seule exceptée, Je vous servirai ceste année, Ma doulce Valentine gente, Puisqu'Amours veult que m'y consente, Et que telle est ma destinée. De moy, pour autre habandonnée Ne serez; mais si fort amée Qu'en devrez bien estre contente. Apres une seule, etc. Je vous, etc.

Or me soit par vous ordonnée, S'il vous plaist, à ceste journée, Vo voulenté doulce et plaisante; Car à la faire me presente Plus que pour Dame qui soit née. Apres une seule, etc.

RONDEL.

Je suis desja d'amour tanné, Ma tres doulce Valentinée, Car pour moi fustes trop tart née, Et moy pour vous fus trop tost né. Dieu lui pardoint qui estrené M'a de vous, pour toute l'année. Je suis desja, etc. Ma tres doulce, etc.

Bien m'estoye suspeconné, Qu'auroye telle destinée, Ains que passast ceste journée, Combien qu'Amours l'eust ordonné. Je suis desja, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Soubz parler couvert D'estrange devise, Monstrez qu'avez prise Douleur; il y pert. Du tout en desert, N'est pas vostre emprise. Soubz parler, etc. D'estrange, etc.

Se Confort ouvert N'est à vostre guise, Tost, s'Amour s'avise, Sera recouvert. Soubz parler, etc.

RONDEL.

Laissez aler ces gorgias, Chascun yver, à la pippée; Vous verrez comme la gelée Reverdira leurs estomas. Dieu scet s'ilz auront froit aux bras. Par leur manche deschiquetée. Laissez aler, etc.

Il portent petiz soulers gras, A une poulaine embourrée, Froidure fera son entrée, Par leurs talons nuz par en bas. Laisser aler, etc.

RONDEL.

Les en voulez vous garder Ces rivieres de courir, Et grues prendre et tenir, Quant hault les veez voler. A telles choses muser, Voit on folz souver servir. Les en voulez, etc. Ces rivieres, etc.

Laissez le temps tel passer Que Fortune veult souffrir, Et les choses avenir Que l'en ne scet destourber. Les en voulez, etc.

RONDEL.

Veu que j'ay tant Amour servy, Ne suis je pas mal guerdonné, Du plaisir qu'il m'avoit donné, Sans cause m'a tost desservy. Mon cueur loyaument son serf vy, Mais à tort l'a abandonné. Veu que j'ay, etc. Ne suis, etc.

Plus ne lui sera asservy; Pour Dieu, qu'il me soit pardonné, Je croy que suis à ce don né, D'avoir mal pour bien desservy. Veu que j'ay, etc.

RONDEL.

(Secile.)

Pourtant se vous plaignez d'Amours, Il n'est pas temps de vous retraire, Car encore il vous pourra faire Tel bien, que perdrez vos dolours. Vous congnoissez assez ses tours, Je ne dy pas pour vous desplaire. Pourtant, etc. Il n'est, etc.

Ayez fiance en lui tousjours, Et mectez paine de lui plaire; Combien que mieulx me vaulsit taire, Car vous pensez tout le rebours. Pourtant, etc.

RONDEL.

Se vous estiez comme moy, Las! vous vous devriez bien plaindre; Car de tous mes maulx le maindre Est plus grant que vostre ennoy. Bien vous pourrez, sur ma foy, D'Amours alors vous complaindre; Se vous estiez, etc. Las! vous, etc.

Car si tres dolent me voy, Que plus la mort ne veuil craindre; Touteffoiz, il me faut faindre; Aussi feriez vous, se croy, Se vous estiez, etc.

RONDEL.

(Responce par Orléans.)

Chascune vieille son dueil plaint; Vous cuidez que vostre mal passe Tout autre; mais ja ne parlasse Du mien, se n'y feusse contraint. Saichiez de voir qu'il n'est pas faint, Le tourment que mon cueur enlasse. Chascune vieille, etc. Vous cuidez, etc.

Ma peine pers comme fait maint, Et contre Fortune je chasse; Desespoir de pis me menasse, Je sens où mon pourpoint m'estraint. Chascune vieille, etc.

RONDEL.

(Secile.)

Bien deffendu, bien assailly, Chascun dit qu'il a grant dolours, Mais, au fort, je veuil croire Amours Par qui le debat est sailly; Affin que qui aura failly, N'aye jamais de lui secours. Bien deffendu, etc. Chascun dit, etc.

Car se j'ay en riens deffailly De compter mon mal puis deux jours, Banny vueil estre de ses cours, Com un hom lasche et failly. Bien deffendu, etc.

RONDEL.

(Responce par Orléans.)

Bien assailly, bien deffendu; Quant assez aurons debatu, Il faut assembler noz raisons, Et que les fons voler faisons Du debat nouvel advenu. Tres fort vous avez combatu, Et j'ay mon billart bien tenu; C'est beau debat que de deux bons. Bien assailly, etc. Quant assez, etc.

Vray est qu'estes d'Amour feru, Et en ses fers estroit tenu; Mais moy non, ainsi l'entendons; Il a passé maintes saisons, Que me suis aux armes rendu. Bien assailly, etc.

RONDEL.

(Secile.)

Si dolant je me trouve à part De laisser ce dont mon bien part; C'est celle en qui n'a que redire, Que ne fus oncques si plain d'ire, Ou jamais Dieu n'ait en moy part. Car, quant je pense en mon depart, Et qu'aler me fault autre part, Je ne scay plus que je dois dire. Si dolant, etc. De laisser, etc.

Fortune, qui les lotz depart, M'a baillé ce dueil pour ma part, Qu'est pis qu'on ne seroit redire; Et si ne lui puis contredire, Dont a peu que mon cueur n'en part. Si dolant, etc.

CHANCON.

(Orléans.)

Durant les treves d'Angleterre Qui ont esté faictes à Tours, Par bon conseil avec Amours, J'ay prins abstinence de guerre; S'autre que moy ne la desserre, Content suis que tiengne tousjours. Durant les, etc. Qui ont, etc.

Il n'est pas bon de trop enquerre, Ne s'empechier es faiz des cours; S'on m'assault, pour avoir secours, Vers Nonchaloir iray grant erre. Durant les, etc.

RONDEL.

Vous vistes que je le veoye Ce que je ne vueil descouvrir, Et congnustes, à l'ueil ouvrir, Plus avant que je ne vouloye. L'ueil d'embusche saillit en voye, De soy retraire n'eut loisir. Vous vistes, etc. Ce que je ne, etc.

Trop est saige qui ne foloye, Quant on est es mains de Plaisir, Qui lors vint vostre cueur saisir, Et fist comme pieca souloye. Vous vistes, etc.

RONDEL.

(Fredet.)

Jusques Pasques soient passées, Donnez trieves à mes pensées, Je vous pri tant que je puis, Amours; Car c'est bien droit qu'à ces bons jours En paix de vous soient laissées. Assez voz gens les ont lassées, Et pour ceste foiz couroussées, Allez ailleurs faire vos tours. Jusques Pasques, etc. Donnez trieves, etc.

Pour plus donc n'estre d'eulx pressees, Qui tant les ont fort menassées, Faictes les crier par voz cours, Et leur deffendez bien tousjours, Que par eulx ne soient cassées. Jusques Pasques, etc.

RONDEL.

(Responce par Orléans)

Tant que Pasques soient passées, Sans resveiller le chat qui dort, Fredet, je suis de vostre accors, Que pensées soient cassées, Et en aumaires entassées, Fermans à clef tres bien et fort. Tant que Pasques, etc. Sans resveiller, etc.

Quand aux miennes, ilz sont lassées, Mais de les garder, mon effort Feray, par l'avis de Confort, En fardeaulx d'espoir amassées. Tant que Pasques, etc.

CHANCON.

La veez vous là, la lyme sourde, Qui pense plus qu'elle ne dit, Souventeffoiz s'esbat et rit A planter une gente bourde; Contrefaisant la coquelourde, Soubz un malicieux abit. La veez vous, etc. Qui pense, etc.

Quelle part que malice sourde, Tost congnoist s'il y a prouffit; Benoist en soit le saint Esprit, Qui de si finete me hourde. La veez vous me, etc.

RONDEL.

Beaulté, gardez vous de mes yeulx, Car ilz vous viennent assaillir; S'ilz vous povoient conquerir, Ilz ne demanderoyent mieulx. Vous estes seule soubz les cieulx Le tresor de parfait plaisir. Beaulté, etc. Car ilz vous, etc.

Congneuz les ay jeunes et vieulx, Qu'il ne leur chauldroit de morir, Mais qu'eussent de vous leur desir, Je vous avise qu'ilz sont tieulx. Beaulté, etc.

CHANCON.

Helas! et qui ne l'aymeroit? De Bourbon le droit heritier, Qui a l'estomac de papier, Et aura la goute de droit; Se Lymosin ne lui aidoit, Il mourroit, tesmoing Villequier. Helas! et qui, etc. De Bourbon, etc.

Jamais plus hault ne sailliroit, S'elle lui monstroit ung dangier; Et pour ce, Fayete et Gouffier, Aidiez chascun en vostre endroit. Helas! et qui, etc.

RONDEL.

Bien viengne doulx regart qui rit, Quelque bonne nouvelle porte, Dont Dangier fort se desconforte, Et de courroux en douleur frit. Ne peut chaloir de son despit, Ne de ceulx qui sont de sa sorte. Bien viengne, etc. Quelque, etc.

Dangier dist: baille par escript, Et qu'il n'entre point en la porte; Mais Amour, comme la plus forte, Veult qu'il entre sans contredit. Bien viengne, etc.

CHANCON.

Dieu vous envoye pascience, Gentil conte Cleremondois, Vous congnoissez, à ceste foiz, Qu'est d'amoureuse penitence; Puisqu'estes hors de la presence, De celle que bien je congnois. Dieu vous, etc. Gentil conte, etc.

Vouer vous povez aliance A la riche, comme je crois, Ne vous trouverez de ce mois, Las! trop estes loing d'alegance. Dieu vous, etc.

RONDEL.

En la promesse d'Esperance Où j'ay temps perdu et usé, J'ay souvent conseil reffusé, Qui me povoit donner plaisance. Las! ne suis le premier de France Qui sotement s'est abusé, En la promesse, etc. Où j'ay temps, etc.

Et, de ma nysse gouvernance, Devant Raison j'ay accusé Mon cueur; mais il s'est excuse, Disant que deceu l'a Fiance En la promesse, etc.

CHANCON.

Sauves toutes bonnes raisons, Mieulx vault mentir, pour paix avoir, Qu'estre batu, pour dire voir; Pour ce, mon cueur, ainsi faisons. Riens ne perdons, se nous taisons, Et se jouons au plus savoir. Sauves toutes, etc. Mieulx vault, etc.

Parler boute feu en maisons, Et destruit paix, ce riche avoir; On aprent à taire et à veoir, Selon les temps et les saisons. Sauves toutes, etc.

RONDEL.

Mon cueur, il me fault estre mestre A ma foiz, aussi bien que vous, N'en ayez ennuy, ou courroux; Certes il convient ainsi estre. Trop longuement m'avez fait pestre, Et toujours tenir au dessous. Mon cueur, etc. A ma foiz, etc.

Allez à dextre, ou à senestre, Pris serez, sans estre rescous, Passer vous fault, mon amy doulx, Ou par là, ou par la fenestre. Mon cueur, etc.

CHANCON.

Il souffist bien que je le sache, Sans en enquerir plus avant; Car se tout aloye disant, On vous pourrait bien dire actache. Nul de la langue ne m'arrache Ce qu'en mon cueur je voys pensant. Il souffist, etc. Sans en, etc.

Ainsi qu'en blanc pert noire tache, Vostre fait est si apparant, Que m'y trouve trop congnoissant; Qui est descouvert, mal se cache. Il souffist, etc.

RONDEL.

Mes yeulx trop sont bien reclamez, Quant ma Dame si les appelle, Leur monstrant sa grant beaulté belle, Ilz reviennent comme affamez; Maugré mesdisans peu amez, Et Dangier qui tient leur querelle. Mes yeulx, etc. Quant ma, etc.

Estre devroient diffamez, S'ilz ne voloyent, de bonne elle, Vers les grans biens qui sont en elle; De ce ne seront ja blasmez. Mes yeulx, etc.

CHANCON.

Pense de toy Dorenavant, Du demourant Te chaille poy. Ce monde voy En empirant. Pense, etc. Dorenavant, etc.

Regarde et oy, Va peu parlant; Dieu tout puissant Fera de soy. Pense, etc.

RONDEL.

Retraiez vous, regart mal avisé, Vous cuidez bien que nulluy ne vous voye; Certes, Aguet par tous lieux vous convoye Priveement, en habit desguisé. De gens saichans en estes moins prisé, D'ainsi tousjours trocter parmy la voye. Retraiez vous, etc. Vous cuidez, etc.

Dangier avez contre vous atisé, Quant sot maintien tellement vous forvoye; Au derrenier, faudra qu'il y pourvoye, Il est ainsi que je l'ay devisé. Retraiez vous, etc.

CHANCON.

Ce n'est riens qui ne puist estre, On voit de plus grans merveilles, Que de baster aux corneilles Les mariz, et l'erbe pestre. Car de jouer tours de maistre, Femmes sont les nompareilles. Ce n'est riens, etc. On voit, etc.

Tant aux huis, comme aux fenestres, En champs, jardins, ou en trailles, Par tout ont yeulx et oreilles, Soit à dextre, ou a senestre. Ce n'est riens, etc.

RONDEL.

Regart, vous prenez trop de paine, Tousjours courez et racourez, Il semble qu'aux barres jouez; Reprenez un peu vostre alaine. Cueurs qu'Amours tient en son demaine, Cuident qu'assaillir les voulez. Regart, vous, etc. Tousjours, etc.

Amours, une fois la sepmaine C'est raison que vous reposez, Et affin que ne morfondez, Il faudra que l'en vous pourmaine. Regart, etc.

CHANCON.

Or est de dire, laissez m'en paix, Et tout plain, de rien ne m'est plus; Mes propos sont en ce conclus, Qu'ainsy demourray desormais. De s'entremectre de mes faiz, Je n'en requier nulles, ne nuls. Or est, etc. Et tout, etc.

Fortune, par ses faulx atraiz, En pipant, a pris à la glus Mon cueur, et en soussy reclus Se tient, sans departir jamais. Or est, etc.

RONDEL.

Le voulez vous? Que vostre soye, Rendu m'octroye, Pris ou recous. Ung mot pour tous, Bas qu'on ne l'oye. Le voulez, etc. Que vostre, etc.

Maugré jalons, Foy vous tendroye, Or sa, ma joye, Accordons nous. Le voulez, etc.

CHANCON.

C'est grant paine que de vivre en ce monde, Encores est ce plus paine de mourir; Si convient il, en vivant, mal souffrir, Et au derrain, de mort passer la bonde. S'aucunefois joye, ou plaisir abonde, On ne les peut longuement retenir. C'est grant, etc. Encores, etc.

Pour ce, je vueil comme un fol qu'on me tonde, Se plus pense, quoyque voye à venir, Qu'a vivre bien, et bonne fin querir; Las! il n'est rien que soussy ne confonde. C'est grant, etc.

RONDEL.

Crevez moy les yeulx, Que ne voye goute, Car trop je redoubte, Beaulté en tous lieux; Ravir jusqu'aux cieulx Veult ma joye toute. Crevez moy, etc. Que ne, etc.

D'elle me gard Dieux, Affin qu'en sa route Jamais ne me boute; N'est ce pour le mieulx? Crevez moi, etc.

Quant je la regarde, Elle vient ferir Mon cueur, de la darde D'amoureux desir.

CHANCON.

En vivant en bonne esperance, Sans avoir desplaisance, ou dueil, Vous aurez brief, à votre vueil, Nouvelle plaine de plaisance. De guerre n'avons plus doubtance, Mais tousjours gracieulx acueil. En vivant, etc.

Tous nouveaulx revendrons en France, Et quant me reverrez à l'ueil, Je suis tout autre que je sueil; Au moins j'en fais la contenance. En vivant, etc.

RONDEL.

Jeunes amoureux nouveaulx, En la nouvelle saison, Par les rues, sans raison, Chevauchent faisans les saulx; Et font saillir des carreaulx Le feu, comme de charbon. Jeunes, etc. En la, etc.

Je ne scay se leurs travaulx Ilz employent bien, ou non; Mais piqués de l'esperon, Sont autant que leurs chevaulx. Jeunes, etc.

CHANCON.

(Orléans à Secile.)

Vostre esclave et serf, où que soye, Qui trop ne vous puis mercier, Quant vous a pleu de m'envoyer Le don qu'ay receu à grant joye; Tel que dy, et plus, se povoye, Me trouverez à l'essayer. Vostre esclave, etc. Qui trop, etc.

Paine mectray que brief vous voye, Et tost arez, sans delayer, Chose qui est sus le mestier, Qui vous plaira; plus n'en diroye. Vostre esclave, etc.

RONDEL.

Gardez le trait de la fenestre, Amans, qui par rues passez, Car plus tost en serez blessez, Que de trait d'arc, ou d'arbalestre. N'alez à dextre, ne à senestre Regardant, mais les yeulx bessez. Gardez, etc. Amans, etc.

Se n'avez medicin bon maistre, Si tost que vous serez navrez, A Dieu soiez recommandez; Mort vous tiens, demandez le prestre. Gardez, etc.

CHANCON.

Tellement, quellement, Me faut le temps passer, Et soucy amasser Mainteffoiz, mallement, Quant ne puis nullement Ma fortune casser. Tellement, etc. Me faut, etc.

G'iray tout bellement, Pour paour de me lasser, Et sans trop m'enlasser, Ou monde follement. Tellement, etc.

RONDEL.

En gibessant toute l'apres disnée Parmy les champs, pour me desanuyer, N'a pas longtemps que faisoye l'autrier Voler mon cueur apres mainte pensée; La quilote souvenance nommée, Sourdoit deduit, et savoit remerchier. En gibessant, etc. Parmy, etc.

Gibessiere de passe temps ouvrée, Emplie toute d'assez plaisant gibier, Et puis je peu mon cueur, au derrenier, Sur ung faisant d'esperance celée. En gibessant, etc.

CHANCON.

A tout bon compte revenir Convendra, qui qu'en rie, ou pleure, Et ne scet on le jour, ne l'eure; Souvent en devroit souvenir. Prenez qu'on ait dueil, ou plaisir, En brief temps, ou longue demeure, A tout bon, etc. Convendra, etc.

Las! on ne pense qu'à suyr Le monde qui tousjours labeure; Et quant on cuide qu'il sequeure, Au plus grant besoing vient faillir, A tout bon, etc.

RONDEL.

Que faut il plus à ung cueur amoureux? Quant assiegé l'a Dangier, de tristesse; Qu'avitailler tantost sa forteresse D'assez vivres de Bon espoir eureux, Cappitaine face Desir songneux, Qui, nuyt et jour, fera guet sans peresse. Que faut, etc. Quant, etc.

Artillié soit d'Avis avantureux, Coulevrines et canons, à largesse, Pretz, assortiz et chargiez de Sagesse, Es boulevers et lieux avantageux. Que faut il, etc.

CHANCON.

Vous estes paié pour ce jour, Puis qu'avez eu ung doulx regart; Devant ung ancien regnart, Tost est apparceu ung tel tour; Quant on a esté à sejour, Ce sont les gaiges de musart. Vous estes, etc. Puis qu'avez, etc.

Il souffist pour vostre labour, Et s'apres on vous sert de lart, Prenez en gré, maistre coquart, Ce n'est qu'un restraintif d'amour. Vous estes, etc.

RONDEL.

Des maleureux porte le pris, Servant Dame loyalle et belle, Qui, pour mourir en la querelle, N'acheve ce qu'a entrepris; Diffamé de droit, et repris Par devant dame et damoiselle, Des maleureux, etc. Servant Dame, etc.

Pourquoy est d'amer si espris Quant congnoist que son cueur chancelle? En soy donnant repreuve telle, Où a il ce mestier apris? Des maleureux, etc.

CHANCON.

Puisqu'estes en chaleur d'amours. Pour Dieu, laissez veoir vostre orine; On vous trouvera medicine Qui briefment vous fera secours. Trop tost, oultre le commun cours, Vous bat le cueur en la poictrine. Puisqu'estes, etc. Pour Dieu, etc.

La fievre blanche ses sejours A fait, se voulez que termine, Et que plus ne vous soit voisine, Repousez vous pour aucuns jours. Puisqu'estes, etc.

RONDEL.

En amer n'a que martire, Nully ne le devroit dire Mieulx que moy; J'en sauroye, sur ma foy, De ma main ung livre escripre, Où amans pourroient lire, Des yeulx larmoyans, sans rire, Je m'en croy. En amer, etc. Nully, etc.

Des maulx qu'on y peut eslire, Celluy qui est le mains pire, C'est anoy, Qui n'est jamais à part soy; Plus n'en dy, bien doit souffire. En amer, etc.

CHANCON.

Saint Valentin, quant vous venez En Karesme au commencement, Receu ne serez vrayement Ainsi que acoustumé avez. Soussy et penance amenez, Qui vous recevroit lyement? Saint Valentin, etc. En Karesme, etc.

Une autreffoiz vous avancez Plus tost, et alors toute gent Vous recuilliront autrement; Et pers à choisir amenez. Saint Valentin, etc.

RONDEL.

Me fauldrez vous à mon besoing? Mon reconfort et ma fiance, M'avez vous mis en oubliance? Pourtant se de vous je suis loing, N'avez vous pitié de mon soing, Sans vous, savez que n'ay puissance. Me fauldrez vous, etc. Mon reconfort, etc.

On feroit des larmes ung baing, Qu'ay pleurées de desplaisance, Et crie, par desesperance, Ferant ma poictrine du poing, Me fauldrez, etc.

CHANCON.

Saint Valentin dit: Veez me ca, Et apporte pers à choisir; Viengne qui y devra venir, C'est la coustume de pieca. Quant le jour des Cendres hola Respond, auquel doit on faillir? Saint Valentin, etc. Et apporte, etc.

Au fort, au matin convendra En devocion se tenir, Et apres disner, à loisir, Choississe qui choisir vouldra. Saint Valentin, etc.

RONDEL.

Cueur endormy en pensée, En transes, moitié veillant, S'on lui va riens demandant, Il respont à la volée, Et parle de voix cassée, Sans propos ne tant, ne quant. Cueur endormy, En transes, etc.

Tout met en galimafrée, Lombart, Anglois, Alemant, Francois, Picart et Normant, C'est une chose faée. Cueur, etc.

CAROLE EN LATIN.

Laudes Deo sint, atque gloria, Hoc tempore, pre cordis gaudio, Exultemus cum Dei Filio, Misso nobis a patris gracia.

Tunc prophete vere predixerant Nasciturum de pura virgine, Ut salvaret hos qui perirant, Pro parentum dampnati crimine.

Tunc natus est ex stirpe Regia, Flos ascendens de Jesse gremio; Illi honor et benedictio Qui nos replet tanta leticia. Laudes, etc.

Sic induit se carne hominis, Ut per carnem, carnem redimeret, Sic amorem demonstrans servulis, Quos creavit ne ipsos perderet.

O miranda Regis clemencia! Qui non parcens corpori proprio, Se obtulit diro supplicio, Nostra sanans cruore vicia. Laudes, etc.

RONDEL.

A trompeur, trompeur et demy; Tel qu'on seme convient cuillir; Se mestier voy partout courir, Chascun y joue, et moy aussi. Dy je bien de ce que je dy? De tel pain souppe fault servir. A trompeur, etc. Tel qu'on seme, etc.

Et qui n'a pas langaige en lui, Pour parler selon son desir, Ung truchement lui fault querir Ainsi, ou par là, ou par cy. A trompeur, etc.

RONDEL.

Baillez lui la massue, A cellui qui cuide estre Plus subtil que son maistre, Et sans raison l'argue; Ou il sera beste mue, Quant on l'envoyera pestre. Baillez, etc. A cellui, etc.

Quoy qu'il regibe, ou rue, Si sault par la fenestre, Comme s'il vint de nestre, Sera chose esperdue. Baillez, etc.

RONDEL.

_Ubi supra_, N'en parlons plus Des tours cornulz, _Et cetera; Non est cura_, De telz abus. _Ubi_, etc. N'en, etc.

_Mala jura_ Sont suspendus, Ou deffendus, _Et reliqua. Ubi_, etc.

RONDEL.

Il vit en bonne esperance, Puisqu'il est vestu de gris, Qu'il aura, à son advis, Encore sa desirance; Combien qu'il soit hors de France, Par deca le mont Senis, Il vit, etc. Puisqu'il, etc.

