‹ Poésies de Charles d'OrléansChapitre 79 sur 125 · L'ENVOY.

L'ENVOY.

Par priere de affaictée demande, Interrogé se l'ung ou l'autre avoue, A ce respons, se aucun le me demande, Entre deux eaues, comme le poisson, noue.

BALADE.

(Villon.)

Je meurs de soif aupres de la fontaine; Chault comme feu, et tremble dent à dent; En mon pays, suis en terre loingtaine; Lez ung brasier, friconne tout ardent; Nu comme ung ver, vestu en president; Je ris en pleurs, et actens sans espoir; Confors reprens, en triste desespoir; Je m'esjouys, et n'ay plaisir aucun; Puissant, je suis sans force et sans povoir; Bien recueilly, débouté de chascun.

Rien ne m'est seur, que la chose incertaine; Obscur, fors ce qui est tout evident; Doubte ne fais, fors en chose certaine; Science tiens à soudain accident; Je gaigne tout, et demeure perdent; Au point du jour diz: Dieu vous doint bon soir; Gisant envers, j'ai grant paour de cheoir; J'ai bien de quoy, et si n'en ay pas ung; Eschoite actens, et d'omme ne suis hoir; Bien recueilly, debouté de chascun.

De riens n'ay soing, si mets toute ma paine D'acquerir biens, et n'y suis pretendent; Qui mieulx me dist, c'est cil qui plus m'actaine; Et qui plus vray, lors plus me va bourdent; Mon amy est qui me fait entendent, D'un cigne blanc, que c'est un corbeau noir; Et qui me nuys, croy qu'il m'aide à povoir; Bourde, verité, aujourduy m'est tout ung; Je retiens tout, riens ne scay concepvoir; Bien recueilly, debouté de chascun.