‹ Poésies de Charles d'OrléansChapitre 34 sur 125 · L'ENVOY.

L'ENVOY.

Ma Dame, mon seul souvenir, En cent jours n'auroye loisir De vous raconter, tout au vray, Le mal qui tient mon cueur martir, Ce premier jour du mois de May.

BALADE.

J'ay mis en escript mes souhais Ou plus parfont de mon penser; Et combien, quant je les ay fais, Que peu me pevent profiter; Je ne les vouldroye donner Pour nul or, qu'on me sceust offrir, En esperant, qu'au par aler, De mille l'un puist avenir.

Par la foy de mon corps! jamais Mon cueur ne se peut d'eulx lasser; Car si richement sont pourtrais, Que souvent les vient regarder, Et s'y esbat pour temps passer, En disant par ardent desir: Dieu doint que, pour me conforter, De mille l'un puist avenir!

C'est merveille, quant je me tais, Que j'oy mon cueur ainsi parler; Et tient avec Amour ses plais, Que tousjours veult acompaignier; Car il dit que des biens d'amer Cent mille lui veult departir; Plus ne quier, mais que sans tarder, De mille l'un puist avenir.