Perdu a sa contenance, Et tous ses jeux et ses ris, Gaigner lui fault Paradis. Par force de paciance. Il vit, etc.

RONDEL.

_Noti me tangere_ Faulte de serviteurs, Car bonté de seigneurs Ne les scet _frangere_. Il vous fault _regere_ En craintes et rigueurs. _Noli me_, etc. Faulte de, etc.

De hault _erigere_ Trop tost en grans faveurs, Ce ne sont que foleurs Bien m'en puis _plangere. Noli me_, etc.

RONDEL. (Orléans à Maistre Estienne le Gout.)

Maistre Estienne le Gout nominatif, Nouvellement, par maniere optative, Si a voulu faire copulative; Mais failli a en son cas genitif. Il avait mis six ducatz en datif, Pour mieulx avoir s'amie vocative. Maistre, etc. Nouvellement, etc.

Quant rencontré a un accusatif, Qui sa robbe lui a fait ablative; De fenestre assez superlative, A fait ung sault portant coups en passif. Maistre, etc.

RONDEL.

Responce de Maistre Estienne le Gout.)

Monseigneur tres supellatif, Pour respondre au narratif De vostre briefve expositive; Elle fut premier vocative, Par le moyen du genitif. Les six ducatz sont nombratif, Mais quant au fait du possessif, La chose est ung peu neutrative. Monseigneur, etc. Pour respondre, etc.

Et quant au dangier du passif, J'ay saufconduit prerogatif, Par quoy mectray paine soubtive D'accorder, sus la negative, L'adjectif et le substantif. Monseigneur, etc.

RONDEL.

Pres là, briquet aux pendantes oreilles, Tu sces que c'est de deduit de gibier, Au derrenier tu auras ton loyer, Et puis seras viande pour corneilles. Tu ne fais pas miracles, mais merveilles, Et as aide pour te bien enseigner. Pres là, briquet, etc. Tu sces, etc.

A toute heure diligemment traveilles, Et en chasse vaulx autant qu'un limier, Tu amaines au tiltre de levrier Toutes bestes, et noires, et vermeilles. Près là briquet, etc.

RONDEL.

Or s'y joue qui vouldra; Qui me change, je le change; Nul ne le tiengne chose estrange, D'avoir selon qu'il fera; Quant par sa faulte fera, Gré ne dessert, ne louange. Or s'y joue, etc. Qui me, etc.

Puisque advisé on l'en a. Et à raison ne se range, S'apres s'elle se revange, Le tort à qui demourra? Or s'y joue, etc.

RONDEL.

(Orléans à Alençon.)

En la vigne jusqu'au peschier Estes bouté, mon filz tres chier, Dont, par ma foy, suis tres joyeulx, Quant de rimer vous voy songneux, Et vous en voulez empeschier? Soit au lever, ou au couchier, Ou quant vous devez chevauchier, Esbatez vous pour le mieulx. En la vigne, etc. Estes bouté, etc.

Se Desplaisir vous vient serchier, Pour de lui tost vous despeschier, Sans estre merencolieux, Grant bien vous fera, se m'aid Dieux, Passez y temps sans plus preschier. En la vigne, etc.

RONDEL.

(Responce d'Alençon.)

Le vigneron fut atrapé, Quant il fut trouvé en la vigne, Trop mieulx que poisson à la ligne, Ne que rat au lardon hapé; D'un trait d'ueil fut prins et frapé, Par celle qui pas ne forligne. Le vigneron, etc, Quant il fut, etc.

A peine lui fut eschappé, Le povre compaignon qui pigne, Tres mal pigne des dents d'un pigne, Ainsi surprins et agrapé. Le vigneron, etc.

RONDEL.

Quant je fus prins ou pavillon De ma Dame tres gente et belle, Je me brulay à la chandelle, Ainsi que fait le papillon. Je rougiz comme vermeillon, Aussi flambant qu'une estincelle. Quand je fus, etc. De ma Dame, etc.

Si j'eusse esté esmerillon, Ou que j'eusse eu aussi bonne elle, Je me feusse gardé de celle Qui me bailla de l'aguillon. Quant je fus, etc.

CHANCON.

_Satis, satis, plus quam salis_, N'en avez vous encore assez? Par Dieu, vous en serez lassez Des folies _quas amatis. Cum sensibus ebetatis_, Soctes gens vous les amassez. _Satis, satis_, etc. N'en avez, etc.

Et pour ce, _si me credatis_, Oubliez tous les temps passez, Et voz meschans pensers cassez, _Dolendo de perpetratis. Salis, satis_, etc.

CHANCON.

Mon cueur plus ne volera, Il est enchaperonné, Nonchaloir l'a ordonné, Qui ja piaca le m'osta. Confort depuis ne lui a Cure, n'atirer donné. Mon cueur, etc Il est, etc.

Se sa gorge gectera? Je ne scay, car gouverné Ne l'ay, mais abandonné; Soit com avenir pourra. Mon cueur, etc.

CHANCON.

_Non temptabis_, tien te coy, Regard plain d'atrayement, _Vade retro_ tellement Que point n'aproches de moy. _Probavi te_, sur ma foy, Je crains ton assotement. _Non_, etc. Regard, etc.

_Ecce_ la raison pourquoy, Tu resveilles trop souvent _Corda_, bien congnois comment Presches l'amoureuse loy. _Non temptabis_, etc.

CHANCON.

Chascun dit qu'estes bonne et belle, Mais mon ueil jugier n'e saura, Car lignage m'avuglera, Qui maintendra vostre querelle; Quant on parle de damoiselle Qui à largesse de biens a. Chascun dit, etc. Mais mon, etc.

A nostre assemblée nouvelle, Verray ce qu'il m'en semblera, Et, s'ainsi est, bien me plaira; Or prenons que vous soyez telle. Chascun dit, etc.

CHANCON.

Gardez vous de _mergo_ Trompeur faulx et rusez, Qui les gens abusez Mainteffoiz _a tergo_. En tous lieux où _pergo_, Fort estes accusez. Gardez vous, etc. Trompeur, etc.

Mercy dit: _abstergo_ Les faultes dont usez, Mais que les refusez; Avisez vous _ergo_. Gardez vous, etc.

RONDEL.

Encore lui fait il grant bien De veoir celle qu'a tant amée, A celui qui cueur et pensée Avoit en elle, comme tien. Combien qu'il n'y aye plus rien, Et qu'autre la lui ait ostée. Encore lui, etc. De veoir, etc.

En regardant son doulx maintien, Et son fait qui moult lui agrée, S'il la peut tenir embrassée, Il pense que une foiz fut sien Encore lui, etc.

CHANCON.

Quant n'ont assez fait dodo, Ces petitz enfanchonnés, Ilz portent soubz leurs bonnés Visaiges pleins de bobo. C'est pitié s'ilz font jojo Trop matin, les doulcinés. Quant n'ont, etc. Ces petitz, etc.

Mieux amassent à gogo Gesir sur molz coissinés, Car ilz sont tant poupinés, Helas! che, guoguo, guoguo. Quant n'ont, etc.

RONDEL.

Avugle et assourdy, De tous poins en nonchaloir, Je ne puis ouir, ne veoir Chose dont soye esjouy. Se desplaisant, ou marry, Tout m'est ung, pour dire veoir. Avugle, etc. De tous, etc.

Es escolles fu nourry D'amours, pensant mieux valoir; Quant plus y cuiday savoir, Plus m'y trouvay rassoty. Avugle, etc.

RONDEL.

_Procul a nobis_ Soient ces trompeurs, _Dantur_ aux flateurs _Verba pro verbis, Sicut pax vobis_, Et tendent ailleurs. _Procul_, etc. Soient ces, etc.

_Non semel sicul bis_, Et des foiz plusieurs, Sont loups ravisseurs Soubz peaulx de brebiz. _Procul_, etc.

RONDEL.

J'estraine de bien loing m'amie, De cueur, de corps et quanque j'ay, En bon an lui souhaideray Joye, santé et bonne vie. Mais que ne m'estraine d'oublie, Ne plus ne moins que la feray. J'estraine, etc. De cueur, etc.

Mon cueur de chapel de soussie, Ce jour de l'an, estreneray; Et à elle presenteray Des fleurs de ne m'oubliez mie. J'estraine, etc.

RONDEL.

Faulcette confite En plaisant parler, Laissez la aler, Car je la despite. Ce n'est que redite De tant l'esprouver. Faulcette, etc. En plaisant, etc.

Et quant on s'acquicte Plus de l'amender, Pis la voy ouvrer, C'est chose maudicte. Faulcette, etc.

RONDEL.

Parlant ouvertement Des faiz du Dieu d'amours, N'a il d'estranges tours En son commandement? Ouil, certainement, Qui dira le rebours? Parlant, etc. Des faiz, etc.

S'on faisoit loyaument Enqueste par les cours, On orroit tous les jours Qu'on s'en plaint grandement. Parlant, etc.

RONDEL.

Il fauldroit faire l'arquemie, Qui vouldroit forgier faulceté Tant qu'elle devint loyaulté, Quant en malice est endurcie. C'est rompre sa teste en folie, Et temps perdre en oysiveté. Il fauldroit, etc. Qui vouldroit, etc.

Plus avant qu'on y estudie, Et moins y congnoist on seurté, Car de faire de mal, bonté, L'un à l'autre trop contrarie. Il fauldroit, etc.

RONDEL.

Tant sont les yeulx de mon cueur endormiz En nonchaloir, qu'ouvrir ne les pourroye; Pour ce, parler de beaulté n'oseroye, Pour le present, comme j'ay fait jadiz. Par cueur retiens ce que j'en ay apris, Car plus ne scay lire ou livre de joye, Tant sont, etc. En nonchaloir, etc.

Chascun diroit qu'entre les rassotiz, Comme aveugle des couleurs jugeroye, Taire m'en vueil, rien n'y voy, Dieu y voye! Plaisans regars n'ont plus en moy logis. Tant sont, etc.

RONDEL.

En changeant mes appetiz, Je suis tout saoul de blanc pain, Et de menger meurs de fain D'un fres et nouveau pain bis. A mon gré, ce pain faitis, C'est ung morceau souverain. En changeant, etc. Je suis tout, etc.

S'il en fust à mon devis, Plus tost anuyt que demain J'en eusse mon vouloir plain, Car grant desir m'en est pris. En changeant, etc.

RONDEL.

(Maistre Jehan Caillau)

Tant sont les yeulx de mon cueur endormiz En nonchaloir, qu'ouvrir ne les pourroye; Pour ce, parler de beaulté n'oseroye Pour le present, comme j'ay fait jadiz; Joye et soulaz ne sont plus mes amis, Chose ne voy de quoy je me resjoye, Tant sont, etc. En nonchaloir, etc.

Je suis mouillé, et retrait, et remis, Morne et pensif, trop plus que ne souloye, J'y voy trouble, car es yeulx ay la taye, Et n'y congnois le blanc d'avec le bis, Tant sont, etc.

RONDEL.

(Fredet.)

Pour mectre à fin la grant doleur Que par trop amer je reçoy, Secourez moy; Las! ou autrement, sur ma foy, Mes jours n'auront pas grant longueur. Car si tres tourmenté je suis, De tant d'ennuys Qui sans cesser me courent seure, Que je n'ays bons jours, bonnes nuys; Et si ne puis Trouver, fors vous, qui me sequeure. Aidez à vostre serviteur, Qui est mieulx pris que par le doy, Ou mort me voy, Se ne montrez brief, savez quoy? Que vous ayez mon fait à cueur. Pour mectre, etc.

RONDEL.

Helas! me tuerez vous? Pour Dieu retraiez cest ueil Qui d'un amoureux acueil M'occit, se ne suis rescous. Je tiens vostre cueur si doulx, Que me rens tout à son vueil. Helas! etc. Pour Dieu, etc.

De quoy vous peut mon courrous Valoir? ne servir mon dueil? Quant humblement, sans orgueil, Je requier mercy à tous. Helas, etc.

RONDEL.

(Responce d'Orleans à Fredet.)

Pour mectre à fin vostre doleur, Où pour le present je vous voy, Descouvrez moy Tout vostre fait, car, sur ma foy, Je vous secourray de bon cueur; Plus avant offrir ne vous puis, Fors que je suis Prest de vous aider à toute heure, A vous bouter hors des ennuys Que, jours et nuys, Dictes qu'avec vous font demeure. Quant vous tenez mon serviteur, Et vostre doleur apparcoy, Montrer au doy On me devroit, se tenir quoy Vouloye, comme faint seigneur. Pour mectre, etc.

RONDEL.

Ung cueur, ung vueil, une plaisance, Ung desir, ung consentement, Ung reconfort, ung pensement, Fermez en loyalle fiance, Dieu que bonne en est l'accointance! Tenir la doit on chierement. Ung cueur, etc. Ung desir, etc.

Contre Dangier et sa puissance. Qui les het trop mortelement, Gardons les bien et saigement; N'est ce toute nostre chevance? Ung cueur, etc.

RONDEL.

Pour ce que plaisance est morte, Ce May suis vestu de noir, C'est grant pitié de veoir Mon cueur, qui s'en desconforte. Je m'abille de la sorte Que doy, pour faire devoir. Pour ce que, etc. Ce May, etc.

Le temps ces nouvelles porte, Qui ne veult deduit avoir, Mais par force de plouvoir, Fait des champs clorre la porte. Pour ce que, etc.

RONDEL.

Cueur, à qui prendrez vous conseil? A nul ne povez descouvrir Le tres angoisseux desplaisir Qui vous tient en paine et traveil. Je tiens qu'il n'a soubz le souleil, De vous plus parfait vray martire. Cueur, a qui, etc. A nul, etc.

Au moins faictes vostre apareil De bien vous faire ensevellir, Ce n'est que mort d'ainsi languir, En tel martire nompareil. Cueur, à qui, etc.

RONDEL.

A Dieu! qu'il m'anuye, Helas! qu'est ce cy? Demourray ainsi En merencolie? Qui que chante, ou rie, J'ay tousjours soussy. A Dieu, etc. Helas! qu'est ce, etc. Penser me guerrie, Et fortune aussi, Tellement, et si Fort que hé ma vie. A Dieu, etc.

RONDEL.

Dedens mon livre de pensée, J'ay trouvé escripvant mon cueur, La vraye histoire de doleur, De lermes toute enluminée; En deffassent la tres amée Ymage de plaisant doulceur. Dedens mon, etc. J'ay trouvé, etc.

Helas! où l'a mon cueur trouvée? Les grosses goutes de sueur Lui saillent, de peine et labeur Qu'il y prent, et nuit, et journée. Dedens, etc.

RONDEL.

Ci pris, ci mis, Trop fort me lie Merencolie, De pis en pis, Quant me tient pris En sa baillie. Ci pris, etc. Trop fort, etc.

Se hors soussis Je ne m'alie A chiere lie, Vivant languis. Ci pris, etc.

RONDEL.

En regardant ces belles fleurs Que le temps nouveau d'amours prie, Chascune d'elle s'ajolie, Et farde de plaisans couleurs; Tant embasmées sont de odeurs Qu'il n'est cueur qui ne rajeunie. En regardant, etc. Que le temps, etc.

Les oyseaulx deviennent danseurs Dessus mainte branche fleurie, Et font joyeuse chanterie, De contres, des chans et teneurs. En regardant, etc.

RONDEL.

Et de cela, quoy? Se soussy m'assault, A mon cueur n'en chault, N'aussi peu à moy; Comme j'appercoy, Courroux riens n'y vault. Et de cela, etc. Se soussy, etc.

Par luy je reçoy Souvent froit et chault, Puisqu'estre ainsi fault, Remede n'y voy. Et de cela, etc.

RONDEL.

Oncques feu ne fut sans fumée, Ne doloreux cueurs sans pensée, Ne reconfort sans esperance, Ne joyeulx regart sans plaisance, Ne beau soleil qu'apres nuée. J'ay tost ma sentence donnée, De plus sachant soit amendée, J'en dy selon ma congnoissance. Oncques feu, etc. Ne doloreux, etc.

Esbatement n'est sans risée, Souspir sans chose regretée, Souhait sans ardant desirance, Doubte sans muer contenance, C'est chose de vray esprouvée. Oncques feu, etc.

RONDEL.

Et de cela, quoy? En ce temps nouveau, Soit ou laid, ou beau, Il m'en chault bien poy; Je demourray quoy En ma vieille peau. Et de cela, etc.

Plusieurs, comme voy, Ont des pois au veau; Je mectray mon seau Qu'ainsi je le croy. Et de cela, etc.

RONDEL.

Chantez ce que vous pensez, Monstrant joyeuse maniere. Ne la vendez pas si chiere, Trop en vis la despensez. Or sus, tost vous avancez, Laissez coustume estrangiere. Chantez ce que, etc. Monstrant, etc.

Tous noz menuz pourpensez Descouvrons, à lye chiere, L'un à l'autre, sans priere; J'acheveray, commencez. Chantez, etc.

RONDEL.

Le trouveray je jamais? Ung loyal cueur joint au mien, A qui je soye tout sien, Sans departir desormais. D'en deviser par souhais, Souvent m'y esbas, et bien. Le trouveray, etc. Ung loyal, etc.

Autant vault se je m'en tais, Car certainement je tien Qu'il ne s'en fera ja rien; En toute chose a ung mais. Le trouveray, etc.

RONDEL.

Gens qui cuident estre si saiges Qu'ilz pensent plusieurs abestir, Si bien ne se sauront couvrir Qu'on n'aperçoive leurs couraiges; Payer leur fauldra les usaiges De leurs becz jaunes, sans faillir. Gens qui, etc. Qu'ilz pensent, etc.

On scet par anciens ouvraiges, Dequel mestier scevent servir; Melusine n'en peut mentir, Elle les cognoist aux visaiges. Gens qui, etc.

RONDEL.

Il me pleust bien, Se tour il a, Quan me monstra Que estoit tout mien; Par son maintien Tost me gaigna. Il me, etc. Se tour, etc.

Sans dire rien, Mon cueur pensa, Et ordonna, Qu'il seroit sien. Il me, etc.

RONDEL.

Quant j'ay ouy le tabourin Sonner, pour s'en aler au May, En mon lit fait n'en ay effray, Ne levé mon chief du coissin; En disant: il est trop matin, Ung peu je me rendormiray. Quant j'ay, etc. Sonner, pour, etc.

Jeunes gens partent leur butin, De nonchaloir m'accointeray, A lui je m'abutineray, Trouvé l'ay plus prouchain voisin. Quant j'ay, etc.

RONDEL.

En mon cueur cheoit, Et là devinoye, Comme je pensoye, Qu'ainsi m'avendroit. Fol tant qu'il reçoit, Ne croit rien qu'il voye. En mon, etc. Et là, etc.

Sotye seroit, Se plus y musoye; Ma teste romperoye, Soit ou tort, ou droit. En mon, etc.

RONDEL.

Le premier jour du mois de May, De tanne et de vert perdu, Las! j'ay trouvé mon cueur vestu, Dieu scet en quel piteux array! Tantost demandé je lui ay, Dont estoit cest habit venu? Le premier, etc. De tanne, etc.

Il m'a respondu, bien le scay, Mais par ma foy ne sera cogneu; Desplaisance m'en a pourveu, Sa livrée je porteray. Le premier, etc.

RONDEL.

Le monde est ennuyé de moy, Et moy pareillement de lui; Je ne congnois rien aujourdui Dont il me chaille que bien poy. Dont quanque devant mes yeulx voy, Puis nommer anuy sur anuy. Le monde, etc. Et moy, etc.

Chierement se vent bonne foy, A bon marché n'en a nulluy; Et pour ce, se je suis cellui Qui m'en plains, j'ay raison pourquoy. Le monde, etc.

RONDEL

De riens ne sert à cueur en desplaisance, Chanter, dancer, n'aucun esbatement, Il lui souffit de povoir seulement Tousjours penser en sa male meschance; Quant il congnoist qu'en hasart gist sa chance, Et desir n'est à son commandement. De riens ne sert, etc. Chanter, dancer, etc.

S'on rit, pleurer lui est d'acoustumance; S'il peut, à part se met le plus souvent. Afin qu'à nul ne tiengne parlement; Pour le guerir ja mire ne s'avance. De riens ne sert, etc.

RONDEL.

Vous y fiez vous? En mondain espoir, S'il scet decevoir, Demander à tous. Son actrait est doulx, Pour gens mieulx avoir. Vous y, etc. En mondain, etc.

De joye, ou courroux, Soing, ou nonchaloir, Veult, à son vouloir, Tenir les deux boux. Vous y, etc.

RONDEL.

Fiez vous y, A qui? En quoy? Comme je voy, Riens n'est sans sy; Ce monde cy A sy Pou foy. Fiez, etc. A, etc.

Plus je n'en dy, N'escry, Pourquoy? Chascun j'en croy; S'il est ainsy, Fiez, etc.

RONDEL.

Vengence de mes yeulx Puisse mon cueur avoir, Ilz lui font recevoir Trop de maulx en mains lieux. Amours, le Roy des Dieux, Faictes vostre devoir. Vengence, etc, Puisse mon, etc.

Se jamais plus sont tieulx, Encontre mon vouloir, Sur eulx, et main, et soir, Crieray jusques aux cieulx. Vengence, etc.

RONDEL.

De legier pleure à qui la lippe pent; Ne demandez jamais comment lui va, Laissez l'en paix, il se confortera, Ou en son fait mectra appoinctement. A son umbre se combactra souvent, Et puis son frein rungier lui convendra. De legier, etc. Ne demandez, etc.

S'en parle à lui, il en est mal content; Cheminée, au derrain trouvera, Par où passer sa fumée pourra; Ainsi avient le plus communement. De legier, etc.

RONDEL.

Espoir ne me fist oncques bien, Souvent me ment pour me complaire, Et assez promet sans riens faire, Dont à lui peu tenu me tien; En ses ditz ne me fie en rien, Se Dieu m'aist, je ne m'en puis taire. Espoir ne, etc. Souvent me, etc.

Quant reconfort requerir lui vien, Et cuide qu'il le doye faire, Tousjours me respont au contraire, Et me hare reffus son chien. Espoir ne, etc.

RONDEL.

Dont viens tu maintenant, souspir, Aportes tu nulles nouvelles? Dieu doint qu'ilz puissent estre telles Que voulentiers les doye ouir. S'ilz viennent de devers Desir, Ilz ne sont que bonnes et belles. Dont viens, etc. Aportes tu, etc.

Mais s'ilz sourdent de Desplaisir, J'ayme mieulx que tu les me celes, Assez et trop j'en ay de telles; Ne dy riens que pour m'esjouir. Dont viens, etc.

RONDEL.

C'est par vous seulement, Fiance, Qu'ainsi je me trouve deceu; Car, se par avant l'eusse sceu, Bien y eusse mis pourveance. Au fort, quant je suis en la dance, Puisqu'il est trait, il sera beu. C'est par vous, etc. Qu'ainsi je, etc.

Je doy bien hair l'acointance Du premier jour que vous ay veu, Car prins m'avez au despourveu; Nul n'est trahy qu'en esperance. C'est par, etc.

RONDEL.

Ou pis, ou mieulx, Mon cueur aura, Plus ne sera En soussy tieulx; Par Dieu, des cieulx Chemin prendra. Ou pis, etc. Mon cueur, etc.

En aucuns lieux, Fortune, or ca, On vous verra Plus cler aux yeulx. Ou pis, etc.

RONDEL.

Par vous, regart, sergent d'amours, Sont arrestés les povres cueurs, Souvent en plaisirs et doulceurs, Et mainteffoiz tout au rebours; Devant les amoureuses cours, Les officiers et gouverneurs. Par vous, etc. Sont arrestés, etc.

Et adjournez à trop briefz jours, Pour leur porter plus de rigueurs, Comme subgiez et serviteurs, Endurent mains estranges tours. Par vous, etc.

RONDEL.

S'en mes mains une foiz vous tiens, Pas ne m'eschapperez, Plaisance, Ja Fortune n'aura puissance Que n'aye ma part de voz biens; En despit de Dueil et des siens, Qui me tourmentent de penance. S'en mes, etc. Pas ne, etc.

Doy je tousjours, sans avoir riens, Languir en ma dure grevance? Nennil, promis m'a Esperance Que serez de tous poins des miens. S'en mes, etc.

RONDEL.

Payés selon vostre deserte Puissiez vous estre! faulx trompeurs, Au derrenier des cabuseurs Sera la malice deserte. D'entre deux meures, une verte Vous fault servir, pour voz labeurs. Payés selon, etc. Puissiez vous, etc.

