L'ENVOY.
Le temps va je ne scay comment, Dieu l'amende prouchainement! Car Plaisance est endormie, Qui souloit vivre lyement, Ou temps qu'ay congneu en ma vie.
BALADE.
Pour Dieu, gardez bien souvenir Enclos dedens vostre pensée, Ne le laissiez dehors yssir, Belle tres loyaument amée; Faictes que chascune journée Vous ramentoive bien souvent La maniere quoy et comment, Ja pieca, me feistes promesse, Quant vous retins premierement Ma Dame, ma seule maistresse.
Vous savez que, par franc desir Et loyal amour conseillée, Me deistes que, sans departir, De m'amer estiez fermée; Tant comme j'auroye durée. Je metz en vostre jugement Se ma bouche dit vray ou ment; Si tiens que parler de princesse Vient du cueur, sans decevement, Ma dame, ma seule maistresse.
Non pourtant, me fault vous ouvrir La double qu'en moy est entrée: C'est que j'ay paour, sans vous mentir, Que ne m'ayez, tres belle née, Mis en oubly; car mainte année Suis loingtain de vous longuement, Et n'oy de vous aucunement Nouvelle pour avoir liesse; Pourquoy vis douloreusement, Ma Dame, ma seule maistresse.
Nul remede ne scay querir, Dont ma doleur soit allegée; Fors que souvent vous requerir, Que la foy que m'avez donnée Soit par vous loyaument gardée; Car vous congnoissiez clerement Que, par vostre commandement, Ay despendu de ma jeunesse, Pour vous actendre seulement, Ma Dame, ma seule maistresse.
Plus ne vous convient esclarsir La chose que vous ay comptée; Vous la congnoissiez, sans faillir; Pour ce, soyez bien advisée Que je ne vous trouve muée; Car, s'en vous trouve changement, Je requerray tout haultement, Devant l'amoureuse Deesse, Que j'aye de vous vengement, Ma dame, ma seule maistresse.