‹ Poésies de Charles d'OrléansChapitre 51 sur 125 · L'ENVOY.

L'ENVOY.

De riens ne servent pleurs, ne plains; Tous mourrons, ou tart ou briefment; Nul ne peut garder longuement Le tresor de tous biens mondains.

BALADE.

Puisque Mort a prins ma maistresse, Que sur toutes amer souloye, Mourir me convient en tristesse, Certes plus vivre ne pourroye; Pour ce, par deffaulte de joye Tres malade, mon testament J'ai mis en escript doloreux, Lequel je presente humblement Devant tous loyaulx amoureux.

Premierement, à la haultesse Du Dieu d'amours donne et envoye Mon esperit, et en humblesse Lui supplie qu'il le convoye En son Paradis, et pourvoye; Car je jure que loyaument L'a servi de vueil desireux; Advouer le puis vrayement Devant tous loyaulx amoureux.

Oultre plus, vueil que la richesse Des biens d'Amours qu'avoir souloye, Departie, soit à largesse, A vraiz amans, et ne vouldroye Que faulx amans, par nulle voye, En eussent part aucunement; Oncques n'euz amistié à eulx; Je le prans sur mon sauvement Devant tous loyaulx amoureux.