Vostre besongne est trop ouverte, Ce n'est pas jeu d'entrejecteurs; Aux esches s'estes bons joueurs, Gardez l'eschec à descouverte. Payés selon, etc.

RONDEL.

Plus penser que dire, Me convient souvent, Sans monstrer comment, N'a quoy, mon cueur tire; Faignant de soubzrire, Quant suis tres dolent. Plus penser, etc. Me convient, etc.

En toussant, souspire Pour secretement Musser mon tourment, C'est privé martire. Plus penser, etc.

RONDEL.

Mort de moy! vous y jouez vous Avec Dame Merencolie? Mon cueur, vous faictes grant folye, C'est la nourrisse de courroux. Ung baston qui point à deux boutz, Porte, dont elle s'escremye. Mort de moy, etc. Avec Dame, etc.

Je tiens saiges toutes et tous, Qui eslongnent sa compaignie; Saint Jehan, je ne m'y mectray mie, Que je m'y boutasse à quans coups. Mort de moy, etc.

RONDEL.

Je ne suis pas de ses gens là, A qui Fortune plaist et rit, De reconfort trop m'escondit, Veu que tant de mal donné m'a. S'on demande comment me va? Il est ainsi comme j'ay dit. Je ne suis, etc. A qui, etc.

Quant je dy que bon temps vendra, Mon cueur me respont par despit: Voire, s'Espoir ne vous mentit, Plusieurs decoit et decevra. Je ne suis, etc.

RONDEL.

Allez, allez, vieille nourrice De courroux et de malle vie Rassotée Merencolie, Vous n'avez que dueil et malice; Desormaiz plus n'aurez office Avec mon cueur, je vous regnye. Allez, allez, etc. De courroux, etc.

Pour vous n'y a point lieu propice, Confort l'a prins, n'en doubtez mie, Fuyez hors de la compaignie; D'Espoir fais nouvel edifice. Allez, allez, etc.

RONDEL.

Remede comment Pourray je querir? Du mal qu'à souffrir J'ay trop longuement. Qu'en dit loyaument Conseil? sans mentir. Remede, etc. Pourray je, etc.

Pour abregement, Guerir, ou mourir; Plus ne puis fournir, Se sens ne m'aprent. Remede, etc.

RONDEL.

Vous ne tenez compte de moy, Beau Sire, mais qui estes vous? Voulez vous estre seul sur tous, Et qu'on vous laisse tenir quoy? Merencolie suiz, et doy En tous faiz, tenir l'un des bouts. Vous ne tenez, etc. Beau Sire, etc.

Se je vous pinsse par le doy, Ne me chault de vostre courroux; On verra se serez rescous Des mains, par qui, et pourquoy? Vous ne tenez, etc.

RONDEL.

Quant je voy ce que ne vueil mie. Et n'ay ce dont suis desirant, Pensant ce qui m'est desplaisant, Est ce merveille s'il m'anuye? Nennil, force est que me soussie De mon cueur qui est languissant. Quant je voy, etc. Et n'ay, etc.

En douleur et merencolie Suis, nuit et jour, estudiant; Lors je me boute trop avant En une haulte theologie. Quant je voy, etc.

RONDEL.

Ainsi que chassoye aux sangliers, Mon cueur chassoit apres Dangiers En la forest de ma pensée, Dont rencontra grant assemblée Trespassans par divers sentiers; Deux ou trois saillirent premiers, Comme fors, orgueilleux et fiers; N'estoit ce pas chose esfroyée? Ainsi que, etc. Mon cueur, etc. En la forest, etc.

Lors mon cueur lascha sus levriers, Lesquels sont nommés Desiriers; Puis Esperance l'asseurée, L'espieu ou poing, sainte l'espée, Vint pour combatre voulentiers. Ainsi que, etc.

RONDEL.

Sot euil, reporteur de nouvelles, Où vas tu? et ne sces pourquoy, Ne sans prandre congié de moy En la compaignie des belles, Tu es trop tost accointé d'elles; Il te vaulsist mieulx tenir quoy. Sot euil, etc. Où vas tu, etc.

Se ne changes manieres telles, Par raison, ainsi que je doy, Chastier te vueil, sur ma foy; Contre toy j'ay assez querelles. Sot euil, etc.

RONDEL.

Mort de moy! vous y jouez vous? En quoy? es faiz de tromperie; Ce n'est que coustume jolie Dont ung peu ont toutes et tous; Renverser s'en dessuz dessoubz, Est ce bien fait? je vous en prie. Mort de moy, etc. En quoy, etc.

Laissez moy taster vostre pouls, Vous tient point celle maladie? Parlez bas, qu'on ne l'oye mie, Il semble que criez aux loups. Mort de moy, etc.

RONDEL.

Est ce vers moi qu'envoyez ce souspir? M'apporte il point quelque bonne nouvelle? Soit mal ou bien, pour Dieu, qu'il ne me celle Ce que lui vueil de mon fait enquerir. Suis je jugié de vivre, ou de mourir? Soustendra ja Loyaulté ma querelle? Est ce vers moy, etc. M'apporte il, etc.

Et, nuit et jour, j'escoute pour ouir S'auray confort de ma paine cruelle, Pire ne peut estre se non mortelle, Dictes se riens y a pour m'esjouir? Est ce vers moy, etc.

RONDEL.

M'apellez vous cela jeu? D'estre tousjours en ennuy; Certes, je ne voy nulluy Qui n'en ait plus trop que peu. Nul ne desnoue ce neu, S'il n'a de Fortune apuy. M'apellez, etc. D'estre, etc.

On s'art qui est pres du feu; Et pour ce, je suis cellui Qui à mon povoir le sui, Quant je n'y congnois mon preu. M'apellez vous, etc.

RONDEL.

Alons nous esbatre, Mon cueur, vous et moy, Laissons, à part soy, Soussy se combatre; Tousjours veult desbatre, Et jamais n'est quoy. Alons nous, etc. Mon cueur, etc.

On vous devroit batre, Et monstrer au doy, Se, dessoubz sa loy, Vous laissez abatre. Allons nous, etc.

RONDEL.

Aussi bien laides que belles Contrefont les dangereuses, Et souvent les precieuses, Ilz ont les manieres telles; Pareillement les pucelles Deviennent tantost honteuses Aussi bien, etc. Contrefont, etc.

Les vieilles font les nouvelles, En parolles gracieuses Et accointances joyeuses, C'est la condicion d'elles. Aussi bien, etc.

RONDEL.

Je vous arreste, de main mise, Mes yeulx, emprisonnés serez, Plus mon cueur ne gouvernerez, Desormais je vous en avise; Trop avez fait à vostre guise, Par ma foy, plus ne le ferez. Je vous arreste, etc. Mes yeulx, etc.

On peut bien pour vous corner prise, Prins estes, point n'eschapperez; Nul remede n'y trouverez, Rien n'y vault apel, ne franchise. Je vous arreste, etc.

RONDEL.

Qui a toutes ses hontes beues, Il ne lui chault que l'en lui die, Il laisse passer mocquerie Devant ses yeulx, comme les nues. S'on le hue parmy les rues, La teste hoche à chiere lie. Qui a toutes, etc. Il ne lui, etc.

Truffes sont vers lui bien venues, Quant gens rient, il faut qu'il rie; Rougir on ne le feroit mie, Contenances n'a point perdues. Qui a toutes, etc.

RONDEL.

En mes pais, quant me trouve à repos, Je m'esbays, et n'y scay contenance, Car j'ay apris travail des mon enfance, Dont fortune m'a bien chargié le dos. Que voulez que vous die? à briefz mos, Ainsi m'est il, ce vient d'acoustumarice. En mes pais, etc. Je m'esbays, etc.

Tout à part moy, en mon penser m'enclos, Et fais chasteaulx en Espaigne et en France; Oultre les monts, forge mainte ordonnance, Chascun jour, j'ay plus de mille propos. En mes pais, etc.

RONDEL.

Repaissez vous en parler gracieux, Avec dames qui menguent poisson, Vous qui jeusnez par grant devocion, Ce vendredi ne povez faire mieulx. Se vous voulez de Deesses, ou Dieux, Avoir confort, ou consolacion, Repaissez vous, etc. Avec dames, etc.

Lire vous voy faiz merencolieux De Troilus, plains de compassion; D'Amour martir fut en sa nascion, Laissez l'en paix, il n'en est plus de tieulx. Repaissez vous, etc.

RONDEL.

Alez vous en, alez, alez, Soussy, Soing et Merencolie, Me cuidez vous toute ma vie Gouverner, comme fait avez? Je vous promet que non ferez, Raison aura sur vous maistrie. Alez vous en, etc, Soussy, Soing, etc.

Se jamais plus vous retournez Avecques vostre compaignie, Je pri à Dieu qu'il vous maudie, Et ce par qui vous revendrez. Alez vous en, etc.

RONDEL.

Hau guecte mon ueil, et puis quoi? Voyez vous riens? ouil, assez; Qu'est ce cela que vous savez? Cler, le vous puis monstrer au doy. Regardez plus avant un poy, Vos regars ne soient lassez. Hau guecte, etc. Voyez vous, etc.

Acquicté me suis, comme doy, Il a ja plusieurs ans passez, Sans avoir mes gaiges cassez, Bien avez servi, sur ma foy. Hau guecte, etc.

RONDEL.

Se vous voulez que tout vostre deviengne, En me monstrant quelque joyeux semblant, Dictes ce mot: Je vous tiens mon servant, Servez si bien que contente m'en tiengne. Devoir feray, comment qu'il m'en adviengne, Tres loyaument, desoresenavant. Se vous voulez, etc. En me monstrant, etc.

Sans que mercy, ne grace me soustiengne, S'en loyaulté je faulx, ne tant ne quant, Punissez moy tout à vostre talant; Et se bien sers, pour Dieu, vous en souviengne. Se vous voulez, etc.

RONDEL.

Que nous en faisons De telles manieres, Et doulces, et fieres, Selon les saisons; En champs, ou maisons, Par bois et rivieres, Que nous, etc. De telles, etc.

Ung temps nous taisons, Tenans assez chieres, Nos joyeuses chieres, Puis nous rapaisons. Que nous, etc.

RONDEL.

A l'autre huis, Souvent m'envoye Esperance, Et me tanse, Quant en tristesse je suis. Jours et nuys, Cellui demande alegance. A l'autre, etc. Souvent, etc.

Oncques puis Que failli ma desirance, De plaisance Mon cueur et moy, sommes vuys. A l'autre, etc.

RONDEL.

Vendez autre part vostre dueil, Quant est à moy, je n'en ay cure; A grant marché, oultre mesure, J'en ay assez contre mon vueil. Ja n'entrera dedans le sueil De mon Penser, je vous le jure. Vendez, etc. Quant est, etc.

Desconforté, la lerme à l'ueil, Ailleurs quiere son avanture, Plus ne vous mene vie dure, Puisque mal vous fait son accueil. Vendez, etc.

RONDEL.

Comme j'oy que chascun devise; On n'est pas tousjours à sa guise, Beau chanter si ennuye bien, Jeu qui trop dure, ne vault rien; Tant va le pot à l'eaue qui brise. Il convient que trop parler nuyse, Se dit on, et trop grater cuise; Riens ne demeure en ung maintien. Comme j'oy, etc. On n'est pas, etc. Beau chanter, etc.

Apres chault temps, vient vent de bise, Apres hucques, robbes de frise, Le monde de passé revien, A son vouloir joue du sien, Tant entre gens laiz que d'Eglise. Comme j'oy, etc.

RONDEL

Clermondois.

Qui veult achater de mon dueil? D'en avoir trop, las! je me vante, Car ma povre vie dolante N'en peut plus, non fait pas mon vueil. Partout où je voys, mon recueil Est si piteux, et mon actente. Qui veult, etc. D'en avoir, etc.

Que j'aye ung petit bon accueil Au commancement de ma vante, Et puis apres, se jamais hante. Amours, qu'on me creve cest ueil. Qui veult, etc.

RONDEL.

Ad ce premier jour de l'année, De cueur, de corps et quanque j'ay, Priveement estreneray; Ce qui me gist en ma pensée, C'est chose que tondray cellée, Et que point ne descouvreray. Ad ce premier, etc. De cueur, etc.

Avant que soit toute passée L'année, je l'aproucheray, Et puis à loisir conteray L'ennuy qu'ay, quant m'est eslongnée. Ad ce premier, etc.

RONDEL DOUBLE.

Que voulez vous que plus vous die? Jeunes assotez amoureux, Par Dieu, j'ay esté l'un de ceulx Qui ont eu vostre maladie; Prenez exemple, je vous prie, A moy qui m'en complains et deulx. Que voulez, etc.

Et pour ce, de vostre partie, Se voulez croire mes conseulx, D'abregier, conseillier vous veulx, Voz faiz, en sens, ou en folie. Que voulez vous, etc.

Plusieurs y trouvent chiere lye Mainteffoiz, et plaisans acueulx. Que voulez vous, etc.

Mais au derrain, Merencolie De ses huis fait passer les seulx, En deuil et soussy, Dieu scet quieulx; Lors ne chault de mort, ou de vie. Que voulez vous, etc.

RONDEL.

Mais que vostre cueur soit mien, Ne doit le mien estre vostre? Ouil, certes, plus que sien. Que vous en semble? dy je bien? Vray comme la Patenostre. Mais que vostre, etc.

Content et joyeulx m'en tien, Foy que doy saint Pol l'Apostre, Je ne désire autre rien. Mais que vostre, etc.

RONDEL.

A ce jour de saint Valentin, Que prendray je? per, ou non per; D'Amours ne quiers riens demander, Pieca, j'eus ma part du butin; Veu que plus resveille matin Ne vueil avoir, mais reposer. A ce jour, etc. Que prendray, etc.

Jeunes gens voisent au hutin Leurs sens, ou folie esprouver; Vieux suis pour à l'escolle aller, J'entens assez bien mon latin. A ce jour, etc.

RONDEL.

Pour Dieu! boutons la hors, Ceste Merencolie, Qui si fort nous guerrie, Et fait tant de grans tors. Monstrons nous les plus fors, Mon cueur, je vous en prie. Pour Dieu, etc. Ceste, etc

Trop lui avons amors D'estre en sa compaignie, Ne nous amuserons mie A croire ses rappors. Pour Dieu, etc.

RONDEL.

Contre le trait de faulceté, Convient harnois de bonne espreuve, Artillerie forgé neufve, Chascun jour, en soutiveté. A! Jhesus, _benedicite_, Nul n'est qui seulement se trouve Contre le, etc. Convient, etc.

Au derrain fera Loyaulté, Faulceté de son penser, veufve; Pour Raison fault que Dieu s'esmeuve, Monstrant sa puissance et bonté. Contre le, etc.

RONDEL.

Acquictez vostre conscience, Et gardez aussi vostre honneur, Ne laissez mourir en douleur Ce qui avoir vostre aide pense; Puisque avez le povoir en ce De l'aider, par grace et doulceur. Acquictez vostre, etc. Et gardez, etc.

On criera sur vous vengence, Se souffrez murdrir en rigueur, Ainsi à tort, ung povre cueur; Assez a porté pascience. Acquictez vostre, etc.

RONDEL.

On ne peut servir en deux lieux, Choisir convient ou ca, ou là; Au festu tire qui pourra, Pour prendre le pis, ou le mieulx. Qu'en dictes vous? jeunes et vieulx, Parle qui parler en vouldra. On ne peut, etc. Choisir, etc.

Les faiz de ce monde sont tieulx: Qui bien fera, bien trouvera; Chascun son paiement aura, Tesmoing les Deesses et Dieux. On ne peut, etc.

RONDEL.

Le truchement de ma pensée, Qui est venu devers mon cueur, De par Reconfort, son seigneur, Lui a une lectre apportée; Puis a sa creance contée, En langaige plein de doulceur. Le truchement, etc. Qui est venu, etc.

Response ne lui est donnée, Pour le present, c'est le meilleur; Il aura, par conseil greigneur, Son ambaxade despeschée. Le truchement, etc.

RONDEL.

Quant tu es courcé d'autres choses, Cueur, mieulx te vault en paix laisser, Car s'on te vient araisonner, Tost y trouves d'estranges gloses. De ton desplaisir monstrer n'oses A aucun, pour te conforter. Quant tu es, etc. Cueur, mieulx, etc.

De tes levres les portes closes, Penses de saigement garder; Que dehors n'eschappe parler Qui descouvre le pot aux roses. Quant tu es, etc.

RONDEL.

Le truchement de ma pensée, Qui parle maint divers langaige, M'a rapporté chose sauvaige Que je n'ay point acoustumée. En francoys la m'a translatée, Comme tres souffisant et saige. Le truchement, etc. Qui parle, etc.

Quant mon cueur l'a bien escoutée, Il lui a dit: Vous faictes raige, Oncques mais n'ouy tel messaige, Venez vous d'estrange contrée? Le truchement, etc.

RONDEL.

J'ayme qui m'ayme, autrement non; Et non pourtant je ne hay rien, Mais vouldroye que tout feust bien, A l'ordonnance de raison. Je parle trop, las! se faiz mon; Au fort, en ce propos me tien. J'aime qui, etc. Et non pourtant, etc.

De pensées son chapperon A brodé le povre cueur mien, Tout droit de devers lui je vien, Et m'a baillé ceste chancon. J'aime, etc.

RONDEL.

Comme le subgiet de Fortune, Que j'ay esté en ma jeunesse, Encores le suis en vieillesse; Vers moy la trouve tousjour une. Je suis ung de ceulx, soubz la lune, Qu'elle plus à son vouloir dresse. Comme le, etc. Que j'ay, etc.

Ce ne m'est que chose commune, Obeir fault à ma maistresse; Sans machier, soit joye ou tristesse, Avaler me fault ceste prune. Comme le, etc.

RONDEL.

Ce qui m'entre par une oreille, Par l'autre sault comme est venu, Quant d'y penser n'y suis tenu, Ainsi Raison le me conseille. Se j'oy dire, vecy merveille, L'ung est long, l'autre court vestu. Ce qui m'entre, etc. Par l'autre, etc.

Mais paine pert, et se traveille, Qui devant moy trayne ung festu; Comme ung chat, suis vieil et chenu, Legierement pas ne m'esveille. Ce qui m'entre, etc.

RONDEL.

(Le conte de Clermont.)

Le truchement de ma pensée, Qui de longtemps est commencée, Va devers vous, pour exposer Ce que de bouche proposer N'oze, craignant d'estre tancée. Combien que chose n'a pensée, Dont deust estre desavancée, Comme au long vous pourra gloser. Le truchement, etc. Qui de long, etc. Va devers, etc.

Si soit par vous recompensée, Et selon son cas avancée, Pour mieulx se povoir disposer; Car plus ne pourra reposer, Jusques sa joye ait prononcée. Le truchement, etc.

RONDEL.

Quelque chose derriere, Convient tousjours garder, On ne peut pas monstrer Sa voulenté entiere. Quant on est en frontiere De dangereux parler, Quelque chose, etc. Convient, etc.

Se pensée legiere Veult motz trop despenser, Raison doit espargnier. Comme la tresoriere, Quelque chose, etc.

RONDEL.

(Le conte de Clermont.)

De bien ou mal, le bien faire l'emporte, N'est il pas vray? ainsi que dit chascun; Helas, ouy, car je n'en voy pas ung Qui à la fin d'un jeu ne se deporte. Je vous diray, quant la personne est morte, Et a bien fait, il n'a esté commun. De bien ou mal, etc. N'est il pas vray, etc.

Faisons le donc, nous trouverons la porte De Paradis, où il n'entre nes ung, Que peu ne soit, s'il n'est trop importun De prier Dieu, et à vous m'en rapporte. De bien ou mal, etc.

RONDEL.

Que cuidez vous qu'on verra, Avant que passe l'année? Mainte chose demenée Estrangement, ca et là. Veu que des cy, et des ja, Court merveilleuse brouée. Que cuidez vous, etc. Avant que, etc.

Viengne que advenir pourra? Chascun a sa destinée, Soit que desplaise, ou agrée; Quant nouveau monde vendra, Que cuidez vous, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Quant oyez prescher le regnart, Pensez de voz oyes garder, Sans à son parler regarder, Car souvent scet servir de l'art; Contrefaisant le papelart, Qui scet ses parolles farder. Quant oyez, etc. Pensez de voz, etc.

Les faiz de Dieu je mets à part, Ne je ne les vueil retarder, Ne contre le monde darder, Chascun garde son estandart. Quant oyez, etc.

RONDEL.

pour Estampes.

Je suis mieulx pris que par le doy, Et fort enserré d'un anneau; S'a fait ung visaige si beau, Qui m'a tout conquesté à soy. Je rougis, et bien l'apercoy, Ainsi qu'un amoureux nouveau. Je suis, etc. Et fort, etc.

Et d'amourectes, par ma foy, J'ay assemblé ung grant fardeau, Qu'ay mussées soubz mon chapeau; Pour Dieu! ne vous mocquez de moy. Je suis, etc

RONDEL.

(Maistre Jehan Caillau.)

Las! le faut il? est ce ton vueil? Fortune, dont me plains et dueil, Que tout mon temps en doleur passe, Souffre que j'aye quelque espasse De repos, entre tant de dueil. N'auray je de toy autre accueil? Fors desdaing, reprouche et orgueil, Veux tu qu'en ce point je trespasse? Las! le fault, etc. Fortune, etc. Que tout, etc.

Je ris de bouche, et pleure d'ueil, Et fais, et dy ce que ne vueil; Ainsi ma vie se compasse, Maleureuse, chetive et lasse, En paine et maulx dont trop recueil. Las! le fault, etc.

RONDEL.

Marche nul autrement Avecques vous, beaulté, Se de vous Loyaulté N'a le gouvernement. Puisque mes jours despens A vous vouloir amer, Et apres m'en repens, Qui en doist on blasmer? Riens, fors vous seulement, A qui tiens feaulté, Quant monstrez cruaulté, Veu qu'Amour le deffent. Marché nul, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Las! le faut il? est ce ton vueil? Fortune, qu'aye douleur mainte, Del'ueil me soubzris, mais c'est fainte, Et soubz decepte, doulx accueil. Ay je tort? quant recoy tel dueil, S'ainsi je dy en ma complainte: Las! le fault, etc. Fortune, etc.

Tue moy, puis en mon sercueil Me boute, c'est chose contrainte; Lors n'y aura Dieu, saint, ne sainte, Qui n'appercoive ton orgueil. Las! le fault, etc.

RONDEL.

As tu ce jour ma mort jurée? Soussy, je te pry, tien te quoy, Car à tort ma douleur, par toy, Est trop souvent renouvellée; A belle enseigne desployée, Me court sus, et ne scay pourquoy? As tu ce jour, etc. Soussy, etc.

La guerre sera tost finée, Se tu veulx, de toy et de moy, Car je me rens, or me recoy; Hola! paix, puisqu'elle est criée. As tu ce jour, etc.

RONDEL.

Ne fais je bien ma besoingne? Quant mon fait cuide avancer, Je suis à recommancer, Et ne scay comment m'esloingne. Fortune tousjours me groingne, Et ne fait riens que tanser. Ne fais je, etc. Quant mon, etc.

Certes tant je la ressoingne, Car mon temps fait despenser Trop, en ennuyeux penser, Dont en roingeant mon frain, froingne. Ne fais je bien, etc.

RONDEL.

Quant commenceray à voler, Et sur elles me sentiray, En si grant aise je seray Que j'ay double de m'essorer. Beau crier aura le levrier, Chemin de plaisant vent tendray. Quant je, etc. Et sur elles, etc.

La mue m'a fallu garder Par longtemps, plus ne le feray, Puisque doulx temps et cler verray; On le me devra pardonner. Quant je, etc.

RONDEL.

Je ne hanis pour autre avoine, Que de m'en retourner à Blois; Trouvé me suis pour une fois Assez longuement en Touraine. J'ay galé, à largesse plaine, Mes grans poissons, et vins des Grois. Je ne, etc. Que de, etc.

A la court plus ne prendray paine, Pour generaux et millenois, Confesser à present m'en vois, Contre la peneuse sepmaine. Je ne, etc.

RONDEL.

Je congnois assez telz desbas Que l'ueil et le cueur ont entre eulx; L'un dit: Nous serons amoureux, L'autre dit: Je ne le vueil pas. Raison s'en rit, disant tout bas: Escoutez moy ces maleureux. Je congnois, etc. Que l'ueil, etc.

Lors m'en vois plustost que le pas, Et les tanse si bien tous deux, Que je les laisse tres honteux; Mainteffoiz ainsi me combas. Je congnois, etc.

RONDEL.

