‹ Poésies de Charles d'OrléansChapitre 24 sur 125 · L'ENVOY.

L'ENVOY.

Grans mercis des foiz plus de cent, Ma Dame, ma seule Princesse, Car je vous trouve vrayement Tousjours tres loyalle maistresse.

BALADE.

J'ay ou tresor de ma pensée Ung mirouer qu'ay acheté; Amour, en l'année passée, Le me vendy de sa bonté; Ou quel voy tousjours la beaulté De celle que l'en doit nommer, Par droit, la plus belle de France; Grant bien me fait à m'y mirer, En actendant bonne esperance.

Je n'ay chose qui tant m'agrée, Ne dont tiengne si grant chierté, Car, en ma dure destinée, Mainteffoiz m'a reconforté; Ne mon cueur n'a jamais santé, Fors, quant il y peut regarder Des yeulx de joyeuse plaisance, Il s'y esbat pour temps passer, En actendant bonne esperance.

Advis m'est, chascune journée Que m'y mire, qu'en verité Toute douleur si m'est ostée; Pour ce, de bonne voulenté, Par le conseil de Leaulté, Mectre le vueil et enfermer Ou coffre de ma souvenance, Pour plus seurement le garder, En actendant bonne esperance.

BALADE.

Je ne vous puis, ne scay amer, Ma Dame, tant que je vouldroye; Car escript m'avez pour m'oster Ennuy qui trop fort me guerroye: Mon seul amy, mon bien, ma joye, Cellui que sur tous amer veulx, Je vous pry que soyez joyeux En esperant que brief vous voye.

Je sens ces motz mon cueur percer Si doulcement, que ne sauroye Le confort, au vray, vous mander. Que vostre messaige m'envoye; Car vous dictes que querez voye De venir vers moy, se m'aid Dieux, Demander ne vouldroye mieulx. En esperant que brief vous voye.

Et quant il vous plaist souhaidier D'estre empres moy, où que je soye; Par Dieu, nom pareille sans per, C'est trop fait, se dire l'osoye; Se suy je qui plus le devroye Souhaidier de cueur tres soingneux, C'est ce dont tant suis desireux, En esperant que brief vous voye.

BALADE.

L'autrier alay mon cueur veoir, Pour savoir comment se portoit; Si trouvay avec lui Espoir Qui doulcement le confortoit, Et ces parolles lui disoit: Cueur, tenez vous joyeusement, Je vous fais loyalle promesse, Que je vous garde seurement Tresor d'amoureuse richesse.

Car je vous fais pour vray savoir, Que la plus tres belle qui soit Vous ayme de loyal vouloir, Et voulentiers pour vous feroit Tout ce qu'elle faire pourroit; Et vous mande que vrayement, Maugré Dangier et sa rudesse, Departir vous veult largement Tresor d'amoureuse richesse.

Alors mon cueur, pour dire voir, De joye souvent souspiroit, Et, combien qu'il portast le noir, Toutesfoiz pour lors oublioit Toute la douleur qu'il avoit; Pensant de recouvrer briefment Plaisance, Confort et Liesse, Et d'avoir en gouvernement Tresor d'amoureuse richesse.