L'ENVOY.
Dieu tout puissant, par vostre courtoisie Guerissez la, ou mon cueur vous supplie Que vous souffrez que la mort son effort Face sur lui, car il en est d'accort, Et dit qu'il est ennuyé de sa vie.
BALADE.
Sitost que l'autre jour j'ouy Que ma souveraine sans per Estoit guerie, Dieu mercy, Je m'en alay sans point tarder Vers mon cueur pour le lui conter; Mais certes tant le desiroit, Qu'à paine croire le povoit, Pour la grant amour qu'a en elle, Et souvent a par soy disoit: Saint Gabriel, bonne nouvelle.
Je lui dis: mon cueur, je vous pry, Ne vueilliez croire ne penser Que moy, qui vous suy vray amy, Vous vueille mensonges trouver, Pour en vain vous reconforter; Car, trop mieulx taire me vaudroit, Que le dire se vray n'estoit; Mais la vérité si est telle, Soyez joyeulx comment qu'il soit. Saint Gabriel, bonne nouvelle.
Alors mon cueur me respondy: Croire vous vueil sans plus doubter, Et tout le courroux et soussy Qu'il m'a convenu endurer, En joye le vueil retourner; Puis apres, ses yeulx essuyoit Que de plourer moilliez avoit, Disant: il est temps que rappelle Espoir qui delaissié m'avoit. Saint Gabriel, bonne nouvelle.