Que pense je? dictes le moy, Adevinez, je vous en prie, Autrement ne le saurez mie; Il y a bien raison pourquoy. A parler à la bonne foy, Je vous en fais juge et partie. Que pense, etc. Adevinez, etc.

Vous ne saurez, comme je croy, Car heure ne suis, ne demye, Qu'en diverse merencolie; Devisez, je me tairay, quoy? Que pense, etc.

RONDEL.

Cueur, que fais tu? revenge toy De Soussy et Merencolie; C'est deshonneur et villenie, De laschement se tenir coy. Je tarderay, quant est à moy, Voulentiers; or ne te fains mie. Cueur, etc. De Soussy, etc.

N'espergne riens, scez tu pourquoy? Pour ce, qu'abrégeras ta vie, Se les tiens en ta compaignie; Desconfiz les, et prens leur foy. Cueur, etc.

RONDEL.

Plaindre ne s'en doit loyal cueur, S'Amours a servy longuement, Recevant des biens largement, Et pareillement de douleur. N'est ce raison que le Seigneur Ait tout à son commandement? Plaindre, etc. S'Amours, etc.

Ne plus a desservi Doulceur Que ne trouve à son jugement, En gré prengne pour payement Moins de proufit et plus de honneur. Plaindre, etc.

RONDEL.

Par les portes des yeulx et des oreilles, Que chascun doit bien saigement garder, Plaisir mondain va et vient, sans cesser, Et raporte de diverses merveilles. Pour ce, mon cueur, s'a raison te conseilles. Ne le laisses point devers toy entrer. Par les portes, etc. Que chascun, etc.

A celle fin que par lui ne t'esveilles, Veu qu'il te fault desormais reposer, Dy lui: Va t'en, sans jamais retourner, Ne revien plus, car en vain te traveilles. Par les portes, etc.

RONDEL.

En faictes vous doubte? Point ne le devez, Veu que vous savez Ma pensée toute; Quant mon cueur s'y boute, Et vostre l'avez. En faictes, etc. Point ne, etc.

Dangier nous escoute, Sus, tost achevez, Ma foy recevez, Ja ne sera route. En faictes, etc.

RONDEL.

A qui les vent on? Ces gueines dorées, Sont ilz achectées De nouvel, ou non? Par prest, ou par don? En fait on livrées? A qui les, etc. Ces gueines, etc.

Alant au pardon, Je les ay trouvées; De telles denrées, C'est petit guerdon. A qui les, etc.

RONDEL.

En faictes vous doubte? Que vostre ne soye, Se Dieu me doint joye Au cueur, si suis toute. Rien ne m'en deboute, Pour chose que j'oye. En faictes, etc. Que vostre, etc.

Dangier et sa route S'en voisent leur voye, Sans que plus les voye, Tousjours il m'escoute. En faictes, etc.

RONDEL.

A qui vendez vous voz coquilles? Entre vous, amans pelerins, Vous cuidez bien, par voz engins, A tous pertuis trouver chevilles. Sont ce coups d'esteufs, ou de billes, Que ferez tesmoing voz voisins. A qui vendez, etc. Entre vous, etc.

On congnoist tous voz tours d'estrilles, Et bien clerement voz latins; Troctez, reprenez voz patins, Et troussez voz sacs et voz quilles. A qui vendez, etc.

RONDEL.

Avez vous dit, laissez me dire, Amans qui devisez d'amours, Sainte Marie! que de jours J'ay despenduz en martire! Vous mocquez vous? je vous voy rire, Cuidez vous qu'il soit le rebours? Avez vous, etc. Amans, etc.

Parler n'en puis que ne souspire, Raconter vous y scay cent tours Qu'on y a, sans joyeulx secours, S'au vray m'en voulez ouir lire. Avez vous dit, etc.

RONDEL.

Envoyez nous ung doulx regart Qui nous conduie jusqu'à Blois, Nous le vous rendrons quelque fois, Quoy que l'atente nous soit tart; Puisqu'en emportez l'estandart De la doulceur, que bien congnois. Envoyez nous, etc. Qui nous, etc.

Et pry Dieu que toutes vous gart, Et vous doint bons jours, ans et mois, A voz desirs, vouloirs et chois, Acquictez vous de vostre part. Envoyez nous, etc.

RONDEL.

(Nevers.)

En la forest de longue actente, Mainte personne bien joyeuse S'est trouvée moult doloreuse, Triste, marrie et bien dolente. D'y estre, nul ne s'en talente, La demeure est trop ennuyeuse. En la forest, etc. Mainte, etc.

Chascun qui pourra, s'en abscente, Car l'entrée en est perilleuse, Et l'issue fort dangereuse; Pas de cent, ung ne se contente, En la forest, etc.

RONDEL.

Pour ce qu'on jouxte à la quintaine A Orleans, je tire à Blois; Je me sens foulé du harnois, Et veulx reprendre mon alaine; Raisonnable cause m'y maine, Excusé soye ceste foiz. Pour ce, etc. A Orleans, etc.

Je vous promet que c'est grant paine, De tant faire baille lui bois; Eslongner quelque part du mois, Vault mieulx, pour avoir teste saine. Pour ce, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

En la forest de longue actente, Par vent de Fortune dolente. Tant y voy abatu de bois, Que, sur ma foy, je n'y congnois A present, ne voye, ne sente. Pieca, y pris joyeuse rente, Jeunesse la payoit contente, Or n'y ay qui vaille une nois. En la forest, etc, Par vent, etc. Tant y voy, etc.

Vieillesse dit, qui me tourmente, Pour toy n'y a pesson, ne vente, Comme tu as eu autreffoiz; Passez sont tes jours, ans et mois, Souffize toy, et te contente. En la forest, etc.

RONDEL.

Des arrérages de Plaisance, Dont trop endebté m'est Espoir, Se quelque part j'en peusse avoir, Du surplus donnasse quictance; Mais au pois et à la balance, N'en puis que bien peu recevoir. Des arrerages, etc. Dont trop, etc.

Usure, ou perte de chevance, Mectroye tout à nonchaloir, Se je savoye, à mon vouloir, Recouvrer prestement finance. Des arrerages, etc.

RONDEL.

(Madame d'Orléans.)

En la forest de longue actente, Entrée suis en une sente, Dont oster je ne puis mon cueur, Pourquoy je viz en grant langueur Par Fortune qui me tourmente. Souvent Espoir chascun contente, Excepté moy, povre dolente, Qui, nuyt et jour, suis en doleur. En la forest, etc. Entrée, etc. Dont oster, etc.

Ay je donc tort, se me garmente Plus que nulle qui soit vivente? Par Dieu, nennil, veu mon maleur; Car, ainsy m'aist mon Créateur, Qu'il n'est paine que je ne sente, En la forest, etc.

RONDEL.

Rescouez ces deux povres yeulx Qui tant ont nagé en Plaisance, Qu'ilz se nayent sans recouvrance; Je les tiens mors, ou presque tieulx. Videz les tost, se vous aist Dieux, En la sentine d'Alegeance. Rescouez, etc. Qui tant, etc.

Courez y tous, jeunes et vieulx, Et à cros de bonne Esperance, De les tirer hors, qu'on s'avance, Chascun y face qui, mieulx, mieulx. Rescouez, etc.

RONDEL.

(Fredet.)

En la forest de longue actente, Des brigans de Soussi bien trente, Helas! ont pris mon povre cueur; Et Dieu scet se c'est grant orreur De veoir comment on le tourmente. Priant vostre aide, lamente Pour ce que chascun d'eulx se vente Qu'ilz le merront à leur Seigneur. En la forest, etc. Des brigans, etc. Helas! ont, etc.

Et pour ce, à vous il s'en garmente, Car il voit bien qu'ilz ont entente De lui faire tant rigueur, Qu'il ne sera mal, ne doleur, Se n'y pourvoyez, qu'il ne sente. En la forest, etc.

RONDEL.

A recommencer de plus belle, J'en voy ja les adjournemens. Que font, vers vieulx et jeunes gens, Amours et la saison nouvelle. Chascun d'eulx, aussi bien lui qu'elle, Sont tous aprestés sur les rens. A recommencer, etc. J'en voy ja, etc.

Comme toute la chose est telle, Je congnois telz esbatemens Assez, de pieca m'y entens, Ce n'est que ancienne querelle. A recommencer, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

En la forest de longue actente, Forvoyé de joyeuse sente, Par la guide dure rigueur, A esté robbé vostre cueur, Comme j'entens, dont se lamente. Par Dieu! j'en congnois plus de trente Qui, chascun d'eulx, sans que s'en vente, Est vestu de vostre couleur. En la forest, etc. Forvoyé, etc.

Et en briefz motz, sans que vous mente, Soiez seur que je me contente, Pour allegier vostre douleur, De traictier avec le Seigneur, Qui les brigans soustient et hente. En la forest, etc.

RONDEL.

Ainsi doint Dieux à mon cueur, joye, En ce que souhaidier vouldroye, Et à mon penser; reconfort, Comme voulentiers prisse accort A soussy qui tant me guerroye. Mais remede n'y trouveroye, Et qui pis est, je n'oseroye Descouvrir les maulx qu'ay à tort. Ainsi doint, etc. En ce que, etc.

Quant je lui dy: Dieu te convoye, Laisse m'en paix, va t'en ta voye, Par ton enchantement et sort; Gueres mieulx ne vault vif que mort, Je languis quelque part que soye. Ainsi doint, etc.

RONDEL.

Se vous voulez m'amour avoir, A tousjours, mais sans departir, Pensez de faire mon plaisir, Et jamais ne me decevoir; Bientost sauray apparcevoir, Au par aler, vostre desir. Se vous voulez, etc. A tousjours, etc.

Assez biens povez recevoir, S'en vous ne tient, sans y faillir, Vous estes pres d'y avenir, Faisant vers moy leal devoir. Se vous voulez, etc.

RONDEL.

Maudit soit mon cueur, se j'en mens, Quant à mon lesir estre puis, Et avecques pensée suis, En mes maulx prens alegemens; Car soussis plains d'encombremens, Boutons hors, et lui fermons l'uis. Maudit soit, etc. Quant à mon, etc.

Assez y trouve esbatement. Lors lui dy: Ma maistresse, et puis Serons nous ainsi jours et nuis, G'y donne mes consentemens. Maudit soit, etc.

RONDEL.

(Fredet.)

J'actens l'aumosne de doulceur, Par l'aumosnier de doulx regart; Espoir m'a promis de sa part, Qu'il me fera toute faveur; En esperant que ma langueur Cessera, qui tant mon cueur art. J'actens, etc. Car, etc.

Car, comme leal serviteur, J'ay servy tousjours main et tart; Pensant qu'Amours aura regart Quelquefoiz, à ma grant douleur. J'actens, etc.

RONDEL.

En la querelle de Plaisance, J'ay veu le rencontre des yeulx Qui estoient, ainsi m'aid Dieux, Tous prestz de combatre à oultrance, Rangez par si belle ordonnance, Qu'on ne sauroit deviser mieulx. En la querelle, etc.

S'Amours n'y mectent pourveance, De pieca je les congnois tieulx, Qu'au derrenier, jeunes ou vieulx, Mourront tous, par leur grant vaillance. En la querelle, etc.

RONDEL.

Par l'aumosnier, plaisant regart, Donnez l'aumosne de doulceur, A ce povre malade cueur, Du feu d'Amours, dont Dieu nous gart. Nuit et jour, sans cesser, il art; Secourez le, pour vostre honneur. Par l'aumosnier, etc.

S'il vous plaisoit, de vostre part, Prier Amours qu'en sa langueur, Pourvoyent à vostre faveur, Aidié sera plus tost que tart. Par l'aumosnier, etc.

RONDEL.

De la maladie des yeulx, Feruz de pouldre de plaisir, Par le vent d'Amoureux desir, Est fort à guerir, se maid Dieux. Toutes gens, et jeunes, et vieulx, S'en scevent bien à quoy tenir. De la maladie, etc. Feruz de, etc

Je n'y congnois remedes tieulx, Que hors de presse soy tenir, Et la compaignie fuir; Qui plus en saura, die mieulx. De la maladie, etc.

RONDEL.

Ce n'est que chose acoustumée, Quant Soussy voy vers moy venir, Se tost ne lui venoye ouvrir, Il romproit l'uis de ma Pensée; Lors fait d'escremie levée, Et puis vient mon cueur assaillir. Ce n'est, etc. Quant, etc.

Adonc prent d'Espoir son espée Mon cueur, pour des coups soy couvrir, Et se deffendre et garentir; Ainsi je passe la journée. Ce n'est, etc.

RONDEL.

Par m'ame, s'il en fust en moy, Soussy, Dieu scet que je feroye, Moy et tous, de toy vengeroye; Il y a bien raison pourquoy. Riens ne dy qu'ainsi que je doy, Et telle est la voulenté moye. Par m'ame, etc. Soussy, etc.

Ung chascun se complaint de toy, Pour ce, voulentiers fin prendroye Avec toy, se je povoye; Je n'y vois qu'à la bonne foy. Par m'ame, etc.

RONDEL.

Chascun devise à son propos, Quant à moi, je suis loing du mien, Mais mon cueur en espoir je tien, Qu'il aura une foiz repos; Souvent dit, me tournant le dos, Je doubte que n'en sera rien. Chascun, etc. Quant, etc.

Tenez l'uis de Pensée clos, Faictes ainsi pour vostre bien, Soussy vous vouldroit avoir sien, Ne croyez, n'escoutez ses mos. Chascun, etc.

RONDEL.

Mon cueur se plaint qu'il n'est payé De ses despens, pour son traveil Qu'il a porté, si nompareil, Qu'oncques tel ne fut essayé. Son payement est delayé Trop longtemps, sur ce, quel conseil? Mon cueur, etc. De ses, etc.

Puisqu'il n'est de gaiges rayé, Mais prest en loyal appareil, Autant que nul soubz le souleil, Se mieulx ne peut, soit deffrayé. Mon cueur, etc.

RONDEL.

Ennemy, je te conjure, Regart qui aux gens cours sus, Vieillars aux mentons chanus Dont suis, n'avons de toy cure. Jeune, navré de blesseure Fu par toy, ny reviens plus. Ennemy, etc. Regart, etc.

Va querir ton avanture Sus amans nouveaulx venus; Nous vieulx, avons obtenus Saufconduitz, de par Nature. Ennemy, etc.

RONDEL.

Ou Loyaulté me payera Des services qu'ay faiz sans faindre, Ou j'auray cause de me plaindre; Qui mon guerdon delayera? Bon droit pour moy tant criera, Qu'aux cieulx fera sa voix actaindre. Ou Loyaulté, etc. Des services, etc.

Quand Fortune s'effrayera. Dieu a povoir de la reffraindre, Et Raison, qui ne doit riens craindre, De moy aider s'essayera. Ou Loyaulté, etc.

RONDEL.

Des amoureux de l'observance, Dont j'ay esté ou temps passé, A present m'en treuve lassé Du tout, sinon de souvenance. Ou je prens d'en parler plaisance, Quoy que suis de l'ordre cassé. Des amoureux, etc. Dont j'ay esté, etc.

Souvent y ay porté penance, Et si pou de biens amassé, Que, quant je seray trespassé, A mes hoirs lairray pou chevance. Des amoureux, etc.

RONDEL.

Mon cueur, n'entreprens trop de choses, Tu peulz penser ce que tu veulz, Et faire selon que tu peuz, Et dire ainsi comme tu oses. Qui vouldroit sur ce trouver gloses? Je men rapporteray à eulx. Mon cueur, etc. Tu peulz, etc.

Se ces raisons garder proposes, Tu feras bien, par mes conseulz, Laisse les embesoignez seulz, Il est temps que tu te reposes. Mon cueur, etc.

RONDEL.

Ostez vous de devant moy, Beaulté, par vostre serment, Car trop me temptez souvent; Tort avez, tenez vous quoy. Toutes les foiz que vous voy, Je suis je ne scay comment. Ostez vous, etc. Beaulté, etc.

Tant de plaisir j'appercoy En vous, à mon jugement, Qu'ilz troublent mon pensement, Vous me grevez, sur ma foy. Ostez vous, etc.

RONDEL.

Comment ce peut il faire ainsi, En une seule creature, Que tant ait des biens de nature, Dont chascun en est esbahy. Oncques tel chief d'euvre ne vy Mieulx accomply, oultre mesure. Comment, etc. En une, etc.

Mes yeulx cuiday qu'eussent manty, Quant apporterent sa figure Devers mon cueur, en pourtraiture; Mais vray fut, et plus que ne dy. Comment, etc.

RONDEL.

Plaisant regard, mussez vous, Ne vous monstrez plus en place, Mon cueur craint vostre menace, Dont mainteffoiz l'ay rescous; Vostre actrait soubtil et doulx Blesse sans qu'on lui mefface. Plaisant, etc. Ne vous, etc.

Se dictes: Je fais à tous Ainsi, car je m'y solace; A tort, sauve vostre grace, Ne devez donner courrous. Plaisant, etc.

RONDEL.

Ne m'en racontez plus, mes yeulx, De beaulté que vous prisez tant, Car plus voys ou monde vivant, Et moins me plaist, ainsi m'aist Dieux. Trouver je ne me scay en lieux Qu'il m'en chaille, ne tant ne quant. Ne m'en, etc. De beaulté, etc.

Qu'est ce cy? deviens je des vieulx? Ouy certes, dorenavant, J'ay fait mon Karesme prenant, Et jeusne de tous plaisirs tieulx. Ne m'en, etc.

RONDEL.

Je ne vous voy pas à demy, Tant ay mis en vous ma plaisance, Tousjours m'estes en souvenance, Puis le temps que premier vous vy. Assez ne puis estre esbahy Dont vient si ardent desirance. Je ne vous, etc. Tant ay, etc.

Fin de compte, puisqu'est ainsi, Fermons nos cueurs en aliance; Quant plus ay de vous acointance, Plus suis ne scay comment ravy. Je ne vous, etc.

RONDEL.

Si hardiz, mes yeulx, De riens regarder, Qui me puist grever, Qu'en valez vous mieulx? Estroit, se m'aist Dieux, Vous pense garder. Si hardiz, etc. De riens, etc.

Vous devenez vieulx, Et tousjours troter Voulez, sans cesser, Ne soyez plus tieulx, Si hardiz, etc.

RONDEL.

Mon cueur, pour vous en garder, De mes yeux qui tant vous temptent, Afin que devers vous n'entrent, Faictes les portes fermer. S'ilz vous viennent raporter Nouvelles, pensez qu'ilz mentent. Mon cueur, etc. De mes, etc.

Mensonges scevent conter, Et trop de plaisir se ventent, Folz sont qui en eulx s'atendent, Ne les vueillez escouter. Mon cueur, etc.

RONDEL.

N'est ce pas grant trahison De mes yeulx en qui me fye, Qui me conseillent folie Maintes foys, contre raison. Que male part y ait on D'eulx, et de leur tromperie. N'est ce pas, etc. De mes yeulx, etc.

Mieulx me fust, en ma maison Estre seul à chiere lye, Qu'avoir telle compaignie Qui me bat de mon baston. N'est ce pas, etc.

RONDEL.

Rendez compte, Vieillesse, Du temps mal despendu Et sotement perdu, Es mains Dame Jeunesse. Trop vous court sus Foiblesse, Qu'est Povoir devenu? Rendez compte, etc.

Mon bras en l'arc se blesse, Quant je l'ay estendu, Parquoy j'ay entendu Qu'il convient que jeu cesse. Rendez compte, etc.

Tout vous est en destresse, Desormais chier vendu. Rendez compte, etc.

Des tresors de liesse Vous sera peu rendu, Riens qui vaille ung festu; N'avez plus que sagesse. Rendez compte, etc.

RONDEL.

(Le Seigneur de Torsy.)

Mais que mon mal si ne m'empire, Je suis en bon point, Dieu mercy, Ne n'ay ne douleur, ne soucy De chose que on me puisse dire. Plus ne me plains, plus ne souspire, Je mengue, et dors bien aussi. Mais que mon, etc. Je suis en bon, etc.

Pleurer souloye en lieu de rire, En requerant grace et mercy; Maintenant ne fais plus ainsi, Car je ne crains point l'escondire. Mais que, etc.

RONDEL.

(Le conte de Clermont.)

J'amasse ung tresor de regrez Que ma tant amée m'envoye, Mais jusqu'à ce que je la voye, Ne partiront de mes segrez. La cause pourquoy? je la celle, Ses griefz maulx qui me font mourir, C'est pour garder l'onneur de celle Qui ne me daigne secourir. Plus l'eslongne, plus d'elle est pres Mon cueur, dont mon povre oeil lermoye; Il n'est point doleur que la moye, Car quant j'ay assez plaint, apres J'amasse, etc.

RONDEL.

(Responce d'Orléans.)

C'est une dangereuse espergne D'amasser tresor de regrez, Qui de son cueur les tient trop pres, Il convient que mal lui en preigne; Veu qu'ilz sont si oultre l'enseigne, Non pas assez nuysans, mais tres. C'est une, etc. D'amasser, etc.

Se je mens, que l'en m'en repreigne, Soient essayez, puis apres On saura leurs tourmens segres; Qui ne m'en croira, si l'apreigne. C'est une, etc.

RONDEL

à Fredet.

Le fer est chault, il le fault batre, Vostre fait que savez, va bien; Tout le saurez, sans celer rien, Se venez vers moy vous esbatre. Il a convenu fort combatre, Mais, s'il vous plaist, parfait le tien. Le fer est chault, etc. Vostre fait, etc.

Convoitise vouloit rabatre Escharsement, et trop du sien; Mais ung peu j'ay aidié du mien, Qui l'a fait cesser de debatre. Le fer est chault, etc.

RONDEL.

(Fredet.)

Je regrecte mes dolans jours, Comme celluy la qui tousjours Ne fait que desirer sa mort; Car plus avant vois, et plus fort Acroissent mes dures dolours. Quant on me fait d'estranges tours, Que, mille foiz le jour, en plours, Me fault dire par desconfort: Je regrecte, etc.

En vous seul est tout mon recours, Faictes donc, plustost que le cours, Cesser le mal que souffre à tort, Ou autrement je me voy mort, Et tout pour bien servir Amours. Je regrecte, etc.

RONDEL.

(Responce au dit Fredet.)

Se regrectez vos dolans jours, Et je regrecte mon argent Que j'ay delivré franchement, Cuidant de vous donner secours. Se ne sont pas les premiers tours Dont Convoitise sert souvent. Se regrectez, etc. Et je regrecte, etc.

Mais se vous n'avez voz amours, Puisque Convoitise vous ment, Le mien recouvreray briefment, Ou mectray le fait en droit cours. Se regrectez, etc.

RONDEL.

à Daniel.

Vous dictes que j'en ayme deux, Mais vous parlez contre raison, Je n'ayme fors ung chapperon, Et ung couvrechief, plus n'en veulx; C'est assez pour ung amoureux; Mal me louez, ce faictes mon. Vous dictes, etc. Mais vous, etc.

Certes je ne suis pas de ceulx Qui partout veulent à foison Eulx fournir, en toute saison; N'en parlez plus, j'en suis honteux. Vous dictes, etc.

RONDEL.

(Olivier de la Marche)

Pour amours des dames de France, Je suis entré en l'observance Du tres renommé saint Francois, Pour cuidier trouver une fois La doulce voye d'alegance. Saint suis de corde de souffrance, Soubz haire d'aigre desirance, Plus qu'en mon Dieu ne me congnois. Pour amours, etc. Je suis entré, etc.

Soubrement vis de ma plaisance, Et june ce que desir pense, Mandiant par tout où je vois, Je veille à conter, par mes dois, Les maulx que m'a fait Esperance. Pour amours, etc.

RONDEL.

(Vaillant.)

Des amoureux de l'observance, Je suis le plus subgiet de France, Car je sers d'estre mandien, Et cherche le cotidien; Mais nul en mon sac rien ne lance. Aux freres l'aumosne, pour Dieu, Tousjours vois criant d'uys en huis, Las! Charité ne trouve en lieu, Ne Pitié ne scet qui je suis, Retourner m'en fault sans pitance; Desir le proveheur me tance, Puis le beau pere gardien, Pis suis que Boesme, n'Yndien; L'ordre vueil laisser sans doubtance. Des amoureux, etc.

RONDEL.

(George.)

Les serviteurs submis à l'observance, Quoyque souvent, il leur tourne à grevance, De non avoir leur plaisir à toute heure; Toute fois, Dieu soubz qui rien ne demeure, A telz servans ne fist onc decevance; Mains il convient par contrainte eslevance, Qu'onneur, fortune, ou amour les avance En quelque endroit, et au besoing seceure. Les serviteurs, etc. Quoyque, etc. De non, etc.

