L'ENVOY.
Dieu, sur tout souverain Seigneur, Ordonnez, par grace et doulceur, De l'ame d'elle, tellement Qu'elle ne soit pas longuement En paine, soussy et doleur.
BALADE.
J'ai aux esches joué devant Amours, Pour passer temps, avecques faulx Dangier, Et seurement me suy gardé tousjours, Sans riens perdre jusques au derrenier, Que Fortune lui est venu aidier, Et par meschief, que maudite soit elle! A ma Dame prise soudainement; Par quoy suy mat, je le voy clerement, Se je ne fais une Dame nouvelle.
Eu ma Dame j'avoye mon secours, Plus qu'en autre, car souvent d'encombrier Me delivroit, quant venoit à son cours, Et en gardes faisoit mon jeu lier; Je n'avoye Pion, ne Chevalier, Auffin ne Rocq qui peussent ma querelle Si bien aidier; il y pert vrayement, Car j'ay perdu mon jeu entierement, Se je ne fais une Dame nouvelle.
Je ne me scay jamais garder des tours De Fortune, qui mainteffoiz changier A fait mon jeu, et tourner à rebours; Mon dommaige scet bientost espier, Elle m'assault sans point me desfier; Par mon serement, oncques ne congneu telle; Enjeu party suy si estrangement, Que je me rens, et n'y voy sauvement, Se je ne fais une Dame nouvelle.
BALADE.
Je me souloye pourpenser Au commencement de l'année, Quel don je pourroye donner A ma Dame la bien amée; Or suis hors de ceste pensée, Car Mort l'a mise soubz la lame, Et l'a hors de ce monde ostée, Je pry à Dieu qu'il en ait l'ame.
Non pourtant, pour tousjours garder La coustume que j'ay usée, Et pour à toutes gens monstrer Que pas n'ay ma Dame oubliée, De messes je l'ay estrenée; Car ce me seroit trop de blasme De l'oublier ceste journée, Je pry à Dieu qu'il en ait l'ame.
Tellement lui puist prouffiter Ma priere, que confortée Soit son ame, sans point tarder, Et de ses biensfaiz guerdonnée En Paradis, et couronnée Comme la plus loyalle Dame Qu'en son vivant j'aye trouvée; Je pry à Dieu qu'il en ait l'ame