Ce long souffrir en penible estrivance N'aist aux souffrans, haulte et riche chevance, Finablement, qui les paye et honneure; Apres l'aigret, trouve on la doulce meure Qui radoulcist en leur propre savance. Les serviteurs, etc.

RONDEL.

(Vaillant.)

Quant à moy, je crains le filé Que d'autres ne craignent mye, C'est d'avoir Dame sans amye, Qui est un cas mal compilé. Le fait d'amour est avilé, Car Pitié y est endormie. Quant à moy, etc. Que d'autres, etc.

Puis voy, par maint bec affilé Faire plus fort que l'arquemie, Dont, sur mon ame, je fremie Et de paour d'estre aux piez pilé. Quant, etc.

RONDEL.

Celle que je ne scay nommer Com à mon gré desireroye, Ce jour de l'an, de biens et joye Paise à Dieu de vous estrener. S'amie vous vueil appeller, Trop simple nom vous bailleroye. Celle que, etc. Com à mon, etc.

De ma Dame, nom vous donner, Orguilleuse je vous feroye, Maistresse point ne vous vouldroye; Comment donc doy je à vous parler? De celle, etc.

RONDEL.

A ce jour de saint Valentin, Que l'en prent per par destinée, J'ay choisy, qui tres mal m'agrée, Pluye, vent et mauvais chemin. Il n'est de l'amoureux butin, Nouvelle, ne chancon chantée. A ce jour, etc. Que l'en, etc.

Sourges me donne ce tatin, Et à plusieurs de ma livrée; Mieulx vauldroit en chambre natée Dormir, sans lever sy matin, A ce jour, etc.

RONDEL.

(Bouciquault.)

Assez ne m'en peuz merveiller Qu'aucuns amoureux ont creance D'estre de ceulx de l'observance, Mais plus n'y veulent travailler. Je dy que leur vaulsist trop mieulx Plus large reigle avoir choisie; Par servir jeunes, et puis vieulx, Laisser tout, c'est ypocrisie. Autre nom leur convient bailler, C'est apostat, qui pour doubtance D'avoir un peu de penitance, Ont voulu Loyaulté soiller. Assez m'en, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Ce n'est pas par ypocrisie, Ne je ne suis point apostat Pourtant, se change mon estat Es derreniers jours de ma vie. J'ay gardé, ou temps de jeunesse, L'observance des amoureux, Or m'en a bouté hors Vieillesse, Et mis en l'ordre douloreux Des chartreux de Merencolie, Solitaire, sans nul esbat; A briefz motz, mon fait va de plat, Et pour ce, ne m'en blasmez mye. Ce n'est pas, etc.

RONDEL.

(Bouciquault.)

Monstrer on doit qu'il en desplaise Du meffait, à qui n'a povoir De servir; car si cru pour voir, En parler, il semble qu'il plaise; Qui ne peut pour le moins se taise, Et face en dueil larmes pleuvoir. Monstrer on doit, etc. Du meffait, etc.

Mais dire qu'on n'a temps, ne aise, Pour aage, d'y faire devoir, Chascun scet bien apparcevoir Que pou courcé, tost se rappaise. Monstrer on doit, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

A quiconques plaise, ou desplaise, Quant Vieillesse vient les gens prendre, Il convient à elle se rendre Et endurer tout son malaise. Nul ne peut faire son devoir De garder d'Amours l'observance, Quant, avecques son bon vouloir, Il a povreté de puissance. Plus n'en dy, mieulx vault que me taise, Car j'en ay à vendre et revendre; Ung chascun doit son fait entendre; Qui ne peut, ne peut, si s'appaise. A quiconques, etc.

RONDEL.

(Fredet.)

Le truchement de ma pensée, Ceste saint Valentin passée, J'ay envoyé devers Amours, Pour lui compter les grans dolours Que seuffre, pour ma tant amée; Requerant ma peine alegée, Autrement ma vie est finée, Comme scet bien, il a mains jours. Le truchement, etc.

Et quant sa raison eut contée, Lui dist: Ta requeste m'agrée, Car trop leal l'ay veu tousjours; Lors fut commandé mon secours, Et le m'apporta la journée, Le truchement etc.

RONDEL.

(Simonnet Caillau.)

Pour bref telz maulx d'amours guerir, Esgrun de Dueil te fault fuyr, Les poix au veau te sont contraires, Quant les fleurs de plaisans viaires Sont dedans mises au boillir. L'oubliete te peut servir, Et l'herbe de Nonsouvenir, A faire bons electuaires. Pour bref, etc.

Du triacle de Repentir, Pour tes accez faire faillir, Prendras sur les appoticaires; Avecques siropz necessaires, Faiz en succres de Deppartir. Pour bref, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Les malades cueurs amoureux Qui ont perdu leurs apetiz, Et leurs estomacs refroidiz Par soussiz et maulx douloureux, Diete gardent sobrement, Sans faire exces de trop douloir; Chaulx electuaires souvent Usent de Conforté vouloir, Succres de Penser savoureux, Pour renforser leurs esperiz; Ainsi pevent estre gueriz, Et hors de danger langoureux. Les malades, etc.

RONDEL.

(Jehan Monseigneur de Lorraine.)

Pour brief du mal d'amer guerir, Esloingner l'air de Souvenir Convient, sans grant merencolie; Apres tout mes, mengier l'oublie Pres du couchier, pour mieulx dormir. De Nonchaloir, pour adoulcir La medicine de Desir, Prendre fault la plus grant partie. Pour brief, etc. Esloingner, etc.

Puis ung beau regime, à l'issir De vostre acces, pourrez choisir, D'une Leaulté m'y partie, Affin que ne rencheez mye, Faictes reffuz d'amour bannir. Pour brief, etc.

RONDEL.

Pour tous voz maulx d'amours guerir, Prenez la fleur de Souvenir Avec le just d'une ancollie, Et n'obliez pas la soussie, Et meslez tout en Desplaisir. L'erbe de loing de son Desir, Poire d'Angoisse pour refreschir, Vous envoye Dieu, de vostre amye. Pour tous, etc.

Pouldre de Plains pour adoulcir, Feille d'aultre que vous choisir, Et racine de Jalousie, Et de tretout la plus partie Mectes au cueur, avant dormir. Pour tous, etc.

RONDEL.

Puisque tu t'en vas, Penser, en message, Se tu fais que sage, Ne t'esgare pas. Au mieulx que pourras, Pren le seur passage. Puisque, etc. Penser, etc.

Tout beau, pas à pas, Reffrain ton courage, Qu'en si long voyage Ne deviengnes las. Puisque, etc.

RONDEL.

L'ueil et le cueur soient mis en tutelle, Si tost qu'ilz sont rassotez en amours, Combien qu'il a plusieurs qui font les lours, Et ont trouvé contenance nouvelle; Pour mieulx embler priveement Plaisance, Mommerie sans parler de la bouche, En beaux abiz d'or cliquant d'Acointance, Soubz visieres de semblant qu'on n'y touche, Faignent souvent l'amoureuse querelle; Ainsi l'ay vu faire en mes jeunes jours, Vestu m'y suis à droit et à rebours; Je jangle trop, au fort, je me rappelle. L'ueil et le cueur, etc.

RONDEL.

(Jehan Monseigneur de Lorraine.)

Pour eschever plus grant dangier, Certes, mon cueur, il est mestier, Puisque nous alons veoir la belle, Que tenez mon ueil en tutelle, Qui ne vous donne à besongner; Commandez lui bien, sans prier, Qu'il ne croie riens de legier, Dont il vous rapporte nouvelle. Pour eschever, etc.

Et s'il ne s'y veult obligier, Mectez Raison pour espier

A part sa couverte cautelle; Car c'est cellui seul qui se mesle De tieulx defaultes corrigier. Pour eschever, etc.

RONDEL.

Chose qui plaist est à demy vendue, Quelque cherté qui coure par pais; Jamais ne sont bons marchands esbahis, Tousjours gaignent à l'allée, ou venue. Car, quant les yeulx qui sont facteurs du cueur, Voyent Plaisir à bon marchié en vente, Qui les tendroit d'achater leur bon eur? Et deussent ilz engaiger biens et rente, Et à rachat toute leur revenue, De lascheté seroient bien trays, Et devroient d'Amours estre hays; Marchandise doit estre maintenue. Chose qui plaist, etc.

RONDEL.

Chose qui plaist est à demy vendue, A bon compte souvent, ou chierement, Qui du marchié le denier a Dieu prent, Il n'y peut plus mectre rabat, ne creue. D'en debatre n'est que paine perdue, Prenez ore, qu'apres on s'en repent. Chose qui, etc. A bon compte, etc.

S'aucun aussi monstre sa retenue, Et au bureau va faire le serement, Les officiers n'y font empeschement, Mais demandent tantost la bienvenue. Chose qui, etc.

RONDEL.

(Jehan Monseigneur de Lorraine.)

L'abit le moine ne fait pas, Pourtant se je me veis de dueil, J'ay la lerme assez loing de l'ueil, Passant mes ennuiz au gros sas; Je fains d'assembler à grans tas Douleurs à part, mais quant je vueil. L'abit le, etc. Pourtant, etc.

Conclusion, vecy mon cas: De nulle rien je ne me dueil, En gré prens d'Amours le recueil, Soit beau, ou lait; puis je diz bas: L'abit le, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

L'abit le moine ne fait pas, L'ouvrier se congnoist à l'ouvrage, Et plaisant maintient de visage Ne monstre pas toujours le cas. Alez tout soubrement le pas, N'est que contrefaire le sage. L'abit le, etc. L'ouvrier, etc.

Soubtil sens couchié par compas, Enveloppé en beau langage, Musse le vouloir du courage; Cuider decoit en mains estas. L'abit le, etc.

RONDEL.

(Jehan Monseigneur de Lorraine.)

De fol juge, briefve sentence; Certes bon cueur ne peut mentir, Et si ne scet du sac yssir Que ce qui est d'acoustumence. Là où Raison pert pascience, On voit bien souvent avenir, De fol juge, etc. Certes bon, etc.

Envie, atout sa double lance, Blesse en mains lieux sans cop ferir, Dont il se convient repentir Aucuneffoiz, qui bien y pense. De fol juge, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

De fol juge, briefve sentence; On n'y sauroit remedier, Quant l'advocat oultrecuidier, Sans raison, mainteffois sentence; Apres s'en repent et s'en tence, C'est tart, et ne se peut vuidier. De fol juge, etc. On n'y, etc.

Fleurs portent odeur, et sentence Et savoir vient d'estudier; Ce n'est pas ne d'anuyt, ne d'yer, J'en dy ce que mon cueur sent en ce. De fol juge, etc.

RONDEL.

(Madame d'Orleans.)

L'abit le moine ne fait pas, Car quelque chiere que je face, Mon mal seul tous les autres pace, De ceulx qui tant plaignent leur cas. Souvent, en dansant fais mains pas Que mon cueur pres en dueil trespace. L'abit le, etc.

Las! mes yeulx gectent sans compas Des lermes tant parmy ma face, Dont plusieurs foiz je change place, Alant à part pour crier las! L'abit le, etc.

RONDEL.

(Guiot Pot.)

L'abit le moine ne fait pas, Car tel n'est pas vestu de noir, Qui a cause de se douloir; Par Dieu, qui congnoistroit son cas? S'on lui fait changer ses esbas Contre raison et son vouloir. L'abit le, etc.

Quant Fortune charge le bas Au compaignon, s'il a povoir, Et s'il joue ung tour de savoir, Disant que de souffrir est las. L'abit le, etc.

RONDEL.

(Messire Philippe Pot.)

En la forest de longue actente Où mainte personne est dolente, Espoir me promist de donner, Se bien vouloye cheminer, Ce qui tous amoureux contente. J'ay tout mis, cueur, corps et entente, A traverser chemin et sente, Pour cuider ce grant bien trouver. En la forest, etc. Où mainte, etc. Espoir me, etc.

Mais d'une chose je me vente, Que j'ay eu tous les jours de rente, Pour ma queste parachever, Paine et ennuy, sans conquester Riens, si non dueil qui me tourmente. En la forest, etc.

RONDEL.

(Anthoine de Lussay.)

En la forest de longue actente Où les contentés, Dieu contente, Je vous asseure, sur ma foy, Que je n'y ay eu, tant soit poy, Joye, ne bien dont je me sente. Pensez se ma vie est dolente, Veu, qu'ainsi soit, je me garmente, Et que nul bien n'y a pour moy En la forest, etc. Où les contentés, etc.

Ou fort, d'une chose me vente, Se je ne faulx en mon entente, Ou se la mort brief ne recoy, Que je y auray, savez vous quoy? Aucun plaisir qui vauldra rente. En la forest, etc.

RONDEL.

(Guiot Pot.)

En la forest de longue actente, Ja pieca, fus en une sente, Là où j'ay esgaré mon cueur, Mais y souffrit tant de douleurs Que tousjours convient que s'en sente Depuis, tousjours tant fort lamente, Par Fortune qui le tourmente, Qu'il fault qu'il vive en grant langueur. En la forest de, etc. Ja pieca, etc.

Mais, s'il eschappe, bien se vente Qu'il gardera qu'on ne le tente Par beau parler, ne par rigueur; Car chascun se doit tenir seur Que l'on fault bien à son entente, En la forest, etc.

RONDEL.

(Gilles.)

En la forest de longue actente, Mon povre cueur tant se garmente D'en saillir par aucune voye, Qu'il ne lui semble pas qu'il voye Jamais la fin de son entente; Deconfort le tient en sa tente, Qui par telle facon le tente, Que j'ay paour qu'il ne le forvoye. En la forest, etc. Mon povre, etc.

Espoir en riens ne le contente, Comme il souloit, pourquoy dolente Sera ma vie, où que je soye; Et si auray, en lieu de joye, Dueil et soussy tousjours de rente. En la forest, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Crié soit à la clochete, Par les rues, sus et jus, Fredet, on ne le voit plus; Est il mis en oubliete? Jadis il tenoit bien conte De visiter ses amis, Est il roy, ou duc, ou conte? Quant en oubly les a mis. Banny à son de trompete, Comme marié confus, Entre chartreux, ou reclus, A il point fait sa retrete? Crié soit, etc.

RONDEL.

(Fredet.)

Se veoir ne vous voys plus, Helas! ce fait mariage, Qui me fait avoir courage D'estre desormais reclus; Puisque si fort m'a confus, Ne le tenez à oultrage. Se veoir, etc. Helas! etc.

Mais non pourtant, je conclus Que ce n'est pas fait que sage, Car j'en puis, à brief langage, Pour le moins perdre le plus. Se veoir, etc.

RONDEL

(Orléans.)

En l'ordre de mariage, A il desduit, ou courrous? Comment vous gouvernez vous? Y devient on fol, ou sage? Soit aux vieulx, ou jeunes d'age, Rapporter m'en vueil à tous. En l'ordre, etc. A il desduit, etc.

Le premier an, c'est la rage, Tant y fait plaisant et douls; Apres deux foiz toussir, j'ay la tous, Cesser me fait de langage. En l'ordre, etc.

RONDEL.

(Jacques bastart de la Tremoille.)

En la forest de longue actente J'ay couru l'année presente, Tant que la saison a duré, Mais j'ay esté plus maleuré Que homme qui vive, je m'en vente. La haye fut garnie de tente, Et fis ma queste belle et gente, Suivant les chiens, je m'esgaré En la forest, etc. J'ay couru, etc. Je cours, je corne, je tourmente En traversant, sans trouver sente, Me trouvay tres fort enserré, Tout seul presque desesperé, Cuiday mourir des fois soixante. En la forest, etc.

RONDEL.

(Le Cadet Dalebret.)

Dedans l'abisme de douleur, Où tant a d'amere saveur, Aussi d'angoisseuse destresse, Se trouve tourmenté, sans cesse, Pour vous amer, mon povre cueur. Ma Dame, par vostre doulceur, Secourez ce bon serviteur, A qui l'on fait tant de rudesse. Dedans, etc. Où tant, etc.

Las! ostez de lui tout maleur, Ou autrement il se tient seur De jamais n'avoir que tristesse; Dont fauldra que sa vie cesse Piteusement, en grant langueur. Dedans, etc.

RONDEL.

(Orleans.)

Dedans l'abisme de douleur, Sont tourmentées povres ames Des amans; et, par Dieu, mes Dames, Vous leur portez trop de rigueur. Ostez les de ceste langueur, Où ilz sont en maulx et diffames. Dedans, etc. Sont, etc.

Se n'y monstrez vostre doulceur, Vous en pourrez recevoir blasmes; Tost orra prieres de fames, Dangier, des dyables le greigneur. Dedans, etc.

RONDEL.

(Gilles des Ourmes.)

Dedans l'abisme de douleur Sont tourmentés par grand foleur Maints cueurs, par faulte de secours, Qui n'ont à personne recours, Qu'à Pitié qui detient le leur. Car, quant ilz ont servy, on leur Taille la broche sans couleur; Lors ilz s'en vont languir le cours Dedans, etc. Sont, etc.

Par Dieu ! c'est faulte de valeur A ceulx qui le font par chaleur, Et de fait, les tiennent si cours, Qu'il leur fault user tout le cours De leur vie, en paine et maleur. Dedans, etc.

RONDEL.

(Philippe de Boulainvilliers.)

Tirez vous là, regart trop convoiteux, Renom avez d'estre de nul piteux, Vostre semblant demonstre, pour tout voir, Qu'estes venu pour mon cueur décevoir; Dont me desplaist, j'en suis tres tout honteux. Pour me tromper, faictes le marmiteux, II ne fault point clocher devant boiteux; Allez, allez, je ne vous vueil plus voir. Tirez vous là, etc. Renom avez, etc.

Point ne vous fault faire le despiteux, Car, quant vous voy, je suis toujours doubteux De quelque mal, plus que de bien avoir; Je vous congnois sans plus rien en savoir, Où que soyez, vous estes rioteux. Tirez vous là, etc.

RONDEL.

(Clermont.)

Rendre vous fault de toutes choses conte, Qu'avez vous fait, ma Dame, de mon cueur? N'en mentons point, est il plus serviteur Vostre tenu? dont je tien si grant conte. A celle fin que l'en ne me mesconte, Je vous diray, mais par mon créateur, Rendre vous, etc. Qu'avez, etc.

Entendez vous ce que je vous raconte, Dictes moy vray, hay avant rigueur Sera elle en vous? lui donrez vous faveur? Fy, fy, nennil, car ce vous serait honte. Rendre vous, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Que je vous ayme maintenant ! Quant je congnois vostre maniere Venant de voulenté legiere, Enveloppée en faulx semblant. Je ne m'y fie tant, ne quant, Veu qu'en estes bien coustumiere. Que je vous, etc. Quant je, etc.

N'en peut chaloir, tirez avant, Parfaictes comme mesnagiere, De haulte lisse bonne ouvriere; Plus vous voy, plus vous prise tant. Que je vous, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Cueur, qu'est cela? ce sommes nous voz yeulx, Qu'apportez vous? grant foison de nouvelles, Quelles sont ilz? amoureuses et belles, Je n'en vueil point voire, non, se m'aist Dieux; D'où venez vous? de plusieurs plaisans lieux, Et qui a il? bon marchié de querelles. Cueur, etc. Qu'apportez, etc.

C'est pour jeunes, aussi est ce pour vieulx, Trop sont vieulx soulz, pieca, n'en eustes telles, Si ay, si ay, au moins escoutez d'elles, Paix, je m'endors, non ferez pour le mieulx. Cueur, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Soussy, beau Sire, je vous prie, SOUSSY. De quoy? que me demandez vous? LE CUEUR. Ostez moy d'anuy et courous, SOUSSY. Où vous estes? non feray mie. LE CUEUR. Tenir je vous vueil compaignie, SOUSSY. Las! non faictes, soyez moy douls. LE CUEUR. Soussy, etc. De quoy, etc.

Parlez en à Merencolie, SOUSSY. Conseil premier entre vous. LE CUEUR. Espoir y pourroit plus que nous, SOUSSY. Faictes donc qu'il y remédie. LE CUEUR. Soussy, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Quant Leaulté et Amour sont ensemble, Et on les scet à deu entretenir. En temps et lieu, et pour lui retenir, Ilz font, par Dieu, feu Grejois, ce me semble. J'en congnois deux qui portent grant atour, Où contre droit en emportent le bruit; Helas! voire, et ne font pas sejour, Car traison en leurs cueurs tousjours bruit. Garder se fault que nul ne les ressemble, Ne nulle aussi qu'il veult à bien venir; Pour ce, conclus, pour au point revenir, Que jamais mal entre amoureux n'assemble Quant, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Plus tost accointé que congneu, Plus tost esprouvé que nourry, Plus tost plaisant que bien choisy, Est souvent en grace receu. Mains tost que riche, despourveu Se trouve garny de soussy. Plus tost, etc. Plus tost, etc.

Assez tost meschant est recreu, Assez tost entreprent hardy, Assez tost senti qui s'ardy, Tout ce mal est de chascun sceu. Plus tost, etc.

RONDEL.

(Le Cadet.)

Tu vas trop avant, retray toy, Mon cueur, ou tu te feras prendre, Pas n'est bon de tant entreprendre; Arreste et te tiens tout coy. Le feras tu? or le dy coy, Affin qu'on ne te puist reprendre Tu vas, etc. Mon cueur, etc.

Siet toy quelque part en requoy, Pour mieulx te garder de surprendre; Et de là tu pourras comprendre Ton fait bien au long, or m'en croy. Tu vas, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

A ce jour de saint Valentin, Bien et beau Karesme s'en va; Je ne scay qui ce jeu trouva, Penser m'y a pris au matin; Et puis pour jouer à tintin Avecques moy tost se leva. A ce jour, etc. Bien et beau, etc.

Soussy m'a cuidé ung tatin Donner, mais pas ne l'acheva, Bien garday que ne me greva; _Maledicatur_ en latin. A ce jour, etc.

RONDEL.

(Orléans)

A ce jour de saint Valentin, Venez avant, nouveaux faiseurs, Faictes de plaisirs, ou douleurs, Rimes en francoys, ou latin; Ne dormez pas trop au matin, Pensez à garder voz honneurs. A ce jour, etc. Venez, etc.

Heur et maleur sont en hutin, Pour donner pers, cy et ailleurs, Autant aux moindres, qu'aux greigneurs, Veulent departir leur butin. A ce jour, etc.

RONDEL.

(Orléans)

A ce jour de saint Valentin, Qu'il me convient choisir ung per, Et que je n'y puis eschapper, Pensée prens pour mon butin. Elle m'a resveillé matin, En venant à mon huis frapper. A ce jour, etc.

Ensemble nous arons hutin, S'elle veult trop mon cueur happer; Mais, s'Espoir je peusse atrapper, Je parlasse d'autre latin. A ce jour, etc.

RONDEL.

(Benoist d'Amien.)

Au plus fort de ma maladie, M'a abandonné Esperance, Laquelle sans point decevance, Me devoit tenir compaignie. Helas! ce n'est pas mocquerie, D'avoir perdu telle alliance. Au plus fort, etc.

Car certes qui que chante, ou rie, J'ay à toute heure desplaisance Plus que nes ung qui soit en France, Par quoy je ne scay que je die. Au plus fort, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Au plus fort de ma maladie Des fievres de merencolie, Quant d'anuy j'ay frissonné fort, J'entre en chaleur de desconfort Qui me met tout en resverie; Lors je jangle mainte folie, Et meurs de soif de chiere lie, De mourir seroye d'accort. Au plus fort, etc.

Adoncques me tient compaignie Espoir, dont je le remercie, Qui de me guérir se fait fort; Disant que n'ay garde de mort, Et qu'en riens je ne m'en soussie. Au plus fort, etc.

RONDEL.

(Benoist d'Amien.)

Pour les maux dont je suis si plains, Fortune, ay je tort? se me plains De ta grant fierté et rudesse Qui, nuyt et jour, sans point de cesse, Me tient en douleur et en plains. Las! pense qu'ilz ne sont pas fains, Mais avant tres plus grans que mains, Veu que suis en telle foiblesse. Pour les, etc.

Or te requier, à jointes mains, Que tu vueilles, à tout le moins. Me tollir le mal qui me blesse; Car je suis en telle destresse, Que languir me fault, soirs et mains. Pour les, etc.

RONDEL.

{Benoist d'Amien.)

Pour parvenir à vostre grace, Esperant que mon dueil efface, Vous vueil servir jusqu'à la mort; De ce, vous povez tenir fort, Que nul autre bien ne pourchace. Par quelque semblant que je face, Ne quelque chemin que je trace, N'est que pour arriver au port. Pour parvenir, etc.

Quant des yeulx ne vous voy en place, Plus rien qui soit ne me soulace, Dont soussy me tient si tres fort; Non pourtant, mon seul reconfort, Ne me chault quoy qu'on me mefface, Pour parvenir, etc.

RONDEL

de Monseigneur d'Orléans à ma Dame d'Angoulesme.

A ce jour de saint Valentin, Puisqu'estes mon per ceste année, De bien eureuse destinée Puissions nous partir le butin. Menez à beau frere hutin Tant qu'ayez la pense levée. A ce jour, etc.

Je dors tousjours sur mon coissin, Et ne fois chose qui agrée Gueres à ma mal assenée, Dont me fait les groings au matin. A ce jour, etc.

RONDEL.

(Tignonville.)

Pour la coustume maintenir, Ceste saint Valentin nouvelle, Mon cueur a choisy Damoiselle, Moyennant l'amoureux desir. Par ung regart fait à loisir, Se voult logier es mains de celle. Pour la, etc. Ceste saint, etc.

S'on lui fait trop de mal souffrir, Je m'accorde qu'il se rappelle, Et puis se tiengne à la plus belle Que ses yeulx lui pourront choisir. Pour, etc.

RONDEL

(Orléans.)

Contre _fenoches_ et _nox buze_, Peut servir ung tantost de France, _Daly_ parolles de plaisance, Au plus _sapere_ l'en cabuze, Ja _cossy_ maintes foiz s'abuze, _Grandissime_ fault pourveance. Contre _fenoches_, etc.

_Sta fermo_, toutes choses uze, _Aspecte_ ung _poco_ par savance, _La Rasonne fa_ l'ordonnance _De quella_ medicine on uze, Contre _fenoches_, etc.

RONDEL

(Orléans.)

Ce premier jour du mois de May, Quant de mon lit hors me levay, Environ vers la matinée, Dedens mon jardin de pensée, Avecques mon cueur, seul entray. Dieu scet s'entrepris fu d'esmay, Car en pleurant tout regarday Destruit d'ennuyeuse gelée. Ce premier, etc. Quant, etc.

En gast, fleurs et arbres trouvay; Lors au jardinier demanday Se Desplaisance maleurée, Par tempeste, vent, ou nuée, Avoit fait tel piteux array. Ce premier, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Qui est cellui qui s'en tendroit De bouter hors merencolie, Quant toute chose reverdie, Par les champs, devant ses yeulx, voit. Ung malade s'en gueriroit, Et ung mort revendroit en vie. Qui est cellui, etc. De bouter, etc.

En tous lieux on le nommeroit Meschant endormy en follie, Chasser de bonne compaignie, Par raison, chascun le devroit. Qui est cellui, etc.

RONDEL.

(Orléans)

Allez vous musser maintenant, Ennuyeuse Merencolie, Regardez la saison jolie, Qui partout vous va reboutant; Elle se rit en vous mocquant, De tous bons lieux estes bannye. Allez vous, etc. Ennuyeuse, etc.

Jusques vers Karesme prenant Que jeusne les gens amaigrie, Et la saison est admortie, Ne vous monstrez ne tant, ne quant. Allez vous, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Qui est cellui qui d'amer se tendroit, Quant beaulté fait de morisque l'entrée, De plaisance si richement parée, Qu'à l'amender jamais nul ne vendroit. Cueur demy mort, les yeulx en ouvreroit, Disant: C'est cy raige desesperée. Qui est cellui, etc. Quant, etc.

Lors quant Raison enseigner le vendroit, Il lui diroit: A! vieille rassotée, Laissez m'en paix, vous troublez ma pensée, Pour riens, en ce nully ne vous croiroit. Qui est cellui, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Bon fait avoir cueur à commandement, Quant il est temps, qui scet laisser, ou prendre, Sans trop vouloir sotement entreprendre Chose où ne gist gueres d'amendement. Quel besoing est, quand on est à son aise, De se bouter en soussy et meschief; Je tiens amans pour folz, ne leur desplaise, De travailler sans riens mener à chief; C'est par espoir, ou par son mandement, Qui tel mestier leur conseille d'aprendre, Il fait pechié, on l'en devroit reprendre, J'en parle au vray, à mon entendement. Bon fait avoir, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Je vous entens à regarder, Et part de voz penser congnois, Essayé vous ay trop de fois, De moy ne vous povez garder. Cuidez vous, par voz motz farder. Mener les gens de deux en trois. Je vous, etc. Et part, etc.

Vous savez tirer et tarder, Raige faictes, et feu Gregois; Bien gangnez voz gaiges par mois, Parachevez sans retarder. Je vous. etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Plus de desplaisir que de joye, Assez d'ennuy, souvent à tort, Beaucoup de soussy sans confort, Oultraige de peine, où que soye; Trop de douleur à grant montjoye, Foison de tres piteux rapport. Plus de desplaisir, etc. Assez d'ennuy, etc.

Tant de grief que je ne diroye, Mains amant ma vie, que mort, Pis que mourir, n'est ce pas fort? Telz beaulx dons fortune m'envoye. Plus de desplaisir, etc.

RONDEL.

(Orléans}

Pour mon cueur qui est en prison, Mes yeulx vont l'aumosne quérir; Gueres n'y pevent acquérir, Tant petitement les prise on. Reconfort qui est l'aumosnier, Et Espoir, sont allez dehors; On ne donna point l'aumosne hier, Refus estoit portier alors. Pour mon, etc.

Il est si plain de mesprison, De rien ne le faut requerir, N'essayer de le conquerir, Tousjours tient sa vieille aprison. Pour mon, etc.

RONDEL.

(Orléans)

Fortune! sont ce de voz dons? Engoisses que vous aportez, A présent vous en deportez, Ce sont trop doloreux guerdons; D'entrer ceans vous deffendons, Dures nouvelles rapportez. Fortune, etc. Engoisses, etc.

Et oultre plus, vous commandons Que les cueurs ung peu supportez Jouer vous, et vous depportez Autre part, baillant telz pardons. Fortune, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Et comment l'entendez vous? Ennuy et Merencolie, Voulez vous toute ma vie. Me tourmenter en courrous? Le plus maleureux de tous Doy je estre? je le vous nye. Et comment, etc, Ennuy, etc.

De tous poins accordons nous, Ou, par la vierge Marie, Se Raison n'y remédie, Tout va sen dessus dessous. Et comment, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Voire, dea! je vous ameray, Ennuyeuse Merencolie, Et servant de plaisance lie, Par vous plus ne me nommeray; Foy que doy à Dieu, si seray Tout sien, soit ou sens, ou folie. Voire, dea, etc. Ennuyeuse, etc.

Jamais ne m'y rebouteray, En voz lactz, se je m'en deslie, Et se Bon eur à moy s'alie, Je fait à vous, mais non feray. Voire, dea, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Fortune, passez ma requeste, Quant assez m'aurez tort porté, Ung peu je soye déporté, Que Desespoir ne me conqueste; Veu que je me suis, en la queste D'Amours, loyaument deporté. Fortune, passez, etc. Quant, etc.

Mon droit, sans que plus y acqueste. Aux jeunes gens j'ay transporté; Se riens est de moy rapporté, Je vous prie qu'on en face enqueste. Fortune, etc.

RONDEL.

(Orleans.)

De quoy vous sert cela? Fortune, Voz propos sont, puis longs, puis cours, Une foiz estes en decours, L'autre plaine comme la lune; On ne vous trouve jamais une, Nouvelletez sont en voz cours. De quoy, etc. Voz propos, etc.

S'est vostre maniere commune; Car, quant je vous requiers secours, Vous fuyez, apres vous je cours, Et pitié n'a en vous aucune. De quoy, etc.

RONDEL.

(Orléans)

Serviteur plus de vous, Merencolie, Je ne seray, car trop fort y traveille; Raison le veult, et ainsi me conseille Que le face, pour l'aise de ma vie. A Nonchaloir vueil tenir compaignie, Par qui j'auray repos sans que m'esveille. Serviteur, etc. Je ne seray, etc.

Se de vous puis faire la departie, Et il seurvient quelque estrange merveille, Legierement passera par l'oreille; Au contraire jamais nul ne me die. Serviteur, etc

RONDEL.

(Orléans.)

Pourquoy moy, plus que les autres ne font, Doy je porter de Fortune l'effort? Par tout je vois criant: Confort, Confort, C'est pour neant, jamais ne me respont. Me convient il tousjours ou plus parfont De dueil nager, sans venir à bon port. Pourquoy moy, etc. Doy je, etc.

J'appelle aussi, et en bas et amont, Loyal Espoir, mais je pense qu'il dort, Ou je cuide qu'il contrefait le mort: Confort, n'Espoir, je ne scay où ilz sont. Pourquoy, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Pourquoy moy, mains que nulluy Que je congnoisse aujourduy, Auray je part en liesse, Veu qu'ay despendu jeunesse Longuement, en grant ennuy. Doy je donc estre cellui Qui ne trouvera en lui Bon eur, qu'à peu de largesse. Pourquoy moy, etc.

J'ay loyal désir suy, A mon povoir, et fuy, Tout ce qui à tort le blesse; Désormais, en ma vieillesse, Demourray je sans apuy? Pourquoy moy, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

C'est pour rompre sa teste De fortune tanser, Qui à riens ne s'arreste, Trop seroit fait en beste. C'est pour, etc. Quant elle tient sa feste, Les aucuns fait danser, Et les autres tempeste. C'est pour, etc.

RONDEL.

Du tout retrait en hermitage De Nonchaloir, laissant folie. Desormais veult user sa vie, Mon cueur, que j'ay veu trop volage. Et savez vous qui son courage A changié? s'a fait maladie. Du tout, etc. De Nonchaloir, etc.

Fera il que fol, ou que sage? Qu'en dictes vous? je vous en prie, Il fera bien, quoy que nul dye, Moult y trouvera d'avantage. Du tout, etc.

RONDEL.

Sans faire mise, ne recepte Du monde, dont compte ne tien, Mon cueur, en propos je maintien; Que mal et bien en gré accepte. Se fortune est mauvaise, ou bonne, A chascun la fault endurer; Quant raison y mectra la bonne, Elle ne pourra plus durer; Rien n'y vault engin, ne decepte, Au derrain on congnoistra bien, Qui fera le mal, ou le bien, Grans, ne petiz, je n'en excepte. Sans faire, etc.

RONDEL.

Est ce tout ce que m'apportez A vostre jour? Saint Valentin, N'auray je que d'Espoir butin, L'actente des desconfortez. Petitement vous m'enhortez D'estre joyeulx à ce matin. Est ce tout, etc. A vostre jour, etc.

Nulle rien ne me rapportez, Fors _bona dies_ en latin, Vieille relique en viel satin; De telz presens vous deportez. Est ce tout, etc.

RONDEL.

(Simonnet Caillau.)

Ou millieu d'espoir et de doubte, Helas! je pense jours et nuys; Mais, par Dieu! bien bref, se je puis, J'auray pis, ou mieulx, quoy qu'il couste. Mes yeulx ouvers, je n'y vois goute, Si non que maintenant j'en suis. Ou millieu, etc. Helas! je pense.

J'ay tant fait le guet et l'escoute, A la fenestre et à l'uis, Et n'ay pas ce que g'y poursuis, Aincois m'est force que j'escoute. Ou millieu, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Quant pleur ne pleut, souspir ne vante, Et que cessée est la tourmente De dueil, par le doulx temps d'espoir, La nef de desireulx vouloir A port eureux fait sa descente; Sa marchandise met en vente, Et à bon marché la presente A ceulx qui ont fait leur devoir. Quant pleur, etc. Et que cessée, etc.

Lors les marchans de longue actente, Pour gaigner, et corps, et rente, En ont ce qu'en pevent avoir; D'en acheter font leur povoir; Tant que chascun cueur s'en contente. Quant pleur, etc.

RONDEL.

(Faret.)

Ou millieu d'espoir et de doubte, Une foiz mal, autre foiz bien, Je m'y trouve; mais je voy bien Que c'est fortune qui m'y boute; Et pour vous dire, somme toute, C'est une chose où n'entens rien. Ou millieu, etc. Une foiz, etc.

Mais quelque chose qui me coute, Si est ce bien le vouloir mien De m'ouster hors de ce lien Aucuneffoiz, tant me reboute, Ou millieu, etc.

RONDEL.

(Benoist d'Amien.)

En la grant mer de desplaisance, Sans avoir espoir d'alegance De trouver port, fors de douleur, Nage tousjours mon povre cueur, En bateau banny d'esperance; Voille n'a que de decevance, Ne soutte que de pascience, Jamais n'y vente que maleur. En la grant, etc. Sans avoir, etc.

Dueil, Soussy ont la gouvernance; Qui ne lui donnent, pour pitance Que bescuit durcy de langueur, Avecques eaue de rigueur; Ainsi languist, faisant penance. En la grant, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Quant pleur ne pleut, souspir ne vente, Le bruit sourt de jeux et risée, Et Joye vient appareillée De recevoir d'Espoir sa rente Assignée sur longue actente. Mais apres loyaument paiée. Quant, etc. Le bruit, etc.

Ja Reconfort est mis en vente, Et Plaisance fait sa livrée De biens si richement ouvrée, Que deuil fuyt, et s'en mal contente. Quant pleur, etc.

RONDEL.

(Jehan Monseigneur de Lorraine.)

Chose qui plaist est à demy vendue, En quelconque marchandie que ce soit. Mais l'ueil prise tel chose qui decoit, Le plus souvent, quant elle est bien congnue; Car, quant Amour se vendoit à Priere, Peu de marchans y conquestoit proufit; Desir survient qui met la fole enchiere, A qui marchié de raison ne suffit. Adonc vela qui apovrist, et tue Le maleureux que chascun monstre au doit, Disant: C'est cil qui plus fait qu'il ne doit, Dont s'ordre n'est à son droit maintenue. Chose qui plaist, etc.

RONDEL.

(Orleans.)

Quant je congnois que vous estes tant mien, Et que m'aymez de cueur, si loyaument, Je feroye vers vous trop faulcement Se, sans faindre, ne vous amoye bien; Essayez moy se vous fauldray en rien, Gardant tousjours mon honneur seulement. Quant, etc. Et que, etc.

Se me dictes: Las! je ne scay combien Vostre vouloir durera longuement; Je vous respons, sans aucun changement, Qu'en ce propos me tendray, et me tien. Quant, etc.

RONDEL

pour Monseigneur de Beaujeu.

Puisqu'estes de la contrarie D'Amours, comme monstrent voz yeulx, Vous y trouvez vous pis, ou mieulx? Qu'en dictes vous de telle vie? Souffler vous y fault l'alquemie, Ainsy que font jeunes et vieulx. Puisqu'estes, etc. D'Amours, etc.

Ne cuidez par nygromancye Estre invisible; se m'aist Dieux, On congnoistra, en temps et lieux, Comment jourez de l'escremye. Puisqu'estes, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Dedans l'amoureuse cuisine, Où sont les bons, frians morceaux, Avaler les convient tous chaulx, Pour reconforter la poictrine. Saulce ne faut, ne cameline, Pour jeunes appetiz nouveaulx. Dedans, etc. Où sont, etc.

Il souffist de tendre geline Qui soit sans os, ne vieilles peaulx, Mainssée de plaisans cousteaux, C'est au cueur vraye medicine. Dedans, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Où le trouvez vous en escript? Se dient à mon cueur mes yeulx, Que nous ne soyons vers vous tieulx Que devons, de jour et de nuyt. Se ne vous conseillon prouffit, Nous en croirez vous? nennil, Dieux. Où le trouvez, etc.

Quant rapportons quelque deduit Que nous avons veu en mains lieux, Prenez en ce qui vous plaist mieulx, L'autre lessez, est ce mau dit? Où le trouvez, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

L'eaue de pleurs, de joye, ou de douleur, Qui fait mouldre le molin de Pensée, Dessus lequel la rente est ordonnée, Qui doit fournir la despense du cueur. Despartir fait farine de doulceur, D'avecques son de dure destinée. L'eaue, etc.

Lors le mosnier nommé Bon, ou Mal eur, En prent prouffit, ainsi que lui agrée; Mais Fortune souvent desmesurée Lui destourbe mainteffois, par rigueur. L'eaue, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

En verray je jamais la fin De voz euvres? Merencolie, Quant au soir de vous me deslie. Vous me ratachez au matin; J'amasse mieulx autre voisin Que vous, qui si fort me guerrie. En verrai je, etc. De voz euvres, etc.

Vers moy venez en larrecin, Et me robez plaisance lie; Suis je destiné, en ma vie, D'estre tousjours en tel hutin. En verray je, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Soupper ou baing, et disner ou bateau, En ce monde n'a telle compaignie, L'un parle, ou dort, et l'autre chante, ou crie, Les autres font balades, ou rondeau. Et y boit on du viel et du nouveau, On l'appelle le desduit de la pie. Soupper ou baing, etc. En ce monde, etc.

Il ne me chault ne de chien, ne d'oiseau; Quant tout est fait, il fault passer sa vie Le plus aise qu'on peut, à chiere lie; A mon advis, c'est mestier bon et beau. Soupper ou baing, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Qu'est cela? c'est Merencolie. Vous n'entrerez ja; pourquoy? pour ce Que vostre compaignie acourse Mes jours, dont je foys grant folie. Se me chassez par chiere lie, Brief revendray de plaine course. Qu'est cela, etc. Vous, etc.

Il fault que raison amolie Vostre cueur, et plus ne se cource, Ainsi pourrez auroir ressource, Mais que vostre mal sens deslie. Qu'est cela, etc.

RONDEL.

(Orleans.)

En yver, du feu, du feu, Et en esté, boire, boire, C'est de quoy on fait memoire, Quant on vient en aucun lieu. Ce n'est ne bourde, ne jeu, Qui mon conseil vouldra croire? En yver, etc. Et en esté, etc.

Chaulx morceaux faiz de bon queu, Fault en froit temps, voire, voire, En chault, froide pomme, ou poire; C'est l'ordonnance de Dieu. En yver, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Ne cessez de tanser, mon cueur, Et fort combatre ces faulx yeulx Que nous trouvons, vous et moy, tieulx Qu'ilz nous font trop souffrir douleur. Estroictement commandez leur Qu'ilz ne troctent en tant de lieulx. Ne cessez, etc. Et fort, etc.

Et leur monstrez telle rigueur, Qu'ilz vous craingnent, car c'est le mieulx; Qu'ilz obeissent, se m'aist Dieux, A vous, vous monstrant leur Seigneur. Ne cessez, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Je ne voy rien qui ne m'annuye, Et ne scay chose qui me plaise; Au fort, de mon mal me rapaise, Quant nul n'a sur mon fait envye. D'en tant parler, ce m'est follie, Il vault trop mieulx que je me taise. Je ne voy, etc. Et ne scay, etc.

Vouldroit aucun changer sa vie A moy? pour essayer mon aise; Je croy que non, car plus mauvaise Ne trouveroit, je l'en deffie. Je ne voy, etc.

RONDEL

(Orléans.)

Ne bien, ne mal, mais entre deulx J'ay trouvé aujourduy mon cueur Qui parmi Confort et Douleur, Se seiéoit ou meilleu d'entr'eulx. Il me dit: Qu'est ce que tu veulx? Peu, respondy pour le meilleur. Ne bien, ne mal, etc. J'ay trouvé, etc.

Aux dames et aux paons fais veulx, Se fortune me tient rigueur, De sa foy requerray bon eur, Qu'il s'aquicte quant je me deulx. Ne bien, ne mal, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Fermez lui l'uis au visaige, Mon cueur, à Merencolie, Gardez qu'elle n'entre mye, Pour gaster nostre mesnaige; Comme le chien plain de raige, Chassez la, je vous en prye. Fermez lui l'uis, etc. Mon cueur, etc.

C'est trop plus nostre avantaige D'estre sans sa compaignie, Car tousjours nous tanse, et crye, Et nous porte grand dommaige. Fermez lui l'uis, etc.

RONDEL.

(Orléans)

Ou millieu d'Espoir et de Doubte, Les cueurs se mussent plusieurs jours, Pour regarder les divers tours Dont Dangier souvent les deboute. L'oreille je tens, et escoute Savoir que, sur ce, dit Secours. Ou millieu, etc. Les cueurs, etc.

Eslongné de mondaine route Me tiens, comme né en decours, Entre les aveugles et sours, Dieu y voye, je n'y voy goute. Ou millieu, etc.

RONDEL.

(Orleans.)

Devenons saiges desormais, Mon cueur, vous et moy, pour le mieulx, Noz oreilles, aussi noz yeulx, Ne croyons de legier jamais. Passer fault nostre temps en paix, Veu que sommes du renc des vieulx. Devenons, etc. Mon cueur, etc.

Se nous povoions par souhaiz Rasjeunir, ainsi m'aide Dieux, Feu Grejoys ferions en mains lieux; Mais les plus grans coups en sont faiz, Devenons, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Qui le vous a commandé? Soussy, de me mener guerre; Avant qu'on vous aille querre, Venez sans estre mandé. M'ordonnez vous almandé, Quant Mort de son dart m'enferre. Qui le vous, etc. Soussy, etc. Pour Dieu, tost soit amendé Le mal qui tant fort me serre, Apres que seray en terre, Vous en sera demandé. Qui le vous, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Ces beaulx mignons à vendre et à revendre, Regardez les, sont ilz pas à louer? Au service sont tous pres d'eulx louer Au Dieu d'amours, s'il lui plaist à les prendre. Bon escolle sauront bientost aprendre, Bons escolliers, je les vueil advouer. Ces beaulx, etc. Regardez, etc.

Et s'ilz faillent, il les pourra reprendre, Quant ilz vouldront trop nycement jouer, Et sus leurs braz la chemise nouer, Tant qu'au batre ne se puissent deffendre. Ces beaulx, etc.

RONDEL.

(Maistre Jehan Caillau.)

Quant pleur ne pleut, souspir ne vente, Si fait, dea! des foiz plus de trente, Maint se tourmente, Souffrant le revers de son vueil, Et touteffoiz lerme de l'ueil Neist hors du sueil, Pour payer du courroux la rente; Du dolent, ou de la dolente, Qui seuffre doleur non pas lente, Sans nulle actente D'assouagement de leur dueil. Quant pleur, etc.

Tant y en a en ceste sente, Souffrans de corps, de cueur, d'entente, Loing de la tente Où sont Plaisance et Doulx acueil; Quant à moy, des maulx que recueil, Dont tant me dueil, Seulet, à part moy, me guermente. Quant pleur, etc.

RONDEL.

(Orléans)

D'Espoir, il n'en est nouvelles, Qui le dit? Merencolie, Elle ment, je le vous nye; A! a! vous tenez ses querelles. Non faiz, mais parolles telles Courent, je vous certiffie. D'Espoir, etc. Qui le dit, etc.

Parlons doncques d'autres, quelles? De celles dont je me rie, Peu j'en scay, or je vous prie Que m'en contez des plus belles. D'Espoir, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Une povre ame tourmentée Ou Purgatoire de Soussy, Est en mon corps, qu'il soit ainsi; Il y pert, et nuyt, et journée, Piteusement est detirée, Sans point cesser, puis là, puis cy. Une povre, etc. Ou, etc.

Mon cueur en a peine portée, Tant qu'il en est presque transy; Mais esperance j'ay aussi, Qu'au derrenier, sera sauvée. Une povre, etc.

RONDEL.

(Maistre Jehan Caillau.)

Espoir où est? en chambre close, Et là que fait? il se repose, Sera il empiece esveillé? Il dit que il a trop veillé, Et que dormir veult une pose. Que pour quelque pris je compose A vous, et l'esveiller je n'ose, Car il est las, et traveillé. Espoir, etc.

Par Dieu, ainsi que je suppose, Il fait quelque roman, ou glose; Moy mesmes suis esmerveillé De le veoir si ensommeillé, Ne m'en direz vous autre chose? Espoir, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Pour empescher le chemin, Il ne fault q'un amoureux Qui, en penser desireux, Va songant soir et matin; Donnez lui ung bon tatin, Il s'endort le maleureux. Pour, etc. Il ne, etc.

D'eaue tout plain ung bassin Eust il dessus ses cheveulx, D'un coup d'esperon, ou deux, Ne veult chasser son roussin. Pour, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Qu'esse la? qui vient si matin? Se suis je, vous, saint Valentin, Qui vous amaine maintenant, Ce jour de Karesme prenant, Venez vous departir butin? A present nulluy ne demande, Fors bon vin et bonne viande, Banquetz, et faire bonne chiere; Car Karesme vient et commande A charnaige, tant qu'on le mande, Que pour ung temps se tire arriere. Ce nous est ung mauvais tatin, Je n'y entens nul bon latin, Il nous fauldra dorenavant Confesser, penance faisant, Fermons lui l'uys à tel hutin. Qu'esse la, etc.

RONDEL.

Commandez qu'elle s'en voise, Mon cueur, à Merencolie, Hors de vostre compaignie, Vous laissent en paix sans noise; Trop a esté, dont me poise, Avecques vous, c'est folie. Commandez, etc. Mon cueur, etc.

Oncques ne vous fut courtoise, Mais les jours de vostre vie A traictez en tirannie; Sang de moy, quelle bourgoise! Commandez, etc.

RONDEL.

(Bourbon jadiz Clermont.)

Je gis au lit d'amertume et doleur, Livré à mort, par faulte de secours, Et si ne scay quant finera le cours De mon aspre et immortel malheur. Priez pour moy, car je m'en vois mourir, Mes bon amis, aiez en souvenance; On ne me veult au besoing secourir, Requerez en, apres mes jours, vengance. Si vous m'amez, car c'est pour la valleur D'une sans per, qu'ainsi m'est au decours Ma povre vie, sans repit, ne recours, Pour estre tant son loyal serviteur, Je gis au lit, etc.

RONDEL.

(Response d'Orleans à Bourbon.)

Comme parent et alyé Du duc Bourbonnois à present, Par ung rondeau nouvellement Me tiens pour requis et payé; Par une, gist malade, mis Ou lit d'amertume et grevance, Requerant tous ses bons amis, S'il meurt, qu'on demande vengance. Quant à moy, j'ay ja deffie Celle qui le tient en tourment, Et apres son trespassement, Par moy sera bien hault crié. Comme parent, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Quant ung cueur se rent à beaulx yeulx, Criant mercy piteusement, S'ilz le chastient rudement, Et il meurt, qu'en valent ilz mieulx? Batu de verges de Beaulté, De lui font sang par tout courir, Mais qu'il n'ait fait desleauté, Pitié le devroit secourir; S'il n'a point hanté entre tieulx Qui ne s'acquictent loyaument; Doit estre tel pugnissement, A mon advis, en autres lieux. Quant, etc.

RONDEL.

(Le Seneschal.)

Ma fille de confession, Vueillez avoir compassion De cellui qui sert loyaument, Et qui est vostre entierement, Sans point faire de fiction. Selon raison et conscience, Tort lui tendrez, c'est ma creance, S'il n'a bien brief ce que tant vault. Je vous charge par penitence, Q'ayez en lui toute fiance, Sans plus respondre: Ne m'en chault. Cellui qui souffrist passion, Vous doint bonne contriction; Au chois de mon entendement, Plus eureux soubz le firmament N'auroit, dont il soit mencion. Ma fille, etc.

RONDEL.

(Response d'Orleans au Seneschal.)

Beau Pere! _benedicite_, Je vous requier confession, Et, en humble contriction, Mon pechié sera recité. En moy n'a eu mercy, ne grace, Prenant de ma beaulté orgueil, Amours me pardoint, ainsi face, Desormais repentir m'en vueil; Reffus à mon cueur delité, J'en feray satisfacion, Donnez m'en absolucion Et penance, par charité. Beau Pere, etc.

RONDEL.

(Blosseville.)

Ma tres belle, plaisante seur, _Confiteor_ du bon cueur Dictes, par grant devocion, Sans plus avoir intencion De maintenir vostre folleur. Car tost apres, de ma puissance Vous absouldray, en esperance Que doulce serez envers tous. Et vous enjoings, par penitance, De donner demain allegance A cellui qui se meurt par vous; Lequel, par vostre grant rigueur, Seuffre, comme j'entens, doleur, Et sans cause pugnicion; Dont ja n'aurez remission, Tant qu'il en soit hors, j'en suis seur. Ma très belle, etc.

RONDEL.

(Bourbon.)

Je sens le mal qu'il me convient porter Non advenu, mais je crains qu'il aviengne, Et qu'en la fin maleureux je deviengne, Sans m'asservir ailleurs, ne transporter; S'ainsi advient qu'à tort on m'abandonne, Que Dieu ne vueille, que feray je sans per? Las! je ne scay, si ce mal on me donne. Des malheureux je seray le non per. Pour le meilleur, il me fault deporter Jusques à tant que ce malheur me viengne; Mais à ma Dame hardiement en souviengne; Car pour tousjours sa rigueur supporter, Je sens le mal, etc.

RONDEL.

(Response d'Orléans à Bourbon.)

A voz amours hardiement en souviengne, Duc de Bourbon, se mourez par rigueur, Jamais n'auront ung si bon serviteur, Ne qui vers eulx tant loyaument se tiengne. Dieu ne vueille que tel meschief adviengne, Ilz perdroient leur renom de doulceur. A voz amours, etc. Duc de, etc.

S'il est jangleur qui soctement maintiengne Que Bourbonnois ont souvent legier cueur, Je ne respons, fors que pour vostre honneur, Esperance convient que vous soustiengne. A voz amours, etc.

RONDEL.

(Orléans)

Descouvreur d'embusche, sot ueil, Pourquoy as tu passé le sueil De ton logis, sans mandement? Et par oultrageux hardement, As entrepris contre mon vueil. Demourer en repos je vueil, Et en paix faire mon recueil. Sans guerre avoir aucunement. Descouvreur, etc. Pourquoy, etc.

En aguet se tient Bel acueil, Et se par puissance, ou orgueil, Une fois en ses mains te prent, Tu fineras piteusement Tes jours, en la prison de dueil. Descouvreur, etc.

RONDEL.

(Maistre Berthault de Villebresme.)

Puisque Atropos a ravy Dyopée, Contre humain cours prinse et anticipée, Cupido! plus je ne vous serviray; Car tel douleur que pour vous servir ay, Pour Demophon n'eut Phillis Rodopée. Plaisance s'est de moy émancipée, Dueil m'est acquis, ma joie est dicipée; En Boreas, Zephirus s'est viray. Puisque, etc. Contre, etc.

Adieu vous dy, toute nymphe actrapée Aux laqs, Venus com oyseau a pipée, Plus avecques vous je ne me deduiray, Mais à gémir du tout me reduiray, Ou m'occiray, com Piramus, d'espée. Puisque, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Amours, à vous ne chault de moy, N'à moy de vous, c'est quiete et quiete, Ung vieillart jamais ne prouffite Avecques vous, comme je croy; Puisque suis absolz de ma foy, Et jeunesse m'est interdicte. Amours, etc. N'à moy, etc.

Jeune, sceu vostre vieille loy, Vieil, la nouvelle je despite, Ne je ne crains la mort subite De regart; qu'en dictes vous? quoy? Amours, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

J'ay pris le logis de bonne heure D'Espoir, pour mon cueur, aujourduy, Affin que les fourriers d'Annuy Ne le preignent pour sa demeure; Veu que, nuyt et jour, il labeure De me gaster; et je le fuy. J'ay pris, etc. D'Espoir, etc.

Bon eur, avant que mon cueur meure, L'aidera, il se fye en luy; Autre part ne quiers mon apuy, En actendant qu'il me sequeure, J'ay pris, etc.

RONDEL.

(Fraigne.)

Mon oeil m'a dit qu'il me deffie A tousjours, sans repentir. Se je ne lui fais ce plaisir D'amer une qu'il a choisie; Se c'estoit pour sauver sa vie, Plus ne m'en pourroit requérir. Mon oeil, etc. A tousjours, etc.

Je lui ay dit: Tu fais folie, Je te prie, laisse moy dormir, Je n'ay pas à présent loisir De penser à ta reverie. Mon oeil, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Escoutez et laissez dire, Et en voz mains point n'empire Le mal, retournez le en bien; Tout yra, n'en doublez rien, Si bien qu'il devra suffire. Dieu, comme souverain mire, Fera mieulx qu'on ne désire, Et pourverra; tout est sien. Escoutez, etc. Et en voz, etc,

Chascun à son propos tire, Mais on ne peut pas eslire, Je l'ay trouvé, ou fait mien; Au fort, content je m'en tien, Car apres pleurer, vient rire. Escoutez, etc.

RONDEL.

(Benoist d'Amien.}

Contre _fenouches_ et _nox buze_, Convient l'un faire, _l'aultro_ dire, Pleurer d'un ueil, de _l'aultro_ rire, _Questo modo_ les gens abuze. Or _da poy_ que _lo mondo_ en uze, _Non est dy besoingno dormire_. Contre, etc. Convient, etc.

_Tanto principo_ comme _duze_, Veulent le _lour fato_ conduire, Et _li soy servitor_ instruire A _sapere jouar_ la ruze. Contre, etc.

RONDEL.

(Maistre Berthault de Villebresme.)

Puisque chascun sert de _fenouches_, Et de mentir, neiz que de mouches. Aucun aujourduy ne tient conte, Mais à chascun d'avoir son compte Souffist, soit honneur, ou reprouches. Retraire je me vueil es touches Des bois, ainsi que les farouches, Car d'estre au monde j'ay grant honte. Puisque, etc. Et de mentir, etc.

Je y congnois tant de males bouches, De clers voyans faisant les louches. De bons et simples que l'on donte; Veu donc que mal bien y surmonte. Plus me plaist vivre entre les souches. Puisque, etc.

RONDEL.

(Le Duc de Bourbon.)

Prenez l'ommaige de mon cueur, En recevant sa feaulté, Et il gardera loyaulté, Comme doit leal serviteur. S'il se forfait en vous servant, Et qu'il soit clerement cogneu, Ne le tenez plus pour servant, Banny soit comme descongneu. Mais ce pendant, toute doulceur Lui soit faicte, sans cruaulté, Actendant que vostre beaulté Ait pouveu à sa grant douleur. Prenez, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

En arrierefief soubz mes yeulx, Amours, qui vous ont fait hommaige. Je tiens de mon cueur l'eritaige, A vous sommes et serons tieulx, Voz vraiz subgietz, voire des vieulx. Soit nostre prouffit, ou dommaige. En arrierefief, etc. Amours, etc.

J'appelle Déesse et Dieux Sur ce, vers vous, en tesmoingnaige, Se voulez, j'en tendray ostaige; Vous puis je dire, ou faire mieulx? En arrierefief, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

J'en baille le denombrement Que je tiens soubz vous loyaument. Loyal desir et bon vouloir; Mais j'ay trop engagé povoir, Se je n'en ay relèvement. Je vous ay servi longuement, En y despendant largement Des biens que j'ay peu recevoir. J'en baille, etc. Que je tiens, etc.

Vieillesse m'assault tellement, Et me veult à destruisement Mener, mais, veu qu'ay fait devoir Que m'aiderez, j'ay ferme espoir A mes drois, voyez les comment. J'en baille, etc.

RONDEL.

(Orléans).

Je suis à cela Que Merencolie Me gouvernera. Qui m'en gardera ? Je suis, etc.

Puisqu'ainsi me va, Je croy qu'à ma vie Autre ne sera. Je suis, etc.

RONDEL.

(Orleans.)

On ne peult chastier les yeulx, N'en chevir, quoy que l'en leur dye, Dont le cueur se complaint et crye, Quant s'esgarent en trop de lieux. Seront ilz tousjours ainsi? Dieux! Rien n'y vault s'on les tanse, ou prie, On ne peut, etc. N'en chevir, etc.

Quant aux miens, ilz sont desja vieulx, Et assez lassez de follie; Les yeulx jeunes, fault qu'on les lye Comme enragiez, n'est ce le mieulx? On ne peut, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Sont les oreilles estouppées? Rapportent ilz au cueur plus rien? Ouyl, plustost le mal que bien, Quant on ne les tient gouvernées. Se leurs portes ne sont fermées, Tout y court de va et de vien. Sont les oreilles, etc. Rapportent, etc.

Les miennes seront bien gardées De Nonchaloir, que portier tien; Dont se plaint et dit le cueur mien, On ne me sert plus de pensées. Sont les oreilles, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Tel est le partement des yeulx, Quant congié prennent doulcement, D'eulx retraire piteusement, En regretz privez pour le mieulx. Lors divers se dient adieux, Esperans revenir briefment. Tel est le, etc. Quant, etc.

Et si laissent, en plusieurs lieux, Des larmes par engagement Pour paier leur deffrayement, En gectant souspirs, Dieu scet quieulx. Tel est le, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Pour monstrer que j'en ay esté, Des amoureux aucuneffoiz, Ce May, le plus plaisant des mois, Vueil servir ce present esté. Quoy que Soucy m'ait arresté, Sans son congié, je m'y envoiz. Pour monstrer, etc. Des amoureux, etc.

Pour ce, je me tiens apresté A deduiz, en champs et en bois, S'Amours y prent nulz de ses droitz, Quelque bien m'y sera presté. Pour monstrer, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Tant ay largement despendu Des biens d'amoureuse richesse, Ou temps passé de ma jeunesse, Que trop chier m'a esté rendu; Car lors à rien je n'ay tendu, Qu'à conquester foison lyesse. Tant ay, etc. Des biens, etc.

Commandé m'est, et deffendu Desormais par Dame Vieillesse, Qu'aux jeunes gens laisse prouesse, Tout leur ay remis et vendu Tant ay, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Fyez vous y, se vous voulez, En Espoir qui tant promet bien; Mais souventeffoiz n'en fait rien, Dont mains cueurs se sentent foulez. Quant Desir les a affolez, Au grant besoing leur fault du sien. Fyez vous y, etc. En Espoir, etc.

Lors sont de destresse affolez; J'aymeroye, pour le cueur mien, Mieulx que deux tu l'aras, ung tien; Quant les oyseaux s'en sont vollez. Fyez vous, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Jaulier des prisons de Pensée, Soussy, laissez mon cueur yssir, Pasmé l'ay veu esvanouir En la fosse desconfortée; Mais que seurté vous soit donnée De tenir foy et revenir. Jaulier, etc. Soussy, etc.

S'il mouroit en prison fermée, Honneur n'y povez acquerir; Vueilliez au moins tant l'eslargir Qu'ait sa finance pourchassée. Jaulier, etc.

RONDEL.

(Simonnet Caillau.)

Jaulier des prisons de Pensée, Mon povre cueur aux fers tenez, Et dit on que vous lui donnez, Chascun jour, une bastonnée. Est ce par sentence ordonnée, Qu'en ce point le me gouvernez? Jaulier, etc. Mon povre, etc.

Se sa cause estoit bien menée, On jugeroit que mesprenez, Et qu'à grant tort le retenez, Sans plainte de personne née. Jaulier, etc.

RONDEL.

(Tignonville.)

Jaulier des prisons de Pensée, Avez vous le commandement De traicter ainsi rudement Les povres cueurs, en ceste année; Vous est la puissance donnée De par Soussy, ou autrement. Jaulier, etc. Avez vous, etc.

Dedens la chartre adoulée, Tenir les deussiez doulcement, Batre ne devez nullement Prisonniers en fosse fermée. Jaulier, etc.

RONDEL.

(Gilles des Ourmes.)

Jaulier des prisons de Pensée, Qui tenez tant de gens de bien, Ouvrez leur, ilz paieront bien Le droit de l'yssue, et l'entrée. Ilz m'ont commission baillée D'appointer, dictes moi combien? Jaulier, etc. Qui tenez, etc.

Car j'ay cy finance apportée Assez, que du leur, que du mien; Tant qu'on ne vous en devra rien, Jusqu'à la derreniere journée. Jaulier, etc.

RONDEL.

(Orleans.)

Donnez l'aumosne aux prisonniers, Reconfort, et espoir aussi, Tant feray au jaulier Soussy, Qu'il leur portera voulentiers. Ilz n'ont ne vivres, ne deniers, Crians de fain; il est ainsi. Donnez, etc. Reconfort, etc.

Meschans ont esté mesnagiers, Tenuz pour debte jusques cy, Faictes les euvres de mercy, Comme vous estes coustumiers. Donnez, etc.

RONDEL.

(Benoist d'Amien.)

N'oubliez pas les prisonniers, Bonnes gens, aiez en mercy; Ilz sont en la tour de Soussy, Et n'ont ne mailles, ne deniers, Larrons ne sont point, ne murtriers, Par envie on les tient ainsi. N'oubliez pas, etc. Bonnes gens, etc.

Faictes comme bons aumosniers, Pour la grant pitié que veez cy, Et pour vous prieront Dieu aussi De tres bon cueur, et voulentiers. N'oubliez pas, etc.

RONDEL.

(Hugues le Voys.)

Jaulier des prisons de Pensée, Ouvrez à Reconfort la porte, Car à mon cueur l'aumosne porte, Que mes yeulx lui ont pourchassée; Tenu l'avez, mainte journée, Ou cep d'anuy, et prison forte. Jaulier, etc. Ouvrez, etc.

Tant à faim et soif endurée, Qu'il a perdu couleur et sorte, Helas! pour Dieu, qu'on le supporte, Autrement sa vie est finée. Jaulier, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Banissons Soussy, ce ribault Batu de verges par la ville, C'est ung crocheteur trop habille Pour embler joye qui tant vault; Copper une oreille lui fault, Il est fort larron entre mille. Banissons, etc. Batu de, etc.

Se plus ne revient, ne m'en chault, Laissez le aller sans croix, ne pille, Le Deable l'ait ou trou Sebille; Point n'en saille pour froit, ne chault. Banissons, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Des vieilles defferres d'Amours, Je suis à present, Dieu mercy; Vieillesse me gouverne ainsi, Qui m'a condempné en ses cours. Je m'esbahis quant à rebours Voy mon fait, disant: Qu'est ce cy? Des vieilles, etc. Je suis, etc.

Mon vieil temps convient qu'ait son cours, Qui en tutelle me tient sy, Du jaulier appellé Soussy, Que rendu me tiens pour tousjours. Des vieilles, etc.

RONDEL.

(Orleans.)

Comme monnoye descriée, Amours ne tient compte de moy; Jeunesse m'a laissé, pourquoy? Je ne suis plus de sa livrée. Puisque telle est ma destinée, Desormais me fault tenir coy. Comme, etc. Amours, etc.

Plus ne prens plaisir, qu'en pensée Du temps passé; car, sur ma foy, Ne me chault du present que voy, Car Vieillesse m'est delivrée. Comme, etc.

RONDEL.

(Orleans.)

Laissez Baude buissonner, Le vieil Briquet se repose, Desormais travailler n'ose, Abayer, ne mot sonner. On lui doit bien pardonner, Ung vieillart peut pou de chose. Laissez, etc. Le vieil, etc.

Et Vieillesse emprisonner L'a voulu, en chambre close; Par quoy j'entens que propose Plus peine ne lui donner. Laissez, etc.

RONDEL.

(Hugues le Voys.)

Comme monnoye descriée, Loyaulté je voy abriée Dessoubz le pavillon de Honte, Par Faulceté qui la surmonte, Et l'a d'oultrance deffiée. De Bonnefoy s'est alyée, Et de son aide l'a priée, Mais on n'en tient que peu de conte. Comme, etc. Loyaulté, etc.

Du tout la tiens pour ravallée, Par montaigne et par vallée, Est notoire ce que raconte; En maison de Duc, ne de Conte, Ne se treuve qu'à l'eschappée. Comme, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Quant me treuve seul, à part moy, Et n'ay gueres de compaignie, Ne demandez pas s'il m'ennuye, Car ainsi est il, sur ma foy. En riens plaisance n'apercoy, Fors comme une chose endormye. Quant me, etc. Et n'ay, etc.

Mais s'entour moy plusieurs je voy, Et qu'on rie, parle, chante, ou crye, Je chasse hors merencolie Que tant hair et craindre doy. Quant, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Trop ennuyez la compaignie, Douloureuse Merencolie, Et troublez la feste de Joye; Foy que doy à Dieu, je vouldroye Que feussiez du pays bannie. Vous venez sans que l'on vous prie, Bon gré, maugré, à l'estourdie, Alez, que plus on ne vous voye. Trop ennuyez, etc. Douloureuse, etc.

Soussy avecques vous s'alye, Si lui dy je que c'est folie, Quel mesnaige! Dieu vous convoye Si loing, tant que vous revoye Querir, quant? jamais en ma vie. Trop ennuyez, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Escollier de Merencolie, Des verges de Soussy batu, Je suis à l'estude tenu, Es derreniers jours de ma vie; Se j'ay ennuy, n'en doubtez mye, Quant me sens vieillart devenu. Escollier, etc. Des verges, etc.

Pitié convient que pour moy prie, Qui me treuve tout esperdu, Mon temps je pers, et ay perdu, Comme rassoté en folie. Escollier, etc.

RONDEL.

(Hugues le Voys.)

Escollier de Merencolie, Par Soussy qui est le recteur, A l'estude est tenu mon cueur; Et Dieu scet comme on le chastie. De s'y mectre fist grant folie, Car on le tient à la rigueur. Escollier, etc. Par Soussy, etc.

Bon temps n'aura jour de sa vie. Puisqu'il y est, de son maleur, Dedens le livre de douleur, Lui est force qu'il estudie. Escollier, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Et fust ce ma mort, ou ma vie, Je ne puis de mon cueur chevir, Qu'il ne veuille conseil tenir Souvent, avec Merencolie. Si lui dy je que c'est folie, Mais comme sourt ne veult oir Et fust ce, etc. Je ne puis, etc.

A Grace, pour ce, je supplie Qu'il lui plaise me secourir, Au par aller ne puis fournir, Se ne m'aide par courtoisie. Et fust ce, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Allez vous en dont vous venez, Ennuyeuse Merencolie, Certes on ne vous mande mye. Trop privée vous devenez. Soussy avecques vous menez, Mon huis ne vous ouvreray mye. Allez vous en, etc. Ennuyeuse, etc.

Car mon cueur en tourment tenez, Quant estes en sa compaignie; Prenez congié, je vous en prie, Et jamais plus ne retournez, Allez vous en, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

A qui en donne l'en le tort? Puisque le cueur en est d'accort, Se les yeulx vont hors en voyage, Et rapportent aucun message De beaulté plaine de confort. Ilz crient: Resveille qui dort, Lors le cueur ne dort pas si fort, Qui ne dye: J'oy compter rage. A qui en, etc. Puisque le, etc.

Adoncques Desir picque et mort, Savez comment? jusqu'à la mort; Mais le cueur, s'il est bon et sage, Remede y treuve et avantage, Bien, ou mal en vient oultre bort. A qui en, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Doivent ilz estre prisonniers, Les yeulx, quant ilz vont assaillir L'embusche de plaisant desir, Comme hardiz avanturiers; Veu qu'ilz sont d'Amours souldoyers, Et leurs gaiges fault desservir. Doivent ilz, etc. Les yeulx, etc.

Ilz se tiennent siens si entiers, Qu'au besoing ne pevent faillir, Jusques à vivre, ou à mourir. Ilz le font bien, et voulentiers. Doivent ilz, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

N'oubliez pas vostre maniere, Non ferez vous, je m'en fais fort, Ennuy armé de desconfort, Qui tousjours me tenez frontiere, Venez combatre à la barriere, Et faictes à coup vostre effort. N'oubliez pas, etc. Non ferez, etc.

Quant mectez sus vostre banniere, Cueurs loyaux guerriez si fort, Que les faictes retraire ou fort De Douleurs, à piteuse chiere. N'oubliez pas, etc.

RONDEL.

(Orleans)

Chiere contrefaicte de cueur. De vert perdu et tanne painte, Musique notée par fainte, Avecques faulx bourdon de maleur. Qui est il ce nouveau chanteur? Qui si mal vient à son actainte. Chiere, etc. De vert, etc.

Je ne tiens contre, ne teneur Enroué, faisant faulte mainte, Et mal entonné par contrainte, C'est la chapelle de douleur. Chiere, etc.

RONDEL.

(Le grant Seneschal.)

Qui trop embrasse, peu estraint; Je le dy pour maintes et maint Qui scevent servir de telz tours, Mectans loyaulté en decours, Dont leur bon los peut estre estaint. Qui a choisy et pris party, Puisque son cueur y a party, Est ce bien fait de le laisser? Pose qu'on feust trop mieulx party, Si seroit ce mal depparty, Et son honneur trop fort blesser. Qui varie, sans bien remaint; Par fermeté souvent on vaint, Les bons trouvent tousjours secours, Ceulx qui changent, l'ont à rebours; Il est pieca escript et paint. Qui trop, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Il n'est nul si beau passe temps Que de jouer à sa pensée, Mais qu'elle soit bien despensée Par raison, ainsi je l'entens. Elle a fait milz despens contens, Par espoir soit recompensée. Il n'est, etc.

Elle dit: A ce je m'actens, Veu qu'ay loyaulté pourpensée, Que de mes soussiz dispensée Seray, malgré les malcontens. Il n'est, etc.

RONDEL.

(Fraigne.)

Le cueur, dont vous avez la foy, Se recommande à vous, ma Dame, Vous faisant savoir qu'il vous ame, Mais pensez que ce n'est pas poy. Il parle nuyt et jour à moy, En vous louant, belle, plus que ame. Le cueur, etc. Se recommande, etc.

Il m'a juré, et je le croy, Qu'à son vivant n'ayma tant femme, Et Dieu scet comment il me blasme Que plus souvent je ne vous voy. Le cueur, etc.

RONDEL.

Prophetizant de vostre advenement, Voyant venir voz haulx biens clerement, Acompaignez de vostre grant beaulté, A vous amer si fort me suis bouté, Qu'au monde n'ay nul autre pensement. Tres que mon oueil vous vit premierement, Il ordonna mon cueur entierement Pour vous servir en toute feaulté. Prophetizant, etc.

Lors je jugay, à mon entendement, Que quelquefoiz j'auroye advencement. Vous remonstrant ma tres grant loyaulté, Et que de biens j'auroye à grant planté, Cela je creu des le commencement. Prophetizant, etc.

RONDEL.

(Fraigne.)

Mon oueil, je te pry et requier Que tu n'ayes plus en pensée D'aler veoir ma tant desirée. Ou tu me metz en grant dangier: Et si te dy, pour abregier, Que c'est ma mort toute jurée. Mon oueil, etc. Que tu n'ayes, etc.

Quant tu la verra au moustier, Ou quelque part à la passée, Ne te metz pas en sa visée, Car perilleux est tel archier. Mon oueil, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Pour Dieu, faictes moy quelque bien, Veu que m'a desrobé Vieillesse, Plaisance; car, en ma jeunesse, Savez que vous amoye bien; Pour vous n'ay espargné du mien, Or suis povre, plain de foiblesse. Pour Dieu, etc. Veu que, etc.

Devoir ferez, comme je tien. Car j'ay despendu à largesse, Pieca, mon tresor de liesse, Et maintenant je n'ay plus rien. Pour Dieu, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

C'est la prison Dedalus, Que de ma merencolie, Quant je la cuide faillie, J'y rentre de plus en plus. Aucunes foiz je conclus D'y bouter Plaisance lie. C'est la prison, etc. Que de ma, etc.

Oncques ne fut Tantalus En si tres peneuse vie, Ne, quelque chose qu'on die, Chartreux, hermite, ou reclus. C'est la prison, etc.

RONDEL.

(Anthoine de Guise.)

Ha! mort, helas! Veu que je suis de vivre las, Que ne tens tu vers moy tes las, Pour abregier mon infortune, Aussi pour monstrer à Fortune Qui me fortune, La puissance que sur elle as. Fay ton effort, et si t'avance, Mais, pour Dieu, que ce soit avant ce Que je m'occye de mes mains; Monstre ton povoir et savance, Puisque je vueil faire l'avance, Car certes tu ne peutz à mains. Pren tes esbas A faire cesser noz debas, Aussi bien sont ce tes cabas Que de tousjours trouver rancune; Tu es seule, celle et chascune: Sans autre aucune, Par qui tout cesse hault et bas. Ha! mort, helas!

RONDEL.

(Anthoine de Guise.)

Par bien celer mains tours divers, Monstrant de son vueil le revers, Soubz ung peu de maniere fainte. Avec abstinence contrainte, Sont les secrez d'Amours ouvers. Refus les deffent à travers, Et ne sont à nulz descouvers, Que ce ne soit en tres grant crainte. Par bien celer, etc.

Honte, les tient clos et couvers, Pour les faulx Dangiers et pervers. Dont elle a eu repcouche mainte; Mais pour venir à nostre actainte, Loyaulté nous baille ces vers. Par bien celer, etc.

RONDEL.

(Anthoine de Guise.)

Ou val obscur, avantureux, Où les loyaulx cueurs doloreux Des amoureux Sont condempnez d'user leurs jours, En piteux plains et grans clamours, Me tient Amours, Comme le chief des langoureux. Et faut qu'avec les maleureux, Par son faux refus rigoureux, Plus que poureux, J'actende la mort à secours. Ou val obscur, etc.

C'est le hault guerdon dangereux, Ordonné pour moy et pour eulx, Peu savoureux, Sans autre part avoir recours; Et la voyant nostre decours. De criz et plours, Faisons ung tresor plaintureux. Ou val obscur, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

A! que vous m'anuyez, Vieillesse! Que me grevez plus que oncques mes, Me voulez vous à tousjours mes Tenir en courroux et rudesse; Je vous fais loyalle promesse Que ne vous aymeray james. A! que vous, etc. Que me, etc.

Vous m'avez banny de jeunesse, Rendre me convient desormais, Et faictes vous bien? Nennil, mais, De tous maulx on vous tient maistresse. A! que vous, etc.

RONDEL.

Les biens de vous, honneur et pris, M'ont tant espris De vous amer, ma gente Dame, Qu'il n'est pas en puissance d'ame De tourner ailleurs mes espris. C'est à moy trop hault entrepris, Com mal apris, Mais blasmez en, s'il y a blasme, Les biens, etc.

Donc, puisqu'Amour ainsi m'a pris En son pourpris, Et que tant loyaument vous ame, Amez moy, je prens sus mon ame Que jamais n'en serons repris. Les biens, etc

RONDEL.

M'amerez vous bien? Dictes par vostre ame, Mais que je vous ame Plus que nulle rien; Le vostre me tien, Sans faire autre Dame. M'amerez, etc. Dictes par, etc.

Dieu mist tant de bien En vous, que c'est basme; Pour ce, je me clame Vostre, mais combien. M'amerez, etc.

RONDEL.

C'est par vous que tant fort souspire, Tousjours m'empire; A vostre advis, faictes vous bien? Que tant plus je vous vieulx de bien, Et, sus ma foy, vous m'estes pire. Ha! ma Dame, si grief martire, Ame ne tire Que moy, dont ne puis mais en rien. C'est par vous, etc.

Vostre beaulté vint, de grant tire, A mon oueil dire Que feist mon cueur devenir sien; Il le voulut, s'il meurt? et bien, Je ne lui puis aider, ou nuyre. C'est par vous, etc.

RONDEL.

Pour mectre fin à mes douloureux plains, Et aux ennuys dont je me sens si plains, Fort me complains A toute heure, mais remede n'y treuve, Fors qu'il me fault de mort faire l'espreuve, Ou dame neuve, Car la mienne se rit, tant plus me plains; Souvent m'a veu pleurant par brais et plains, A triste cueur, de dueil paliz et tains, Mais pensez vous que de riens et se meuve? Pour mectre fin, etc.

Nenny, ains dit par sa foy, qu'autres mains Seuffrent des maulx plus que moy, soirs et mains, Et qu'en ay mains Que je ne dy, ainsi mon fait repreuve, Bien lui plairoit qu'elle feust de moy veufve, Son cas le preuve; Ne suis je pas doncques en bonnes mains? Pour mectre, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Temps et temps m'ont emblé jeunesse, Et laissé es mains de Vieillesse, Où vois mon povre pain querant; Aage ne me veult, tant ne quant, Donner l'aumosne de liesse. Puisqu'elle se tient ma maistresse, Demander ne lui puis promesse, Pour ce, n'enquerons plus avant. Temps, etc.

Je n'ay repast que de foiblesse, Couchant sur paille de destresse, Suis je bien payé maintenant De mes jeunes jours cy devant? Nennil, nul n'est qui le redresse. Temps, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Asourdy de Nonchaloir, Aveuglé de Desplaisance, Pris de goute de Grevance, Ne scay à quoy puis valoir. Voulez vous mon fait savoir? Je suis presque mis en trance. Asourdy, etc. Aveuglé, etc.

Se le Medicin Espoir, Qui est le meilleur de France, N'y met briefment pourveance, Vieillesse estaint mon povoir. Asourdy, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Dedens la maison de douleur, Où estoit tres piteuse dance, Soussy, Vieillesse et Desplaisance Je vy dancer comme par cueur. Le tabourin nommé Maleur Ne jouoit point par ordonnance. Dedens la, etc. Où estoit, etc.

Puis chantoient chancons de pleur, Sans musicque, ne accordance; D'ennuy, comme ravy en trance, M'endormy lors, pour le meilleur. Dedens la, etc.

RONDEL.

(Simonnet Caillau.)

Dedens la maison de douleur, Où n'a leesse, ne musique, Mon las cueur gist merencolique, Malade ou piteux lit de pleur. Dieu! n'est ce pas grant maleur? Il est pis que paralitique. Dedens la, etc. Où n'a, etc.

Par racine, feuille, ne fleur, Ne par medicine auctentique, Remedier n'y scet phisique; Confesse soy, c'est le meilleur, Dedens la, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Je vous sans, et congnois venir, Ennuyeuse Merencolie, Mainteffoiz, quant je ne vueil mye, L'uys de mon cueur vous fault ouvrir; Point ne vous envoye querir, Assez hay vostre compaignie. Je vous sans, etc. Ennuyeuse, etc.

Jeunes pevent paine souffrir, Plus que vieillars; pour ce, vous prie Que n'ayez plus sur nous envie, Ne nous vuelliez plus assaillir. Je vous sans, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Mentez, menteurs à quarterons, Certes point ne vous redoubtons, Ne vous, ne vostre baverye, Loyaulté dit, de sens garnie. Fy de vous et de voz raisons; On ne vous prise deux boutons, Et pour ce, nous vous deboutons. Esloignant nostre compaignie. Mentez, etc.

Voz parlez, pires que poisons. Boutent par tout feu en maisons; Que voulez vous que l'en vous die? Dieu tout puissant si vous mauldie, Vous donnant de maulx jours foisons. Mentez, etc.

RONDEL

(Gilles des Ourmes.)

Pour bien mentir souvent et plaisamment, Mais qu'il ne tourne à aucun prejudice, Il m'est advis que ce n'est point de vice, Mais est vertu et bon entendement: On en voit maint eslevé haultement, Bien recueilly et requis en service, Pour bien, etc. Mais qu'il, etc.

Mais controuveurs qui mentent faulcement, Pour diffamer quelcun par leur malice, Soient pugniz par droit, selon justice; Pour ce, chascun s'avise saigement. Pour bien mentir, etc.

RONDEL.

Des soucies de la court, J'ay acheté aujourdui, De deulx bien garny j'en suy, Quoique mon argent soit court. A les avoir chascun y court, Mais quant à moy, je m'enfuy. Des soucies, etc. J'ay acheté, etc.

Je deviens vieil, sourt et lourt, Et quant me treuve en ennuy, Nonchaloir est mon apuy, Qui mainteffoiz me secourt. Des soucies, etc.

RONDEL

(Jehan Monseigneur de Lorraine.)

Je voy mal faire et mal parler, Je voy meschefz renouveller, Je voy loyaulté du tout morte, Je voy trahison aspre et forte, Je voy partout tout mal aler. Je voy hayneurs entre acoler, Verité voy dissimuler, Grans et petiz sont d'une sorte. Je voy mal, etc.

Je voy vertuz aux piez fouler. Je voy amictié desseler, Raison voy musser à la porte, Par mehain voy justice morte, Quant honneur veult voile caller. Je voy mal, etc.

RONDEL.

(Jehan Monseigneur de Lorraine.)

Je prens le temps ainsi qu'il peut venir, Je metz courroux hors de mon souvenir, Je suis content de tout ce que j'oy dire, Je n'ay soucy qui me garde de rire, Je suis d'amours bien aise à tenir. Dorenavant plus ne vueil vivre en dueil, Dorenavant consentir plus ne vueil Qu'ame, fors moy, ait de mon cueur la garde. C'est folie d'asubgetir son vueil, C'est simplesse que pour ung regart d'ueil, Sans coup ferir, te blesser par mesgarde. N'ay je pas droit de joyeulx devenir? N'ay je cause de mon ennuy bannir? N'ai je raison de rigueur desconfire? Ne doy je pas paix et repos eslire? Je dye oy, et pour ce maintenir, Je prens le temps, etc.

RONDEL.

Je n'ay deffaulte que de veue, Et ne congnois riens qu'à demy, En nonchaloir j'ay tant dormy Qu'ay mainte chose descongneue. Vieillesse tient mon cueur en mue, Accompaignée de soucy. Je n'ay, etc. Et ne, etc.

Plus ne suis de la retenue De jeunesse qui m'a banny; Mais, au fort, puisqu'il est ainsi, Souffrir fault fortune advenue. Je n'ay, etc.

RONDEL.

Tais toy, cueur, pourquoy parles tu? C'est folie de trop parler De ce que ne puis amender, Ton jangler ne vault ung festu; Tu pers temps, d'espoir devestu. Pense de toy reconforter. Tais toy, etc. C'est folie, etc.

J'ay desja plusieurs ans vescu, Et tant congnois qu'au par aler Il faut bien, ou mal endurer, Riens ne gaigner d'estre testu. Tais toy, etc.

RONDEL.

Qu'a mon cueur, qui s'est esveillé, A faire chancon, ou balade? Dieu mercy, il n'est plus malade, Tant a par eaue travaillé; D'Orleans s'est appareillé Aler à Blois mangier salade. Qu'a mon, etc. A faire, etc.

Son harnois fourbira rouillé, Quelque foiz aussi sa salade; Mais qu'il ait joyeuse ambaxade, Tout se trouvera retaillé. Qu'a mon, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Tout plain ung sac de joyeuse promesse, Soubz clef fermé, en ung coffin d'oublie, Qui me poursuit, certes c'est grant folie, Tant qu'on en ayt par raison, à largesse; Craindre ne fault Fortune la diverse, Qui Passe temps avecques elle alie. Tout plain, etc. Soubz clef, etc.

Conseil requier à gens plains de sagesse, Qui mieulx saura, si leur plaist, com le die; Car Bon espoir, quoy qu'on le contrarie, A droit vendra et trouvera richesse. Tout plain, etc.

RONDEL.

(Benoist d'Amien.)

Nagent en angoisse parfonde, Où joye, ne plaisir n'abite, Mon dolent cueur en nef mauldite, D'Ercules a passé la bonde; D'y avoir bien nul ne s'y fonde, La voye si est interdite. Nagent, etc. Où joye, etc.

L'aider, nul ne peut en ce monde, Fors Thetis qui Deesse est dicte De la mer, car, sans contredite, En elle tout povoir habonde. Nagent, etc.

RONDEL.

(Benoist d'Amien.)

Tant plus regarde, moins y voy; Et plus y voy, moins y congnois; Le monde va de deux en trois, Sans savoir comment, ne pourquoy. Faulceté regne, et tient sa loy En trestous les lieux où je vois. Tant plus, etc. Et plus, etc.

Loyaulté si est en recoy, Deboutée on l'a tant de foiz, Que passez sont mains jours et mois, Qu'on ne la vit, comme je croy. Tant plus, etc.

RONDEL.

Dieu les en puisse guerdonner, Tous ceulx qui ainsi tormenter Font, de vent, de neige et de pluye, Et nous et nostre compaignie; Dont peu nous en devons louer. Mais il fauldra qu'au par aller, Comment qu'il en doye tarder, Que nous, ou eulx, en pleure, ou rie. Dieu les, etc.

Or ca, il fault parachever. Et puisqu'il est trait, avaler; On congnoistra qu'est de clergie, D'Orleans trait de Lombardie, Tous bien faiz convendra trouver. Dieu les, etc.

RONDEL.

Prenons congié du plaisir de noz yeulx, Puisqu'à present ne povons mieulx avoir. De revenir faisons nostre devoir, Quant Dieu plaira, et sera pour le mieulx. Il faut changier aucunefoiz les lieux, Et essayer, pour plus, ou moins savoir. Prenons congié, etc. Puisqu'à, etc.

Ainsi parlent les jeunes et les vieulx; Pour ce, chascun en face son povoir, Nul ne mecte sa seurté en espoir, Car aujourduy courent les eurs tieulx queulx. Prenons, etc.

RONDEL.

M'appelez vous cela jeu? En froit d'aler par pays; Or pleust à Dieu qu'à Paris Nous feussions empres le feu. Nostre prouffit veulent peu, Qui en ce point nous ont mis. M'appelez, etc. En froit, etc.

Deslyer nous faut ce neu, Et desployer faiz et dis. Tant qu'aviengne mieulx, ou pis. Passer convient par ce treu. M'appelez, etc.

RONDEL.

De Vieillesse porte livrée Qu'elle m'a puis ung temps donnée, Quoy que soit contre mon desir, Mais maugré myen le fault souffrir, Quant par Nature est ordonnée. Elle est d'ennuy si fort bordée, Dieu scet que l'ay chiere achaptée, Sans gueres d'argent de plaisir. De Vieillesse, etc.

Par moy puist estre bien usée, En eur et bonne destinée, Et à mon souhait parvenir, Tant que vivre puisse et mourir Selon l'escript de ma pensée. De Vieillesse, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Saluez moy toute la compaignie Où à present estes à chiere lie, Et leur dictes que voulentiers seroye Avecques eulx, mais estre n'y porroye, Pour Vieillesse qui m'a en sa baillie. Au temps passé, Jeunesse si jolie Me gouvernoit; las! or n'y suis je mye, Et pour cela, pour Dieu, que excusé soye. Saluez moy, etc.

Amoureux fus, or ne le suis je mye, Et en Paris menoye bonne vie; Adieu bon temps, ravoir ne vous saroye, Bien sanglé fus d'une estroite courroye, Que, par aige, convient que la deslie. Saluez moy, etc.

CHANCON.

Et eussiez vous, Dangier, cent yeulx Assis, et derriere, et devant, Ja n'yrez si pres regardant, Que vostre propos en soit mieulx; Estre ne povez en tous lieux, Vous prenez peine pour neant. Et eussiez, etc. Assis, etc.

Les faiz des amoureux sont tieux, Tousjours vont en assoubtivant, Jamais ne saurez faire tant Qu'ilz ne vous trompent, se m'aist Dieux. Et eussiez, etc.

CHANCON.

Patron vous fais de ma galée Toute chargée de pensée, Confort, en qui j'ay ma fiance, Droit ou pais de Desirance, Briefment puissiez faire arrivée; Affin que, par vous, soit gardée De la tempeste fortunée Qui vient du vent de Desplaisance. Patron, etc.

Au port de Bonne destinée Deschargez tost, sans demourée, La marchandise d'Esperance; Et m'aportez quelque finance, Pour paier ma joye empruntée. Patron, etc.

RONDEL.

Apres l'escarde route, Mectons à saquement Annuyeulx pensement, Et sa brigade toute; Il crye: Volte route, Ralions nostre gent. Apres, etc. Mectons, etc.

Se Loyaulté s'y boute, Par advis saigement Dye gaillardement: Daly brusque sans doubte. Apres, etc.

RONDEL.

Les fourriers d'Esté sont venus Pour appareillier son logis, Et ont fait tendre ses tappis, De fleurs et verdure tissus: En estendant tappis velus De vert herbe par le pais. Les fourriers, etc. Pour, etc.

Cueurs d'ennuy pieca morfondus, Dieu mercy, sont sains et jolis; Alez vous en, prenez pais, Yver, vous ne demourerez plus. Les fourriers, etc.

RONDEL.

Ce mois de May, ne joyeulx, ne dolent Estre ne puis; au fort, vaille que vaille, C'est le meilleur que de riens ne me chaille, Soit bien ou mal, tenir m'en fault content: Je laisse tout courir à val le vent, Sans regarder lequel bout devant aille. Ce mois, etc. Estre ne, etc.

Qui Soussy suit, au derrain s'en repent; C'est ung mestier qui ne vault une maille, Avantureux comme le jeu de faille, Que vous semble de mon gouvernerment? Ce mois, etc.

RONDEL.

Le temps a laissié son manteau De vent, de froidure et de pluye, Et s'est vestu de brouderie De souleil luisant, cler et beau. Il n'y a beste, ne oyseau, Qu'en son jargon ne chante, ou crie: Le temps, etc. De vent, etc.

Riviere, fontaine et ruisseau, Portent, en livrée jolie, Goutes d'argent d'orfaverie, Chascun s'abille de nouveau. Le temps, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Mais que mon propos ne m'empire, Il ne me chault des faiz d'Amours, Voisent à droit, ou à rebours, Certes je ne m'en fais que rire. En ne peut de riens m'escondire, Aide ne requiers, ne secours. Mais que, etc. Il ne me, etc.

Quant j'oy ung amant qui souspire, A, ha! dis je, vela des tours Dont usay en mes jeunes jours. Plus n'en vueil, bien me doit souffire. Mais que, etc.

RONDEL.

(Robertet.)

Ung droit Cesar en liberalité, Ung grant Chaton en pure integrité, Ung Fabius en foy non defaillable, Vous tient chascun vray, constant et estable, Duc D'ORLIENS, prince tres redoubté. En si hault sang, parfonde humilité, Clemence grant et magnanimité, Cela avez; mais vous passez, sans fable, Ung droit Cesar, etc.

En vostre bouche tousjours a verité, En cueur, amour et ardent charité, En loyaulté non jamais variable; Qu'affiert il plus à Prince si notable? Puisqu'on vous tient, parlant en equité, Ung droit Cesar, etc.

Ung robertet indigne à porter plume, Pour atouchier apres voz haulx escriptz, Ces petiz vers icy vous a escriptz, De rude mains, plus pezant qu'un enclume.

RONDEL.

(Cadier.)

Vous l'ung des plus nobles du monde, Prince, tres redoubté Seigneur, A Blois m'avez acreu d'onneur, Dont joye en moy trop surhabonde. Par vostre humilité parfonde, Dieu vous en soit retributeur. Vous l'ung, etc. Prince, etc.

J'ay peu science, moins faconde, Et encore prudence mineur, Et vous me clamez serviteur Digne pour estre en table ronde. Vous l'ung, etc.

Cadier, qui endormy estoit, Avez tout esveillé en joye, Il prie Dieu qu'il vous octroie Autant de bien qu'il vous vouldroit.

RONDEL.

(Bourbon.)

Gardez vous bien du cayement, Ung chascun tendez y l'oreille, Pour vous decevoir tousjours veille, Escoutez s'il dit vray, ou mant. Il vous trompera meschamment, Pour ce que sans cesser traveille. Gardez, etc. Ung chascun, etc.

Dieu met en mal an le flament, Vous direz qu'il dort et sommeille Quant il va; mais il se reveille En temps et lieu, incessamment Gardez vous bien, etc.

RONDEL.

Des droiz de la porte Baudet, Pour toute recompense et paine, Tout au beau long de la sepmaine, Suis servy comme ung grant cadet; Si doulx ne sont que muscadet, Rien n'en vault le fruit, ne la graine. Des droiz, etc. Pour toute, etc.

C'est bien joué du soubz coudet, Puisqu'il le fault, ribon ribayne, Endurer, comme à la quintayne, On en deust servir Mistodet. Des droiz, etc

RONDEL.

Gardez vous bien de ce fauveau, C'est une dangereuse beste, Arsoir, me donna par la teste, Tant qu'il me rompit le cerveau. Il est ferré tout de nouveau, Et rue comme la tempeste. Gardez vous bien, etc. C'est une, etc.

Et combien qu'il soit bon et beau, Doulx au brider, et faisant feste A ung chascun, vous amonneste Que vous ne le peignez sans eau. Gardez vous bien, etc.

_BALADE_.

En ceste nouvelle saison Qui remplist jeunes cueurs de joye, Et qu'Amours sault de sa maison Pour conquester aucune proye; Nulle riens n'ay qui me guerroye, Se non Jeunesse qui me prie D'estre amoureux plus conques mais, Mais ainsi ne feray je mye, Il me vault mieulx tenir en paix.

Je ne congnois point d'achoison Pourquoy son conseil croire doye, En elle n'a riens de raison; Pour trop fol doncques me tendroye, S'apres elle me gouvernoye; Quel besoing est que je me lie? Quant je suis franc en tous mes fais; Pardieu, ce seroit grant folie. Il me vault mieulx tenir en paix.

Je suis de ceste entencion, Et seray quelque part que soye; Mais Pieu me gart de la prison Qu'Amours souventeffoyz m'envoye, Par mes yeulx qui trop vont en voye, Combien que souvent je leur die Qu'ilz font mal, dont je leur desplais; Pour ce, pour avoir d'eulx maistrie, Il me vault mieulx tenir en paix.